Trente ans déjà !

Grand weekend de voyage en France ! Vacances de printemps et weekend de Pâques: il y a du monde sur les routes mais c’est aussi la cohue dans les gares. Alors bien sûr, les TGV sont pleins. Ces trains ont vraiment changé les déplacements des Français.
Ils ont aujourd’hui 30 ans. Les premiers ont circulé en 1981 entre Paris et Lyon.
Voici quelques échos de ce moyen de transport qui fait vraiment partie du paysage français.


Transcription:
A l’époque, nous étions 70 conducteurs en France à conduire le TGV. Et nous étions regardés un peu comme de… comme quelqu’un de… d’extraordinaire. C’était vraiment l’événement. Nous étions des conducteurs déjà chevronnés (1). On avait l’habitude de… de conduire des trains, à vitesse maximum 260. On est formés au TGV et puis après, à la ligne à grande vitesse, où tout est nouveau. Le profil de ligne est très différent, des rampes, des pentes comme on n’a pas l’habitude de voir. Et puis, la vitesse: 260, en 81 qui sera portée en 83 à 270 (2). Donc après, Paris-Lyon en 2 heures, c’était… c’était vraiment un challenge à tenir. Et c’est une aventure extraordinaire pour nous.

Ça laisse quand même des sensations particulières, hein, surtout que un train, c’est quand même une grosse masse qui se déplace, hein, 380 tonnes à 300 km/h. C’est vrai que c’est… ça reste des fois impressionnant.

C’était des vitesses qui étaient inatteignables à l’époque, quoi. Ça a été une révolution parce que ça a permis de rapprocher des villes qui étaient à… pour l’époque, très, très, très loin. Il y a vraiment ce développement du territoire, des grandes villes qui n’existaient pas même et qui depuis l’arrivée du TGV se sont très… enfin, se sont énormément développées, quoi. Les gares redevenaient, en fait devenaient des… des coeurs de vie… de (3) coeurs de vie, quoi.

Là, l’avantage, c’est… ça me permet de travailler à Paris et puis d’avoir une vie de weekend, je dirais, au vert (4), quoi, voilà.

C’est 1,7 milliards de clients qui ont pris le TGV, 83% des Français. Et en fait, ce qu’ils nous disent, ces clients, parce qu’on les a interrogés, c’est que ça a changé leur vie. Ça a changé leurs relations avec la famille, ça a rapproché les familles, donc ça a été pour tous les Français et pour tous les cheminots (5) qui ont contribué, une magnifique aventure.

Quelques détails:
1. chevronné: qui a beaucoup d’expérience
2. 270 = 270 kilomètres heure. (Aujourd’hui, les TGV roulent à environ 300 km/h.)
3. de coeurs de vie: construction bizarre ! Je ne sais pas pourquoi il se corrige: la première formulation , avec « des« , était la bonne.
4. au vert: à la campagne, loin de la ville.
5. les cheminots: ce sont les conducteurs de trains. Ce mot vient de l’expression « chemin de fer ».

Dire les nombres:
– 1981: mille neuf cent quatre-vingt un. Quand c’est une date, on dit aussi: dix neuf cent quatre-vingt un.
– 1,7 milliard: un virgule sept milliard. On peut dire aussi: un milliard sept
– 83 %: quatre-vingt trois pour cent

Père au foyer (2)

Mathieu s’est donc arrêté de travailler pour élever sa fille, comme la loi le permet aujourd’hui, jusqu’aux trois ans de l’enfant. Inconcevable, il n’y a pas si longtemps, de voir les pères pouponner* comme ça . Il y a donc du changement !
Mais ce n’est pas si simple que ça en a l’air. On n’efface pas des siècles de partage traditionnel des rôles du jour au lendemain*! On n’efface pas non plus le fait que souvent, les salaires des hommes sont supérieurs à ceux des femmes. Alors devenir homme au foyer n’est pas un bon calcul pour la famille. Les hommes ne représentent donc que 2 ou 3 % des bénéficiaires du congé parental d’éducation.

Et puis au fond, ce n’est peut- être pas toujours si facile que ça de passer tout son temps à s’occuper d’un petit enfant ! Pour les hommes comme pour les femmes. Avoir un travail, c’est quand même une partie importante de la vie, surtout quand on a un métier qu’on apprécie. Pour les hommes comme pour les femmes.


Transcription:
– Et… Mais du coup, est-ce que vous faites aussi toutes les tâches ménagères ? Enfin, je veux dire comment ça se passe pour le… la répartition des… ?
– Non, je fais vraiment pas tout, enfin, loin de là. Je fais… Disons que tout ce qui est cuisine, en général, c’est moi. Et puis, tout ce qui est lessive, tout ça, c’est pas moi, parce que en général, elle trouve que je fais des bêtises (1), donc elle me… elle me laisse pas le faire. En fait, au début, au début, ma compagne, elle comprenait pas trop quand elle rentrait que j’avais pas eu le temps de tout faire, que la maison était pas nickel (2), que… que tout était pas fait. C’est vrai que c’est un truc (3) que j’ai entendu, surtout… C’est les femmes qui me racontent que leurs maris leur disent ça. Moi, c’était inversé.
(dans la cuisine) Et là, ça n’a pas l’air appétissant mais c’est très bon !
– L’année prochaine, c’est l’école, si je compte bien.
– Oui, en septembre. En septembre, c’est l’école (4). Normalement, je vais reprendre à travailler (5). Enfin, je vais chercher à… du boulot (6) en tout cas. Après, c’est vrai que on se… on se questionne sur les heures de sortie d’école, etc… Ça risque d’être compliqué. Moi, dans… C’est vrai que j’aimerais autant un temps partiel. Alors faut voir (7) si je trouve. Encore une fois, c’est une histoire de… de… de salaire. C’est-à-dire que moi, je gagnerai de toute façon moins que ma compagne, donc on calcule vraiment en fonction de ça et pas en fonction de sexe. C’est-à-dire que si c’était ma compagne qui gagnait moins, ce serait elle qui… On se dit pas « Moi, je suis un homme. Toi, tu es une femme. C’est moi qui doit faire ceci. C’est toi qui dois faire ça. » C’est pas du tout dans… dans notre façon de penser.
– Et si c’était à refaire ?
– Je referais. Ouais, ouais, je pense, je referais. Avec plus de doutes, c’est-à-dire que au début, je l’ai… J’ai foncé (8) et ça a fait un peu mal au début. Il y a eu des moments très durs. Et maintenant, ça va. Mais si il y avait un deuxième, je pense que je le referai. Parce que il y a beaucoup de gens, de… des copains, beaucoup de copains qui m’ont dit: « Ah là, là ! Tu as la belle vie ! Ah ! J’aimerais bien être à ta place, et tout. Et notamment un copain, qui dès qu’il a eu un bébé, a fait la même chose. Il a tenu, je crois, 15 jours. Je crois qu’il a tenu 15 jours, il a… il a pété un câble (9). Et puis il a arrêté.
– Qui c’est qui (10) te garde à la maison ?
– C’est papa.
– C’est… ?
– Papa.
– C’est papa ?
– Hm.
– Et maman, elle est où ? (11)
– Maman, elle est au boulot.

– Euh, bon, je trouve ça bien, ce qu’il fait. Il s’occupe de ses enfants. Mais, moi, pour plus tard, je compte pas (12) devenir un homme au foyer. C’est-à-dire que déjà (13), je… je connais pas le contexte de plus tard. Je sais pas à quel âge j’aurai un enfant et je connais pas ma… ma position sociale à… plus tard. Mais je pourrais dire que je m’occuperai de mes enfants mais que je travaillerai aussi. C’est-à-dire je laisserai pas tout à ma femme, faire le ménage, sortir à faire les courses, non, je… je prendrai aussi ma part de responsabilités. Mais devenir un homme au foyer, non. Je… Je veux pas imaginer ça.

– Bah, c’est courageux pour lui de… de prendre la place, entre guillemets (14), de la femme. Mais… Enfin, moi, je pense que c’est… c’est courageux. Mais je pense que les gens autour de lui doivent penser que, entre guillemets, c’est une femmelette (15).
– Oui.
– Vous pensez que ça bouscule un peu les repères pour les enfants ou pas ? Inès ?
– Ben, peut-être, enfin, dans la cour de récré, parler avec ses copains et se dire: « Qui te fait à manger ? » Et tout le monde va dire: « Maman ». Et un qui dit: »Papa », c’est vrai que pour lui, ça… Il peut se sentir différent vis-à-vis des autres. Mais après, s’il est bien éduqué…

Quelques explications:
1. des bêtises: des erreurs.
2. nickel: parfaitement propre et rangé (familier)
3. un truc: quelque chose (familier)
4. c’est l’école: les enfants vont à l’école maternelle à partir de 3 ans. Ce n’est pas une garderie, c’est une vraie école, avec des enseignants formés pour ça.
5. reprendre à travailler: ce n’est pas correct de dire ça comme ça. Soit on dit: « Je vais reprendre le travail« , soit: « Je vais recommencer à travailler« .
6. le boulot: le travail (familier)
7. Faut voir = il faut voir. On oublie souvent « il » à l’oral. (familier)
8. j’ai foncé: je ne me suis pas beaucoup posé de questions. J’ai pris la décision très vite, même si c’était un grand changement.
9. péter un câble: c’est s’énerver brutalement, devenir fou et avoir un comportement inatttendu quand on ne supporte plus quelque chose. On dit aussi: Péter un plomb / Péter les plombs. (familier)
10. qui c’est qui…: c’est très familier de dire ça comme ça. Normalement, on dit: « Qui est-ce qui… »
11. maman, elle est où ?: question très, très orale mais tout à fait naturelle.
12. je ne compte pas (faire quelque chose): je n’ai pas l’intention de (faire quelque chose). On pose souvent la question: « Qu’est-ce que tu comptes faire ? », pour savoir comment la personne va réagir face à quelque chose qui lui arrive. Quand on dit: « Qu’est-ce que tu comptes faire plus tard ? », c’est plus précis: on veut savoir quel métier la personne envisage de faire.
13. déjà:  ici, ça veut dire: « Premièrement ». Il donne la raison qui est première pour lui. Au passage, vous avez remarqué  comment ce mot est prononcé ? « d’jà »
14. entre guillemets: Cette jeune femme nuance l’expression « prendre la place de », c’est-à-dire que pour elle, ce n’est pas obligatoirement la place de la femme.
15. une femmelette: paradoxalement, c’est un mot qui désigne un homme, mais un homme considéré comme pas viril et courageux. C’est une insulte pour un homme puisque les hommes sont censés être forts et courageux…

* pouponner: s’occuper d’un bébé. (Verbe utilisé d’habitude pour les femmes)
* du jour au lendemain: très rapidement, sans transition.