Comment s’écrivent les polars

Trois auteurs français à succès.
Des polars qui se vendent à des millions d’exemplaires.
Des lecteurs fidèles, impatients de lire chacun de leurs nouveaux romans. (Peut-être êtes-vous un de ces lecteurs.)
Mais des façons de travailler propres à chacun de ces écrivains, qui ont en commun d’avoir commencé, dès l’enfance, par aimer lire et raconter des histoires.
Les voici ici qui en parlent ensemble. Ils nous offrent en quelque sorte l’envers du décor en nous emmenant dans les coulisses de l’écriture. (Cet entretien est sous-titré en français directement, donc j’ai juste ajouté quelques explications.) J’espère que cette vidéo est accessible dans votre pays !

Voici aussi le lien direct, au cas ça bloque !

Des explications :

  1. un canevas : à propos d’un roman, il s’agit d’un plan déjà assez précis de ce qui va être raconté et qui va servir de base. C’est comme la trame, terme employé aussi. Ces termes viennent de l’univers de la couture, de la tapisserie, de la broderie, du tissage E,n gros, c’est ce qui sert de support au travail réalisé avec des aiguilles, d’où cette idée de support d’un travail d’écriture, de création.
  2. bien ficelé : bien conçu, bien construit. On parle d’une histoire, d’une intrigue bien ficelée, d’un scénario bien ficelé. (plutôt familier). On peut dire par exemple : J’ai adoré ce film. L’histoire est vraiment bien ficelée.
  3. Bob Morane : toute une série de romans avec pour héros Bob Morane, mi-aventurier et mi-espion, publiés à partir des années 1950 et adaptés plus tard en bandes dessinées. On dit par exemple : Ado, il a lu tous les Bob Morane.
  4. je m’en suis tapé un paquet : un paquet = beaucoup (familier). Se taper quelque chose : normalement, cela indique qu’on a été obligé de faire quelque chose, qu’on a dû subir quelque chose. Ici, cela signifie qu’il a lu énormément de Bob Morane. (familier)
    Par exemple :
    J’ai dû me taper un dinner très ennuyeux avec mes voisins pour ne pas avoir l’air trop asocial !
    – Il s’est tapé tout le boulot. Les autres l’ont peu aidé.
  5. et pas que : et pas seulement
  6. lire un Picsou : un Picsou Magazine = des magazines de bandes dessinées avec les personnages de Disney (Donald Duck, son oncle Picsou, etc.)
  7. une fois, voire deux fois : … et même deux fois
  8. tenir la route : être bien fait, être cohérent (familier)
  9. un premier jet : la première tentative dans l’écriture d’un texte, d’un roman, d’une dissertation. On emploie aussi cette expression à propos d’un dessin par exemple. Ces premiers essais seront ensuite corrigés et améliorés.
    Ce n’est qu’un premier jet, mais ça te donne une idée de ce que je veux faire.
  10. de la merde : très nul, qui ne vaut rien (plutôt vulgaire, mais très employé!)
  11. un bouquin : un livre (familier)
  12. Comment ça ? : on pose cette question quand on ne comprend pas quelque chose, quand on est vraiment surpris par ce qu’on nous raconte ou explique. (style oral). Par exemple :
     » Il n’est pas encore là. »
     » Comment ça ? Il n’était pas censé arriver ce matin ?
    « 
  13. Et encore. : En disant ça, on indique que ce qu’on vient de dire est probablement en-deçà de la réalité.
    Par exemple : Il devait avoir 15-16 ans. Et encore. (= je n’en suis pas sûr du tout, c’était probablement moins.)
    Ici, Michel Bussi nuance et corrige une affirmation de Bernard Minier. Voici l’extrait :
    BM : En revanche, ce qui est développé, c’est les dialogues, non ? Comme dans un scénario.
    MB : Et encore. Même pas.
    = Il ne développe même pas ses dialogues à ce stade de l’écriture. Il avait parlé avant de simples « éléments de dialogue. »
    Il aurait pu ne pas dire « même pas », la signification aurait été la même.
  14. samedis, dimanches et fêtes : les fêtes sont les jours fériés. C’est l’expression consacrée pour parler des jours de repos auxquels on a droit.
  15. tu as pris un mauvais pli : tu as pris une mauvaise habitude. On ne dit jamais le contraire : un bon pli n’existe pas !
    Mais on emploie l’expression : prendre le pli, qui signifie qu’on s’habitue à quelque chose qui nous est imposé.
    Par exemple : Ici, on se lève très tôt. Il va falloir que tu prennes le pli.
  16. un bosseur : quelqu’un qui bosse = qui travaille (familier)
  17. dans ma baraque : dans ma maison (argot)
  18. être en déplacement : voyager pour son travail, donc ne pas être chez soi ni au bureau.
    Il est en déplacement cette semaine. Il vous contactera à son retour.
    Ce poste implique de nombreux déplacements à l’étranger.
    Avec le Covid, les déplacements sont devenus rares !
  19. siroter un cocktail : boire lentement un cocktail, en prenant bien son temps pour le savourer. On emploie souvent ce verbe à propos d’un vin, d’un alcool, d’un apéritif par exemple. Mais on peut aussi siroter une boisson fraîche, un jus de fruit. Mais en général, on ne sirote pas un verre d’eau !

Un polar = un roman policier (un peu familier mais c’est devenu aussi utilisé que l’expression complète.)
On dit aussi : un policier. (Il lit beaucoup de policiers / de romans policiers / de polars.)

A bientôt. Bonne suite de vacances pour ceux qui en ont.

Ça nous pend au nez

Comme vous le savez, la situation sanitaire en France s’est dégradée très vite avec la propagation du variant delta. Le gouvernement français a donc pris un certain nombre de mesures pour obliger tous les Français de plus de douze ans à se faire vacciner et ces mesures ne passent pas auprès d’un certain nombre de gens : ils y voient une atteinte à leur liberté, un danger majeur pour leur santé, un complot de l’industrie pharmaceutique, de la discrimination, etc., etc.

J’avoue que je fais partie de cette génération qui voit au contraire la vaccination comme un progrès pour tous si tous, nous sommes vaccinés, une génération qui sait qu’on ne se fait pas vacciner juste parce qu’on est directement en danger mais que cela protège collectivement tous ceux qui sont plus vulnérables, que cela éradique des maladies qu’on n’aurait pas nécessairement attrapées, que ce n’est donc pas un choix personnel qui se pose à nous. Je ne crois pas que ma liberté soit dans ce choix-là mais bien plutôt dans le fait de pouvoir retrouver une vie normale, de pouvoir retravailler normalement avec mes étudiants le plus vite possible, d’aller et venir comme bon me semble, sans confinements, sans couvre-feu, sans restrictions nulle part, en m’estimant chanceuse d’avoir accès si facilement, comme tous les Français, à la vaccination.

Donc j’écoute avec curiosité tous ces gens qui protestent. Je comprends bien qu’il y a des raisons pour lesquelles on en est arrivé à un tel rejet, ce qui me paraît préoccupant. Voici donc un exemple entendu l’autre matin à la radio : une jeune femme, qui travaille dans un hôpital et qui est donc directement concernée par l’obligation vaccinale.

Transcription :

J’étais à ma pause (1). J’ai vu la manifestation (2). J’ai écouté déjà tout d’abord si c’était bien pour ou contre et j’ai vu qu’ils étaient du même point de vue que moi. Du coup, je les ai soutenus dans leur démarche (3) tout en sachant que j’ai le même point de vue et que j’aimerais être avec eux tout simplement. Je suis pas forcément pour la vaccination obligatoire, je précise. Je vais être obligée, étant donné que (4) je suis agent hospitalier. Il y a un moment donné, on a envie de crier « stop ». On veut notre liberté, on veut avoir le choix de faire ce qu’on veut de notre corps. C’est un droit, c’est un droit. On est à l’hôpital, on nous oblige (5). J’ai pas envie de me faire virer (6) sous prétexte que je ne me suis pas fait vacciner. Et on sait tous qu’on est… bah, ça nous pend au nez (7), quoi !

Quelques explications :

  1. ma pause : courte période d’interruption dans la journée de travail. On dit souvent : J’étais en pause / Je suis en pause / Elle est en pause
  2. la manifestation : il y a en ce moment des défilés de protestation dans les rues tous les samedis, contre le vaccin, la vaccination, le pass sanitaire.
  3. leur démarche : leur action
  4. étant donné que = puisque
  5. on nous oblige : le gouvernement veut obliger tous ceux qui travaillent en hôpital à se faire vacciner.
  6. se faire virer : se faire licencier, perdre son emploi. (familier)
  7. ça nous pend au nez : expression familière qui exprime l’idée que quelque chose va nous arriver, que c’est quasiment sûr. Il s’agit toujours de quelque chose de négatif, d’un risque, d’un danger.

Personnellement, je ne sais pas ce qui nous pend au nez si on laisse courir ce virus, en lui donnant la possibilité de s’adapter et de nous faire revenir en arrière dès qu’un semblant d’amélioration se fait sentir. A suivre !

On sort ?

Même en confinement, cette fois-ci, en France, c’est possible de sortir s’aérer sans se poser trop de questions sur ce qu’on a le droit de faire ou pas. C’était même une recommandation du gouvernement lors de l’annonce des nouvelles restrictions mises en place il y a un mois. Fin de la limite de temps et allongement des distances pour les balades, parce que l’an dernier, une heure de sortie autorisée et pas plus d’un kilomètre, c’était vraiment difficile, peu motivant et même stressant !

Donc en ce mois d’avril confiné, nous avons pu continuer à mettre le nez dehors, même s’il fallait rester dans un rayon de 10 kilomètres autour de chez soi. Selon l’endroit où on habite, cela laisse des possibilités d’exploration et permet de ne pas trop tourner en rond.

Mettre le nez dehors, c’est sortir prendre l’air. On emploie souvent cette expression familière dans des phrases négatives, pour dire qu’on ne sort pas de chez soi. On dit par exemple :
– Il faisait tellement mauvais qu’on n’a pas mis le nez dehors de tout le weekend.
– Il ne fait pas un temps à mettre le nez dehors. On est bien chez soi, au chaud !
– Depuis qu’elle est tombée dans son jardin, elle n’ose plus mettre le nez dehors.

Au lieu de passer ta journée sur un écran, tu ferais bien de mettre un peu le nez dehors !

Pendant ce confinement-ci, voulu plus « sain » par nos dirigeants, les jardineries sont même restées ouvertes, comme d’autres commerces dits « essentiels », afin que les Français puissent continuer à s’occuper de leur jardin, de leur balcon, ou de leur terrasse. D’où des publicités printanières comme celle-ci, pour qu’ils aient envie de fleurs, de légumes et de grand air. Donc mettons le nez dehors, avec la bénédiction des médecins, des virologues et des politiques, puisque nous y sommes apparemment moins exposés à ce virus qui n’a pas encore décidé de nous laisser souffler !

Pour écouter :

Et puisque nous sommes le 1er mai, voici un peu de muguet porte-bonheur !

Le beau monde

Le beau monde. C’est exactement l’inverse du milieu dans lequel vit Alice, en Normandie, un milieu simple, où les fins de mois peuvent être difficiles, où les petits boulots sont nécessaires. Alice travaille dans une pâtisserie. Elle travaille aussi la laine, les tissus, les matières, les teintures, pour son plaisir, toute seule. Elle rêve d’entrer dans une école d’arts appliqués, à Paris, pour y apprendre les métiers de la couture, de la broderie. Le beau monde, c’est celui d’Antoine, un monde aisé et dans lequel on parle avec aisance, et beaucoup, dans lequel on sait quelles écoles il faut choisir, dans lequel on voyage, se cultive, où on apprend très tôt à être à l’aise partout. Cela n’empêche pas qu’Antoine cherche lui aussi sa place, en photographiant un monde qui n’est pas le sien, en aimant Alice, en suscitant son amour. Mais peut-on vraiment passer d’un milieu social à un autre comme ça ? Et que deviennent ces amours de jeunesse où chacun est en train de se construire ?

Je trouve ce film très beau, porté par Ana Girardot, au jeu si subtil. Quelle magnifique jeune femme elle incarne ici ! Elle rend très émouvant cet apprentissage tenace du monde que fait Alice. Elle rend aussi très juste son apprentissage dans son école parisienne – c’est passionnant de la suivre dans ses explorations, en regardant ses mains et en écoutant les mots qu’elle apprend à poser sur son cheminement, guidée dans ses créations par des professeurs sans complaisance et des amis bienveillants.

Comme la bande annonce ne me semble vraiment pas donner une idée juste de ce film, j’ai eu envie de garder plutôt quelques passages, parmi d’autres, qui me touchent. Dans cette histoire, les mots et les émotions sont justes, les relations sociales, amicales, amoureuses sont finement observées et dépeintes, les images sont belles, sans tape à l’oeil, aux couleurs de l’océan, des fleurs mais aussi du quotidien ordinaire, que ce soit dans un HLM ou une demeure bougeoise. Une histoire simple. Alice, à la fois fragile et forte, qui pose des questions essentielles. Je n’aime pas trop ce mot devenu cliché, mais ici, il prend tout son sens : lumineuse, Alice est lumineuse.

– Quoi, c’est pour moi ? Qu’est-ce que c’est ? Oh !
– Ça m’a beaucoup aidée, la lettre (1). J’ai… Je suis rentrée dans mon école.
– Vraiment ? Je suis ravie (2) pour vous. Il fait un peu chaud pour la porter maintenant, mais merci beaucoup, c’est très gentil. Et ce sont vos amis, dehors, dans la voiture ?
– Oui, oui. Ils m’attendent.
– Alors c’est bien. Paris, l’année prochaine! Ça va vous changer. (3)
– Bah oui!
– Vous avez trouvé un logement ?
– Non, pas encore. J’aurais jamais dû amener cette écharpe. C’est horrible !

– Alice, c’est terrible. Elle est béate (4), on dirait qu’elle ne vit qu’à travers ton frère.
– Moi, je l’aime bien. Je trouve qu’elle a quelque chose d’intense. Et puis, faut voir d’où elle vient. Ça doit pas être évident. Ah, je te jure, si tu voyais sa mère (5) !
– Dieu merci (6), on n’a pas encore eu droit (7) aux présentations.
– J’aime pas que tu dises ça.
– Non. Non, non. Je veux bien voir sa famille. Mais déjà Alice, je sais pas quoi lui dire. Elle me regarde toujours comme si c’était la première fois qu’elle me voyait. Tu sais, je fais de mon mieux pour l’aider. Je suis sûre qu’elle fera une excellente petite main (8).
– Il a besoin d’une fille douce, Antoine. Maya, elle le rendait dingue.

– Antoine ? Vous êtes là ?
– Ça va, je me suis pas fait mal.
– Tant mieux. Tu es rentrée seule ?
– Antoine s’est arrêté à côté pour faire des photos. Je vais le rejoindre.
– Tu veux que je t’accompagne ?
– Non, non, c’est gentil. Je vais prendre un vélo.
– Alice, regarde ta mère. Ne bougez plus. Super. Christiane, vous pouvez me regarder ?

  1. la lettre : il s’agit d’une lettre de motivation où Alice devait expliquer son intérêt pour l’école d’art où elle souhaitait entrer.
  2. ravie : très contente (dans un style soutenu)
  3. ça va vous changer : ça va être un grand changement.
  4. être béat(e) : rester sans rien dire tellement on admire quelqu’un. C’est plutôt péjoratif à cause de cette implication de passivité.
  5. Si tu voyais sa mère ! : cette remarque est péjorative = Tu ne peux même pas imaginer comment est sa mère! (La mère d’Alice incarne le milieu modeste qui est le sien.)
  6. Dieu merci : langage très précieux, typique d’un milieu social aisé, cultivé et traditionnel.
  7. on n’a pas encore eu droit à… : cela ne s’est pas encore produit. Ici, elle veut dire qu’elle n’a pas encore été obligée de rencontrer la famille d’Alice.
  8. une petite main : cette expression désigne une couturière qualifiée mais qui est au service d’un grand couturier, une exécutante.

– J’aime bien les fleurs au bord des champs. C’est le bordel (1). Ça donne l’impression que c’était comme ça avant qu’on y soit.
– Qui, on ?
– Les humains.
– Ah ! Les humains. Nos amis les humains… Quoi ?
– C’est comme tu le dis (2).
Rodolphe m’a dit que tu étais à HEC (3). C’est bien, non ?
– Ah ouais, c’est bien. Mais je suis pas très heureux en vérité (4).
– Pourquoi ?
– Je fais de la photo depuis longtemps et j’ai envie d’en faire vraiment. Et tu vas en faire quoi, de tes fleurs ?
– Je vais essayer de les interpréter. On nous demande ça tout le temps, de dire ce qu’on aime et traduire ce qu’on ressent.
– Ça te plaît ?
– Ouais. Mais j’ai l’impression que c’est comme si une porte s’était ouverte sur un monde immense.

  1. le bordel : le bazar, le désordre (très familier)
  2. c’est comme tu le dis = c’est la façon dont tu le dis qui me fait sourire
  3. HEC : une grande école de commerce française, Hautes Etudes Commerciales.
  4. en vérité : en fait (langage plus soutenu)

– Rouge géranium ? C’est un rouge orangé. C’est beau ! Les mains, c’est le plus important si tu veux avoir l’air chic, si tu veux faire bien (1) devant ta belle-mère. C’est beau, alors, à leur maison ?
– Tout est beau. Ils ont l’air de trouver ça normal. Moi, j’aimerais juste m’asseoir, regarder. Et écouter.
– Il est canon (2), Antoine !
– Hum. Et Kevin, ça va ?
– Je sais pas. C’est vrai qu’il était pas bien (3), ces derniers temps (4). On se voit pas mal (5), en fait.
– Et il m’en veut ? (6)
– On sait pas au juste (7) ce qu’il ressent, je dirais. Mais ces derniers temps, c’est vrai, il picolait (8) pas mal.
– Ah bon ?
– En fait, Alice, on a une histoire (9) ensemble. Mais tu sais, c’est pas très… sérieux, hein. De temps en temps. On s’en est même pas rendu compte, c’était déjà arrivé. On aime bien coucher ensemble en fait. Et toi, tu es amoureuse ! Tu as les mains bouillantes. C’est le signe.

  1. faire bien : faire bonne impression
  2. il est canon : il est super beau ! (familier). On peut le dire aussi d’une femme : Elle est canon.
  3. il n’était pas bien = il n’allait pas bien, il était malheureux
  4. ces derniers temps : récemment
  5. on se voit pas mal : on se voit souvent (familier)
  6. en vouloir à quelqu’un : être fâché contre quelqu’un, ne pas lui pardonner quelque chose
  7. on ne sait pas au juste = on ne sait pas vraiment
  8. picoler : boire de l’alcool, trop d’alcool (argot)
  9. avoir une histoire avec quelqu’un : sortir avec quelqu’un, avoir des relations amoureuses, envisagées comme passagères, pas nécessairement très durables.

Ce film est disponible sur France TV, jusqu’au 30 avril. (Vous devrez subir plusieurs longues secondes de pub avant !)
Il existe aussi en DVD.





Plus vite que la musique

A écouter :

Ou à lire :

Depuis un an, tous, nous nous sommes mis à compter encore plus qu’avant sur internet : pour télétravailler, communiquer avec nos proches ou nos amis, faire nos courses en ligne du fait de (1) la fermeture récurrente des commerces dits non-essentiels, regarder les films que nous ne pouvons plus aller voir au cinéma, visiter des musées virtuellement, assister de chez nous aux spectacles dont nous sommes privés (2). La liste est longue. Le problème s’est donc vite posé de l’efficacité de nos connexions. Et ce n’est pas parce qu’on habite une grande ville qu’on est mieux loti (3).

Alors la question, légèrement apitoyée : « Tu n’as pas la fibre ? » est devenue un grand classique (4). LA fibre, et même, comme dans la publicité ci-dessus, la Fibre avec une majuscule ! Pas besoin d’expliquer, LA Fibre, tout le monde sait de quelle fibre il s’agit, même si personne ne saurait vraiment expliquer comment ça fonctionne. L’assurance que ça ne va pas ramer (5), pas bugger, pas se déconnecter, que ça va aller vite. Plus vite que la musique, comme le dit cette pub, détournant, comme souvent, une expression de notre langue.

L’expression habituelle, c’est : On ne peut pas aller plus vite que la musique, qui signifie qu’on ne peut pas toujours accélérer et qu’il faut donc être patient et prendre le temps nécessaire, qu’il faut accepter certaines lenteurs. On dit souvent à celui qui agit dans la précipitation : Eh, pas plus vite que la musique ! / Pas la peine d’aller plus vite que la musique ! / Pourquoi tu veux aller plus vite que la musique ?

Donc voilà un slogan bien trouvé, qui nous promet que c’en est fini de la lenteur inévitable et exaspérante de nos connexions escargots. Nous ne nous impatienterons plus sur internet ! Mais si vous regardez bien les dates de l’offre tout en bas de ma photo, vous verrez qu’elle remonte à fin 2017. C’était dans mon quartier, à Marseille, pas au bout du monde du tout. Eh bien, il a fallu encore trois ans et demi pour qu’enfin, LA fibre arrive dans ce coin de notre ville ! (Et entre temps, l’abonnement est devenu plus cher!) Désormais, nous profitons donc du confort de la vitesse. Un an plus tôt, cela nous aurait rendu un immense service, lorsque dans l’urgence, tous nos cours sont passés en visioconférence et que certains de mes collègues, mieux connectés dans leur quartier, compatissaient (6) !

Pour finir, avez-vous remarqué comme certains mots sont employés avec LE ou LA, sans avoir besoin de préciser quoi que ce soit, alors qu’ils ne sont qu’un élément infime d’un ensemble et qu’on devrait dire plutôt UN ou UNE ? LA fibre. Mais aussi, en ce moment, LE masque : on porte LE masque, pas un masque. LE virus : LE virus a bouleversé nos habitudes. Comme un signe, probablement, de nos préoccupations actuelles – obsessionnelles – qui ont fait passer tant d’autres choses en arrière-plan.

Quelques explications:

  1. du fait de : à cause de
  2. être privé de quelque chose : ne plus avoir droit à quelque chose
  3. être mieux loti : être dans une meilleure situation que quelqu’un d’autre. On dit aussi : Il sont mal lotis / Ils sont bien lotis. / Il s’estime mal loti.
  4. c’est un grand classique : cette expression signifie que c’est quelque chose qui arrive très souvent, que ça n’a rien de surprenant.
  5. ramer : peiner, mal fonctionner (familier). On peut aussi employer ce verbe pour une personne: Je ne comprends rien à cet exo. Je rame vraiment!
  6. compatir : plaindre quelqu’un. On dit souvent : « Je compatis ! », mais ça peut être ironique.

Bon début de semaine !

Encore plus

J’ai encore beaucoup de choses à apprendre : j’avoue que ça me prend encore plus de temps pour écrire en français qu’en anglais!

En lisant cette phrase (dans un commentaire), ce qui nous vient d’abord à l’esprit, c’est que cela prend du temps à Jordan pour écrire en anglais, mais que ça lui en prend encore plus (even more time) pour faire la même chose en français. Tout cela parce que encore et plus vont très souvent ensemble et dans cette association, le premier renforce le second. Donc ici, c’est ce qui se passe spontanément pour celui qui lit cette phrase.

Mais ce n’est pas, je pense, ce qu’a voulu dire Jordan. En tout cas, il y a une ambiguïté, à l’écrit notamment, qui nous fait nous poser la question. Si je ne me trompe pas, dans son esprit, d’un côté, il y a encore (qui va avec prendre) et de l’autre, plus de temps : ça lui prend plus de temps pour écrire en français, c’est comme ça depuis le début de son apprentissage du français, et ça continue, c’est encore le cas (still), car oui, il faut du temps avant de se sentir parfaitement à l’aise avec les mots d’une autre langue.

Donc quand j’ai lu ces mots, je suis passée du premier sens au second, notamment parce que je venais de lire la phrase qui précède : J’ai encore beaucoup à apprendre (still). Mais ce n’est pas ce qui nous vient d’emblée, à l’écrit, parce que nous sommes tellement habitués à cette association : encore plus/encore plus de :
Il y a eu beaucoup de contaminations à Marseille la semaine dernière. Mais il y en a encore plus cette semaine.
– Il y a eu encore plus de monde dans les centres commerciaux quand le nouveau confinement a été annoncé.
– J’aimerais avoir encore plus de temps pour lire.

Alors comment dire pour éliminer toute ambiguïté ? C’est bizarre parce que ce n’est pas si simple ! Voici des suggestions :
Ça me prend encore davantage de temps pour écrire en français.
Et en parlant, on peut aussi faire une très légère pause entre encore et davantage et bien lier davantage à la suite. On peut mieux exprimer cette signification qu’à l’écrit, en groupant bien les mots qui vont ensemble.

J’ai encore besoin de plus / de davantage de temps pour écrire en français.
Ici, il n’y a plus d’ambiguïté puisque encore n’est pas juste à côté de plus, ce qu’on ne peut pas faire dans toutes les phrases. Pff! Le français est si compliqué!

Ça continue de me prendre plus de temps / de me demander plus de temps pour écrire en français.
Je continue à avoir besoin de plus de temps.
Et là, on élimine carrément encore, qui est la source du problème !

Si quelqu’un a d’autres idées, je suis preneuse bien sûr. J’avais pensé à remplacer encore par toujours mais ce n’est pas simple non plus. C’est beaucoup plus clair en anglais!

Merci Jordan, pour cette occasion de réfléchir à ces nuances.
C’était juste un détail dans des commentaires parfaits, personnels et naturels, qui sonnent toujours très juste. Bravo!

J’ai enregistré tout ça, notamment les exemples que j’ai utilisés.

A bientôt