Vrai ou faux ?

Allez hop, on va au cinéma ! Il y a quelque temps, j’ai vu un film dont je ne savais pas grand chose mais qui avait le mérite de passer près de chez moi et d’avoir des critiques plutôt favorables. Et j’ai passé un excellent moment à découvrir cette histoire basée sur des faits réels qui se sont produits dans la deuxième moitié du siècle dernier. Je n’en avais jamais entendu parler alors qu’elle a eu un retentissement certain puisqu’il s’agit d’une affaire de faux monnayeurs. Ou plutôt de faux monnayeur au singulier, ce singulier a son importance.

C’est aussi le récit d’un jeu de chat et de la souris qui a duré des années, entre Jan Bojarski et un commissaire obstiné et une histoire de couple et de famille. On se laisse transporter dans cette époque aux côtés d’acteurs parfaits dans leurs rôles respectifs. On découvre ce que signifie fabriquer ce papier monnaie qui domine nos vies de consommateurs. Et aujourd’hui où se pose avec acuité la question de ce qui est vrai et ce qui est faux, on est fasciné par ce récit, classique dans son déroulé mais original par le parcours de ce faussaire plus que doué, bien mis en lumière par la dernière phrase de la bande annonce que je vous laisse découvrir.

J’ai vu aussi qu’il existe un livre sur cette histoire. Je vais le lire car des lecteurs en disent beaucoup de bien.

Voici aussi le lien vers la bande annonce au cas où vous en ayez besoin.

Descends !
Go, go !
Commissaire, un mot (1) sur le braquage (2) du fourgon de la Banque de France ?
Je ferai tout pour envoyer les coupables en prison.

Pas la peine de (3) revenir lundi. Il y a des Français qui m’ont demandé. Ils passent en priorité.
Liberté, Egalité, Fraternité. (4)

On pourra pas vous aider éternellement. (5)
Je peux te trouver du travail dans mon entreprise. Aux livraisons, ça te dirait ? (6)
Papa, Jan est ingénieur.

Comment tu t’appelles ?
Jan Bojarski.
Il paraît (7) que tu as du talent, Jan.
Cinq ans si tu te fais choper (8) pour des faux papiers. Trente pour des faux billets.

Je crois que je n’en ai jamais vu d’aussi réussis.

Bouge pas ! (9)

J’ai une grande nouvelle à vous annoncer. Je m’installe à mon compte (10).
A la vôtre (11), monsieur Bojarski.

Règle numéro une : ne pas écouler (12) plus d’un billet par boutique.
Ça fera trois cents francs. Il est tout neuf, ce billet !

Règle numéro deux : rien d’ostentatoire (13).
Merci papa.

Règle numéro trois : la discrétion.
Bojarski, qu’est-ce que tu as fait ?

Contrôle d’identité. Vos papiers (14), s’il-vous-plaît. Ouvrez votre valise.

Je peux t’aider ? (15)
Tu me caches quelque chose.

Rien que le mois dernier, on en a encore détecté plus de deux mille.
Vous savez combien ça nous coûte ?

Tu joues à quoi (16), Suzanne ?
Je veux savoir avec qui je vis. Tu as déjà perdu tes amis. Tu veux aussi perdre tes enfants ? Dis-moi ce que tu fabriques (17) vraiment ici ?

A la Banque de France, ils sont sur le cul (18).
Ils n’étaient pas censés être infalsifiables (19) ?

Police !
Ça prendra le temps que ça prendra, mais je vais vous arrêter.
Quand j’en aurai assez, j’arrêterai de moi-même.
Non, vous n’arrêterez jamais, parce que vous ne faites pas ça pour l’argent.

  1. un mot sur… = pouvez-vous nous dire quelque chose sur… ?
  2. un braquage : une attaque contre un lieu (comme une bijouterie, une banque, un commerce) ou un véhicule (un fourgon, un véhicule de transport de fonds). Les personnes qui participent à un braquage sont des braqueurs. On dit qu’ils ont braqué un fourgon blindé, une banque.
  3. Pas la peine de (+ infinitif) = Ce n’est pas la peine de… . (familier quand on utilise juste la version courte de cette expression. Cela signifie que c’est inutile de faire quelque chose, qu’il faut arrêter.
    Pas la peine de pleurer. ça ne changera rien au problème.
    Ce n’est pas la peine de leur répondre. Ils ne comprendront jamais !
  4. Liberté, Egalité, Fraternité : il s’agit de la devise de la République française, inscrite sur les bâtiments publics comme les mairies, les écoles. Le personnage qui emploie cette expression symbole de la France de façon ironique veut dire qu’il n’y a pas de justice, que tous les hommes ne sont pas traités en égaux puisque Bojarski perd son emploi du fait de son origine polonaise.
  5. éternellement : pour toujours.
    On emploie souvent cet adverbe dans des phrases négatives, au présent ou au futur pour indiquer que quelque chose doit changer :
    Ça ne peut / pourra pas durer éternellement.
    Je ne serai pas là éternellement pour te nourrir
    .
  6. Ça te dirait ? : ça te conviendrait ? Tu serais d’accord ? (plutôt familier)
  7. Il paraît que : on m’a dit que… / On dit que…
  8. se faire choper : se faire prendre / se faire arrêter (familier)
  9. Bouge pas ! = Ne bouge pas (familier)
  10. s’installer à son compte : quitter un emploi où on est salarié de quelqu’un ou d’une entreprise. C’est donc être indépendant, avoir sa propre entreprise. On peut dire aussi : se mettre à son compte.
  11. A la vôtre ! : c’est la formule utilisée quand on célèbre quelque chose en trinquant, quand on arrose un succès. Ici, Suzanne s’amuse à vouvoyer son mari (et à l’appeler par son nom de famille) pour donner un côté plus solennel à la situation. On dit aussi :
    A la tienne !
    A la nôtre !
    (si on s’inclut dans le succès célébré)
  12. écouler quelque chose : le diffuser, le vendre, etc. Par exemple : on peut écouler de la marchandise.
  13. ostentatoire : qui se voit, parce qu’on a envie de le montrer, d’en faire étalage
    On parle de luxe ostentatoire par exemple.
  14. Vos papiers = Montrez-moi vos papiers d’identité (= carte d’identité, passeport, permis de travail)
  15. Je peux t’aider ? : cette phrase est ironique et critique. Bojarski fait sentir à sa femme qu’elle est en train de faire quelque chose d’interdit, qu’elle se mêle de ce qui ne la regarde pas.
    Quand on prend quelqu’un en train de faire quelque chose qu’on estime interdit, on peut lui dire de la même manière (ironiquement) :
    Tu veux que je t’aide ?
  16. Tu joues à quoi ? : Cette question indique qu’on désapprouve ce que quelqu’un fait ou décide de faire. (familier). On entend aussi souvent :
    A quoi tu joues ?
    Je me demande à quoi ils jouent.
  17. fabriquer : faire. Ici, ce verbe peut être pris dans son sens littéral puisque Bojarski fabrique vraiment des billets. Mais c’est aussi une expression familière fréquemment utilisée quand on ne comprend pas ou n’approuve pas ce que fait quelqu’un :
    Mais qu’est-ce que tu fabriques ? Pourquoi tu te comportes comme ça ?
    Franchement, je ne sais pas ce qu’il fabrique. Ça va mal finir !
  18. être sur le cul : être très surpris et ne pas comprendre comment c’est possible. (très familier)
    De façon moins familière, on pourrait dire : Ils n’en reviennent pas !
  19. être censés être infalsifiables… = on nous avait affirmé / assuré que ces billets ne pouvaient pas être imités.

A bientôt


Facile de chez facile

Je réponds enfin à Salianne qui m’avait posé la question suivante dans son commentaire sur mon billet précédent: Pourriez-vous un jour nous parler de l’expression ‘x de chez x’ ? On l’entend souvent?


C’est une expression familière, orale, qu’on a beaucoup entendue, qu’on entend moins maintenant me semble-t-il mais qui fait quand même toujours partie de notre langue.

J’aime bien de telles questions car elles me font réfléchir à notre façon de parler. C’est effectivement une expression qui peut paraître bizarre dans la mesure où la préposition chez s’emploie normalement avec des noms pour situer quelque chose ou quelqu’un :
Il vit chez ses parents.
On pourrait passer Noël chez moi.
Elle a acheté un appartement près de chez nous.
Je t’appelle de chez ma soeur.
Il y a des gens qui rêvent d’un sac de chez Chanel.

Mais dans cet emploi relevé par Salianne, la combinaison « de chez » sert à intensifier, peut-être comme s’il y avait un lieu où ce dont on parle était à son maximum. Ce qui est compliqué, c’est que cette expression ne fonctionne vraiment pas avec n’importe quels mots ni dans n’importe quel contexte. J’avoue avoir du mal à définir pourquoi ! Alors voici quelques exemples qui me sont venus.

Avec des adjectifs :
C’est nul de chez nul. = C’est vraiment très nul, on ne trouve rien d’aussi nul nulle part.
Le ciel était bleu de chez bleu. = Il n’existe pas de ciel plus bleu.
Ce qu’il a fait, c’est vraiment moche de chez moche. = C’est très, très moche.
Chez eux, c’est grand de chez grand, tu ne peux pas imaginer !

Parfois avec des noms :
Tu verras, c’est du caviar de chez caviar. = Il n’y a pas meilleur caviar.

Parfois avec des verbes :
C’est ce qu’on appelle râler de chez râler. = Cette personne a vraiment râlé, c’est-à-dire s’est vraiment plainte de quelque chose.
Il s’est planté de chez planté = Il a vraiment raté ce qu’il voulait faire.
Je me suis perdue de chez perdu. = Je ne savais plus du tout où j’étais.

Vous voyez, ce n’est finalement pas facile de chez facile ! Si de votre côté, vous rencontrez d’autres exemples, venez les partager ici avec nous tous.

Et comme je suis triste de chez triste – je viens de perdre mon frère et c’est une infinie tristesse – je partage avec vous cette beauté qui me console :