Il est très beau, ton dessin !

Il est acteur, un peu bourru, un peu ours, plein d’humour et de réalisme quand il parle de son métier, de son parcours, de l’amour.

Où il est question de l’amour des mères, des déceptions amoureuses comme moteur de changements radicaux, de Cannes (sans le festival), des motivations des acteurs (les siennes en tout cas).
Le tout, avec sa diction un peu saccadée et ses mots directs.
J’ai trouvé ça très agréable à écouter !

Transcription:
– Moi, je crois que de dire à des enfants comme toutes les mères… enfin ou tous… tous les parents le font: « Il est très beau, ton dessin », quand ils font une espèce de merde (1) sans…sans nom au feutre (2) rouge… Vous… vous voyez dans les squares (3): « Maman, regarde ! Maman, regarde ! »; « Oh ! Bravo ! Bravo ! » On ne s’en remet jamais (4) de ça. Donc on… c’est qu’on cherche ça. On cherche ce… On cherche à ce qu’on nous dise toujours « Il est très beau, ton dessin ». Non, c’est pas vrai ?
– Si.
– Il faut me dire oui, si tu penses pareil que moi (5). Ça… ça m’aidera !
– Mais vous veniez d’où, vous…
– Bon, on rigole (6).
– … avant d’arriver au cours Simon (7) ?
– A Cannes. J’étais de Cannes.
– Et qu’est-ce qui vous a décidé de… de quitter Cannes ?
– Une petite défaite amoureuse. Je… Je pouvais plus… plus rencontrer cette fille. A chaque fois que je la croisais, ça me faisait… ça me broyait tellement le coeur que… que je me suis dit « Je peux pas vivre comme ça ! Faut que je me casse (8). » J’avais 22 ans. Donc je… je prenais l’amour très au sérieux.
– C’est plus le cas maintenant ?
– Bah, disons que je l’ai… j’ai… Je le prends toujours au… enfin je prends toujours au sérieux la… le… le plaisir que j’ai à être avec quelqu’un. Mais enfin, ce… cette….cette espèce de passion, tout ça, je l’ai… Depuis, j’ai décortiqué le… le… tout ce qu’il y a de construit là-dedans. Plus un… un ennui mortel, parce que Cannes, quand… quand les touristes sont partis, c’est un cimetière, quoi ! Donc pour les jeunes, c’est pas… c’est pas engageant (9), un cimetière. Donc avec un ami qui avait assez de courage pour partir – parce que moi, je… seul, je l’aurais pas fait, hein – donc on est parti avec cet ami le… le 1er novembre 74. On s’est dit: « Plutôt que de mourir ici, on va…. bon, on va essayer… On va quand même essayer quelque chose avant. » Et on est partis avec notre… notre petit bagage et nos petites économies à Paris.
– Pourquoi vous auriez pas eu le courage de le faire tout seul ?
– Bah parce que je sais pas faire les trucs (10) seul, moi. Je peux pas faire… Je peux pas voyager seul par exemple. Je… je … je peux même pas l’envisager. Faut que (11) je sois avec quelqu’un. Faut que je communique. Si je communique pas, je suis mort. Si je suis tout seul à me dire « Oh ! Oh, que c’est beau! », je… je m’enlève la moitié du… du plaisir.
– Et vous partiez de quoi ? Vous… vous bossiez (12) ? Vous… ?
– Ah bah oui, je… je bossais. Je travaillais dans une banque, je travaillais à la Société Générale. Pendant un an et demi. Costume, tous les jours. Cravate, tous les jours. Rasé de près (13) tous les jours. C’est… c’est grâce à ça que je… je… C’est grâce à ça que je… j’ai eu une idée de… de ce qu’allait être ma vie, c’est-à-dire l’exact contraire. Pouvoir ne pas me raser, pouvoir ne pas me lever tôt. Echapper aux contraintes. Ça a été la… ma devise maîtresse à partir de là. Et donc, c’est ça qui fait que tout d’un coup, acteur, je me suis dit « C’est… c’est pas mal (14). On… on fout rien (15). On travaille une fois de temps en temps et on gagne de l’argent ». Ça me semblait intéressant.
– On fout vraiment rien ?
Bof, on fait pas grand-chose. On s’amuse. Si il y avait pas la promo (16), c’est un… c’est un… c’est le paradis, être acteur !
– Par exemple, ça veut dire que votre métier – parce que comme vous êtes allé au cours Simon – ça veut dire que ce métier, vous l’avez quand même appris. Ça veut dire que c’est quand même un peu un travail. Non ?
– Ouais. Non. On apprend sur le tas (17). Moi j’ai appris avec… avec des mecs (18) après.
– Cet univers des textes justement, c’est un univers que vous fréquentiez pas du tout ?
– Du tout, du tout, du tout (19). J’avais… Du tout. Je lisais de… très peu. J’avais lu trois… trois Zola et Vipère au poing de… comment il s’appelle… B… Bazin (20). J’avais rien lu ! Je… je… J’étais Cannois (21) ! Non, je veux dire… Voyez, non mais je travaillais dans une banque et je… je sortais avec des filles. Je… je voyais des copains. C’était ça, mon… mon but, le but de ma vie. Donc il y avait pas… il y avait pas beaucoup de place pour la lecture.

Quelques explications:
1. une merde: quelque chose de nul, qui n’a aucune valeur. Et si en plus, c’est « une merde sans nom« , c’est encore plus nul ! (très familier)
2. un feutre: un stylo feutre, pour dessiner.
3. un square: un jardin public dans une ville. On emmène les enfants au square pour qu’ils puissent s’amuser.
4. on ne s’en remet jamais: on n’oublie jamais ça. C’est ensuite déterminant dans ce qu’on fait.
5. pareil que moi: comme moi (familier)
6. rigoler: rire / Plaisanter, s’amuser. (familier)
7. le cours Simon: un des cours de théâtre de Paris.
8. se casser: s’en aller, partir. (argot. Plutôt vulgaire)
9. c’est pas engageant: ce n’est pas attirant, pas stimulant.
10. les trucs: les choses (familier)
11. Faut que… : il manque « Il » au début de la phrase, comme souvent à l’oral.
12. bosser: travailler (familier)
13. rasé de près: parfaitement rasé.
14. c’est pas mal: c’est plutôt bien, c’est une bonne idée.
15. on fout rien: on ne fait rien. (très, très familier) Le verbe « foutre » peut remplacer le verbe « faire »: « Qu’est-ce que tu fous ? ».
16. la promo = la promotion du film, c’est-à-dire le fait pour les acteurs de répondre à des interviews, d’aller dans des émissions à la télé pour faire la publicité du film.
17. apprendre sur le tas: apprendre par l’expérience, sur le terrain, pas par des cours. (familier)
18. des mecs: des hommes. (familier)
19. du tout: pas du tout.
20. trois Zola et Vipère au poing, d’Hervé Bazin: ce sont des romans qu’on étudie au collège en France.
21. Cannois: de Cannes, qui habite à Cannes.

Manque de sommeil

Les Français, gros dormeurs ? C’est ce qui ressort régulièrement de certaines enquêtes, qui montrent aussi que nous consacrons plus de temps à nos repas. (C’est vrai qu’une pause déjeuner « digne de ce nom » reste souvent dans les habitudes même quand on travaille et que les repas occupent toujours une place importante dans la vie de famille.)
Prendre le temps de dormir, donc. Prendre le temps de la convivialité.
Peut-être est-ce juste prendre le temps de vivre.

Mais ce n’est pas vrai à tous les âges de la vie ! Pour les ados, prendre le temps de dormir serait plutôt totalement le contraire de prendre le temps de vivre. A chaque âge son rythme !

Voici ce qu’en disent un adolescent et deux adultes:Transcription:
Aurélien a 17 ans. A quoi ressemble le matin pour lui ?
Je mets mon réveil et je mets mon portable. Des fois, j’en mets un autre aussi, on sait jamais (1). Et puis, j’ai mes parents qui sont derrière moi (2). Le matin, c’est le moment que… que je redoute le plus, en fait. Est-ce que je serai à l’heure ? La plupart du temps, je suis en retard, la plupart du temps. Plus de cinq minutes, bah, ils (3) nous refusent des cours et on reste dehors.

Aurélien a une passion: la guitare. Il explique quand il peut et aime s’y conscrer.
En général, ça… ça commence à 10 heures et demie – onze heures et ça peut finir à une heure et demie – deux heures. J’essaye de… de rester dans ma moyenne de 4 heures de musique par jour, voilà. Par nuit.

Le point du vue du père:
En général, à dix heures, dix heures, il est plus… il est plus là, il est là-haut. Donc il bouquine (4), il écoute de la musique tranquillement, ça fait pas trop de bruit. Il a pas d’amis dans la chambre. Si il téléphone à 10 heures et demie, je vais monter, je vais dire: « Dis-donc (5), il est un peu tard. » Et puis après, je veux dire, c’est… c’est… c’est dans ses mains. Qu’est-ce que… Enfin, c’est dans ses mains, ouais, je sais pas, dans ses hormones. Bah qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse (6) ? Après, il dort ou il dort pas.

L’avis du médecin généraliste:
– Vous en voyez défiler (7) quand même, des… des ados, dans votre cabinet.
– Tout à fait. Des adolescents, oui, oui, oui. Il y a un certain nombre de… d’adolescents. Et surtout, je trouve de plus en plus d’adolescents qui ont des problèmes de sommeil de ce type. Et… et…
– De ce type, par rapport aux [?]
– De ce type, c’est-à-dire qui se couchent de plus en plus tard, qui se réveillent, bah, avec difficulté donc le matin. Et on y… Enfin, il y a vraiment des causes liées d’une part à la méconnaissance du sommeil et le fait que on doive dormir à l’adolescence. C’est le cadet des soucis des adolescents (8). Et puis la deuxième chose, c’est… Il y a vraiment une hyper-stimulation maintenant le soir: il y a les consoles de jeux, il y a les ordinateurs, il y a le téléphone portable qui sonne très, très tard chez les adolescents. Le fait d’aller se coucher, c’est pas du tout un impératif pour l’adolescent. Il a envie de faire autre chose.
– Ouais.
– Il se laisse prendre par son activité.
– Ouais.
– Mais après, il y a éventuellement (9) des… des… l’impossibilité de revenir en arrière, parce qu’au fur et à mesure (10), quand on se couche de plus en plus tard, on n’arrive pas à s’endormir plus tôt comme ça, du jour au lendemain (11).
– Mais alors, vous, le… le médecin, vous nous dites… Combien d’heures de sommeil (12) a besoin un ado, pour être en forme (13) ?
– Il y a… Il y a pas de règle absolue par rapport à ça. Mais en gros (14), autour de… Un adolescent… quand on a fait des expériences où on les laisse dormir la quantité de sommeil qui serait totalement nécessaire pour qu’ils soient en forme, toutes les études montrent qu’on arrive autour de dix heures. Or il y a aucun adolescent…
– Comme les plus petits, alors ? Parce qu’on dit ça aussi pour les plus petits.
– Oui. Pendant l’adolescence, c’est la période de la vie où on a le plus besoin de sommeil, à part à l’enfance, bien sûr.

Quelques explications:
1. on sait jamais: Normalement, on dit « On ne sait jamais« . Il veut dire que malgré ses précautions, il n’est pas totalement sûr de se réveiller à l’heure.
2. être derrière quelqu’un: ici, c’est au sens figuré. Il veut dire que ses parents surveillent ce qu’il fait.
3. ils: les professeurs
4. bouquiner: lire (familier)
5. Dis-donc: c’est une façon de s’adresser à quelqu’un. On peut prononcer le « c » à la fin de « donc » ou pas.
6. Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ?: C’est une façon de reconnaître une certaine impuissance. Cela signifie: « Je n’y peux rien, c’est comme ça. »
7. voir défiler des ados: voir beaucoup d’ados passer dans son cabinet.
8. c’est le cadet de leurs soucis: ils ne s’en préoccupent absolument pas. Ils s’en fichent totalement.
9. éventuellement: ce n’est pas systématique mais ça peut arriver.
10. au fur et à mesure: peu à peu, à mesure que le temps passe.
11. du jour au lendemain: immédiatement / instantanément
12. combien d’heures de sommeil… : la question devrait commencer par la préposition « de », obligatoire avec « avoir besoin » = De combien d’heures de sommeil a besoin un ado ?
13. être en forme: être en bonne santé et se sentir bien, plein d’énergie.
14. en gros: pour résumer / pour simplifier / sans entrer dans les détails. On peut dire aussi « globalement« .