Vocation: éleveuse de chèvres


A quoi rêvent les jeunes filles ?
Camille, elle, n’a pas choisi une voie facile: elle veut être agricultrice. Métier exigeant. Horaires contraignants. Vacances souvent inexistantes. Et il faut bien le reconnaître, un monde d’hommes où les femmes peuvent avoir du mal à exister à part entière. Une voie peu choisie aujourd’hui dans notre univers dominé par les villes.
Mais cette jeune femme a trouvé sa vocation et en parle avec envie.

Transcription:
– Au début, je voulais être infirmière. Et donc ça fait six ans que je connais mon fiancé. Donc ça fait actuellement trois ans qu’on est ensemble. Et donc c’est lui l’agriculteur. Il s’est installé cette année. Et donc c’est ça qui m’a donné envie de m’installer avec lui.
– Et pour faire quoi alors, précisément?
– De la gestion, notamment. J’aimerais m’installer en chèvre (1), enfin en caprin. Voilà. Je vois à peu près comment ça fonctionne. Donc… Et puis ça me plaît. Donc je pense que je devrais y arriver (2). Et puis après, c’est un choix de vie. C’est vrai qu’on n’a pas forcément de vacances. Et puis, il faut se dire aussi qu’on n’a pas un revenu qui va être fixe tous les mois.
– Il y a du goût pour ce métier-là ou simplement de l’amour pour votre compagnon (3) ?
– Non, il y a les deux quand même ! Enfin, c’est pas une décision que j’ai prise parce que je me suis mis (4) avec lui. C’est le contexte qui a fait que, bah en évoluant… et puis c’est pas comme si on était ensemble depuis très peu de temps. On se connaît suffisamment pour prendre ces décisions-là, je pense. Et puis je me dis que – enfin j’espère pas ! (5) – mais je me dis que si un jour on se sépare, moi je continuerai quand même dans cette branche-là.
– Alors pourquoi les chèvres ?
– Les chèvres ! Alors, ma cousine, quand j’étais petite, je la voyais élever ses chèvres, elle faisait son fromage et puis elle le vendait sur le marché (6). Et puis moi, c’est… c’est des petits animaux que… Enfin, c’est mignon ! C’est… c’est très affectueux. Au départ, je pense plutôt m’installer en chèvre et vendre le… le lait à une coopérative ou un organisme qui va le retraiter, parce que l’investissement est lourd, surtout quand on part de… de rien (7). Mais c’est vrai qu’à l’avenir, après, je… je me vois bien dans ma petite… mon petit atelier fromager et puis aller à la… enfin, au marché et vendre, tout ça.
– Que vous ont dit vos parents quand vous leur avez dit: « Je veux faire des études, je veux être agricultrice » ?
– Ma mère n’a trop… trop rien dit (8) . Mais mon père, ça lui plaisait pas forcément parce que, bah… Et puis, c’est vrai qu’il avait d’autres projets pour moi. Comme moi, je voulais, toute petite, être médecin ou infirmière, il comprenait pas ce changement d’orientation. Donc… Puis il disait, avec les temps qui courent (9), avec la conjoncture économique, avec la retraite (10), il me fait il faut penser à ça. Enfin mon père, il est à la retraite donc il a aussi ses anciens stéréotypes. La femme, elle était à la maison, et puis c’est l’homme qui travaillait. Donc…
– Et vos camarades de terminale ES (11), qu’est-ce qu’elles vous ont dit ?
– Beh, elles me voyaient pas du tout agricultrice, enfin… par rapport à l’image qu’elles avaient de moi, mais… Mais bon, chacun évolue comme il peut.

Quelques explications:
1. en chèvre: c’est une façon parler propre aux gens qui sont dans ce secteur, pour parler de leur spécialisation.
2. y arriver: réussir.
3. votre compagnon: cette jeune femme n’est pas encore mariée. La journaliste emploie le mot « compagnon » car elle vit en couple avec ce jeune homme. Les couples non mariés emploient ces termes: mon compagnon, ma compagne.
4. je me suis mis avec lui: elle devrait accorder et dire « mise » au féminin. Se mettre avec quelqu’un est la façon familière de dire qu’on s’installe avec quelqu’un, en couple, sans être mariés.
5. J’espère pas: façon familière de dire: J’espère que ce ne sera pas le cas.
6. vendre sur le marché: c’est vendre ses produits au marché. (et non pas dans un magasin en dur) La plupart des villes françaises ont leur marché chaque semaine.
7. partir de rien: elle doit tout créer et acheter. (Ses parents ne sont pas agriculteurs. Donc elle ne peut pas reprendre leur exploitation.)
8. elle n’a trop rien dit: elle n’a pas fortement critiqué cette décision. (familier)
9. avec les temps qui courent: on dit plus souvent « par les temps qui courent« . Cette expression signifie actuellement, mais en ajoutant une petite nuance négative. (La période est vue comme peu favorable.)
10. la retraite: beaucoup d’agriculteurs ont une trop petite retraite quand ils arrêtent de travailler, s’ils n’ont pas assez cotisé pendant leur vie professionnelle, ce qui est souvent le cas.
11. la terminale ES: classe où on prépare un bac Economique et Social.

Petite remarque: en France, on mange toutes sortes de fromages de chèvre. Et ce secteur se développe car il y a une demande croissante aussi pour les yaourts au lait de chèvre. (On dit que le lait de chèvre est mieux toléré que le lait de vache.) Les rayons produits laitiers des supermarchés en proposent de plus en plus. Alors, les élevages de chèvres ont peut-être de beaux jours devant eux.

Internes et heureux

La semaine dernière, c’était la rentrée des classes. Retour à l’école pour des millions de petits Français à l’école maternelle, à l’école primaire, au collège ou au lycée.
En général, leur établissement scolaire n’est pas trop loin de chez eux. Mais pour certains, ce n’est pas le cas. Alors pas question de rentrer chez eux tous les soirs après les cours. Ce sont les internes, qui vivent pendant la semaine dans leur école, à l’internat. Certains trouvent ça un peu dur. D’autres s’y sentent parfaitement bien. Petits témoignages de rentrée dans un collège du sud de la France.


Transcription:
– Ben l’an dernier, en fait, déjà (1), en cours, je travaillais pas trop. Donc vu que… vu que je travaillais pas, les notes, c’était pas ça (2). Et j’avais un but précis pour mon avenir, quoi, je veux faire infirmier (3). Donc le seul moyen pour moi, c’était de… de me prendre en main (4). Alors, c’était soit je me mets à… à étudier et le meilleur moyen pour moi, c’était de venir à l’internat. Ou soit (5) je restais chez moi à… à regarder la télé, quoi, et… et à pas travailler, quoi.
Par exemple, quoi, l’an dernier, j’avais 7 de moyenne (6). Cette année, je suis passé à 13, quoi. C’est doublé, donc… Ouais, je me suis… ouais habitué. Et je m’y suis fait (7), ouais.

– Pour vous, c’était… c’était s’éloigner des tentations ? C’est ça ?
– Non, du tout ! Au contraire, aller vers d’autres ! Moi, ce qui m’attirait le plus, c’était les discussions, les copines, enfin tout ce que… La collectivité, en fait. Avant, quand je rentrais chez moi, c’était… Il y avait la télé, mon petit frère… enfin, il y avait plein de… d’éléments extérieurs pour me déconcentrer. Et là, en étude (8), je suis obligée de… de rentrer dans ce que je fais… enfin dans mon travail.

– Ben en fait, cette case (9), c’est encore plus (10) chez nous que… que notre chambre de notre… dans notre maison, parce que on est vraiment que toutes les trois. On a fait notre déco (11) vraiment qu’à nous (12). Et moi je trouve que ça nous caractérise.
– Il y a pas d’adultes.
– Ouais, il y a que nous.
– Et vous arrivez à avoir une certaine intimité, avec ces grandes portes ouvertes ?
Ben d’un côté, quand on vit en internat, c’est pas trop ce qu’on cherche, l’intimité, hein ! Enfin on cherche pas à… à pouvoir lire notre BD (13) toute seule dans notre coin (14).

– Le soir, on parle des choses intimes, garçons, ce qu’on pense.
– Est-ce que vos parents vous manquent (15) quand même là le soir, quand vous allez vous coucher ?
– Non !

– Je pense que l’internat, ça a apporté que… que du… que du positif, quoi, enfin. Les… les parents, je les vois plus (16) pour passer de bons moments avec eux que pour me disputer avec eux.

Quelques explications:
1. déjà: ce mot a le sens de « premièrement » ici.
2. les notes, c’était pas ça: ça signifie que ses résultats scolaires n’étaient pas bons. = ça n’allait pas.
3. faire infirmier: façon familière de dire: « être infirmier« .
4. se prendre en main: réagir et se comporter de manière responsable.
5. ou soit: normalement, on dit juste « Soit… Soit… »
6. 7 de moyenne: les élèves français sont notés sur 20. Donc Benoît n’avait pas la moyenne générale. (la moyenne de toutes les matières étudiées.)
7. se faire à quelque chose: s’habituer à quelque chose.
8. en étude: après les cours, les internes vont faire leur devoirs, leur travail personnel en étude, c’est-à-dire une salle où ils sont surveillés et aidés par des enseignants ou des surveillants.
9. une case: c’est le nom que donne les internes à leur coin dans la chambre qu’ils partagent avec deux ou trois autres élèves en général.
10. c’est plus chez nous = c’est davantage chez nous. (Dans ce cas, on prononce le « s » à la fin de « plus ».)
11. notre déco = notre décoration. Elles ont décoré leur chambre librement.
12. qu’à nous = seulement à nous. (familier)
13. une BD = une bande dessinée.
14. dans notre coin: isolé des autres, à part.
15. vos parents vous manquent ? = Etes-vous tristes parce que vos parents ne sont pas là ? Elles répondent que leurs parents ne leur manquent pas. Mais on peut imaginer qu’elles manquent un peu / beaucoup à leurs parents !
16. plus = davantage. (On prononce le « s ».)