Prendre le large, prendre le temps

François Damiens était à la radio il y a quelque temps, à l’occasion de la sortie de son film, Mon Ket (que je n’ai pas très envie de voir). Mais je viens de regarder un autre film, Otez-moi d’un doute, sorti l’an dernier, dans lequel cet acteur belge jouait très bien.
Alors voici un aspect de sa personnalité découvert dans cette interview très vivante. Et comme c’est le début des grandes vacances, ce qu’il raconte est plutôt bien venu !

Partir pour être heureux

Transcription

– Ça veut dire que vous, vous arrêterez tout si jamais un jour, vous sentez que vous êtes dans une forme de caricature ?
– Oh oui, bah je veux pas aller jusqu ‘au bout. Je veux arrêter.
– Oh bah non !
– Je veux arrêter plus tôt que prévu.
– Mais quand ?
– Oh, je sais pas, là, je vais encore faire quelques films, puis je vais m’acheter un bateau. C’est ça un peu le but, quoi. Et puis après ça, je vais partir, mais pour revenir encore. Mais j’ai… j’ai… C’est clair que j’aurais envie encore de prendre le large (1) au bout d’un moment.
– Comme Jacques Brel ?
– Bah oui, mais j’aime tellement ma vie que j’ai peur de m’en lasser (2), quoi. Donc je vais essayer de l’arrêter régulièrement pour que… pour avoir toujours du plaisir à y revenir, quoi.
– Dans quel état vous êtes quand vous êtes sur un bateau, François Damiens ? Vous parliez de liberté, tout à l’heure.
– Ah, je suis heureux sur un bateau. Vous savez, paradoxalement, ce qui est bizarre, vous savez, c’est ça… C’est restreint (3) comme endroit et c’est l’endroit où je me sens le plus libre et… En fait, j’aime tout faire sur un bateau. J’aime faire la vaisselle. J’aime… Moi qui aime pas bricoler (4), j’aime bien bricoler sur un bateau, je suis capable de démonter un pilote automatique, alors que je déteste faire ça sur la terre. Non, je me sens… je me sens heureux, puis j’aime bien prendre le temps de vivre. En fait, j’aime bien perdre mon temps. Et sur un bateau, bah tu peux perdre ton temps, tu peux manger un pamplemousse pendant une heure et demie, quoi ! Et tu as pas l’impression de perdre ton temps, quoi ! Tu retires la peau mais (5) chaque parcelle de peau, chaque petite nervure, tu fais ça et donc tu… Voilà, tu regardes le ciel et puis tu essaies de profiter (6), quoi.

Des explications
1. prendre le large : au sens propre, cela concerne les bateaux qui partent, qui quittent le port, les côtes. Donc au sens figuré, cela signifie : s’en aller, tout quitter.
2. Se lasser de quelque chose : s’ennuyer en faisant une activité qu’on a beaucoup faite et qu’on aimait. On peut l’employer aussi à propos de quelqu’un : Ils étaient amis. Mais peu à peu, l’un d’eux s’est lassé de l’autre et ils ont cessé de se voir.
3. Restreint : ici, cela signifie petit. Un bateau (comme un voilier) est un endroit où il n’y a pas beaucoup de place, pas beaucoup d’espace.
4. Bricoler : réparer ou fabriquer des choses de ses mains pour la maison ou pour une voiture, etc. Par exemple : Il s’est fabriqué une table. Il aime bien bricoler. Quand on sait bricoler, on est bricoleur : C’est un bricoleur, il sait tout faire de ses dix doigts ! Et on trouve tout ce dont on a besoin dans les magasins de bricolage, comme Leroy Merlin, Castorama.
5. Mais : ici, ce mot n’exprime pas le contraste. Il sert à insister, à mettre en valeur la suite.
6. Profiter : apprécier le plus possible une situation, la vie. Par exemple : – J’ai fini mes examens, je suis en vacances.
– Ah, super, profite !

L’émission entière est ici.

Bon début d’été à vous et à votre français !
Profitez bien.

Alors, vous n’avez rien compris à ce que je suis

Je vous avais dit que je vous reparlerais du film de Xavier Giannoli, Marguerite. Je ne suis pas en avance, ni par rapport à la sortie de ce film en salle ( qui remonte à 2015), ni par rapport à ce que je vous en avais dit il y a quelques mois ! Mais il fait partie de ces oeuvres qu’on n’oublie plus, qui ressurgissent en entendant la voix de Catherine Frot ou celle de Michel Fau, en écoutant l’air de la Reine de la Nuit de la Flûte Enchantée ou le Duo des Fleurs de Léo Delibes, en pensant aussi à toutes ces femmes empêchées, parce que femmes à des époques ou en des lieux peu favorables.

Vous le savez, Marguerite chante absolument faux. Mais elle ne veut qu’une chose dans sa vie aisée : chanter les grands airs du répertoire lyrique. Je connaissais l’histoire dans ses grandes lignes et je pensais que j’allais souffrir d’écouter cette pauvre voix impossible et poser un regard de moquerie et de pitié sur Marguerite. La magie de ce film, c’est que ce n’est absolument pas ça : on a envie de protéger Marguerite de tous ces gens sans coeur qui l’exploitent et la ridiculisent. On chemine avec ceux qui peu à peu la comprennent et la respectent. Il y a des choses drôles dans cette drôle d’histoire, il y a de la beauté dans les scènes, les cadrages, les regards, le rythme impeccable de la narration, il y a du tragique et de la sobriété. Il y a Catherine Frot, qui donne à sa Marguerite une profonde humanité.
Voici une scène où on la sent frémir, même sans les images.

Marguerite

Transcription :
– Je vais organiser un vrai concert, George, devant un vrai public.
– Comment ça (1), un vrai concert ?
– Mais cette fois-ci, dans les règles de l’art (2) : un récital classique, dans une grande salle classique.
– On ne peut pas se donner en spectacle* comme ça du jour au lendemain (3) !
– Mais je travaille depuis des années, mon chéri.
– Alors, on peut organiser un grand concert ici, avec nos amis du Cercle, comme d’habitude, mais alors plus…
– Mais ils viennent de nous claquer leur porte au nez (4), vous étiez là, hein !
– Non, non, ça va pouvoir s’arranger. N’allez pas vous risquer sur une vraie scène. Ça n’a pas de sens !
– George, toute ma vie, je vous ai obéi. Je me suis occupée de notre intérieur (5), je vous ai aidé dans vos affaires, je vous ai accompagné dans des dizaines de dîners assommants (6) sans jamais me plaindre. Maintenant, je voudrais être plus que ça.
– Ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi.
– Mais je ne vais pas faire n’importe quoi ! Je vais trouver un vrai professeur, avec des gens qui m’entourent, qui me conseillent.
– Eh bien, je vous l’interdis !
– Mais de quoi avez-vous peur exactement ?
– C’est pour vous que j’ai peur, figurez-vous (7). Tout le temps.
– Mais pourquoi ?
– Mais qu’est-ce que c’est ? C’est de l’orgueil ? Vous voulez vous faire applaudir ? Jouer les divas, comme une gamine ?
– Alors, vous n’avez rien compris à ce que je fais, rien compris à ce que je suis. Il n’y a que la musique qui compte pour moi. La musique. C’est tout ce que vous m’avez laissé. Mais je suis prête à chanter encore une fois devant votre fauteuil vide. C’est ça, ou devenir folle, vous m’entendez ? Folle. Folle !

Des explications :
1. Comment ça ? : on pose cette question familière quand on ne comprend pas quelque chose ou quand on est surpris par ce que quelqu’un affirme. Cela signifie qu’on veut des explications.
Par exemple :
– Il a vendu sa voiture.
– Comment ça, il a vendu sa voiture ?
(Cette façon de parler exprime l’incrédulité. )
2. faire quelque chose dans les règles de l’art : faire quelque chose parfaitement, pas en amateur.
3. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition
Par exemple :Du jour au lendemain, ils ont changé d’attitude envers nous.
4. Claquer la porte au nez de quelqu’un: refuser d’écouter quelqu’un, rejeter quelqu’un brutalement, l’exclure d’un cercle, d’une communauté. Opposer un refus à quelqu’un.
Par exemple : Quand elle les a contactés pour un stage, ils lui ont claqué la porte au nez.
5. S’occuper de son intérieur : s’occuper de sa maison, de toutes les tâches ménagères. (c’est comme dans l’expression : une femme d’intérieur = une femme qui ne travaille pas à l’extérieur, ou qui se consacre énormément à sa maison.)
6. Assommant : très ennuyeux
7. figurez-vous : cette exclamation sert à insister sur une affirmation qu’on fait. C’est comme si on demandait à cette personne de bien se rendre compte de quelque chose, d’en prendre conscience.
Par exemple : – Je me suis fait du souci pour toi, figure-toi ! Alors arrête de me parler sur ce ton.
Il est trop tard, figure-toi ! Voilà pourquoi je ne peux plus rien faire pour toi.

Une expression employée au sens propre et au sens figuré : se donner en spectacle
– Au sens propre, cela signifie qu’on monte sur scène, pour danser, ou chanter, ou jouer la comédie devant un public.
– Mais le sens figuré est le plus fréquent: cela signifie qu’on expose aux yeux des gens une façon d’être qui n’est pas tout à fait convenable, qui ne respecte pas la bienséance.
Par exemple : Il avait trop bu à ce dîner. Et il s’est donné en spectacle. On était gêné pour lui.

Marguerite assassine l’air de la Reine de la Nuit. Alors, après le film, on a envie de réécouter les femmes qui savent chanter une telle musique.
Mais je vous laisse avec ce qui ouvre le film, le duo des fleurs, de Léo Delibes, dans une belle version. (Cliquez ici.)
Je ne suis pas une inconditionnelle des voix lyriques féminines en fait mais dans cet air que j’ai rencontré enfant, j’attends toujours ce silence suspendu qui vient au bout d’une minute, puis la communion de ces deux voix si harmonieuses qui se posent et s’épousent. Et je comprends Marguerite.

Je vous souhaite un bon début de semaine.
A bientôt.

En mai 2018

Je ne suis pas très en avance pour revenir sur le mois de mai écoulé !
Du travail, des piles de copies à corriger, d’autres activités, et voilà le mois de juin déjà bien entamé.
Voici donc mon enregistrement du mois, avec d’abord des photos qui vous feront sans doute deviner ce dont je vous parle aujourd’hui.

Où il est d’abord question de ça :


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Puis d’un sujet plus positif !



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Mai 2018

Transcription
Bonjour. Alors, pour faire un petit point sur le mois de mai, en fait, je voulais vous parler d’un problème qu’on rencontre de plus en plus dans les études, en tant que prof et bien sûr pour les étudiants aussi, c’est le problème de la fraude aux examens, aux tests, qui a tendance vraiment à se généraliser, et ça devient, comme on dit, un sport national (1) en France, c’est-à-dire que de plus en plus d’élèves, d’étudiants trichent et… pour avoir des résultats, pour avoir des résultats corrects, alors, peut-être parce que la France attache une très grande importance aux notes, mais parce que aussi, voilà, certains étudiants, au lieu de mettre beaucoup d’énergie à apprendre, s’entraîner, travailler, se préparer à faire des… certains exercices, résoudre des problèmes et autres, ont tendance à essayer de tricher avec des documents, des choses comme ça et ça devient, à mon avis, quand même un peu critique (2). Lire la Suite…

Leçon de vie

Je viens de lire un très beau livre, au titre assez étrange : Vie de ma voisine. Geneviève Brisac y fait entendre la voix de sa très vieille voisine qui dit son enfance et sa jeunesse, avec ses parents, puis sans eux, puisqu’ils ont disparu dans les camps nazis en 1942. Jenny Plocki et son petit frère ont survécu, en France. C’est un récit d’une très grande force, qui ne cède jamais au désespoir parce que les tragédies y sont dites avec « l’habituelle sobriété » de cette désormais vieille dame qui a vécu intensément et dignement. Le présent, le passé, la vie de Jenny, celle de Geneviève Brisac, s’y entremêlent, dans une parole qu’on suit comme si on était avec elles deux. Phrases courtes, sans fioritures ni désespérance, pour dire encore une fois cette histoire qui est la nôtre parce qu’elle est celle de Jenny, de sa mère et de son père, avides de liberté, d’égalité et de fraternité.

J’ai lu ce récit d’une traite, parce qu’il touche à l’essentiel et qu’il est d’une intense dignité. Le récit d’une vie tout entière éclairée par les derniers mots écrits par Nuchim Plocki dans le train de la déportation et qui sont miraculeusement parvenus à ses deux enfants: Soyez tranquilles les enfants, maman et moi nous partons ensemble. Papa. Vivez et espérez.
On voudrait qu’ils sachent tous les deux que leurs enfants ont triomphé de cette horreur, on voudrait qu’ils puissent être rassurés et fiers.

J’ai ensuite écouté Geneviève Brisac.

Geneviève Brisac – Vie de ma voisine

Transcription
J’ai entendu ce matin à la radio Florian Philippot, le porte-parole du Front National, dire qu’il souhaitait, si jamais ils arrivaient au pouvoir, que les enfants d’immigrés payent pour aller à l’école publique. D’une certaine façon, c’est à cause de phrases de ce genre-là, de propos (1) de ce genre-là que j’ai écrit Vie de ma voisine, pour que… pour qu’on comprenne à quel point il est impossible que le pays des Droits de l’Homme, le pays qui a inventé la Révolution de 1789, puisse en arriver à ce qu’on articule (2) des choses pareilles. On est quand même dans un monde effrayant et dans ce… Comme la peur est certainement le… La peur, on le voit très bien quand on lit le livre et quand on écoute Jenny Plocki, la peur est la pire des conseillères. C’est la peur qui fait dénoncer ses voisins, c’est la peur qui fait qu’on ne vient pas en aide à des réfugiés, c’est la peur qui fait qu’on ne va pas aider des enfants qui sont dans le besoin, c’est la peur qui fait qu’on se replie (3), qu’on se recroqueville (4). Or, la peur, ça ne sert à rien. Ça ne sert qu’à se compromettre finalement. Et je crois réellement que – Jenny Plocki le dit très, très bien, à un moment donné, elle dit : « Quand on a vécu ce que j’ai traversé, on ne peut plus avoir peur de rien. » Et ce serait un petit peu la leçon de tout ça. Je pense que pour toutes les petites filles, les jeunes filles, et puis les petits garçons, je pense que cette leçon de droiture (5), de courage, de culture aussi… Et je pense que pour moi, c’est la même chose, c’est-à-dire qu’il y a… Jenny Plocki, c’est une femme de culture, c’est une femme qui a lu des milliers et des milliers de livres, pour qui la culture est au cœur de la défense de notre humanité, eh bien… c’est-à-dire le théâtre, c’est-à-dire le cinéma et les livres, et les expositions, et la peinture. Et le partage. La culture pour tous, c’est… c’est notre seul rempart (6).

Quelques explications
1. des propos : des paroles
2. articuler : ici, cela signifie : prononcer / dire
3. se replier : se replier sur soi, se fermer aux autres
4. se recroqueviller : se replier complètement sur soi-même physiquement
5. la droiture : c’est le fait d’être quelqu’un de droit, c’est-à-dire toujours honnête et fidèle aux valeurs de justice
6. un rempart : au sens propre, c’est un mur qui protège une ville ou un château-fort. Donc au sens figuré, c’est ce qui nous protège contre un danger majeur. Par exemple, on emploie souvent les expressions suivantes : un rempart contre la barbarie / un rempart contre la bêtise / un rempart contre l’obscurantisme, etc.

Cette vidéo est ici, en entier.

Pour vous donner envie de lire ce livre, si riche, voici quelques passages du début:


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Vie de ma voisine

J’ai aussi été touchée par ce que Jenny dit de son amitié avec Monique, l’amie de toujours:
Monique est la personne la plus fiable du monde. L’incarnation du mot Amitié. Une personne solide et bonne, dont la vie a filé comme celle de Jenny, jamais loin, en une sorte de destin parallèle, elles ont navigué de conserve sur une eau souvent mauvaise à boire, mais n’ont jamais, en quatre-vingts ans cessé de parler ensemble.
Et aussi : Souvent, lors de nos conversations, Jenny ne nomme même pas Monique. Elle dit ma copine, elle dit cela avec pudeur et humour, consciente du trésor qu’est ce dialogue profond et constant depuis trois quarts de siècle.

A l’école en 68

En mai 68, j’étais petite, je n’ai pas beaucoup de souvenirs précis. Plutôt des impressions et des images. Du beau temps à Paris, plus de classe puisque les écoles étaient toutes fermées, en grève, mes parents – instituteurs – qui allaient à des réunions. Et nous les suivions. C’est surtout ça qui me reste : nous les enfants des maîtres et des maîtresses, nous étions totalement libres de jouer dans les écoles où se tenaient ces réunions, libres dans la cour de récréation, libres d’explorer les couloirs et les classes, libres de ne plus avoir d’horaires ni de devoirs à faire ! C’était joyeux. Et pour les adultes aussi !
A la radio, il y a quelques jours, il y avait ces témoignages de gens qui étaient un peu plus âgés alors. Sur l’école, l’enseignement. Un avant et un après. Pour moi, c’est plus flou. Si, quand même, ce qui me reste de l’après, c’est la fin de l’école séparée garçons-filles.

Mai 68

Transcription
En fait, il y avait un message (1) qui était délivré par les professeurs et qu’il fallait apprendre par cœur. Il y avait aucune discussion sur l’enseignement. En fait, il fallait accumuler des connaissances et il fallait être capable de les restituer.
(Quatre et quatre huit. Huit et huit font seize.)
On pouvait poser quelques questions pour mieux se faire expliquer les choses mais il était hors de question (2) de contester quelque chose. En histoire, par exemple, on voyait bien les difficultés de la position de la France – la guerre d’Algérie (3), les questions qu’on se posait par rapport à l’immigration, etc. L’idée que l’on puisse parler des choses était impensable (4). On pouvait pas avoir son point de vue. Il y avait un point de vue qui était celui du manuel scolaire (5). La curiosité intellectuelle n’était pas du tout encouragée.
On s’alignait deux par deux au moment où se finissait la récréation et où il fallait rentrer en cours. Je me souviens de plaisanter avec un camarade de classe et le surveillant général qui passait par là m’a envoyé une gifle au passage parce que je riais.

Plus d’estrade (6)! Le professeur maintenant n’était plus au-dessus des élèves mais il était au niveau de l’élève. Les rapports avec les élèves, beaucoup plus décontractés ! Je dirais même parfois trop, puisque j’ai connu l’expérience où on tutoyait les professeurs, au grand dam (7) du chef d’établissement. Il y avait aussi le fait qu’on a fait disparaître les notes. Plus de compositions (8), puisque dans les temps anciens, chaque trimestre, il y avait des compositions dans chaque matière, et là, formidable (9), plus de compositions ! Et plus de classements (10). On s’est mis à comprendre qu’il fallait dispenser un enseignement tout à fait différent selon (11) les élèves. Et je trouve que ces jeunes professeurs se sont tous engouffrés (12) dans cette rénovation avec grand plaisir. On inventait, on créait.

On peut penser notamment à la mixité (13). En fait, la mixité est accélérée dans certains établissements (14) par mai 68 parce que mai 68 a ringardisé cette séparation des sexes, mais elle était déjà pratiquée dans beaucoup d’établissements, notamment tous les nouveaux collèges qui s’étaient construits. De ce point de vue, mai 68 n’est pas véritablement un commencement. Ce n’est pas non plus un aboutissement (15). C’est un révélateur.

Quelques explications:
1. un message : une façon de penser, d’expliquer les choses
2. être hors de question : être totalement interdit, totalement impossible.
L’expression Il est hors de question que… est suivie du subjonctif : Il est hors de question que tu fasses comme ça.
3. la guerre d’Algérie : la guerre que les Français ont faite en Algérie pour empêcher l’Algérie de devenir indépendante. « Les événements », comme les gens disaient alors. Sujet tabou.
4. Impensable : complètement exclu, interdit, impossible
5. un manuel scolaire : un livre fait pour être utilisé en classe par les professeurs, qui applique le programme scolaire de la matière et de la classe. On dit par exemple : un manuel d’histoire, un manuel d’anglais
6. une estrade : un plancher surélevé par rapport au sol. Le bureau du professeur ou de l’instituteur était sur une estrade pour dominer la classe, bien voir et être vu par tous les élèves.
7. au grand dam quelqu’un : au grand désespoir de quelqu’un. Par exemple, ici, le directeur désapprouvait ce tutoiement et cela le contrariait vraiment.
8. les compositions : c’était comme des mini examens, il y avait un côté solennel à ce genre d’évaluations.
9. Formidable : génial, super. Formidable n’est pas familier, contrairement aux deux mots cités.
10. Les classements: les élèves étaient classés en fonction de leurs résultats aux compositions et ce classement était annoncé assez solennellement.
11. Selon : en fonction de
12. s’engouffrer dans quelque chose : au sens propre, cela signifie entrer très rapidement quelque part. Au sens figuré, cela signifie qu’on se met à faire quelque chose très rapidement.
13. La mixité : c’est le fait que les hommes et les femmes, les garçons et les filles fassent les mêmes activités sans être séparés. Avant, il y avait des écoles de filles et des écoles de garçons. Les écoles n’étaient pas mixtes.
14. Un établissement : une école, un collège, un lycée.
15. Un aboutissement : le résultat d’une évolution, d’un processus

Trois remarques personnelles:
– on avait vraiment beaucoup de notes à l’école primaire ! En photo, c’est un de mes livrets, comme on appelait les relevés de notes. Tout à la main ! Pas de logiciel pour calculer ni pour remplir. C’est l’écriture de ma mère puisque j’ai été dans sa classe au CP !
– je n’ai jamais eu par la suite d’enseignant qu’on pouvait tutoyer. De toute façon, ça ne nous serait pas venu à l’idée !
– j’ai eu moi aussi un surveillant général, qui mettait des gifles, aux garçons exclusivement. Mais c’était après mai 68 ! C’était choquant.
Je vous en reparle bientôt.

L’émission est ici

La dictée du jour

Alors, aujourd’hui, on va jouer à l’école:
Prenez une feuille et un stylo. On va commencer par une petite dictée.

Dictée du jour
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C’est bon? Vous vous êtes bien relu ?

Bon, maintenant, posez vos stylos. On ne joue plus.
On est sur internet et on tombe sur de vrais commentaires laissés sur des sites ou des réseaux sociaux. Et voici ce qu’on lit :
– Il va sans sortir.
– Sa femme qu’il attend soutenu.
– Quand pensez-vous ?

* Il va sans sortir.
Alors, ça veut dire qu’il reste à la maison ?

* Sa femme qu’il attend soutenu.
C’est bien connu, les femmes se font toujours attendre !

* Quand pensez-vous ?
Euh, jamais en fait. (Surtout quand j’écris.)

C’est plutôt drôle. C’est presque poétique !
Le problème, c’est que

– ça n’est pas volontaire.
– ça n’est pas un usage poétique des mots par leurs auteurs.
– c’est écrit par des Français, dans leur langue maternelle.
– ça devient presque incompréhensible.
Il faut quasiment se dire ces phrases à voix haute, et elles redeviennent alors pleines de sens :
= Il va s’en sortir.
(Il a beaucoup de travail, ou bien la situation est compliquée mais il va y arriver.)

= Sa femme, qu’il a tant soutenue…
(comme il s’y est engagé, en termes équivalents, par les voeux prononcés lors de leur mariage religieux.)

= Qu’en penses-tu ?
(Allez, donne-moi ton avis, ta position sur cette question ou sur ce que je te propose.)

La prononciation est exactement la même, c’est vrai. D’où ces erreurs.
Mais quand même !
Le remède se trouve peut-être – en partie – là :

Cette publicité joue sur les mots, des mots qui sont normalement écrits sur les paquets de cigarettes et associés à des photos peu poétiques des maladies causées par le tabagisme : Fumer nuit gravement à la santé. Avertissement solennel. Tentative de disuasion. (assez hypocrite, il faut bien le dire !)

En lisant, je crois moi aussi qu’on a davantage de chance de devenir moins ignorant en orthographe et en grammaire, de ne pas être un âne ! (Petite parenthèse : pauvres ânes ! En français, être un âne n’est pas flatteur.)
Lire, donc. Pas simplement pour le plaisir d’être bon en orthographe ou en grammaire, mais pour comprendre et se faire comprendre ! Et pour accéder au monde.
Parce que voilà, comme c’est écrit sur ce trottoir de Montmartre :

Connaissez-vous ce compte instagram ?
Allez jouer avec les mots de son auteure, tracés à la craie dans la rue !
Syntaxe et orthographe bousculées.
Poésie, humour et vérité.

Les mots et les paysages

J’ai lu récemment Nos Vies, de Marie-Hélène Lafon, parce que je l’avais écoutée à la radio et avais trouvé, juste après, son dernier livre exposé sur une table à la bibliothèque. Et j’ai plongé dans ses mots, ses sensations, sa façon si singulière d’écrire. Ce faisant, je n’ai pas commencé à découvrir cette écrivaine par ses livres les plus typiques, ceux où la nature, la campagne où elle a grandi sont le décor de ses histoires. J’ai beaucoup aimé ce livre et vais lire les autres, pour y retrouver ce qu’elle évoquait dans cette interview, écoutée par hasard, encore une fois. Il y était question de son enfance, de lecture, d’écriture, dans une langue où chaque mot est choisi. Je partage avec vous aujourd’hui la beauté de ses évocations, dans cette diction qui lui est si personnelle.

La lecture Les paysages – MH Lafon

Transcription
Comment les mots se sont-ils inscrits dans votre cœur et dans votre corps ? Et à partir de quand, Marie-Hélène Lafon ?
– Avec l’école. Avec l’entrée au CP (1). L’avènement (2) des mots, c’est l’apprentissage d’abord de la lecture. C’est d’abord la syllabe : c’est BA, BE, BI, BO, BU (3). Rémi et Colette (4), le livre de lecture. Donc la syllabe, le mot, la phrase, la passion immédiatement contractée (5) de la grammaire, de la composition de la phrase, de son agencement, de sa mécanique, de son lego. Et l’étape suivante, ce sont les histoires, que la maîtresse nous lisait à l’école l’après-midi. Donc tout ça, c’est le CP. Une sorte d’éblouissement, le CP. Et le sentiment d’être à ma place, à cet endroit-là. A ma place à l’école aussi d’ailleurs, et je n’en suis jamais sortie, puisque, vous l’avez dit tout à l’heure (6), je suis professeur. Et d’avoir accès à un chatoiement (7) du monde dont je n’avais probablement pas conscience, en tout cas pas de cette manière-là jusqu’à présent. Je ne suis pas allée à l’école maternelle (8), il n’y en avait pas. Donc comme le CP, on a six ou sept ans, voilà, donc ça commence comme ça. Et ça n’a pas cessé depuis, cet émerveillement du verbe. Et j’ai beaucoup de chance, parce que la grâce du verbe (9) m’est tombée dessus au CP, et auparavant, la grâce du paysage m’était tombée dessus et m’avait emportée. C’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour vivre.
Encore faut-il (10) savoir le regarder, le paysage !
– Je… Je… Pardonnez-moi de le dire parce que ça va paraître un peu outrecuidant (11) mais je crois que j’ai toujours déjà su, ça aussi. Vous voyez, j’ai des souvenirs extrêmement anciens de… d’une joie intense à voir autour de moi la rivière, la ligne de l’horizon, l’érable (12) de la cour, et la balançoire, voilà, la balançoire sous l’érable. Le vert, le bleu. Voilà. Ce sont des sensations très anciennes et profondément jubilatoires (13), qui m’ont été données très tôt et qui me restent, enfin qui me portent et me nourrissent encore aujourd’hui.
La géographie est une écriture de la terre, écrivez-vous. (14)
– C’est de l’étymologie. C’est tellement, dans mon cas, tellement vrai, tellement constant, puisque, écrivant, pendant des années et des années, j’ai d’abord… Je me suis enfoncée justement dans cette terre première, dans ce pays premier, qui en ce qui me concerne est cet infime (15) territoire du nord-Cantal, mais chacun porte en soi le sien. Il se trouve que, voilà, pour moi, j’ai commencé d’être à cet endroit-là et je me suis enfoncée dans cette… dans ces lieux, dans cette géographie infime. La rivière, à laquelle vous faisiez allusion tout à l’heure, elle doit… Elle fait 35 kilomètres. C’est rien et en même temps, pour moi, le monde a commencé là.

Des explications
1. le CP : c’est le cours préparatoire, la première classe de l’école primaire, où on apprend à lire. Les Français utilisent maintenant tout le temps l’abréviation plutôt que l’expression complète.
2. L’avènement : l’arrivée, la venue. Ce terme est employé par exemple à propos des rois : l’avènement du roi, ou d’un régime politique : l’avènement de la république. Ici, cela donne un caractère solennel à ce qu’elle dit des mots, du langage.
3. BA, BE, BI, BO, BU : c’est ce qu’on appelle la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, dans laquelle on associe une consonne avec une voyelle : B+A = BA, T+A = TA, BE+E = BE, T+E = TE, etc., puis on combine tous ces sons pour déchiffrer les mots.
4. Rémi et Colette : c’était le nom du livre dans lequel beaucoup de petits Français ont appris à lire.
5. contractée : prise, attrapée. Par exemple : On contracte une maladie.
6. Tout à l’heure : ici, cette expression renvoie à un moment du passé tout proche. Mais dans d’autres contextes, elle peut concerner un moment dans le futur proche.
7. Le chatoiement : c’est le fait de chatoyer, c’est-à-dire de renvoyer de beaux reflets. Ce terme est littéraire et exprime l’idée de la variété magnifique du monde.
8. L’école maternelle : on dit aussi la maternelle, c’est-à-dire l’école où vont les enfants français à partir de 3 ans, qui n’est pas obligatoire, mais où presque tous les petits Français vont.
9. Le verbe : ici, ce mot est employé dans son sens de langage.
10. Encore faut-il… : c’est comme dire : Oui, mais il est nécessaire que… Cette expression est d’un style soutenu et elle est suivie de l’infinitif comme ici ou du subjonctif. Par exemple : Je veux bien l’emmener voir ce film. Encore faut-il qu’il comprenne. /
11. outrecuidant : prétentieux, qui se croit supérieur aux autres. (style littéraire)
12. un érable : c’est un arbre
13. jubilatoire : qui procure beaucoup de joie
14. écrivez-vous : on inverse le sujet et le verbe mais ce n’est pas une question. C’est comme : Vous écrivez que…, mais le fait de le placer à la fin entraîne cette inversion.
15. infime : minuscule, très petit, et donc aussi sans importance

L’émission entière est à écouter ici.

Voici la méthode de lecture dans laquelle j’ai appris à lire !
Ce n’était pas Rémi et Colette. C’était bien plus dépaysant. Livre précieux pour moi. Je vous en reparle un de ces jours.
Cette page illustre bien ce dont parle Marie-Hélène Lafon.

Bon début de semaine à vous !

Le pinson, la pie et la linotte

Dans l’Aveyron, je redécouvre les chants d’oiseaux ! A Marseille, nous avons bien des mésanges, des rouges-gorges, des étourneaux, des tourterelles et de temps en temps, une huppe fasciée (et bien sûr des goélands qui rentrent un peu dans les terres quand il fait trop mauvais temps sur la mer), mais quand même, c’est plus urbanisé, donc plus limité dans la variété des chants qu’on entend dans nos jardins. (Et bientôt, ce sera un tout autre chant, celui des cigales, qui domine alors tout, du matin au soir !)

J’ai donc découvert ici le chant du pinson. Nom connu de tous, car nous avons une jolie expression très courante qui fait référence à ce petit oiseau : on dit de quelqu’un de joyeux qu’il est gai comme un pinson.

Mais je ne savais pas qui il était, ni comment il chantait. J’ai enregistré un oiseau qu’on entend très souvent ici, sans réussir à le voir dans le feuillage au-dessus de moi. Puis j’ai écouté mon petit enregistrement pour voir ce que ça donnait. Et là, surprise, il est venu voleter autour de moi, de branche en branche, tout près, attiré par son propre chant ! Et grâce à des enregistrements sur internet, j’ai pu mettre un nom sur ce petit oiseau dont j’ai appris aussi qu’il est très sociable.

Et puisque ce billet est placé sous le signe de la nature – et du printemps – voici deux autres expressions très courantes qui font référence à des oiseaux aussi !
– On dit d’une personne très bavarde qu’elle est bavarde comme une pie, qu’elle jacasse comme une pie.

Avoir une tête de linotte ou être une tête de linotte signifie qu’on oublie très souvent ce qu’on a à faire, qu’on est tête en l’air !
Quelle tête de linotte !
Tu es une vraie tête de linotte !

Bonne journée, réveillés par le chant des oiseaux peut-être !

Les parents poules

Les mamans ont tendance à être des mères poules et à couver leurs enfants, comme la poule couve ses oeufs et s’occupe ensuite de ses poussins. (On utilise d’ailleurs ce terme affectueux pour s’adresser à ses enfants : Mon poussin, mon petit poussin)
Et aujourd’hui, les pères ne sont pas en reste et jouent un grand rôle dans l’éducation de leurs enfants, en refusant d’être seulement la traditionnelle figure de l’autorité. D’où ce terme assez amusant de papa poule !

Donc être des parents poules n’est pas surprenant à notre époque. Normalement, ce terme est plutôt sympathique. Mais le risque, c’est bien sûr d’étouffer ses enfants, qui ne peuvent pas s’envoler du nid. Difficile alors pour eux de voler de leurs propres ailes. Dans ce cas, on utilise de plus en plus un terme venu de l’anglais, et moins poétique : les parents hélicoptères, qui tournoient sans cesse au-dessus de leurs enfants pour veiller à ce qu’il ne leur arrive rien, qui surveillent toutes leurs activités en permanence. Cela engendre forcément des tensions dans les familles, notamment entre les parents et les ados !

Voici un tout petit tableau brossé par une journaliste et mère de famille, plutôt rassurant en définitive !
Ce billet m’a été inspiré par mon fils aîné, bientôt 30 ans, qui nous a dit l’autre jour, que nous avions été des parents « cools »! Ce n’est pas toujours l’impression que j’avais eue ! 🙂

Parents parfaits

Transcription
Moi, j’ai travaillé avec les adolescents, avec Phosphore (1) avant, et je me souviens d’un dossier mais (2) qui m’a énormément déculpabilisée en tant que parent, on avait fait un dossier qui était « Rester… »… « Comment rester zen en famille », avec des ados, donc 15-18 ans, pas mal en… pour certains, en mode (3) crise d’ado pour certains et des parents. Et je suis ressortie médusée (4) de ce dossier (5), parce que d’un côté, j’avais des parents, mais (6) certains en larmes au téléphone, déprimés, mais disant : « Mais qu’est-ce que j’ai raté (7)? Il me parle plus (8), il est dans sa chambre, tout ce que je dis, il lève les yeux au ciel (9), il y a rien qui a de l’importance. Qu’est-ce que j’ai loupé (10) ? On n’arrive plus à communiquer. » Et de l’autre côté, j’avais les enfants, hein, des mêmes familles, des ados qui me disaient : « Ouais, moi, mes parents, ils sont chouettes (11), ils sont sympas. » Quand… A la question « Ce serait quoi, un parent idéal ? », tous, y compris un ado, je me souviens, qui était en assez grande tension avec sa mère, c’était compliqué, tous, y compris lui, me dit (12) en gros (13), à un détail près (14), c’était leurs parents ! Donc ça, moi j’avais trouvé extraordinaire, ce dossier, pour ça, de se dire que même quand, en tant que parents, on a l’impression d’avoir loupé quelque chose, d’être un peu à côté de la plaque (15), en fait, ils nous aiment comme étant leurs parents et avec nos gueulantes (16) et nos… et nos coups de colère et nos pétages de plombs (17) des fois !

Quelques explications :
1. Phosphore : c’est le titre d’un magazine pour les grands ados, avec des BD, des reportages, des jeux et des dossiers, des enquêtes sur des thèmes particuliers chaque mois
2. mais qui m’a déculpabilisée : ici, mais n’a pas son sens habituel de contraste, d’opposition. C’est un emploi uniquement oral, qui sert à renforcer ce qu’on dit juste après, à le mettre en valeur. C’est en quelque sorte un synonyme de vraiment, totalement, etc. Ici, elle explique qu’elle s’est sentie totalement déculpabilisée.
3. En mode : expression orale à la mode, qui indique qu’on a adopté une attitude particulière. Ici, ces jeunes ont l’attitude typique des ados en crise d’adolescence, qui ne s’entendent pas avec leurs parents et s’opposent à eux sans cesse.
4. médusé : vraiment très étonné. (Ce terme est très fort.)
5. je suis ressortie de ce dossier : c’est-à-dire quand elle a eu terminé tout son travail d’enquête et de rédaction de ce dossier.
6. Mais certains en larmes : c’est le même emploi de mais que précédemment, pour insister sur le fait que certains parents étaient tellement catastrophés qu’ils en pleuraient.
7. Rater quelque chose : échouer à faire quelque chose.
Mais qu’est-ce que j’ai raté ? = Où est-ce que j’ai commis des erreurs ? / Qu’est-ce que je n’ai pas su faire ?
8. Il me parle plus = Il ne me parle plus. (style oral, avec omission de ne)
9. lever les yeux aux ciel : cela signifie bien regarder vers le ciel, mais pas pour regarder. Cela sert à exprimer l’agacement, à montrer son irritation sans passer par les mots. C’est du langage non-verbal très clair et très impoli évidemment !
10. Louper : rater, manquer. (style familier). Apparemment, ce verbe est en train de devenir neutre et non plus familier car beaucoup de gens l’emploient de façon interchangeable avec rater ou manquer, qui eux ne sont pas familiers.
11. Chouette : bien, sympa, etc. (plutôt familier) On n’entendait plus tellement ce mot et il est en train de revenir à la mode, j’ai l’impression.
12. me dit... : normalement, le sujet de ce verbe est « Tous », donc il faudrait accorder au pluriel : Tous me disent… Mais comme le sujet et le verbe sont loin l’un de l’autre et qu’elle a évoqué entretemps un ado particulier, elle accorde au singulier en pensant juste à lui. Elle a perdu son sujet en route, ce qui est fréquent à l’oral et n’est pas gênant pour la compréhension.
13. En gros : sans entrer dans les détails, dans les nuances.
14. À un détail près : il y a juste un détail qui ne correspond pas, qui ne va pas. Par exemple : Il a trouvé toutes les bonnes réponses, à un détail près. Donc c’est quasiment parfait ! / Tu as pensé à tout, à un détail près !
15. Être à côté de la plaque : ne rien comprendre et donc ne pas faire les choses correctement. (argot)
16. une gueulante : ce nom vient du verbe gueuler, qui signifie crier, se fâcher contre quelqu’un. Donc c’est lorsqu’on exprime sa colère en criant. (très familier)
17. un pétage de plombs : cela vient de l’expression : péter un plomb / péter les plombs, qui signifie qu’on perd totalement son calme parce qu’on est très en colère. (argot) On utilise aussi l’expression synonyme : Péter un câble. (Toujours au singulier.) Mais bizarrement, on n’emploie pas l’expression un pétage de câble.

L’émission entière est ici.

Bon weekend à vous !

En avril 2018

Le mois de mai commence tout juste.
C’est donc l’heure de revenir un peu sur mon mois d’avril, pour compléter ce que j’ai partagé avec vous dans les semaines passées.
Un temps estival, un film marquant où se mêlent plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs époques et un petit tour dans ma vie de prof. Et des expressions, parce que finalement, on en emploie beaucoup spontanément !


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Juste l’enregistrement :
Avril 2018

Transcription
Alors, pour le mois d’avril, je vais commencer par faire un petit petit point météo (1) quand même, parce que, bon il y a un proverbe qui dit : En avril, ne te découvre pas d’un fil. En mai, fais ce qu’il te plaît (2). Et là, en avril, il a fallu se découvrir, c’est-à-dire sortir les vêtements d’été, les vêtements légers, parce qu’il a fait vraiment chaud avant l’heure (3). Alors, à Marseille, on n’est pas très surpris en général d’avoir du beau temps comme ça, et puis d’autant plus que, à cause de la Méditerranée, ça se réchauffe un tout petit peu plus lentement. Mais quand même, il a fait… On est passé d’un coup (4) de l’hiver en quelque sorte à des températures vraiment d’été. Et c’était surtout surprenant dans d’autres régions de France, notamment dans le nord, dans le nord-ouest, parce qu’ils ont eu vraiment des températures très élevées et c’est venu d’un coup, donc tout le monde était très surpris. Et quand c’est comme ça, bah c’est vrai que tout le monde dit : Oh là, là ! On va le payer ! (5) Et c’est vrai que ça peut arriver parce que notamment s’il fait un petit peu chaud et que les… la végétation, les arbres fruitiers démarrent, parfois, après, bah il refait froid derrière (6), et évidemment, c’est pas très bon pour les fruits par exemple, les fleurs qui gèlent, ce genre de choses et… Mais bon, on peut toujours se dire que, après tout, c’est toujours ça de pris ! (7)
Pour passer à un autre sujet, je voulais vous parler d’un film que j’ai vu, début avril, qui s’appelle Razzia et qui est un film marocain, de Nabil Ayouch, qui est vraiment pour moi… enfin qui m’a vraiment beaucoup marquée. Et… La seule chose, c’est que je pense que il faut que chacun voie ce film et se fasse sa propre opinion parce que, après, j’ai lu des critiques qui n’étaient pas bonnes, qui n’étaient pas très, très bonnes, en disant que c’était un film compliqué, où tout se mélangeait, etc., et justement, par définition (8), moi, c’est ce qui m’a beaucoup plu. Donc c’est un film qui se passe au Maroc, dans les années 80, en partie, au départ, dans l’Atlas marocain et avec un instituteur qui fait vraiment aimer l’école à ses élèves et qui subit l’arabisation forcée et qui, bah, ne sait plus très bien comment faire, parce qu’on lui demande d’enseigner d’une manière qui ne lui convient pas. Et ensuite, on suit les destins d’autres personnages, qui sont plus proches de nous, dans les années 2000… enfin en 2015, et… des destins différents. Et en fait, pour moi, ça n’a pas été du tout gênant parce que on suit très, très bien toutes ces histoires, et il y a un point commun, c’est-à-dire entre eux, c’est la… finalement, la lutte pour la liberté, contre l’intolérance, contre le sexisme, contre l’homophobie. Et c’est… Je n’ai pas trouvé… enfin, je pense que c’est très, très réussi, justement, parce que tout s’enchaîne de façon très subtile et très souple. En même temps, les personnages sont quand même liés les uns aux autres de différentes manières et franchement, enfin, c’est un film qui m’a marquée parce que ça montre la condition des femmes au Maroc, la condition des jeunes au Maroc. Et c’est quand même très, très… enfin très politique. Mais en même temps, c’est très, très beau. Si vous avez l’occasion, allez le voir et faites-vous une idée par vous-même (9), parce que je vous dis, j’ai lu des critiques qui étaient très négatives. Mais honnêtement, moi, c’est un des films qui me reste et qui m’a marquée.
A part ça, je voulais vous parler aussi de ce que font les étudiants à la fin de chaque semestre, et là, on arrive à la fin du deuxième semestre bientôt. Donc les étudiants vont avoir à évaluer les enseignements qu’ils reçoivent dans mon IUT. Et ça existe depuis… je sais pas… deux-trois ans peut-être, pour les étudiants de première et deuxième année. Ça existait avant pour les étudiants plus âgés, en licence et en formation continue. Et puis ça s’est étendu donc aux étudiants de première et deuxième année. Et alors, ce qui est vraiment terrible (10)… Donc c’est… Ils sont… Ils doivent donner leur avis sur les différents cours qu’ils ont suivis, et c’est fait de façon anonyme, par internet. Et ensuite, bah chaque prof reçoit les comptes-rendus de ce qu’ils ont dit. Donc bah ils ont à mettre des notes de zéro à cinq, des choses comme ça. Et puis, ils ont aussi la possibilité de laisser des commentaires, d’ajouter des commentaires rédigés. Donc ce qui est terrible, c’est que certains n’ont vraiment qu’un but, c’est de dégommer (11) les profs ! Et tout le monde en prend pour son grade (12), vraiment avec des commentaires très… qui n’ont rien à voir… enfin…. comment dire ? C’est pas ce qu’on attend d’eux. On attend d’eux qu’ils nous donnent leur avis sur ce qui a pu leur manquer, ce qui pourrait être amélioré, etc. Et en fait, ils règlent leurs comptes (13), c’est vraiment un règlement de comptes ! Ils se permettent de faire des réflexions (14) sur certains profs, sur la façon dont ils parlent, la façon… enfin, leur attitude, en disant… je sais pas… D’une collègue par exemple, ils ont dit qu’elle était hautaine (15). Mais quel rapport ? (16) Enfin, alors qu’elle est en plus… elle est très dévouée à ses étudiants. Mais à partir du moment où on les contrarie, en fait, certains, on devient hautain ! On devient inintéressant, méchant. Et en fait, ça fait vraiment penser à ces émissions à la télé, de téléréalité, des choses comme ça, où le seul but, c’est d’être le plus agressif possible, de porter des jugements vraiment définitifs et sans nuance, et puis sans la plus élémentaire courtoisie. Donc dans ces comptes-rendus, en fait, enfin dans les commentaires qu’ils laissent, on lit absolument tout et son contraire, c’est-à-dire que vous pouvez avoir : Ah, j’ai beaucoup aimé ce cours, c’était vraiment très intéressant, le professeur s’intéresse beaucoup à nous, il nous aide à tout comprendre. Et puis, sur le même prof, vous allez avoir quelqu’un qui dit : Ce prof est absolument nul, il s’intéresse pas aux étudiants. Donc c’est vraiment très, très particulier quand on lit ça et il faut être… disons assez détaché pour pas se laisser atteindre parce que par moment, c’est quand même très… Ce sont des attaques personnelles et évidemment, selon que les étudiants aiment la matière, selon les rapports qu’on a pu avoir avoir avec eux, et selon le fait qu’ils sont tout simplement bien ou mal élevés, bien élevés ou mal élevés (17), voilà, on va avoir des avis très, très différents. Et je voulais vous parler de ça parce que en fait, au contraire, à l’opposé de ça, j’ai eu… J’ai terminé un cours avec une licence, des étudiants de licence et une étudiante est venue me voir à la fin, est venue me dire : Voilà, je voulais vous remercier, parce que bon, voilà, votre cours m’a vraiment réconciliée avec l’anglais et c’était vraiment bien, etc. Et c’est vrai que c’est très rare finalement qu’on ait des étudiants, des jeunes qui viennent nous dire si… quand ça leur a apporté quelque chose, et c’est un métier un peu ingrat quand même, quand on est prof, parce que on ne peut jamais vraiment mesurer l’impact qu’on a sur les… sur nos étudiants et puis sur la façon dont ça a pu leur apporter quelque chose. C’est assez compliqué en fait ! Et donc quand certains étudiants ont assez de maturité pour venir remercier, dire les choses, bah je trouve que c’est bien, quoi, ça fait du bien aussi. Voilà, je ne sais pas comment c’est chez vous, dans votre pays ou dans votre propre expérience. Ça m’intéresse de savoir, si vous avez des commentaires à faire et bah, pour le moment, je vais vous laisser parce que sinon, ça va être un petit peu trop long. A bientôt !

Des explications :
1. faire le point : analyser une situation à un moment donné. Cette expression vient du domaine nautique où on fait le point sur un bateau pour savoir où on est exactement.
Par exemple : Je voudrais faire le point avec toi sur ta situation professionnelle.
Ici, faire un point météo, c’est récapituler ce qui s’est passé.
2. Le proverbe : le fil dont il est question évoque le tissu des vêtements, donc les vêtements.
3. Avant l’heure : plus tôt que normal.
Par exemple : On a fêté son anniversaire avant l’heure car ensuite, il partait en voyage.
Ou encore : Tous ces cadeaux ! C’est Noël avant l’heure !
4. D’un coup : brutalement, sans transition, de façon soudaine
5. On va le payer : après une période favorable, on va subir des conséquences négatives.
6. Derrière : ici, ce n’est pas le sens spatial. Cela signifie après.
7. C’est toujours ça de pris ! : expression familière qui signifie que si une situation favorable ne se prolonge pas, il faut en profiter avant.
8. Par définition : précisément
9. se faire une idée (par soi-même) : se faire son opinion, réfléchir personnellement à quelque chose. Par exemple : Je ne veux pas les influencer. J’aimerais qu’ils se fassent une idée par eux-mêmes. / C’est un peu difficile de se faire une idée en lisant juste le résumé de ce livre.
10. Terrible : cet adjectif exprime une idée négative en français. Par exemple : Il y a un vent terrible aujourd’hui.
11. Dégommer : c’est de l’argot, qui signifie abattre, tuer, éliminer. Donc ici, c’est l’idée que certains étudiants s’en prennent verbalement aux enseignants de façon agressive.
12. En prendre pour son grade : être critiqué, subir des critiques. (argot)
13. régler ses comptes (avec quelqu’un) : dire tout ce qu’on pense de négatif sur quelqu’un, se venger d’une situation qu’on a subie.
14. Faire des réflexions (sur quelqu’un) : critiquer cette personne et le dire aux autres.
15. Être hautain(e) : exprimer clairement qu’on se sent supérieur aux autres
16. Mais quel rapport ? = Quel est le lien ? On pose cette question quand on ne voit pas le lien logique entre deux choses.
17. Bien élevé / mal élevé : poli / impoli

Bon, je me rends compte que je dis souvent vraiment, etc. et très, très. Vous pouvez compter ! Ah, ces tics de langage qu’on a !
Bonne journée à vous.

Le parfum du bonheur

Quelques brins de muguet pour vous porter bonheur comme le veut la tradition le 1er mai en France ! Celui-ci a poussé dans notre jardin à Marseille. Il ressort tous les ans, toujours un peu en avance, mais ce n’est jamais l’abondance car le climat méditerranéen n’est pas l’idéal pour les jolies clochettes finement dessinées et parfumées de cette fleur. Juste trois ou quatre brins mais cela suffit à notre bonheur car il sent si bon ! On sait que le printemps est bel et bien là.

Le bonheur… Voici deux autres expressions que nous aimons bien employer:
trouver son bonheur : cette expression indique qu’on a trouvé ce qu’on cherchait ou qu’on ne repart pas les mains vides de quelque part.
As-tu trouvé ton bonheur dans ce vide-grenier ?
Ils ont pas mal de livres ici mais je ne trouve pas mon bonheur !

faire le bonheur de quelqu’un : faire quelque chose qui fait plaisir à cette personne.
Ses trois enfants ont fait son bonheur en venant la voir ensemble le weekend dernier.
Il a fait mon bonheur en m’apportant des fraises de son jardin!
Tu sais, il ne faut pas grand chose pour faire son bonheur. Juste une petite attention, un petit message, un mot gentil de temps en temps.

Et si vous voulez en savoir un peu plus sur le 1er mai – car ce jour férié, ce n’est pas que le muguet – vous pourriez aller écouter ce que nous en disions avec Romain sur France Bienvenue il y a quelques années déjà. Les temps changent mais les traditions sont les traditions !

Je vous souhaite un joli mois de mai.

Prendre, s’y prendre, s’en prendre… Tout comprendre !

Prenez un verbe ordinaire. Aujourd’hui, ce sera le verbe prendre.
Ajoutez-lui en ou y, ces petits mots qui peuvent tout changer au sens d’une expression.
Transformez-le en verbe pronominal, pour compliquer sa conjugaison et sa signification!
Mettez le ton et vous obtenez une palette de sens et de nuances pour des expressions que nous employons très souvent.

Se prendre pour…  :
Quand on estime que quelqu’un outrepasse ses droits et n’a pas une attitude qui convient, on utilise cette question pour exprimer son mécontentement :
Pour qui tu te prends ? Tu ne me parles pas sur ce ton, s’il te plaît.
– Pour qui il se prend, celui-là ? Il traite les gens comme des chiens !
– Je ne sais pas pour qui vous vous prenez ! Gardez vos commentaires pour vous !

(Cette question – directe ou indirecte – n’existe qu’au présent, dans un style plutôt familier.)

1-Pour qui tu te prends
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On peut aussi exprimer sa surprise et sa désapprobation face au comportement de quelqu’un avec une autre question :
Mais qu’est-ce qui te prend ? Pourquoi tu dis ça ?
– Qu’est-ce qui leur a pris ? Ils ont vraiment fait n’importe quoi ! ça ne leur ressemble pas.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Mais tu m’as vraiment énervée. Excuse-moi de t’avoir répondu comme ça. (Au féminin, pour parler de soi, on peut accorder ou pas: Je ne sais pas ce qui m’a prise. Mais personnellement, je trouve ça bizarre.)

2-ce qui m’a pris
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S’en prendre à quelqu’un :
C’est faire des reproches, des critiques à quelqu’un, de façon agressive, ou attaquer à quelqu’un :
Certains enfants à l’école s’en prennent aux plus petits qu’eux pour affirmer leur domination.
– Pourquoi est-ce que tu t’en prends à moi ? Je n’y suis pour rien. Adresse-toi aux vrais responsables.
– Je ne sais pas pourquoi ils s’en sont pris à lui. Il n’avait rien fait de mal pourtant!

(Au féminin, on accorde : Elles s’en sont prises à lui.)

3-s’en prendre
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S’y prendre :
on emploie cette expression pour parler de la façon dont on fait quelque chose.
Je pense que tu t’y prends mal, je vais t’aider. ( = Tu ne fais pas comme il faut)
Moi, je trouve que tu t’y prends très bien. Tu as bien travaillé. Le résultat est parfait!
– Comment tu t’y es pris pour réparer ça ? C’était compliqué, non ?
– Elle s’y est mal prise. Du coup, il faut qu’elle recommence tout.
– Mais comment tu t’y prends ? Pas étonnant que ça ne marche pas !
– Tu t’y prends mal avec lui. Il faut être un peu plus diplomate !
– Elle ne sait plus comment s’y prendre avec son fils depuis qu’il est entré dans l’adolescence !

4-s’y prendre
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Voilà pour le verbe prendre.
A suivre, avec d’autres verbes très courants qui se métamorphosent de la même manière.
De l’art d’exprimer toutes sortes d’émotions avec des mots on ne peut plus ordinaires !

Bon début de semaine !

Des pas ou des mails ?

Il fut un temps où nous n’avions pas d’ordinateurs, ni de smartphones évidemment ! Mais je n’arrive pas à me souvenir comment nous communiquions au travail et à propos du travail, tellement les choses ont changé et en si peu de temps. La seule chose que je me dis, c’est que nous devions être très tranquilles, que les choses devaient prendre plus de temps et que la frontière entre temps de travail et temps personnel devait être plus tranchée, sans que cela gêne personne puisqu’on ne pouvait pas faire autrement.

La plupart de mes collègues – de tous âges – ont fini, il y a deux ou trois ans, par décider de ne plus répondre aux mails professionnels ou d’étudiants pendant le weekend ni après une certaine heure le soir en semaine : « on verra ça demain matin », « on verra ça lundi », ou même parfois, « on verra ça après les vacances ».

Nous avions déjà l’habitude de ne pas séparer de façon nette vie personnelle et vie professionnelle car en tant qu’enseignants, oui, nous avons un temps relativement court de présence devant les étudiants mais avec un temps de préparation, de recherche, de corrections de copies, de réunions qui n’est pas défini et est pris aussi sur les weekends, les soirées, les vacances. Alors répondre aux mails n’importe quand paraissait normal et nécessaire. Mais à un moment donné, certains ont dit trop, c’est trop !

Si je parle de ça aujourd’hui, c’est parce que je suis en vacances. Et que cela me fait beaucoup de bien de ne pas être en contact avec le travail pendant quelques jours – mais j’ai des copies à corriger ! Cela m’a remis en mémoire une émission entendue il y a deux ans, sur ces entreprises qui instituent des demi-journées ou même parfois des journées sans mails pour leurs salariés. C’est ce dont parlait cette jeune femme proche de la trentaine dont j’avais gardé le témoignage sympathique. Toujours d’actualité, d’autant plus à propos de ce qu’elle dit de ses rapports avec son téléphone. Comment ne pas s’y reconnaître ?

Des pas ou des mails

Transcription:
– C’est une hygiène de vie (1). Ça habitue aussi les gens à se dire : Bon bah, il faut peut-être prendre un peu de recul (2) vis-à-vis de tout ça et pour chaque action, il y a pas toujours un email. Un coup de téléphone, ça peut être important et tout simplement, aller voir la personne. Personnellement, j’ai un podomètre qui fait que le vendredi matin sans emails, c’est le moment où je fais le plus de pas !
– Vous avez vraiment un podomètre qui mesure…
– Oui, regardez ! Je vous le montre : par exemple, je suis à 4000 pas et je sais que quand je suis à la journée… la demi-journée sans emails, je suis à au moins, pour la matinée, à 7000 pas. C’est long, hein, Price Minister ! Il faut les traverser, les bureaux ! Moi je travaille à la communication, donc c’est un des services quand même les plus transversaux (3) et donc je vais… je vais encore plus loin ! Je vais voir le SAV (4), je vais voir les commerciaux, en bas, les techniques, enfin vous verrez, c’est… c’est très sportif (5), c’est très sympa.
– Et c’est surtout les gens à qui vous enverriez des mails si vous n’aviez pas cette journée sans emails ?
– C’est plus rapide en fait, pour être tout à fait honnête, c’est plus rapide d’envoyer des emails. Mais c’est dommage (6). Et parfois, en fait, bah on reçoit tellement d’emails, quand vous arrivez le matin, c’est le premier réflexe, je pense, c’est de consulter ses emails. Et ça peut être très stressant. Et en fait, on se dit : Oh là là, mon dieu ! En fait, on voit tout ce qu’on n’a pas fait pendant la soirée, parce que il y a quand même des emails qui sont envoyés pendant la soirée, donc ça peut être assez anxiogène (7) pour certains. C’est important de le dire, c’est en externe (8), on peut pas envoyer d’emails, certains ont même un message d’absence pour dire : « Voilà, bonjour, c’est le vendredi matin sans emails chez Priceminister. Je répondrai à votre email dans l’après-midi. »
– Et est-ce que vous êtes du genre (9), comme beaucoup de personnes, à regarder vos mails le weekend, à ne pas complètement déconnecter ?
– J’avoue que je suis assez aliénée (10) sur ce sujet. En fait, je vais consulter rapidement mes emails tous les soirs et le matin en me réveillant, c’est une habitude, parce que je n’ai pas envie justement d’arriver au bureau et de voir 150 emails de retard. C’est insupportable !
– Donc vous préférez finalement prendre un peu d’avance et déjà les regarder au saut du lit.(11)
– Exactement. Je ne veux pas y répondre parce que je veux quand même faire comprendre aux gens que bah on on a tous une vie, hein, qu’on ait une vie de famille ou une vie sociale un peu développée, on a tous une vie après le travail. Mais c’est vrai que même pendant mes vacances, l’idée de me retrouver avec 700, 800 emails de retard, c’est insupportable. Et en plus de ça, je suis ultra-connectée. Je regarde aussi les tweets et tout ce qui se passe sur Facebook, j’avoue !
– Est-ce que parfois, c’est pfff (12)… ça vous submerge, d’être aussi connectée ?
– Oui. Ça peut vraiment être étouffant, pour être tout à fait honnête. Après, c’est à moi aussi de me l’imposer. Je me force, plutôt que de répondre à un email, d’aller voir la personne, même si c’est hors journée sans emails. J’essaie de faire en sorte que « Ok, viens, on discute, on va essayer de trouver une solution. » Et ça… je pense… ça calme tout le monde, en fait, parce que vous allez voir la personne, en cinq secondes, vous avez réglé le problème. Il faut qu’on continue, il faut que ça se développe et il faut vraiment que ça devienne – je persiste avec ce mot – une hygiène de vie en fait.
– Ça vous est déjà arrivé par exemple de pas avoir (13) de téléphone pendant quelques jours ?
– Vous êtes pas malade ? (14) C’est pas possible !
– Est-ce que ce serait un drame (15) de plus avoir son téléphone un jour, deux jours, trois jours ?
– Je sais que si j’oublie mon téléphone chez une amie, ça peut m’arriver, je suis capable de faire demi-tour (16), vraiment ! C’est mon couteau suisse (17) à moi, j’ai ma vie personnelle, ma vie professionnelle dessus, c’est vrai que si on me le vole… hum…. je vais peut-être pas être de très bonne humeur après, hein ! Mais… Mais oui, on se disait donc ça avec nos amis que ce serait vraiment pas mal (18), pendant quelques jours, on laisse le téléphone. Même en salle de réunion, moi, c’est un conseil que je donnerais, c’est… Bon, il faut avoir confiance, après, vous mettez un panier à l’entrée de la salle de réunion, tout le monde met son téléphone. Je vous assure… Moi, je suis persuadée de ça, en fait, c’est vraiment… On l’a en permanence et donc malgré tout, on porte nos problèmes avec nous.

Quelques explications :
1. une hygiène de vie : avoir une bonne hygiène de vie, c’est-à-dire avoir une vie saine (avec une bonne alimentation et une activité physique entre autres) ou une mauvaise hygiène de vie en fait. Ici, elle veut donc parler d’une vie équilibrée, avec de bonnes habitudes.
2. Prendre du recul : réfléchir avant de faire quelque chose et se détacher de ce qu’on fait de façon automatique.
3. Un service transversal : c’est un département dans une entreprise qui interagit beaucoup avec les autres.
4. Le SAV : le Service après-vente
5. c’est sportif : cela fait faire du sport, puisqu’il faut marcher, monter et descendre des escaliers.
6. C’est dommage : c’est regrettable
7. anxiogène : quelque chose qui crée de l’anxiété
8. c’est en externe : elle veut dire que la cette demi-journée sans emails concerne aussi les relations avec l’extérieur, l’interdiction n’est pas seulement en interne, entre collègues.
9. Être du genre à faire quelque chose : avoir l’habitude de faire quelque chose, avoir tendance à le faire très souvent. (plutôt familier). On dit par exemple : Elle n’est pas du genre à oublier les anniversaires. / Il est du genre à se stresser pour tout.
10. Être aliéné : normalement, c’est être fou. Donc ici, cela signifie qu’elle n’a pas une attitude équilibrée par rapport au téléphone, qu’elle est plutôt dominée par lui que l’inverse, qu’elle n’a plus son libre-arbitre.
11. Au saut du lit : dès qu’on se lève le matin.
12. Pfff : cette onomatopée exprime le découragement face à quelque chose qui paraît insurmontable.
13. De pas avoir : il manque « ne » comme souvent à l’oral = de ne pas avoir…
14. Vous êtes malade ! / Tu es malade ! = vous êtes fou / Tu es fou !
15. Ce serait un drame : ce serait très grave, très embêtant.
16. Faire demi-tour : ici, elle veut dire qu’elle retourne chez la personne chez qui elle a laissé son téléphone.
17. Un couteau suisse : ce couteau a plusieurs lames et d’autres accessoires qui le rendent utile dans de nombreuses situations. Donc on emploie souvent cette image pour décrire quelque chose qui a de multiples fonctions et est très pratique.
18. Ce serait pas mal = ce serait bien (familier)

L’émission entière est ici.
(Ce petit reportage commence vers 9’50)

Peur du noir ?

J’ai trouvé que cette publicité pour nous encourager à lire des romans policiers était bien trouvée, avec sa rime et son jeu de mots sur noir, même si pour les spécialistes, entre littérature policière – les polars – et romans noirs, il y a des différences. (Voici ce qu’en disait Jean-Patrick Manchette, un des maîtres français du roman noir : « Le bon roman noir est un roman social, un roman de critique sociale, qui prend pour anecdote des histoires de crimes, mais qui essaie de donner un portrait de la société.« )

Normalement, on a peur du noir quand on est enfant. Avoir vraiment peur ou jouer à se faire peur dans l’obscurité fait partie de l’enfance, comme le prouve le nombre d’albums pour les enfants, écrits, imaginés et dessinés sur ce thème, avec leurs monstres nocturnes, leurs sorcières inquiétantes, leurs créatures entrevues, leurs loups au coeur de sombres forêts.

Voici un livre que j’ai gardé. Avec mes fils petits, nous avons lu et relu, à l’heure d’aller au lit, cette histoire toute simple et somme toute très terre à terre. Succès durable pour ce livre, feuilleté, manipulé, ouvert, refermé, abimé et réparé plusieurs fois !

Donc n’ayons plus peur du noir et plongeons-nous dans des romans policiers ! Je n’ai lu aucun des titres récents mis en avant par cet éditeur dans sa publicité. Mais me reviennent maintenant à l’esprit les romans de Didier Daeninckx, que j’ai lus dans les années 80-90, notamment Meurtres pour mémoire, vrais romans noirs. En fait, je m’aperçois que j’ai surtout lu des policiers en anglais, d’autres venus du nord – victime de la mode, n’est-ce pas Edelweiss? – et assez peu de policiers français. A explorer donc !

Pour finir, et si je vous lisais Qui a peur du noir, histoire de retourner en enfance !


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Le jeu, répété, c’était de démasquer le géant menaçant, les oiseaux malfaisants et le monstre tapi dans un coin, en regardant les dessins avec un oeil nouveau une fois qu’on était arrivé au bout. Et de dire à propos des parents : Mais qu’est-ce qui leur prend ?, en ajoutant : Ils sont devenus complètement fous !

Ce que je me demande tout d’un coup, c’est s’il s’agit toujours d’une petite fille dans cette série de petits livres sur les peurs ! Nous en avions un autre, sur la peur de l’orage, avec une fille aussi. Les filles, des trouillardes ? 🙂

Une vie raisonnable avec ses vaches

Ce matin à la radio, pendant quelques minutes, on était dans le département des Hautes-Alpes, auprès d’un agriculteur qui parlait de fraises et de tomates, de ses vaches, de son travail et de ses idées sur son métier. Accent du sud-est, pour dire en filigrane les difficultés de ceux qui ne sont pas dans l’agriculture intensive et qui pourtant nous nourrissent et ne veulent plus massacrer le milieu dans lequel nous vivons.

Eleveur dans les Hautes-Alpes

Transcription:
– Votre micro baladeur (1), Hervé Pauchon, eh bien, il s’est posé dans une laiterie.
– Ah, vous entendez les trayeuses (2) ! Eh bah il s’appelle Bruno, il a cinquante et un ans, il est agriculteur dans les Hautes-Alpes et il a trente vaches à lait. On l’écoute !
– Si j’étais, eh beh, invité sur France Inter, ce que j’aimerais dire, c’est qu’en tant qu’agriculteur, aujourd’hui, beaucoup de… La fraise, la tomate, elles ne poussent plus dans la terre ! Alors ils nous font voir des serres où soi-disant (3), il y a pas de pesticides ni rien, mais la plante, elle ne pousse plus avec les oligoéléments du sol ! Souvent, elles prennent les racines dans un tuyau où il va circuler des… je sais pas moi, je pense que c’est plus ou moins des… que des engrais !
– Vous, vous êtes pas du genre à (4) manger des tomates pendant l’hiver, alors ?
– Ah non, pas du tout. Je suis (5) les saisons. Mais l’agriculture, je pense qu’on en a besoin pour entretenir le territoire. Parce que il faut savoir qu’en gros (6), pour produire un litre de lait, il y a… Les vaches vont, en liquide ou en solide, vont faire trois litres d’effluents.
– Pour un litre de lait, c’est trois litres de bouse et de pisse !
– Voilà.
– Il y a quelque temps, on a beaucoup parlé des problèmes de… des producteurs de lait justement comme vous. C’est réglé aujourd’hui ?
– Eh bien pas vraiment. Parce que le lait, à l’automne, il a ré-augmenté, soi-disant on manquait de beurre et tout, le prix du lait a remonté quatre, cinq mois et aujourd’hui, on nous dit qu’on a trop de lait et le prix du lait a rebaissé.
– Alors, il faut savoir qu’aujourd’hui, on lui achète son litre de lait, à Bruno, entre 35 et 38 centimes. Vous avez noté combien de litres de lait pour trois litres de pisse et de bouse, hein ?
– J’ai compris, ouais.
– Un litre de lait. La suite !
– Si j’étais sur France Inter, je suis agriculteur en montagne. Nous avons des contraintes mais on a encore la chance de manger, puis d’avoir un espace de vie.
– C’est quand la dernière fois que vous êtes parti en vacances ?
– Eh beh, j’ai pris trois jours malheureusement en 2014. Et après, depuis, je n’ai plus pris de vacances. Mais après, ce que je veux quand même dire, que je ne découragerai pas un jeune agriculteur de s’installer dans le métier, parce que les gens, il faudra toujours qu’ils mangent. Mais j’ai un conseil à leur donner, c’est de pas investir outre-mesure (7), de faire à son échelle (8), le matériel (9), tout ça, rester raisonnable et pas de se mettre la corde au cou (10) avec le banquier, parce que les banquiers, je dis pas que c’est des voleurs mais après, quand on n’arrive plus à rembourser ce qu’on doit, c’est la fuite en avant (11), l’agrandissement, et on… là, c’est le… le bout. Et il vaut mieux garder une maîtrise.

Des explications :
1. baladeur : qui se balade, qui se promène. (Ce journaliste va à la rencontre des gens sur le terrain.)
2. une trayeuse : un appareil qui permet de traire les vaches.
3. Soi-disant : à ce qu’on prétend. (On trouve souvent la faute d’orthographe : soit-disant)
4. ne pas être du genre à faire quelque chose : ne pas faire quelque chose habituellement. Par exemple : Je ne sais pas pourquoi il n’est pas là ! Il n’est pas du genre à oublier ses rendez-vous pourtant. C’est bizarre.
On peut l’employer à la forme affirmative : Ce que tu me racontes ne m’étonne pas. Il est bien du genre à se montrer grossier !
5. Je suis : du verbe suivre. Ce n’est pas le verbe être ici.
6. En gros : en simplifiant, en généralisant. On n’entre pas dans les détails.
7. Outre mesure : excessivement, trop.
8. Faire à son échelle : faire les choses sans se laisser dépasser, selon ses moyens. Ne pas vouloir grandir à tout prix.
9. Le matériel : c’est le matériel agricole : tracteurs, moissonneuses, etc.
10. se mettre la corde au cou : ne plus être libre. Ici, cela signifie se mettre dans une situation où on est obligé de travailler sans cesse pour rembourser ses emprunts, et donc se mettre dans une situation dangereuse.
11. La fuite en avant : pour sortir des problèmes, on continue dans la même direction, de la même manière, ce qui aggrave les problèmes déjà existants. On est coincé, prisonnier. Il veut dire que pour rembourser leurs dettes, les agriculteurs doivent travailler de plus en plus, grandir et donc emprunter encore pour acheter le matériel nécessaire à une exploitation plus grande. Mais cela ne résout pas les problèmes.

L’émission est ici.


Nos voisines les vaches (dans l’Aveyron ):
Elles font tous les jours le trajet sur la toute petite route entre leur pré et la ferme. On les croise le matin vers 9 heures quand elles partent se mettre au vert pour la journée. Et en fin de journée, elles rentrent à l’étable pour la traite et pour la nuit. J’aime bien savoir qu’elles mangent de la vraie herbe, au calme, entre copines !

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