Mariage incandescent

C’est l’hiver, il fait froid, les jours sont courts. Il y a même des gens qui perdent leur voix et ont beaucoup de mal à la retrouver. 😉
Alors dopons-nous un peu ! Vitamines mais aussi de quoi emmagasiner de l’énergie. Et cette énergie bénéfique, elle peut nous venir du 18è siècle, avec ce passage bien connu des Indes Galantes, qui me fait toujours le même effet depuis que mon institutrice nous l’avait fait découvrir. J’avais dix ans. Combinée à l’énergie de danseurs du 21è siècle, voici ce que ça donne dans une vidéo réalisée par Clément Cogitore, pour l’Opéra de Paris, présentée ainsi sur leur site:
« Clément Cogitore adapte une courte partie de ballet des « Indes galantes » de Jean-Philippe Rameau, avec le concours d’un groupe de danseurs de Krump, et de trois chorégraphes : Bintou Dembele, Grichka et Brahim Rachiki. Le Krump est une danse née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 90. Sa naissance résulte des émeutes et de la répression policière brutale qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King. »

Ce film de Clément Cogitore est à regarder ici.
Plein les yeux, plein les oreilles.

Et ensuite, il faut écouter ce qu’il dit de son travail. Passionnant.
L’entretien entier est à regarder en cliquant ici.


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Clément Cogitore – Les Indes Galantes – Extrait

J’ai transcrit cet entretien à partir de 5’35, et presque jusqu’à la fin. (Les sous-titres automatiques en français comportent pas mal d’erreurs.) La première partie est très intéressante aussi mais ça faisait un peu long et cette deuxième partie me parlait encore plus.

Transcription:
Moi, je pense que la création, de manière générale, l’art, ce qui m’intéresse, moi, dans toute forme de pratique artistique, c’est des mondes qui se rencontrent, hein, qui cohabitent, qui se confrontent, qui essayent (1) de vivre ensemble. Avec cette vidéo, c’est ce que j’ai essayé de faire, d’une certaine manière, c’est-à-dire de travailler avec ces danseurs, sur cette scène-là* à laquelle eux (2) sont pas habitués, et sur cette musique à laquelle ils sont pas habitués, et inversement, voilà, cette musique-là est pas habituée non plus à accueillir ces danseurs-là, c’est-à-dire que tout d’un coup, de créer un court-circuit (3) entre des mondes qui se rencontrent pas. Et que forcément, ça change, ça modifie les paramètres. C’est dans ces rencontres-là que je cherche l’émotion.
En imaginant ça d’abord, je m’étais dit : Voilà, il faut le faire sur ces parkings ou ces endroits où d’habitude, cette danse-là se fait puisque elle a vocation (4)… enfin, elle cherche souvent à rester clandestine en fait, à pas exister sur les gros… sur les grosses scènes hip-hop par exemple, se détacher de… parce que le hip hop est devenu un peu mainstream (5) pour les danseurs de krump, donc ils cherchent à échapper à ça, pour avoir une danse plus radicale, qui soit moins un spectacle, mais plus quelque chose de… ouais, de confidentiel (6). Et en fait, en commençant à réfléchir à ça, je me suis dit : c’est trop dommage, en fait, on a les clés de l’Opéra, on a cette scène, il faut leur donner en fait. Et ça, ça a tout changé parce que du coup, ça a donné une… Je pense ça a donné une énergie à tout le monde, moi y compris, c’est-à-dire que tout d’un coup, cette scène, elle a une valeur symbolique qui est énorme – c’est une des plus grandes scènes du monde – et c’est comme si elle… il y avait une énergie qui irriguait (7) de la scène chez les danseurs en fait. Entre les répétitions et le moment où ils se sont mis à danser sur la scène de Bastille, ça avait plus rien à voir (8), quoi. Tout d’un coup, les choses prenaient une envergure, une dimension et je pense que le lieu, l’aura du lieu fait énormément pour ça. Et ça, symboliquement, c’était très fort pour moi, pour les danseurs et les chorégraphes de se dire : c’est le krump qui monte sur la scène de l’Opéra-Bastille. C’est une pièce qui est plus ou moins perscussive suivant les interprétations, mais là, j’ai fait travailler des compositeurs pour ajouter une base de percussions un peu plus forte, pour que les danseurs soient pas complètement perdus, parce que c’est dans les codes du krump de réagir vaiment au rythme, à la percussion. Et donc en gros (9), le travail, c’était plutôt de retenir les danseurs qui allaient en fait très vite trop loin, qui dépassaient trop vite la musique, pour pas qu’il y ait trop de décalage entre les deux, c’est-à-dire de les retenir pour que petit à petit (10), ça monte et que ça… voilà, que ça devienne incandescent. Parce que pour moi, les Indes Galantes, c’est l’histoire de jeunes gens qui dansent au-dessus d’un volcan, quoi. Un volcan qui est.. qui en fait est écrit dans le livret de l’Opéra et qui je pense, en 1735, au moment de la création, était une sorte de volcan factice ou inoffensif et qui, quand on relit la pièce trois siècles plus tard, c’est un volcan qui est beaucoup plus actif, quoi, beaucoup plus… qui est au bord de l’explosion, quoi. Et évidemment, cette explosion-là, elle est d’une certaine manière politique, elle raconte des interactions entre des hommes et des femmes des quatre coins du monde qui, avec l’histoire, sont devenues de plus en plus conflictuelles. Et ça raconte d’une certaine manière la naissance d’un malentendu entre l’homme occidental et le reste du monde. Je pense et j’espère que la musique, que la scène, que l’art d’une manière générale, est une manière d’aider à comprendre ces malentendus en fait, ou à les dépasser. Même si c’est un tout petit film très court, on envoie dans le monde, on sait pas du tout comment il va vivre, comment il va être reçu ou pas, mais en tout cas, moi en le faisant, il y a quelque chose d’assez addictif, c’est-à-dire que même quand on montait (11) et qu’on le voyait beaucoup, je me lasse jamais (12) de le revoir, parce que les danseurs m’hypnotisent en fait. Et j’espère que ça provoquera ça aussi chez le spectateur, qu’il découvrira une espèce de… de se dire : j’ai envie de le revoir. Et j’espère aussi que malgré sa durée, qu’ il y ait quelque chose de libérateur en fait, et qui vient de la danse et de la musique, comme si ça chassait des tensions en fait. Et le krump, c’est ça, c’est aussi une manière d’évacuer les tensions. Et j’ai l’impression que c’est tellement contagieux que même dans six minutes de vidéo, les danseurs arrivent, ça, non seulement… à le faire non seulement pour eux-mêmes, pour la caméra mais pour celui qui les regarde. Et moi, je l’ai ressenti vraiment fortement au tournage (13), c’est-à-dire qu’il y a quelque chose de profondément libérateur quand on est dans cette danse-là, qu’elle évacue, elle chasse complètement les tensions, intellectuelles, psychiques, physiques. Il y a quelque chose de libérateur, et bah j’aimerais que le spectateur se… en regardant cette vidéo, ait cette sensation-là, que le spectacle aspire des nœuds, quoi, des tensions, allez pfff… les chasse comme ça.

Des explications :
1. qui essayent = qui essaient. Les deux formes sont équivalentes.
2. À laquelle eux ne sont pas habitués : on pourrait bien sûr dire : à laquelle ils ne sont pas habitués. Eux reprend « ces danseurs-là », en les mettant ainsi davantage en valeur.
3. Un court-circuit : c’est le phénomène électrique qui se produit quand deux fils électriques sont mis en contact, ce qui conduit à une trop forte augmentation de l’intensité du courant.
4. Elle a vocation à + infinitif : elle est faite pour quelque chose de bien particulier, c’est son rôle, son objectif. On l’emploie aussi très souvent à la forme négative :
Cette association n’a pas vocation à aider les enfants.
Cette école n’a pas vocation à former des techniciens.
5. Mainstream : anglicisme qui est passé en français, mais seulement dans certains milieux, à propos d’art, d’idées, de courant de pensée en général. Quand des idées deviennent mainstream, cela signifie qu’elles sont moins radicales, plus acceptées qu’avant et donc désormais adoptées, appréciées par une majorité de gens.
6. Confidentiel : ici, cet adjectif a son sens figuré de réservé à un petit groupe de personnes, connu par une petite minorité de gens. (qui sont en quelque sorte dans la confidence, c’est-à-dire qui savent que c’est bien.)
7. irriguer : ce qu’il dit n’est pas prononcé très clairement. On dirait qu’il y a téléscopage dans sa tête entre le verbe irriguer (amener de l’eau sur un territoire) et le verbe irradier. (resplendir de lumière, etc.)
8. ça n’avait plus rien à voir : ça avait complètement changé, au point qu’on ne reconnaissait plus ce qui avait été fait avant. C’était devenu totalement différent.
9. En gros : sans entrer dans les détails / pour résumer
10. Petit à petit = peu à peu. Pas de différence d’emploi entre les deux. On prononce souvent juste : p’tit à p’tit, en mangeant les syllabes et en faisant bien la liaison entre petit et à.
11. Quand on montait : quand on faisait le montage des images, du son, etc. pour un film, une vidéo. (Avant, il y a le tournage.)
12. Je ne me lasse pas de (faire quelque chose) : mon intérêt pour cette activité est toujours aussi grand qu’au début et je referai cette activité plus tard, sans lassitude.
13. Au tournage : pendant le tournage, pendant qu’on tournait le film / la vidéo.

Un peu plus de français : Cette musique-là, cette danse-là, cette vidéo-là, ou le problème des démonstratifs composés.
Je me suis rendu compte que ce n’était peut-être pas très simple ! Voici quelques pistes pour vous aider à savoir ce qui se dit et dans quel contexte :

– On peut bien sûr dire simplement : cette musique, cette danse, cette vidéo, avec juste un adjectif démonstratif. La nuance est infime. Rajouter met un peu plus en valeur ce dont on parle : c’est cette musique-là, pas une autre.
– ça marche aussi avec des noms masculins et des noms au pluriel : ce chorégraphe-là, ce cinéaste-là, ces danseurs-là.

Dans les expressions de temps, le sens de la phrase varie si on met , si on ne le met pas, si on met -ci:
ce jour-là : on ne peut jamais dire juste ce jour quand on évoque un jour dans le passé, ou dans le futur:
Je me souviens bien de ce que je faisais ce jour-là. (passé).
Je viens le 30. On se verra ce jour-là si tu veux. (avenir)
cette année-là. Si on dit juste cette année, il s’agit de l’année en cours, alors que cette année-là renvoie toujours au passé. C’est la même chose pour cette semaine-là et cette semaine.
Cette année-là, il a fait très chaud en été. Je m’en souviens très bien.C’était l’année de mes 16 ans.
Cette année, il a fait très chaud en août. (On est encore dans l’année en question.)
ce mois-là ne me semble pas aussi fréquent mais existe. Mais pour parler du mois en cours ou qui vient juste de commencer, on dit toujours : ce mois-ci.
Il a décidé de remettre au sport ce mois-ci.
cette fois-là : on évoque le passé. Cette fois-ci ou Cette fois : on évoque le présent ou un futur tout proche.
Tu te souviens, on avait eu un peu peur cette fois-là.
Bon, cette fois-ci, je vais faire attention.
Cette fois, je crois qu’on tient la solution.

A bientôt !
Et mettons de la beauté, de la générosité et de la gentillesse dans nos vies.

On y va ?


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Les programmes informatiques ne parlent pas bien français !
J’ai reçu ce message de Voyages-Sncf – devenu depuis peu Oui.Sncf – pour me rappeler que ce serait bien de m’évader, en train bien sûr, avec des suggestions. Direction Le Mans, Lyon, Rennes…

Apparemment, les informaticiens n’ont pas prévu que certains noms de villes commencent par LE. Le problème, c’est que la combinaison à + le se transforme en au. Avec les noms propres, c’est la même règle qu’avec les noms communs.

Donc Partez à Le Mans n’existe pas. Partez au Mans !
C’est la même chose avec Le Creusot, Le Tréport, Le Touquet, Le Havre, le Mont Saint Michel, Le Croisic, etc.
Partez au Creusot, au Tréport.
Allez au Touquet pour le weekend.
Installez-vous au Havre.
Passez la journée au Mont Saint Michel.
Prenez des vacances au Croisic.

C’est pas beau de mentir !

Grâce à une question de Svetlana qui « m’accompagne » sur ce blog depuis longtemps maintenant, j’ai découvert une émission humoristique où les enfants sont amenés à mentir ! Et à dire des gros mots. Cela donne des échanges plutôt drôles, avec des surprises. Et c’est bien d’écouter parler ces petits ! Certains réagissent avec beaucoup d’humour et répondent du tac au tac, avec un naturel désarmant. D’autres prennent les choses très au sérieux et trouvent injuste qu’on les accuse de mentir. (Cela met parfois un peu mal à l’aise, je trouve.)
J’ai regardé plusieurs de ces petites vidéos. Il y a l’embarras du choix ! Voici donc Louna, parce qu’elle fait des réponses un peu loufoques, parce qu’elle « trahit » sa maman qui est donc démasquée et parce qu’elle sait déjà la valeur des mots.
(J’ai repéré un ou deux autres épisodes, que je commenterai dans un autre billet. On a beaucoup à apprendre de ces petits !)

La vidéo est à regarder ici.

Voici aussi juste le son, mais c’est mieux de regarder les mimiques de chacun!
Détecteur de mensonges – Louna

Transcription :
– Bonjour mademoiselle.
– Bonjour.
– Ça va ?
– Hmm/
– Oui ? Comment t’appelles-tu ?
– Je m’appelle Louna.
– Je m’appelle Détective Benoît. Je te présente la Fée de la Vérité. Ça va ? Tu es contente d’être avec nous, Louna ?
– Oui.
– Alors, regarde, il y a un joli casque. Hop (1), sur la tête. En fait, à chaque fois que tu vas dire quelque chose, si tu dis quelque chose qui est pas vrai, il sonne. Est-ce que tu as un amoureux ?
– Non, je…
(sonnerie)
– Houp houp houp… (2)
– Tu as un amoureux ? (3)
– Oui.
– Ah ! Alors, comment il s’appelle, ton amoureux ?
– Il s’appelle Fernando.
– Ah !
– Et est-ce que tu vas te marier avec Fernando ?
– Oui, mais il peut pas.
– Mais tu vas te marier quand ?
– A 10 heures. (4)
– A dix heures ?
– Hmm.
– Et il est grand, ton amoureux, ou il est petit ?
– Il est grand et petit.
– Il mesure combien ?
– Il peut pas attraper des ballons.
– Il peut pas attraper des ballons ?
– Oui.
– Et quand il est grand, il mesure combien ?
– J’en sais rien. Il…
– Un mètre ? Deux mètres ?
– De quelle heure ? (5)
– Hein ? Ah, de quelle heure ?
– Oui.
– Eh bah dix mètres de huit heures. (6)
– Bah moi, j’aime bien manger des saucisses avec des légumes.
– Bah moi aussi, je trouve ça normal, surtout à huit heures moins dix mètres. Et c’est un légume, la saucisse ?
– Non. C’est…
(sonnerie)
– Ça pousse dans les arbres, les saucisses ?
– … Oui.
– Oui ? Comment ça s’appelle, l’arbre à saucisses ?
– Saucissier. (7)
– Un saucissier ?
– Oui. Et il y en a beaucoup dans le… dans ton jardin, des saucissiers ?
– Oui.
– Ça doit être très joli, un saucissier, non ?
– Oui.
– Et toi, parfois, tu dis des gros mots ? (8)
– Non, je dis : Punaise. (9)
(sonnerie)
– Tu dis des gros mots ?
– Non !
(sonnerie)
– Oh !
– C’est quoi le pire des gros mots ?
– Bah… C’est : Ta gueule ! (10)
– Ah, c’est pas mal !
– Oui, ta gueule, maman, elle dit ça.
– Ah, elle dit ça à qui ?
– Bah, aux monsieurs quand on est dans la voiture. Pour aller à l’école. Elle dit : Ta gueule !
– Et elle dit quoi encore ?
– Bah, elle dit : Je vais t’arracher les yeux, tête du cul ! (11)
– Ah ouais ! Et c’est bien de dire ça ?
– Non.
– Non ? Et tu lui as dit à maman que c’était pas bien de dire ça ?
– Euh… N[…] Oui.
– Oui ? Et qu’est-ce qu’elle dit ?
– Elle dit : Je vais t’arracher les yeux.
– Ah ouais ! D’accord. Elle aime bien arracher les yeux, ta maman.
– Bah oui.
– Est-ce que tu sais chanter des chansons ?
– Oui.
– Ouah !
– Tu veux bien me chanter une chanson, s’il te plaît ? Vas-y.
– Elle s’appelle : (?) (Elle chante)
– Bravo !
– Et c’est en français ou en anglais ?
– C’est en anglais.
– Et tu sais parler l’anglais ?
– Euh oui.
– C’est génial ! (12)
– Ça, c’est en anglais.
– Ça, c’est en anglais. Bah écoute, moi, je trouve que tu chantes très, très bien.
– Oui.
– Tu voudrais pas être chanteuse quand tu seras grande…
– Non, je voudrais être une star.
– Comme qui par exemple ?
– Bah, comme Les Winks / les Wings. (?)
– Comme les Wings.
– Oui.
– Bah évidemment. Bon, est-ce que tu t’es bien amusée avec nous ?
– Oui.
– Est-ce que tu penses que cette machine, c’est une vraie machine ou que c’est une machine qui est faite pour te faire dire des bêtises ?
– Bah c’est une bien. (13)
– D’accord. Merci beaucoup, mademoiselle. Au revoir. Tu viens me faire un bisou (15) quand même !

Quelques détails :
1. Hop : c’est une onomatopée, qui sert dans différentes situations. Ici, elle sert à accompagner un geste. (quand il met la passoire-casque sur la tête de Louna).
2. Houp houp houp : autre onomatopée, qui permet ici de « critiquer » la réponse de la petite fille. Cela signifie en quelque sorte : Attends, il y a un petit problème…
3. Un amoureux / une amoureuse : c’est souvent le nom employé entre les petits à propos des relations plus fortes qu’avec de simples amis, sous l’influence des adultes. Chez les petits, on entend aussi le nom : fiancé(e): Tu as un fiancé ?
4. A 10 heures : réponse plutôt surprenante évidemment ! Elle veut peut-être faire allusion à l’heure de la récréation du matin à l’école, pendant laquelle toutes ces histoires entre enfants se jouent. C’est mon interprétation !
5. De quelle heure : cette question est totalement inattendue ! Je ne sais vraiment pas ce que Louna veut dire.
6. Dix mètres : comme il est lui aussi un peu perdu pour suivre la logique de cet échange, il enchaîne de façon aussi peu rationnelle !
7. Un saucissier : pour inventer ce mot, elle a tout compris de la façon dont sont formés les vrais noms d’arbres. (Un prunier, un pommier, un poirier, un figuier, etc.)
8. un gros mot : un mot très impoli, vulgaire, ou une insulte.
9. Punaise : elle a tout compris aussi sur les niveaux de langue! Punaise est la façon plus polie de dire Putain, qu’on emploie pour réagir à une situation. (pour exprimer sa surprise, sa colère, sa déception, etc.) Il y a une sorte d’auto-censure car Putain est grossier, même si certains l’emploient très souvent.
10. Ta gueule ! : elle a raison, c’est une insulte vulgaire et agressive.
11. Tête de cul : je pense que c’est plutôt Tête de con, mais que Louna entend ça.
12. C’est génial = c’est super.
13. C’est une bien : cette phrase n’est pas correcte, mais elle veut dire que c’est une machine qui marche bien, une vraie machine.
14. Un bisou : c’est le mot plus familier synonyme de une bise. Les enfants l’emploient beaucoup parce qu’on l’emploie en général avec eux. Et ensuite, adulte, on l’emploie avec les amis proches, la famille.

A la fin d’un message, d’un mail : Bise(s) / Bisou(s) Bref rappel sur les nuances.
– Avec quelqu’un que vous connaissez plutôt bien, y compris un ou une collègue, on peut terminer un message, un mail par : Bise(s). Cela repose sur le fait qu’en France, on se fait assez facilement la bise pour se dire bonjour ou au revoir.
– Si vous ajoutez Grosse(s) bises, ça devient réservé à vos proches, à la famille.
– Bisous est plus familier, donc utilisé avec les amis proches et la famille. (Mais j’ai une collègue qui l’emploie avec certains d’entre nous.)
– Gros bisou(s): familier et affectueux, donc réservé à vos très proches.

Avec les gens que vous n’embrassez pas dans la vie, il faut utiliser autre chose bien sûr. Aujourd’hui, on lit beaucoup dans les mails:
Cordialement
– Bien cordialement.

Histoire personnelle: j’ai aussi choisi cette vidéo pour ce qu’elle dit de nos comportements au volant !
Vous ai-je déjà raconté l’histoire de mon plus jeune fils et des gros mots quand il jouait avec ses petites voitures ? Je ne sais plus ! Il faut que je vérifie avant de radoter !

Je vous laisse pour aujourd’hui.
A venir, pour d’autres partages avec vous :
– de la danse encore.
– deux BD
– deux ou trois livres que j’ai vraiment aimés
– des publicités
– du cinéma
– le féminin et le masculin
– le familier et le « normal », etc.
Du pain sur la planche donc ! A bientôt.

Sans voix

Ce poisson bleu se promenait dans Toulouse la rose il y a quelque temps. Poisson publicitaire pour un centre de remise en forme aquatique qui offrait des réductions sur ses tarifs. Et jeu de mots puisque pour montrer que cette offre valait vraiment la peine, ils avaient utilisé l’expression muet comme une carpe.

Une carpe est un poisson et comme chacun sait, les poissons ne parlent pas. Quand on est muet comme une carpe, on garde le silence, on ne veut pas parler, pour une raison ou une autre. Donc dans cette situation, c’est un peu bizarre quand même, même si le contexte aquatique explique la carpe !
Par exemple :
Quand ils l’ont interrogé sur son emploi du temps de la veille, il est resté muet comme une carpe.
A: C’est un secret. Tu sais garder les secrets?
B: Ne n’inquiète pas. Je serai muet comme une carpe
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En fait, ce qu’ils veulent dire, c’est plutôt que vous resterez sans voix à l’idée d’obtenir de telles réductions. Vous ne trouverez plus les mots tant les conditions d’inscription sont décrites comme particulièrement alléchantes. Et donc affaire à saisir ! De la pub, donc !

Etre sans voix ou rester sans voix : c’est, au sens figuré, lorsque quelque chose vous surprend tellement que vous ne savez plus quoi dire. Cela peut être un événement positif ou au contraire négatif. L’effet est le même.
Lorsqu’il l’a demandée en mariage, elle est d’abord restée sans voix. Puis elle a dit oui ! (Oui, oui, vous avez remarqué, 😉 difficile d’échapper aux annonces de fiançailles princières pour l’inspiration du moment…)
Lorsqu’il l’a accusée de n’exprimer que de la colère ou de la déception à son égard, elle est restée sans voix face à tant d’absurdité.
Alors là, je suis sans voix !

Lorsqu’on n’a vraiment plus de voix, au sens propre, c’est-à-dire quand aucun son ne sort de votre bouche, on dit qu’on a une extinction de voix, ou qu’on est aphone, ou encore qu’on n’a plus de voix. Il ne reste plus qu’à mettre ses cordes vocales au repos. C’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Je n’ai plus de voix du tout ! Donc je n’enregistrerai pas ces exemples. Dur métier de prof, parfois, en période de virus promeneurs ! On verra demain. Ou après-demain.

Des lacunes en légumes

Un peu d’humour, avec cette publicité pour une chaîne de supermarchés. (qui comme tous les vendeurs ne perd pas une occasion de tirer parti des tendances de notre société.)
En même temps, on voit qu’il y a un peu de travail à faire pour revenir à une alimentation moins industrielle ! Et que ça commence petit.
Et que c’est bien gentil de parler d’alimentation saine, si on continue à produire et vendre de la m*** et à servir ça dans la plupart des cantines de nos enfants !

Cette publicité est ici. (Avec un peu de chance, il n’y a pas de pub avant !)

Transcription
Eléphant.
Eléphant.
Et ça, qu’est-ce que c’est ?
Un crocrodile*. (1)
Un ninoré… Un ninocéros*. (2)
Et est-ce que vous connaissez ça ? Vous avez pas d’idées ?
Une asperge.
Non, un artichaut.
Ça peut être des oignons.
Ah ! Ça sent l’ail !
On le trouve où, ça ?
Dans les magasins.
Ça peut pousser où ?
Dans les arbres.
Et ça, c’est un concombre. Et ça, c’est un concombre.
Courgette.
Concombre.
Bah sinon, ça c’est grand, le concombre, et celui-là, il est petit.
Courgette ! C’est une courgette, voyons !
Bah oui, c’est un chou-fleur. J’ai envie de manger.
C’est un chou-fleur, ça ?
Oh mais… Oh mais c’est pas cuit.
Une asperge. Non.
Bah une asperge, c’est pas comme ça.
Vous connaissez les patates douces ?
Bah oui, c’est des patates. Douces. Ça, c’est pas doux, hein !
Ça, c’est quoi ?
C’est des frites.
C’est des frites ?
Ouais.
C’est du céleri.
Mais non !
Pour faire les frites, c’est avec de la patate (3) !
Ah, touche ! Ça, c’est une patate douce.
C’est de l’oignon.
C’est une courgette.
Ah, du poireau.
Je sais vraiment pas. Mais c’est très beau.
C’est un panais. Vous avez déjà entendu parler du panais ?
Non.
Jamais ?
A part le poisson pané. (4)

Quelques détails :
1. un crocrodile : beaucoup d’enfants ont du mal à dire un crocodile !
2. Un ninocéros : je n’avais jamais entendu ça pour dire un rhinocéros ! Très mignon.
3. Une patate : c’est l’autre mot qu’on emploie pour les pommes de terre. (un peu plus familier)
4. un panais / pané : il y a encore beaucoup de gens, sans parler des enfants, qui ne connaissent pas les panais. C’est redevenu à la mode assez récemment en fait. Evidemment, ce petit garçon rapporte ce mot à son expérience : il a mangé plus de poisson pané que de panais ! Mais dans beaucoup de régions, on ne prononce pas ces deux mots de la même façon. Le son « ai » n’est pas comme le « é » en fin de mot, sauf pour les gens du sud par exemple.

Ils sont marrants, ces petits ! Et pleins de fraîcheur.
Il faudrait juste qu’ils aillent plus souvent faire le marché avec leurs parents ou jardiner !

A propos du rôle des parents justement, il faut regarder la petite vidéo de Camille Lellouche, humoriste ! Je suis tombée dessus par hasard aujourd’hui. Heureuse coïncidence !
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C’est ici. Elle prend tous les rôles et c’est plus vrai que nature !

Transcription:
Ils ont fait une pub, tu sais, avec les gosses (1) qui doivent deviner différents légumes. Et donc tu as quelqu’un qui leur montre, tu vois, des courgettes, du céleri, etc. Et les mômes (1), ils connaissent rien, quoi ! Ils sont débiles (2) ! Vraiment, c’est des tebes (3) ! Mais la faute à qui ?
Toi, tu es parent. Tu regardes le casting, tu dis : « Alors on cherche abruti (4) qui connaît pas les légumes à 12 ans. » C’est bon, c’est mon fils !
Ça veut dire que toi, en tant que parent, tu sais que ton fils ne connaît pas les légumes. A cause de toi. Bah tu es un peu con, con (5), hein ! Ouais. C’est horrible, tu sais que ton fils est bête. Genre (6) dès que tu arrives, tu vois le directeur du casting : « Alors, il est vraiment stupide, mon fils ! Si il connaît les courgettes ? Ah non, il croit que c’est du chou-fleur. J’ai tout inversé… tout inversé à la naissance. Ouais ouais, c’est… il est complètement tebe, ouais. »
Pauvres enfants ! Il y a des parents, au niveau de la têtasse (7), vous êtes un peu… un peu cucul (8). Ouais. Je suis complètement dépitée (9). Merde, le môme, à un an, deux ans, fais-lui goûter, là ! Fais-lui des purées ! Normalement, à trois, quatre ans, le môme, si tu lui as montré un peu les légumes, tu vois, un peu le marché, les trucs, bah il reconnaît, quoi ! Pauvre gosse !
Je lui fais manger que de la merde (10), hein : Moi, c’est frites, patates ou rien, hein ! Et tout surgelé, congelé, ouais. Si je sais ce que c’est une courgette ? Ah non ! Non, non. C’est un féculent ?

Quelques explications :
1. les gosses / les mômes : les enfants. Môme est un peu plus familier que gosse.
2. débile : idiot, stupide. Traiter quelqu’un de débile est une insulte.
3. Tebé : c’est du verlan, c’est-à-dire les mots dits à l’envers. Ici, c’est donc le mot : bête, synonyme de débile, idiot, stupide.
4. Abruti : un abruti est quelqu’un qui est complètement stupide. C’est une insulte.
5. Con : stupide, idiot. Terme vulgaire.
6. Genre : on emploie ce mot pour donner un exemple de situation. (familier)
7. la têtasse : le tête. Ce mot n’existe pas, mais le fait de rajouter -asse au bout donne un côté péjoratif. Elle veut dire qu’ils n’ont pas de tête, pas d’intelligence.
8. Cucul : pas très intelligent. (familier) C’est comme dire : « con con » en fait, mais en moins vulgaire. A propos de « con con », le fait de répéter ce mot l’adoucit un tout petit peu. C’est un peu moins brutal de dire : Il est con con, que de dire : Il est con. On fait un peu la même chose avec : Il est bête et Il est bebête (un peu moins méchant).
9. Dépité : abattu, très déçu
10. de la merde : des choses pas bonnes du tout (vulgaire)

Ah, quand même !


– Tu as vu la taille de ce hêtre ?
– Ah, quand même !

Je n’avais jamais vraiment remarqué à quel point cette petite expression exprimait des choses différentes selon le contexte. Nous jonglons parfaitement avec et en comprenons les nuances sans hésitation, notamment dans nos conversations quotidiennes, en fonction du ton sur lequel on dit ces deux mots, surtout s’ils sont employés seuls. Voici donc un petit état des lieux, simplement descriptif, à travers des situations auxquelles j’ai pensé.

Tout d’abord, il y a une différence entre ces deux mots employés dans une phrase ou employés seuls, comme une exclamation.

1- Dans une phrase, c’est assez simple. C’est équivalent à : malgré tout, cependant, même si…

Quand même 1

Je sais que ce n’est pas lui qui décide. Je vais quand même lui demander s’il peut faire quelque chose pour nous aider.
Il avait mal démarré. Il est quand même arrivé troisième du marathon ! / Il est arrivé troisième quand même.
Elle a de gros soucis. Elle est toujours souriante quand même. / Elle est quand même toujours souriante.
Ne t’inquiète pas, on va y arriver quand même ! / On va quand même y arriver !
Merci quand même.
Ce n’est pas dangereux mais fais attention quand même.

Il arrive que dans une phrase, en fonction du ton employé, il y ait une nuance différente. Il y a une très légère pause entre quand même et le reste de la phrase. C’est presque la même idée que précédemment, mais c’est comme si on donnait son avis, pour apporter une modulation à ce qui a été dit juste avant.

Quand même 2

Elle est polie, quand même. Quand même, elle est polie.
Je suis d’accord avec toi, il y a des problèmes avec elle, mais on doit reconnaître qu’elle est polie.

Quand même, il est gentil. / Il est gentil, quand même.
Je suis d’accord avec toi, il a fait quelque chose de déplaisant, mais dans le fond, il est gentil.

Il est fatigant, quand même. / Quand même, il est fatigant.
Je suis d’accord avec toi, il fait du bon travail mais reconnais qu’il est également fatigant.

On peut aussi exprimer une critique, avec un ton agacé:

Quand même3

Tu pourrais faire un effort quand même !
Tu ne vas pas rester sans rien faire quand même !

2- Dans la langue familière, on emploie souvent juste l’expression, comme une exclamation, pour réagir à ce qui se passe ou à ce que quelqu’un a dit. Le ton est très important. Voici un petit catalogue de toutes les nuances auxquelles j’ai pensé:

la surprise ou l’admiration ou le fait qu’on est impressionné:

Quand même 4

R: Nous avons eu -20 la nuit dernière.
A: Ah, quand même !
( = impressionnant, je n’aurais pas cru qu’il avait fait si froid.)

R: Tu sais, il ne leur reste que 10 euros à la fin du mois.
A: Ah, quand même !
(= Je ne pensais pas qu’ils avaient de telles difficultés financières.)

l’incrédulité : cela ne paraît pas possible.

Quand même 5

R: Il ne veut plus voir ses parents.
A: Oh, quand même !
( = Tu exagères, ou il exagère.)

R: Arrivés à la fac, ils ne savent toujours pas les verbes irréguliers.
A: Oh, quand même !

R: Regarde, j’ai terminé ! Tu vois, je t’avais dit que j’y arriverais.
A: Quand même, je te jure !
(avec une petite nuance attendrie souvent)

Une sorte de protestation :

Quand même 6

R: C’est sympa d’avoir pensé à mon anniversaire.
A: Bah quand même !
( = Je n’allais quand même pas oublier!)

R: Merci pour votre aide.
A: Bah quand même !
( = C’est la moindre des choses.)

On l’emploie aussi quand quelqu’un finit par faire quelque chose mais en retard. C’est comme si on disait : Ah, enfin !

Quand même 6

R: Voici mon rapport.
A: Ah, quand même !
(Il peut y avoir une nuance ironique, ou de soulagement)

R: Les voilà ! On va pouvoir passer à table.
A: Ah, quand même !

Voilà. Cela ressemble plutôt à un catalogue. J’espère que c’est assez clair quand même 😉 et que cela rendra service à certains d’entre vous. Merci à Marcos Antonio et Edelweiss qui m’avaient posé la question de ces nuances. Il y aurait sûrement d’autres choses à dire sur la place de ces mots dans les phrases, puisqu’il y a des déplacements possibles. Je vous laisse observer ça dans ce que vous lisez ou écoutez !

Et si vous avez d’autres exemples, d’autres nuances (ou des questions), laissez un commentaire ! A bientôt.

Le sens de la répartie

Une comédie, avec pour cadre un mariage et ses préparatifs. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu et apparemment – je ne l’ai pas vu – c’est un tourbillon mené tambour battant. En tout cas, la bande annonce va vite ! Voici Le Sens de la fête, pour commencer la semaine avec légèreté !
Et avec Jean-Pierre Bacri, ce qui ne se refuse pas.

Voici la bande annonce en cliquant ici.

Transcription
– Je vous le redis, là, une bonne fois pour toutes (1), on est dans un château du 17è siècle. Donc on est forcément limité en puissance électrique. A l’époque, ils avaient pas prévu les ponts de lumières et les sonos de 4 000 W. Bon, donc on ne tire pas tous ensemble sur les lignes. On se coordonne, on échange, hein, on partage. Bon, puis pour finir, j’aimerais bien qu’on évite les tensions.
– Tu es bouché (2) ou quoi ! Tu es dans le passage (3) ! Tu vois bien que tu gênes !
– On garde son calme.
– Mais toi, tu vas me regarder ! Mais vas-y, viens, mais je t’attends !
– Ça te va pas d’être vulgaire.
– Eh, me casse pas les couilles ! (4)
– Votre comportement, votre politesse, c’est la vitrine de la réception.
– Non, non, je veux personne dans le champ (5) . Regarde, il y a une vieille dans le champ.
– La vieille, c’est ma mère, hein.
– Je vous ai dit que je voulais un truc sobre, chic et élégant.
– Oui, c’est complètement l’esprit. (6)
– Ce soir, c’est une soirée agréable qui nous attend, une soirée chic et sobre, et hop, et hop ! Aouh !
– Il me fait peur (7), lui , là !
– Je veux voir toutes les mains en l’air. Tout le monde, les mains en l’air ! Everybody !
– Dis-moi…
– Je peux vous faire apparaître un truc énorme. Alors, c’est pas un oiseau, mais c’est de la famille des volatiles (8). Attention, trois, deux, un… Un poulet (9) !
– On a un client important qui nous a fait confiance, hein, pour qu’on lui organise un mariage clé en mains.
– Je vais vous préciser quand même que je suis pas un grand orateur.
– Eh bah, ferme ta gueule (10), alors ! Ça sera plus simple.
– Donc je compte sur vous pour que ce soit particulièrement… on fasse une belle soirée.
– Excuse-moi, tu prends le plateau, là, faut que j’aille dans la cuisine.
– Comment ?
– Ah, pardon !
– Samy, tu es sûr de toi, là, pour les feux d’artifice ?
– Qu’est-ce que je vous ai dit ? J’ai dit on se coordonne. Il y a personne qui comprend que je joue ma vie, moi ? A chaque soirée, je joue ma vie !
– Quel moment magnifique !
– Les gars, là, ce soir, qui n’est pas déclaré (11) ?
– Ne levez pas la main comme ça. Levez la main juste comme ça. Voilà, le maximum.
Ah oui, quand même… (12)

Quelques explications :
1. une bonne fois pour toutes : cette expression indique que c’est la dernière fois, qu’on ne veut pas avoir à redire ou demander quelque chose par exemple. Par exemple : Une bonne fois pour toutes, tu peux arriver à l’heure ? / Je lui ai expliqué une bonne fois pour toutes ce qu’il doit faire. J’espère qu’il a compris.
2. Tu es bouché : tu es stupide, tu ne comprends rien. (familier)
3. être dans le passage : être là où les gens passent, donc gêner. Il faut donc se pousser pour laisser passer les gens.
4. Ne me casse pas les couilles ! : Ne m’énerve pas. (vulgaire) La version plus « polie », mais familière quand même = Ne me casse pas les pieds.
5. Dans le champ : dans le champ de l’appareil photo, dans ce que cadre l’objectif de l’appareil photo.
6. C’est dans l’esprit : cela signifie que cela correspond à ce qui est attendu, à l’atmosphère qui est souhaitée par le marié.
7. Il me fait peur, lui ! : Il m’inquiète. Le marié n’a pas confiance du tout !
8. Un volatile : un oiseau.
9. Un poulet : en argot, c’est un policier, d’où le jeu de mots.
10. Ferme ta gueule : Tais-toi. (vulgaire et donc agressif)
11. ne pas être déclaré : une personne non déclarée travaille au noir.
12. Ah oui, quand même : il se rend compte que finalement, beaucoup travaillent au noir. C’est ce qu’on dit quand on comprend que quelque chose dépasse vraiment ce à quoi on s’attendait. (avec l’idée que c’est négatif, excessif, pas dans la norme, etc.)

Et un autre extrait
Cliquez ici pour regarder.

Transcription :
– Là, il nous manque un serveur.
– Bah, c’est ce que je me suis dit. Donc j’ai appelé quelqu’un pour le remplacer.
– Bon, mais dis-moi quand il est là, que je le vois (1).
– Surtout, tu te démontes pas (2), d’accord ? Parce que j’ai dit que tu avais de l’expérience, OK ?
– Vous savez découper une sole, un loup ?
– Un loup ?
– Bah un turbot.
– J’ai des notions de mécanique mais…
– […] tu connais rien, tu sais même pas que le turbot, c’est du poisson !
– Ah ouais. Parce que je me disais, quel rapport avec serveur ?
– Bah, c’est comme la sole et le loup, c’est un poisson.
– Le loup, c’est un poisson ?
– Faut aller chercher les chèvres (3) dans le camion.
– Il y a des chèvres dans le camion ?
– Ah, va me chercher des flûtes. (4)
– Des flûtes ?
– Tu fais quoi, là ?
– Il y a que ça comme flûtes ?
– Tu viens avec moi ?
– Non mais souvent, on a des problèmes, on les comprend pas, vos textos  (5)!
– Bah pas du tout, je suis pas…
– Tenez, regardez, si vous voulez.
– Pourquoi il (6) a écrit ça ?
– Bah l’autre jour, vous m’avez envoyé : Merci Seb (7) pour ton gentil massage (8).
– Tu vois, c’est… Voilà, c’est ce putain (9) de correcteur !
– En plus, je trouve pas les ponctuations (10). Je me retrouve avec des… des trucs débiles (11), là, ces ronds jaunes, qui tirent la langue, avec des lunettes de soleil.
C’est des smileys, ça.
Ouais, voilà, les… ça, là, oui.
Dès que la surprise du marié est terminée, on envoie. D’ailleurs, garde un peu ton portable à la main. Comme ça, moi je t’appelle et je te dis Go.
Ou juste un texto, hein.
– Non !
– C’est trop risqué.
– Eh oui, voilà, bien sûr, bien sûr, d’accord.
– Vous aviez reçu mon texto ?
– Ah oui, mais je vous avais répondu d’ailleurs.
– Oui, vous m’avez écrit : Dès que vous arrivez, vous me demandez, et puis je viendrai vous lécher (12) tout de suite.
– Non !
– Si !
– Oh, putain, quelle catastrophe ! Ça, c’est mon correcteur.
– Ah, c’est ce que j’ai pensé, comme on se connaît pas bien…
– Mais non, on se connaît pas bien.

Quelques explications :
1. que je le vois : pour que je le vois. (tournure orale)
2. se démonter : se laisser perturber par quelque chose et donc ne plus savoir quoi dire ou faire. (familier)
3. un chèvre : un fromage de chèvre. ( Ne pas confondre avec l’animal : une chèvre)
4. une flûte : un verre dans lequel on boit le champagne.
5. Un texto : un SMS.
6. Il : son téléphone
7. Seb : diminutif de Sébastien
8. massage : il voulait bien sûr taper message.
9. Ce putain de correcteur : très familier, voire vulgaire.
10. Les ponctuations : on dit plutôt : les signes de ponctuation ( les points, les virgules, les points d’interrogation, etc.)
11. débile : idiot, complètement stupide
12. lécher : il voulait taper le verbe chercher. (Humour léger !)

Jean-Pierre Bacri encore, dans un autre film dont j’avais parlé, ici et dans un autre billet ici.

Le paradis à pied

Encore une fois, j’ai regardé un documentaire de façon imprévue. Ce n’est presque jamais moi qui allume la télé mais le hasard fait bien les choses et je découvre des émissions ou des films auxquels en général, je ne m’attendais pas.

Trois ingrédients m’ont fait le regarder jusqu’à la fin :
– Tahiti, mais pas sur les plages.
– Des marcheurs, heureux d’être dans cette nature magnifique qui est leur terre.
– Et leur accent tahitien, qui ralentit la cadence des phrases et adoucit tous les R. Ecoutez leurs R !

Et j’ai pensé au commentaire laissé à la suite de mon billet précédent par Elena à propos de son accent. Finalement, je me demande où est la frontière entre ce que j’avais appelé un accent étranger et tous les autres accents français si variés !

Ce documentaire est à regarder pendant encore deux ou trois jours. Cliquez ici.

Faites vite si vous voulez (et pouvez) le voir !

On y découvre Tahiti autrement. Avec des oranges perchées dans la montagne !
C’était beau.

* Mise à jour : Merci à Meelis qui a donné le lien pour regarder ce documentaire ici aussi !

En voici un petit aperçu sonore:

Le paradis en marchant

Transcription
J’ai découvert mon pays et depuis, je suis tombée amoureuse des randonnées. La plupart des Polynésiens pensent que c’est difficile, faut être super sportif. Mais non ! Moi, j’y arrive (1), donc tout le monde peut y arriver.

Je pense que des fois, ils voient des photos d’ici et ils posent la question : Où c’est ? C’est où, cet endroit ? Et nous, on répond : C’est à M[…], chez toi. Mais c’est au fond dans la vallée. Et eux, ils sont surpris : Ah OK, c’est juste là en haut ! Je dis : Ouais, mais après, faut aller (2), faut vouloir aller aussi.

– J’ai pas envie de passer mes journées devant un ordinateur, être secrétaire, et tout (3). Je préfère être dans mon bureau, la nature. Tu vois cette forêt de bambous, là ? En plus, avec vue de la cascade et tout, ça, c’est formidable (4) ! Tu n’as pas le téléphone qui sonne, tu n’as pas le stress de l’ordinateur à répondre, et tout, quoi !
– C’est un plaisir ?
– Un grand plaisir. Tu es pas content d’être ici, toi ? C’est une randonnée familiale, et puis des enfants à partir de cinq ans, six ans, ils suivent tranquillement les parents, même il y en a qui sont dans les porte-bébés et tout, hein. Et ce qu’ils recherchent, c’est que il faut qu’il y ait une baignade (5) à la fin. Voilà, c’est surtout ça. Nous, on se baigne tout le temps. C’est… peu importe dans la journée (6) et tout, il faut qu’on se baigne à chaque fois, matin, midi, soir s’il le faut.

Non, j’ai pas de façon de marcher. C’est simplement qu’il faut pas oublier d’expirer le plus possible pour expulser les toxines et le gaz carbonique. Sinon, j’ai pas de marche particulière. Je peine (7) comme tout le monde, hein ! Oh, c’est dur ! (8)

– En compagnie des… du groupe, c’est sympa.
– Et bon, un bon moyen de découvrir…
– La nature.
– … Votre pays.
– C’est… Faut pas le dire ! Et la plupart du temps, nos guides (9), ce sont des popa’a.
– Des Popa’a, c’est… ?
– Pour nous, popa’a, c’est… bah c’est vous ! Nos guides, ce sont des popa’a (10). Honte à nous ! C’est eux qui nous font découvrir nos vallées. C’est un comble (11), hein !
– Et c’est pas bien, ça ?
– Non ! Bah non, c’est pas bien !
– Peu importe qui…
– Il faut que ce soit les Tahitiens qui nous font (12) découvrir les vallées !
– Oui, mais…

La joie de…, on se sent bien. On est légère, on pense à rien. Voilà. On admire et c’est tout. C’est ça, hein ? C’est ça.
On ne peut pas être insensible à tout ce qui nous entoure. C’est trop beau, c’est trop magnifique ! On est au paradis. On est au paradis.

Quelques explications :
1. J’y arrive : je réussis à faire ce que j’ai entrepris, j’en suis capable.Pour encourager quelqu’un par exemple, on peut lui dire : Mais oui, tu vas y arriver ! Si on a des doutes sur ses chances de succès, on peut dire: J’ai peur de ne pas y arriver.
2. Faut aller : ce serait mieux de dire : Il faut y aller. (Y remplace le mot vallée.)
3. et tout : c’est de l’oral, pour indiquer qu’on pourrait donner plus de détails.
4. C’est formidable : c’est super (plus familier) / c’est merveilleux.
5. Une baignade : le fait de se baigner. C’est aussi un endroit où il est possible de se baigner.
6. Peu importe dans la journée : peu importe quand. Le moment n’a pas d’importance.
7. Peiner : avoir du mal à faire quelque chose. Cela peut être physique ou intellectuel. Par exemple, on peut peiner sur un exercice de français.
8. C’est dur : c’est difficile.
9. un guide : celui ou celle qui emmène d’autres personnes en randonnée.
10. Un popa’a : un étranger, en tahitien. Ici, ce sont les Français venus de métropole dans ce département d’outre-mer.
11. C’est un comble : ça ne paraît pas croyable et il y a une sorte de paradoxe : ce sont les popa’a, les étrangers, ceux qui ne sont pas vraiment de Tahiti qui connaissent ces vallées et guident les Tahitiens.
12. qui nous font : normalement il faudrait dire : qui nous fassent (au subjonctif)

Temps estival

Il avait fait frais en septembre sur une grande partie de la France. Alors quand les températures remontent comme en été, surtout si ça se produit pendant le weekend et dans toutes les régions, les journalistes en parlent à la radio et à la télé ! Un peu de légèreté fait du bien aussi. Ce matin, on pouvait entendre aux infos le témoignage de deux étudiants installés à Marseille depuis peu et qui apprécient cette belle arrière-saison. Profitons !

L’été en octobre

Transcription:
En fait, c’est un peu bizarre parce que en septembre, il faisait froid et là, il fait chaud. Du coup, je comprends pas trop (1) ! J’aimerais bien aller à la plage, profiter un peu mais faut (2) quand même aller en cours. C’est important !

Moi, je viens de la banlieue de Paris, donc ça m’a vraiment changé de venir ici et voir le soleil tous les matins, ça met vraiment le baume au cœur (3). Et donc moi, j’ai tendance à être un peu déprimé quand il pleut, etc. Mais généralement, je me lève beaucoup plus facilement le matin.

Quelques détails :
1. Je comprends pas trop : nous employons souvent « pas trop » à la place de « pas très bien » ou de « vraiment ».
2. faut = il faut (style oral)
3. ça m’a vraiment changé = ça a été un vrai changement pour lui. De façon familière, on dit souvent : ça me change. (= c’est une nouvelle situation pour moi, qui contraste avec avant).
Par exemple : Tu ne vas plus travailler de nuit. Ça va te changer !
4. ça met le baume au cœur : normalement, on dit : ça met du baume au cœur. Cela signifie que ce qui nous arrive, ou ce que quelqu’un nous dit ou fait nous console, nous réconforte, nous fait du bien.
Par exemple : Quand on voit cet élan de solidarité, ça met du baume au cœur.

A propos du français  :
Le premier étudiant vient du Brésil. Son français oral est parfait, dans un contexte ordinaire :
– Il emploie des négations incomplètes : Je comprends pas trop au lieu de Je ne comprends pas trop trop.
– Il emploie , comme nous le faisons très souvent oralement, sans que ce mot ait son sens premier strictement géographique.
– Il omet Il dans Faut aller en cours.
– Il emploie Du coup, très fréquent à l’oral.

Il a juste un très, très léger accent sur certains sons qui nous indique que le français n’est pas sa langue maternelle. Mais c’est infime !
– il faisait. On prononce la première syllabe « fe ».
– un peu

J’ai déjà parlé d’autres accents étrangers ici et ici ou encore ici. Admiration pour tous ceux qui parlent notre langue dans le monde !

Auto-portrait dans l’auto

Je suis tombée sur cette campagne de prévention sur le danger des selfies au volant. 😦
C’est l’occasion de se retrouver une fois de plus confronté à la force de cet appareil qui a envahi nos vies au point qu’il faille diffuser ce genre de message. Et bien sûr, c’est aussi l’occasion de parler du français et de la prononciation de notre langue. Et donc de remettre en route mon blog, quelque peu délaissé ces derniers mois ! Etes-vous toujours là ? J’espère !

Ceux qui ont rédigé ce message jouent avec les mots, pour lui donner la force d’un slogan facile à retenir: L’auto-portrait, oui. Dans l’auto, non.
J’avais presque oublié le mot auto-portrait, à force d’entendre le mot selfie en permanence. C’est vrai que selfie ne désigne que les auto-portraits pris avec un téléphone portable.
Et nous n’employons presque jamais le mot auto dans la vie quotidienne : nous n’achetons pas une auto (ni une automobile) mais une voiture. Nous avons des petites ou des grosses voitures. Certaines villes essaient de limiter la place de la voiture. Nous nous déplaçons en voiture. Jamais en auto. (En revanche, on peut aller au Salon de l’Automobile, pas de la voiture.)

.
La vidéo est à regarder ici.

Transcription:
Allez !
Toi, ça va !
Oh, selfie !
[…] les gars !
Attention !

.
Près de 7 jeunes sur 10 ont déjà pris un selfie en conduisant.
Malgré les apparences, le danger est bien réel.
Ne laissez pas ce selfie être le dernier.
La route ! La route !

Par curiosité, j’ai mis les sous-titres en regardant la vidéo. Cherchez l’erreur ! Ou plutôt les erreurs.

Première erreur :


– Le système automatique ne reconnaît pas le mot selfie, qui pourtant fait partie du langage de tous désormais, et le transforme en sale fille ! (et en plus avec un devant, incompatible avec le mot fille.)
Ou encore en ce qu’elle fit, ce qui serait vraiment très bizarre puisqu’il s’agit du passé simple du verbe faire, employé aujourd’hui seulement à l’écrit.

Deuxième erreur :

– Il n’entend pas tous les mots, comme le verbe être, oublié ici, sans doute à cause du mot qui précède: le danger est bien réel. C’est vrai que lorsque nous parlons, les deux sons (-er et est) s’enchaînent en général sans pause entre les deux mots.

Ecoutez la différence (infime) lorsqu’il y a une toute petite coupure entre les mots ou pas:

.

Troisième erreur :

– Il ne perçoit pas la différence entre est et être: Ne laissez pas ce [selfie] être le dernier. (et non pas est). Bref, il ne connaît pas la grammaire bien sûr. Et il se laisse tromper par un accent très courant dans la majorité des régions de France.
Peut-être se débrouillerait-il mieux avec un accent du sud, dans lequel toutes les syllabes sont prononcées plus distinctement.

Ecoutez la petite différence:

.

Les deux dernières erreurs :

– Il entend aptitude au lieu d’attitude.
– Il ne transcrit pas correctement le slogan et confond Donnons et d’un nom, contrairement à une oreille française qui entend bien la différence et sait aussi décider ce qui a du sens ou pas.

Bonne journée ! Et gardez bien les yeux sur la route.

Pour écouter ou ré-écouter comment nous « mangeons » les syllabes et les mots, c’est ici.

Brindezingues !

Mon coup de coeur de ces dernières semaines ! Et je vais garder ce livre précieusement, pour ne plus quitter Nathalie et Eugène, les deux enfants / adolescents imaginés par Véronique Ovaldé et dessinés par Joann Sfar. Ce n’est pas une BD, mais une histoire qui naît des mots vivants, poétiques et drôles de l’écrivaine et des illustrations imaginées à partir du texte par le dessinateur. Vous savez, pour les moins jeunes d’entre nous, comme ces livres qu’on lisait enfant, où il y avait au détour des pages couvertes de mots quelques dessins qui tout à coup donnaient vie à ces histoires. (Mais là, il y a beaucoup plus de dessins, dans lesquels on peut se plonger pour regarder une multitude de détails.)

Donc c’est une histoire que j’ai trouvée formidable, très joliment racontée, où s’entremêlent les voix de la jeune et fantasque Nathalie, du timide mais valeureux Eugène, de la mère de Nathalie, des voisines, des parents d’Eugène, d’autres personnages, avec posés par dessus toute cette vie, les commentaires de la narratrice / Véronique Ovaldé. Les dernières lignes de l’avant-dernier chapitre sont très belles, je trouve. Et le dernier chapitre nous prend par surprise et dit toute l’ambiguïté de la vie, avec des mots très simples. (Je ne vous en dis pas plus, pour vous laisser le plaisir de la découverte!) C’est beau, dense et profond, l’air de rien. Un vrai cadeau. Je n’avais pas envie que ça se termine. (Remarquez, on a le temps de partager leur vie, au fil des 150 pages de ce drôle de grand livre.)

Et voici des extraits d’une émission où les deux auteurs, qu’on sent très complices, parlaient de leur travail pour donner vie à cette histoire. Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu le mot « brindezingue » dans la bouche de quelqu’un ! (Les mots d’argot, ça va, ça vient.)

A cause de la vie Ovaldé Sfar

Transcription
– Je me suis dit : Mais en fait, ça va être vraiment quelque chose pour nous, pour lui et moi, vraiment un univers où il y a en effet des très jeunes gens, un peu… un peu inadaptés, et je crois que ça nous allait plutôt bien (1). J’imagine que tu étais un jeune garçon pas totalement adapté !
– Il vous ressemble un petit peu, ce Eugène, à la fois timide et qui tout à coup, parce qu’une jeune fille s’intéresse à lui et lui fixe des défis absolument improbables, parce qu’elle est quand même très, très culottée (2), hein, elle lui fait faire des choses… !
– Ce qui est beau, c’est que Véronique a écrit un vrai conte de chevalerie. C’est un jeune homme qui fait tout pour une femme, et puis on verra si il l’a ou pas à la fin, et ça se passe dans notre arrondissement (3), ça se passe dans le dix-huitième arrondissement parisien. Ça, je trouve ça formidable. Moi, comme beaucoup de gens de ma génération, je suis venu à la littérature par Quentin Blake et Roald Dahl et je savais pas à l’époque (4) qu’il y avait un écrivain et un dessinateur, le livre m’arrivait comme ça. Et en lisant le texte de Véronique, j’ai découvert quelque chose qui pour moi était de cet acabit (5), c’est-à-dire que ça s’adresse à tout le monde, puisque ça tape au cœur, puisque c’est émouvant. J’arrive pas à dire si ce livre est joyeux ou s’il est triste, je sais qu’en le lisant, j’ai pleuré. Et… Enfin, en même temps, je suis une énorme éponge, moi, je pleure tout le temps, mais là, c’était de bonnes larmes, si tu veux. Et j’ai fait ce que m’a appris Quentin Blake, j’ai dessiné le personnage, je lui ai demandé si ça lui allait, et après, je suis parti avec le texte et j’ai… Je vois ses phrases, je vois ce qu’elle raconte et on m’a fait l’amitié de me laisser autant de place que je voudrais. C’est en ça que ce livre est un peu atypique, c’est si parfois je veux dilater une petite phrase ou la redire, c’était autorisé. Après je me rends pas compte, j’éprouve un truc, je le dessine et si ça… si ça se communique, tant mieux. (6)
– Oui, parfois même la modifier : il y a le texte, très réussi de Véronique Ovaldé, et puis j’ai remarqué qu’à deux-trois reprises (7), vous prenez une ou deux libertés (8)– vous rajoutez une petite phrase, un sentiment, vous vous appropriez vraiment le texte de Véronique. Vous diriez que c’est un roman ? Un conte ?
– Je sais pas. J’aime bien quand tu dis roman de chevalerie. J’aime assez cette idée, je trouve que c’est assez juste. Roman de chevalerie qui se passe dans un vieil immeuble parisien à ce moment… finalement, les années 80, c’est juste après le vieux Paname (9), et juste avant que ça devienne Paris, dans un vieil immeuble, avec ces deux gamins qui sont à l’orée (10) aussi de l’âge adulte, cette métamorphose-là, métamorphose de Paris, de notre dix-huitième qu’on connaît si bien, et puis de… ce moment de transformation terrible où vous passez de… bah je sais pas, d’une espèce d’enfance un peu solaire, de ce… voilà, et puis, vous allez passer de l’autre côté. Donc c’est un moment un peu dangereux, un peu particulier, vous êtes pas toujours très content de passer ce moment d’adolescence, et il y avait tout ça à la fois dans ce… dans cette histoire. Alors pour moi, c’est une histoire un peu initiatique aussi, hein. Et une histoire d’amour.
– Je trouve que quand on lit tous les défis que la jeune fille lance au garçon, qui est amoureux d’elle, on se dit qu’on aurait aimé avoir une enfance comme ça. Et que chacun… chaque garçon aimerait avoir une fille comme ça, qui lui lance des défis de plus en plus difficiles et qu’il faut chaque fois réussir pour qu’elle continue à s’intéresser à lui, et ça, c’est sublime  !
– Est-ce que c’est pas ça, finalement, être romancière, Véronique Ovaldé : écrire pour réparer le passé, pour qu’advienne enfin ce qu’on aurait tellement aimé faire ?
Tout à l’heure, il disait quelque chose de merveilleusement juste, Romain Gary, quand il disait : Je… Quand j’écris, je veux vivre d’autres vies que la mienne. C’est… Alors, je pense qu’en fait, moi, je… dans ce genre de livre, je vis aussi d’autres enfances que la mienne. Donc je… C’est une espèce d’enfance fantasmée quand même de cette petite (11). Alors, le garçon, vous disiez, Monsieur Pivot, en fait le garçon qui voudrait… Tous les garçons aimeraient bien avoir une jeune fille un peu… un peu folle, brindezingue (12), un peu sauvage ,comme ça, un personnage romanesque (13) qui habite en-dessous de chez soi pour… et puis, qui nous lance des défis et qui nous donne des missions à remplir, bien sûr. Mais aussi, moi, j’aurais adoré être une jeune personne aussi libre que cette gamine, qui a onze, douze ans, qui a onze ans, par là, dans ces eaux-là (14), et qui en même temps, est en effet d’une liberté totale. Elle est… Elle ne va pas à l’école parce que ça ne l’intéresse pas. Elle vit seule avec sa mère, elles vivent dans des cartons (15) parce que les cartons n’ont jamais été ouverts, et elles sont… Et… Et puis elle vit dans un monde imaginaire qui est encore très, très proche de l’enfance. C’est ça que je trouve très beau, c’est ces moments… ce moment où en fait, on est encore avec les oripeaux (16) de l’enfance et puis, bah il va falloir passer de l’autre côté. Et puis là, ils sont… Ils ont pas envie tellement d’y aller, pour le moment.
– C’est un livre remarquable également sur… Il pose beaucoup de questions – c’est pour ça que c’est un bon livre – sur l’âge adulte aussi, quand on se retourne vers l’adolescent un petit peu mélancolique ou fou furieux que l’on pouvait être. Est-ce que c’est une bonne idée, Véronique Ovaldé, vingt-cinq ans plus tard de remettre ses pas dans ceux qui furent les nôtres lorsque nous étions adolescents, de chercher à revoir un premier amour, de chercher à revoir une sensation ?
– Ah non ! Je pense que c’est une très, très mauvaise idée, moi, j’en suis assez convaincue ! Alors moi, je suis… Je suis quelqu’un d’extrêmement mélancolique et en même temps d’un peu brindezingue comme cette jeune fille mais je suis absolument pas nostalgique. Ça n’existe pas, la nostalgie. Donc quand j’écris quelque chose qui se passe en 84, j’ai besoin de… Je réactive quelque chose qui me plaisait de ce moment-là – donc la musique.. J’adore en fait ce que tu as mis sur les murs, tu sais, les affiches qu’il y a sur les murs dans la chambre de la gamine. Moi, j’en parle pas. Joann, il met des affiches partout, sur tous… sur chaque mur – donc il y a Beetle juice, il y a plein de trucs qu’elle écoute, et du coup, qu’elle met, qu’elle affiche. Donc moi, j’ai beaucoup de mal avec le fait de retourner en arrière. C’est quand même… En fait, j’adore la réinventer. J’adore l’invention des choses. Donc moi, je réinvente les choses. Donc moi, j’irais jamais… j’irais jamais faire des pèlerinages sur les lieux… les lieux de mon enfance. Ça me viendrait pas à l’esprit ! (17)

Des explications :
1. ça nous allait bien = ça nous convenait bien / ça nous correspondait bien.
2. Être culotté : c’est avoir du culot, c’est-à-dire oser faire des choses interdites, défier les interdits. (familier)
3. un arrondissement : Paris, Lyon et Marseille sont divisées en arrondissements. A Paris, il y en a vingt. Si un Parisien dit par exemple : c’est dans le 15è / j’habite dans le 18è, tout le monde comprend qu’il parle du quinzième ou du dix-huitième arrondissement.
4. À l’époque = à ce moment-là (pour parler d’une période qu’on présente comme déjà un peu lointaine)
5. de cet acabit : de ce genre-là (familier)
6. tant mieux : cette expression signifie que c’est bien et qu’on est content de la situation.
7. À deux, trois reprises : deux ou trois fois
8. prendre des libertés : par exemple, prendre des libertés par rapport au texte d’origine signifie qu’on ne reste pas totalement fidèle au texte. On peut aussi prendre des libertés par rapport à un règlement.
9. Paname : c’est le surnom en argot de Paris, qui renvoie à l’image d’un Paris traditionnel, avant tous les changements de notre époque en quelque sorte.
10. À l’orée de : au début de… ( au sens premier du terme, il s’agit de l’orée de la forêt, c’est-à-dire là où commence la forêt, d’où son sens figuré.)
11. Cette petite : cette enfant
12. brindezingue : un peu folle (argot). On n’entend plus ce terme très souvent.
13. Romanesque : comme dans un roman. Ce terme évoque l’idée d’aventure, de vie pas ordinaire. On peut l’employer à propos d’une histoire ou de la vie de quelqu’un par exemple, mais aussi à propos d’une personne.
14. Par là / dans ces eaux-là : ces deux expressions familières signifient la même chose : environ, à peu près (à propos d’un chiffre, d’une quantité, d’une somme d’argent par exemple ou de l’âge de quelqu’un comme ici)
15. elles vivent dans des cartons = elles vivent au milieu des cartons (de déménagement) dans leur appartement.
16. des oripeaux : des vêtements, en général usés et dont on devrait donc se débarrasser. (Ce mot est toujours au pluriel.)
17. ça ne me viendrait pas à l’esprit : je ne peux absolument pas avoir cette idée, je ne peux absolument pas faire ça, ça m’est totalement étranger. On dit aussi : ça ne me viendrait pas à l’idée.

La vidéo entière, extraite elle-même de l’émission de télévision La Grande Librairie, est à regarder ici.

A ne manquer sous aucun prétexte

Je ne devais pas me trouver à Privas ce jour-là. Je n’avais pas de place pour ce spectacle-là. Il n’y avait d’ailleurs plus de places à vendre. Alors merci à la dame qui à la dernière minute ne pouvait pas y assister et cherchait à revendre sa place !

J’ai donc enfin vu Pixel.

Et j’y retournerai dès que l’occasion se présentera, comme pour Boxe Boxe dont je vous ai déjà parlé. Même beauté, même bonheur, même immense plaisir. On ressort des spectacles de Mourad Merzouki émerveillé, léger et heureux. Courez-y si sa compagnie danse dans votre ville ou votre pays un jour.

Regardez ici comme c’est beau !

Et comme c’est un grand monsieur, l’écouter fait du bien. Voici un autre extrait d’un entretien enregistré lors d’un festival de danse en Suisse. Créer, explorer, partager, mélanger, offrir. Telle est sa danse, portée par des danseurs magnifiques de légèreté, de fluidité et d’énergie. Telle est la danse. Comment certains peuvent-ils imaginer interdire aux hommes de danser ?

Mourad Merzouki

Transcription

– J’ai eu la chance de rencontrer le hip hop au bon moment, il était dans la rue, il restait dans la rue et à ce moment-là, j’ai eu envie de l’emmener ailleurs, sur scène, et de toucher un public plus large. Donc je crois que c’est pour ça que j’ai peut-être été remarqué à ce moment-là, le fait de mélanger le hip hop avec d’autres formes artistiques et de l’emmener vers… vers un public nouveau. Ce que j’ai fait pendant plusieurs années, jusqu’à Yo Gee Ti, ce projet avec les Taïwanais, où dans cette… ce désir de vouloir aller ailleurs, ce désir de mélanger, bah j’ai créé un spectacle qui mélange le hip hop avec la danse contemporaine et la danse classique, qui mélange le hip hop français, qui mélange l’histoire des danseurs français avec la danse taïwanaise. Donc ce que j’ai fait dans ce spectacle-là, c’est d’essayer de trouver des points communs, d’essayer de trouver un dialogue entre ces corps, entre cette énergie, entre… pour en faire un spectacle. J’avais pas envie de faire une espèce de collage, j’avais pas envie que le contemporain soit d’un côté, le hip hop de l’autre et que le spectateur, une fois, il voit du contemporain, une fois, il voit du hip hop. Non, le pari, c’était de pouvoir faire en sorte que les danseurs, les dix, puissent voyager entre, voilà, une gestuelle, qui peut être parfois contemporain (1), parfois hip hop, avec des énergies différentes.
– Est-ce que tu parles du mandarin (2), toi ?
– J’aimerais bien ! Malheureusement, non.
– Non. Donc comment tu as communiqué avec les danseurs taïwanais ?
– Bah l’avantage avec la danse, c’est que je pratique un langage universel. C’est d’ailleurs pour ça que j’arrive à… aujourd’hui à faire les projets avec des danseurs du monde entier, parce que justement, il y a pas cette barrière-là. Donc il y a une espèce de… d’évidence (3) qui se met en place avec les artistes, et voilà, le corps parle de lui-même (4) et on n’a pas besoin de… d’un alphabet pour se comprendre. Donc ça, c’est un avantage pour le danseur, pour le chorégraphe, pour justement arriver comme ça à faire des projets à l’international.
Alors je me suis appuyé sur l’univers de ce styliste Johan Ku qui lui, travaille à partir de laine. Quand je le regardais travailler, il partait de la laine en état … comment dire. ?… en l’état de base. J’ai pas le terme (5), c’est-à-dire qu’il a la laine qui ressemble à rien (6) au départ. Et puis ensuite, il va la façonner, il va la… il va faire des tresses (7), il va la… Et tout ce travail-là nous amène petit à petit (8) à un pull, un pantalon, un bonnet, etc. Et finalement, je peux reproduire exactement son… sa démarche (9), son… son approche à la laine dans la danse. C’est-à-dire qu’on part de quelque chose de totalement brut qui veut rien dire et petit à petit, on mélange, on structure pour en faire un spectacle J’aimais bien aussi ce lien-là. Parce que encore une fois, je viens pas du Conservatoire (10). Pour moi, il y a vingt ans, la danse était… était un autre monde, inaccessible, et donc je me bats tous les jours pour que, justement, dans mes spectacles, je puisse ouvrir la danse au plus grand nombre (11), ceux qui ne connaissent pas la danse, ou ceux qui connaissent la danse mais qui vont découvrir une gestuelle nouvelle, celle du hip hop. Et c’est tout ça qui me plaît. Donc mettre une casquette (12) dans mon travail, généralement, j’aime pas trop. J’aime bien dire que c’est de la danse. Après tout, la définition de la danse, c’est un corps en mouvement. Il y a trente ans, on disait encore du hip hop que ça allait pas durer, que c’était un effet de mode (13), que c’était éphémère. Et moi, j’adore dire : bah, ça fait trente ans et le hip hop est encore là, et continue son histoire, continue à grandir.
– Est-ce qu’on pourrait dire que les réactions du public, ce sont plus ou moins les mêmes en Europe ou bien en Taïwan  (14)? Est-ce qu’ils réagissent sur quelque chose qui se passe concrètement sur scène et qui leur touche (15) ?
– Alors, de manière générale, les réactions sont identiques, c’est-à-dire que la plupart de mes spectacles sont quand même beaucoup axés sur le divertissement, c’est-à-dire qu’il y a, malgré tout… Moi, je suis pas dans le propos (16), dans le cérébral. Je raconte pas des choses liées à la société où je revendique je ne sais quoi. Je ne saurais pas faire, je pense. Par contre, j’essaye dans mes spectacles de donner des images, de faire paraître des émotions, de rester aussi d’une certaine manière avec la générosité du hip hop. Et donc, que ce soit à Taïwan ou en Europe, de manière générale, il y a comme ça une réaction du public qui est une réaction plutôt de plaisir. Le public repart pas en se posant cinquante questions sur : qu’est-ce qu’il a voulu lui dire, comment, pourquoi. Donc ça c’est un peu général. Après, évidemment, il y a des moments, peut-être pas trop dans Yo Gee Ti mais dans des spectacles où il y a un peu d’humour – alors, c’est drôle parce que suivant les pays, on va rire à des endroits totalement différents. Il y a des réactions qui parfois… Je comprends pas pourquoi ils rigolent (17) à cet endroit et pas à un autre. Voilà. Donc ça reste quand même infime. Mais de manière générale, la réaction des publics à travers le monde, sont (18)… je touche du bois ! (19) – sont unanimes, parce que… parce que mes spectacles renvoient… renvoient cette générosité, je pense.

Quelques détails :
1. contemporain : normalement, on s’attend à du féminin après le mot « la gestuelle ». Mais en fait, il n’accorde pas, il emploie le nom de cette catégorie de la danse, le contemporain.
2. Parler du mandarin : elle veut dire parler le mandarin.
3. Il y a une évidence : c’est très simple et immédiat, il n’y a pas de problème du tout.
4. Le corps qui parle de lui-même : le corps a son langage et n’a pas besoin d’autre chose pour s’exprimer et se faire comprendre.
5. J’ai pas le terme = je ne trouve pas le mot.
6. Ça ne ressemble à rien : on ne comprend pas à quoi ça sert, ce que c’est.
7. Une tresse : c’est lorsqu’on coiffe les cheveux en les entrelaçant.
8. Petit à petit : peu à peu, progressivement
9. sa démarche : son projet et sa façon de travailler
10. le conservatoire : il s’agit du conservatoire de danse, cette institution par où passent les danseurs, avec ses classes, ses examens, etc. Il y a des conservatoires de différents niveaux dans les différentes villes de France. (C’est la même chose pour la musique). Mourad Merzouki n’a donc pas eu un parcours traditionnel de danseur et de chorégraphe.
11. Ouvrir quelque chose au plus grand nombre : donner accès à quelque chose à une majorité de gens, aux gens ordinaires.
12. Mettre une casquette : cette expression signifie qu’il y a des genres différents, des catégories différentes et qu’on peut tout classer dans des cases bien définies. Mourad Merzouki, lui, ne veut pas porter une casquette particulière, c’est-à-dire se voir attribuer une étiquette bien précise et trop limitative selon lui.
13. Un effet de mode : une mode passagère
14. en Taïwan : on dit à Taïwan.
15. Leur touche : ce n’est pas correct. Il faut dire qui les touche, car c’est le verbe toucher quelqu’un, sans préposition. On emploie leur si le verbe est suivi de la préposition à: Le hip hop parle aux spectateurs => ça leur parle.
16. Je ne suis pas dans le propos = je ne cherche pas à démontrer quelque chose, à faire réfléchir sur un problème, ou dénoncer une situation, etc.
17. rigoler = rire (style familier)
18. Problème d’accord sujet-verbe : le sujet est singulier et le verbe est pluriel. Donc il faudrait dire : Les réactions du public sont… (Comme souvent à l’oral, on commence la phrase d’une manière et en cours de route, on change et ce n’est pas toujours parfaitement logique, mais ce n’est pas vraiment grave.)
19. je touche du bois : cette expression indique qu’on espère que quelque chose de positif va continuer. Par superstition, on touche du bois, réellement si on peut ! (On joint le geste à la parole).

L’interview entière est à regarder ici.

Pour tout savoir sur les spectacles de Mourad Merzouki et sa compagnie, allez sur leur site..

Qu’est-ce qui se passe ?

Peut-être vous est-il arrivé de reprendre contact avec un ami que vous aviez un peu perdu de vue. Ou tout simplement d’appeler des proches pour prendre des nouvelles, parce que vous avez un peu laissé filer le temps. Alors quels sont les mots qui nous viennent naturellement en français?

Pas Qu’est-ce qui se passe ?

Qu’est-ce qui se passe ? ou son équivalent dans un style un peu plus soutenu : Que se passe-t-il ? laissent toujours transparaître une certaine inquiétude de la part de celui qui pose la question. Ou de l’incertitude.
– Un de vos enfants, ou un proche ou un ami vous appelle, mais ce n’est vraiment pas l’heure, ce n’est pas le jour. Vous vous dites, à tort ou à raison, que ce n’est pas tout à fait normal. Alors, vous prenez l’appel et demandez, d’un ton qui n’est pas tout à fait léger : Allo ? Qu’est-ce qui se passe ?, en espérant que tout va bien.
– Vous êtes sans nouvelles d’un proche, qui aurait dû vous appeler ou vous contacter. Et cela vous met mal à l’aise. Alors vous envoyez un sms ou un message: Qu’est-ce qui se passe ? / Que se passe-t-il ? Tu vas bien ? / Tout va bien ?
– Vous entendez vos enfants se disputer dans la pièce à côté. Vous entrez et vous demandez : Qu’est-ce qui se passe ici ?
– Vous allumez votre ordinateur mais il ne démarre pas : Qu’est-ce qui se passe ? Et si ce n’est pas la première fois que ça vous arrive : Qu’est-ce qui se passe encore ?

Ce qui est assez subtil, c’est que tout cela change dès qu’on ajoute quelque chose au bout de cette question ! Elle devient alors une simple interrogation sur des événements.
Qu’est-ce qui se passe à la fin du film ? Je ne m’en souviens plus !
Qu’est-ce qui se passe si j’oublie le code de ma carte bancaire ?
Qu’est-ce qui se passe quand un étudiant ne trouve pas de stage ?
(Petite remarque: on ne dit pas Qu’est-ce qui arrive… ? Ce n’est pas naturel.)

Pour en revenir à la situation du début de ce billet, alors que dit-on quand on prend tout simplement des nouvelles de quelqu’un ? On n’a pas beaucoup de choix dans le fond, comme souvent avec ces petites phrases de la vie quotidienne.
– Vous connaissez : Comment ça va ?
– Mais on dit aussi très souvent : Qu’est-ce que tu deviens ? / Qu’est-ce que vous devenez ?
– Ou encore : Alors, quelles sont les nouvelles ?

Voici ces petites phrases enregistrées, à la vitesse où on les dit :

Qu’est-ce qui se passe

Donc à l’avenir, si vous trouvez que je laisse ce blog un peu trop en sommeil, vous pourrez me demander ce que je deviens, ou ce qui se passe !

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