Ecran ou papier ?

J’aime les ordinateurs, quand ils ne sont pas gros et qu’on peut les emporter avec soi.
J’aime mon iPhone, mais pas particulièrement pour téléphoner.
Je n’ai pas spécialement envie d’avoir un iPad. Je suis étonnée par le poids !
Je ne suis pas très attirée par les livres électroniques. Il leur manque du corps, de la densité, de la permanence.
Et pourtant…
Cette petite conversation entendue l’autre jour m’a fait entrevoir d’autres perspectives. Affaire à suivre !

Mais au fait, comment ça s’appelle ?
On trouve plusieurs mots pour désigner ces nouveaux petits appareils:
– un lecteur de livres numériques: c’est long ! Et on ne peut pas dire juste un « lecteur », car un lecteur, c’est une personne en chair et en os.
– alors pour faire plus court, autant se tourner vers l’anglais, toujours plus apte à créer de nouveaux mots: on trouve donc le mot « e-reader« , prononcé à la française, je suppose, avec des « r » bien durs et bien moches !
– pour éviter l’anglais, on trouve aussi « une liseuse« , mot féminin, sans doute parce qu’on pense à une tablette, féminin aussi. Mais honnêtement, je trouve ça bizarre parce qu’une liseuse, c’est déjà ça, et j’ai du mal à voir autre chose derrière ce mot pour le moment:
* veste de femme, souvent en tricot, qu’on porte à la maison.
* petite lampe destinée à la lecture.

Comme quoi, le français peine toujours à nommer ce qui est nouveau, coincé entre longueur de nos expressions et recours à l’anglais.
Alors, c’est sans doute le nom des marques qui va s’imposer, comme le souhaitent d’ailleurs les différentes entreprises qui ont chacune sorti leur propre modèle !


Transcription:
– Bonjour.
– Vous êtes parisien ? Non? Pas du tout?
– Non, pas du tout. Saint Max, une ville près de Nancy.
– Près de Nancy. Vous possédez un fnacbook, celui que j’ai entre les mains. Est-ce que vous en êtes satisfait? On essaye de voir un peu quels sont les avantages et les inconvénients du… du livre électronique ce matin.
– Bah très satisfait. Ça fait quelques années que je m’intéressais au domaine et puis, je me suis enfin décidé. C’était un beau cadeau d’anniversaire que j’ai eu là !
– Ça coûte combien, un fnacbook, pour avoir une idée?
– 200.
– Oui, d’accord, 200 euros. Un iPad? Environ ? Dans les 400…
– 450 euros.
– 400, 400 euros. D’accord. Minimum.
– Par contre, j’ai pris… J’ai choisi celui-ci parce que je tenais vraiment à (1) avoir une tablette à encre électronique dédiée à la lecture et pas une tablette multimédia avec des écrans rétro-éclairés parce que, bon vous n’en avez peut-être pas encore parlé, mais il y a des gens qui vont lire au coup par coup (2), alors qu’il y a encore des gens, bah comme moi, qui préfèreront lire des gros livres, qui préfèreront lire longtemps, et pour ça, c’est plus avantageux d’avoir une tablette dédiée avec une encre électronique qui fatigue moins les yeux que les écrans numériques.
– Mais, Cédric, je suis désolée de vous demander des précisions, mais quel intérêt, quel avantage y trouvez-vous ? C’est vraiment une histoire de (3) poids ? Vous n’avez plus besoin de transporter des livres avec vous ?
– […] Mais en fait, j’ai… J’avais arrêté de lire, quasiment (4), parce que en fait, ce qui me gênait dans le livre – et je vais faire rire, je crois, le… le… la personne de Hachette (5) qui est avec vous – c’est le livre ! Ce qui me gêne, c’est le livre, c’est de tourner les pages, c’est le poids, c’est le papier, c’est la manipulation de l’objet. Je m’étais détourné du livre pour ça. Et alors… Et moi ce qui m’intéresse, ça n’est pas l’odeur du papier, ça n’est pas le toucher. Moi, ce qui m’intéresse dans le livre, c’est le texte.
– C’est très original, comme point de vue !
– Mais justement, le fait aussi, même si n’étant pas (6) parisien, d’avoir un encombrement réduit (7) pour y mettre tous mes livres, c’est un avantage. Tout le monde n’a pas des étagères et une bibliothèque. Mais vraiment, le fait de plus avoir à manipuler le… l’objet, le livre, qui pour moi était très gênant, maintenant, je n’ai… J’ai juste à appuyer sur un bouton pour changer de page. Et j’ai mes centaines de livres sur moi, et…
– Ouais. Et c’est tellement simple que vous lisez plus (8)? Qu’est-ce que vous avez lu d’ailleurs récemment sur votre fnacbook ?
– Eh ben, quelques ouvrages que évidemment, je… j’ai téléchargés sur… sur le site de … de la Fnac, mais également, sur d’autres sites. Bah, des auteurs peu connus, des auteurs indépendants, des auteurs non édités, qui font paraître en version livre électronique sur leur site leurs ouvrages. Il y a beaucoup de gens qui ne se font pas éditer qui sont très talentueux. Et je prends beaucoup de plaisir, mais comme d’autres personnes j’imagine, à lire des gens dont personne ne veut parler, que personne ne veut éditer et qui pourtant écrivent des histoires très intéressantes, qui écrivent bien, qui écrivent de belles histoires, qui écrivent des histoires intéressantes. Je suis passé à peu près de trois-quatre livres par an à trois-quatre livres par mois.

Quelques explications :
1. je tenais vraiment à (+ verbe) : c’était vraiment important pour moi de…
2. au coup par coup : de temps en temps, pas régulièrement.
3. c’est une histoire de poids ? = la raison, c’est le poids ?
4. quasiment : presque complètement
5. Hachette : une des grandes maisons d’édition en France
6. même si n’étant pas… : cette phrase n’est pas très correcte. Soit on dit : « même si je ne suis pas parisien », soit on dit : « tout en n’étant pas parsisien ». En fait, il y a télescopage dans sa tête des deux constructions.
7. un encombrement réduit : le fnacbook ne prend pas de place.
8. plus = davantage. Il faut prononcer le « s » final quand il a ce sens là, alors qu’on ne l’entend pas dans la négation « ne… plus ».

La FNAC : c’est la chaîne de librairies la plus connue en France. (On prononce ce nom comme un mot, pas lettre par lettre.)  On y trouve livres, CD, DVD et matériel audio-visuel. Ils ont donc sorti récemment leur fnacbook.

Un peu fêlés ?

Ils aiment la vitesse. Ils aiment le ski. Voici deux des descendeurs français qui participent en ce moment aux Championnats du Monde de ski alpin.

Petite interview où il est question de sensations fortes, de peur, de plaisir, et aussi de ce qu’éprouve l’entourage de ces jeunes hommes qui prennent tous les risques.
Pas de tout repos sûrement d’être leur mère ou leur père !
Le tennis, c’est plus tranquille…


Transcription:
– Ouais, ça fait un peu peur. Moi, en plus, je suis quelqu’un qui s’est beaucoup blessé dans ma carrière. J’ai… J’ai chuté (1) cette année encore à Val Gardena (2), j’ai pris une… une grosse gamelle (3) à Val Gardena. Ça m’a un peu marqué. J’ai mis du temps à revenir. Je me suis battu pour revenir tout le mois de janvier et ça recommençait à revenir, là. Et me retrouver là-dessus (4), c’est qûr que ça me fait pas plaisir. Quand il va falloir mettre les chevaux (5), il va falloir engager (6). Il va y avoir plus de cartons (7) que ce qu’on croit à mon avis. Moi, je peux plus… je peux plus me permettre d’aller encore faire un séjour à l’hôpital, avec tout ce que j’ai eu déjà. C’est sûr que au niveau sécu (8), c’est pas… c’est pas optimum. On n’est pas au top, là, au niveau sécu.
– Votre mère, vos proches, ils sont au courant (9) que vous faites un sport pas comme les autres?
– Ah bah, vous me parlez de ma mère ! Ma mère, elle a jamais regardé une course à la télé, pour tout vous dire (10) ! Elle se refuse à (11) regarder parce qu’elle a la… la trouille (12). Je pense qu’elle sera… elle sera ravie quand j’arrêterai ma carrière. Elle est jamais venue me voir sur une course non plus. Et mon père, ça devient de plus en plus difficile, vu… vu les pistes qu’ils nous proposent. Après, voilà, ils savent que c’est mon choix et que ils font avec (13), de toute façon. Ils ont un fils qui aime la vitesse et qui… qui aime un peu prendre des risques de temps en temps, mais pas fêlé (14) quand même ! Je me considère pas comme fêlé!

Les descendeurs ne sont donc pas complètement fous mais suffisamment quand même pour se jeter dans la pente à plus de 130 km/h pour un plaisir assez mince, à en croire Adrien Théaux, l’un des outsiders de la descente d’aujourd’hui:
– Oh bah, la descente, c’est une combinaison qui fait à peu près deux millimètres d’épaisseur, un casque, un masque et une paire de skis qui fait 2,15 mètres. On n’a que ça. On n’a pas d’habitacle, rien autour et après, bah ici, c’est deux minutes que dans l’ombre. Donc c’est le noir complet. Deux minutes où on se fait secouer pas mal (15), et là, des skis de 2,15 m, quand ils commencent à taper, ça a beaucoup d’inertie. Donc il faut pas se faire tirer les pieds dans tous les sens.
– Adrien, à vous écouter nous parler de cette descente, on a le sentiment que il y a plus aucune notion de plaisir.
– Si, si ! On prend un peu de plaisir à la première porte. Et on prend du plaisir quand on est arrêté aussi. Dans l’arrivée, on se dit: »Ah, c’est bon (16), je suis en bas, je suis arrêté. » Non, non, il y a un petit peu de plaisir.

Vu d’en bas, il faut quand même une bonne dose d’imagination pour penser à prendre son pied (17) sur la piste du Kandahar !

Quelques détails:
1. chuter : faire une chute, tomber. (Tomber se conjugue avec l’auxiliaire « être », contrairement à chuter:  Je suis tombé.)
2. Val Gardena: c’est une vallée alpine en Italie, avec des stations de ski.
3. une gamelle : une chute (argot). On dit qu’on prend une gamelle.
4. là-dessus : il veut dire « sur cette piste », très difficile.
5. mettre les chevaux: c’est une image pour parler de la vitesse qu’il va devoir avoir.
6. engager: ici, ça veut dire qu’il va falloir prendre tous les risques.
7. un carton : ici, c’est une chute. (familier)
8. la sécu : abréviation de « sécurité ». Mais ce n’est pas si courant que ça de l’utiliser dans ce sens-là. D’habitude, si on parle de la Sécu, tout le monde comprend « la Sécurité Sociale », notre système d’assurance maladie.
9. être au courant : savoir.
10. pour tout vous dire : pour être honnête.
11. se refuser à faire quelque chose : c’est comme « refuser de faire quelque chose », mais c’est plus fort.
12. la trouille : la peur (argot)
13. faire avec : s’accommoder d’une situation qu’on ne peut pas changer. (familier)
14. être fêlé : être fou (familier)
15. pas mal : c’est presque aussi fort que « beaucoup ».
16. C’est bon : on dit ça quand tout va bien, qu’il n’y a pas de problème.
17. prendre son pied : prendre / éprouver du plaisir. (familier)