L’une rit, l’autre râle

En sport, « on en bave » pour arriver jusqu’au plus haut niveau ! Mais ensuite, quand on gagne, c’est bien sûr « que du bonheur ». Ah, les sportifs français l’aiment, cette expression ! Un vrai cliché !
Encore faut-il* gagner… C’est le cas d’Alexianne Castel, médaille d’or du 200 mètres dos aux Mondiaux de natation de Dubai.

Mais Frédérick Bousquet n’a remporté « que » la médaille d’argent au 50 mètres. Que la médaille d’argent… Et ça ne lui plaît pas.


Transcription :
Je suis super contente (1). C’est vrai que c’était pas gagné (2), vu (3) mon arrêt prolongé, de revenir à un haut niveau. Là, c’est vraiment que du bonheur. Je me rends compte que ça m’a vraiment fait du bien, que enfin, j’ai pris du plaisir à nager vraiment. Donc voilà ! C’est beaucoup de satisfaction et beaucoup de joie, parce que c’est beaucoup de travail, faut le savoir. J’en ai vraiment bavé (4) pour arriver là où j’en suis, et…bah, je suis super contente parce que mon entraîneur, il (5) se casse les pieds avec moi (6), vraiment, à trouver vraiment ce qui va pas. C’est vrai que je nage bien techniquement, mais je manque de force. Donc on essaye de trouver des petites choses. Et des fois, c’est pas évident, donc voilà.

Au-delà de la médaille, c’est… c’est le temps et la course qui me déçoivent énormément. Je vais pas cracher dessus (7), au contraire. C’est… c’est une de plus. Tant mieux (8). Mais c’est une fois de plus derrière César (9), et là… là, il y a un écart qui se crée et… et ça me plaît pas du tout (10) parce que je sais que il est pas réel. Même si il est devant, il devrait pas être devant avec trente centièmes d’avance. Forcément (11), je reste frustré parce que c’était la seule occasion (12) que j’avais de me confronter à… à Cesar et aux autres adversaires. C’était la dernière occasion ainsi pour cet hiver. J’avais envie de faire une meilleure prestation. Mais encore une fois, il prend l’avantage et… et forcément, ça commence à m’énerver (13). Il y a pas de jalousie, j’ai pas de la colère contre lui parce qu’il joue le jeu. C’est la compétition. Mais faut pas qu’il prenne l’habitude, quoi ! J’ai du mal à (14)le… à le cacher. Et je… et j’ai pas envie de me mentir ou de mentir aux autres en affichant un sourire, en disant « Je me satisfais ». Non, je me satisfais pas du tout. Je crache pas sur cette médaille mais je m’en satisfais pas du tout et j’en suis déçu même.

Quelques détails :
1. super contente : très contente (familier)
2. c’était pas gagné : ce n’était pas évident que ça marche. Le résultat n’était pas certain.
3. vu : à cause de / en raison de
4. en baver : rencontrer beaucoup de difficultés (familier)
5. mon entraîneur, il… : la reprise par le pronom « il » juste après le nom est inutile mais courante dans les conversations familières.
6. il se casse les pieds avec moi : sa tâche est compliquée. (familier)
7. je vais pas cracher dessus : je ne vais pas refuser cette médaille, elle me fait quand même plaisir. (familier)
8. Tant mieux : on dit ça quand on n’était pas sûr d’un résultat ou de ce qu’allait être une situation. Et donc quand c’est positif, on dit ça pour montrer qu’on est content. Le contraire, en cas d’échec, c’est « Tant pis ».
9. Cesar Cielo : c’est un nageur brésilien, grand rival de Frédéric Bousquet.
10. ça me plaît pas du tout : je ne suis pas content du tout. (Il manque « ne » comme dans les conversations familières.)
11. Forcément : obligatoirement. Je ne peux pas réagir autrement.
12. c’était la seule occasion : pour les anglophones : dites bien « occasion » et non pas « opportunité » ! C’est plus naturel.
13. ça commence à m’énerver : ça m’agace, ça m’ennuie vraiment. Paradoxalement, le « ça commence » accentue cette idée.
14. J’ai du mal à… : c’est difficile pour moi de cacher mon énervement.

* Encore faut-il… : à condition toutefois de…
* râler : montrer sa mauvaise humeur, son mécontentement. (familier)

Enfances en liberté

A l’heure où tout est très planifié dans les loisirs de nos enfants, où chaque minute de leur temps doit être occupée, où leurs déplacements ne sont pas non plus laissés sous leur responsabilité, voici deux histoires rafraîchissantes: celle d’un petit garçon qui a grandi dans le Marais Poitevin, au bord de l’eau et sur l’eau et celle d’une petite fille que ses parents laissaient escalader les rochers de la forêt de Fontainebleau.

Petites histoires d’apprentissage de l’autonomie, du sens des responsabilités et de la liberté sous le regard bienveillant des parents. Comment devenir adulte et se construire des passions.


Transcription:
– On hérite de quoi (1), quand on est un enfant du marais ici ?
– Quand on grandit ici, si on a des parents qui vous donnent la liberté de le (2) vivre à fond (3), ce marais, s’ils sont pas dans le « Reste à la maison. Ne sors surtout pas. Ne va surtout pas découvrir ce qu’il y a autour de toi », bah c’est un extraordinaire terrain de découverte, terrain de jeux. C’est l’apprentissage de la liberté, c’est l’apprentissage de, ben, sa richesse, de la nature, hein, c’est évident. Je me souviendrai toujours de ces après-midi d’été où on part avec le frangin (4), on a 10 ans et 8 ans. Puis les parents disent « Mais partez donc. Vous connaissez mieux le marais que nous, alors allez-y. » Et puis on prend le bateau, et puis c’est les grenouilles, c’est les cabanes dans le marais, c’est … ben ouais, c’est un terrain de… d’épanouissement extraordinaire. C’est pour ça qu’on se bat pour ces territoires, c’est pour ça qu’on… qu’on aimerait que ce marais reste ce qu’il est.

– Parlons un peu de la famille. Qu’est-ce qu’il avait dans sa caboche (5), votre papa, avec tous ces marmots (6), de vous emmener comme ça à Fontainebleau, et de vous … allez, de vous laisser…en fait de vous donner confiance et de vous laisser faire ? C’est dur pour des parents de… enfin pour vous, oui, je sais que c’est bizarre de vous dire ça à vous mais…
– Ouais. Mon père grimpait un peu. Donc il aimait bien aller à Fontainebleau. On était… donc on est… Ils ont eu six enfants , je suis l’aînée de six. Donc le weekend… Bon on habitait en appartement donc le weekend, on allait, hop (7), à Fontainebleau pour que les enfants se calment un peu et s’aèrent un peu.
– Le sport et aération de la famille Destivelle !
Voilà, exactement. Donc tous les dimanches, on était à Fontainebleau, depuis l’âge de… je sais pas… j’ai toujours connu, moi, 5 ans, 6 ans, 7 ans. On y allait, on pique-niquait, on grimpait. Bon, on grimpait comme tous les enfants grimpent, hein. C’est naturel. Ils avaient confiance en nous. Mais bon les enfants, on peut leur faire confiance, c’est pas des fous, hein. Ils ont…. Ils ont conscience inconsciemment du risque. Donc ils vont pas se mettre dans des situations idiotes, quoi. Et donc un enfant, même de 3-4 ans, faut les (8)laisser se… se débrouiller (9) et puis observer de loin mais pas leur faire peur, leur dire « Fais gaffe (10), tombe pas (11) ». Ils savent, ils savent qu’il faut pas tomber. C’est pas… C’est un peu comme des animaux, quoi. On les… C’est instinctif. Et donc mes parents m’ont laissée faire jusque… bah, tout le temps, hein ! A 12 ans, ils m’ont dit « Tiens, qu’est-ce que tu aimerais faire comme sport ? » Ils m’ont proposé l’escalade. Donc j’ai fait partie d’un club. Génial ! Même que j’allais à Fontainebleau tous les weekends, sans eux après. Et puis, bah à 13 ans, 14 ans, oui, ils me faisaient confiance, hein, parce que bah, je leur avais demandé de faire le tour de l’Oisans (12) toute seule à 14 ans. Et… ben mon père a dit « OK. Je te pose à la Grave et je viens te chercher dans 10 jours » Et j’ai fait mon tour de l’Oisans avec mon gros sac sur le dos. Et 10 jours après, j’étais à La Grave.

Quelques explications :
1. On hérite de quoi ? : question orale. A l’écrit ou dans un style plus soutenu, on dirait : « De quoi hérite-t-on ? »
2. le vivre à fond, ce marais : le pronom « le » est placé avant le nom qu’il est censé remplacer (marais). C’est très oral de faire ça au lieu de dire simplement : « vivre à fond ce marais »
3. à fond : intensément, totalement.
4. un frangin : un frère (familier) Au féminin, on dit « une frangine » pour la sœur.
5. la caboche : la tête (argot)
6. les marmots : les enfants (argot)
7. hop : onomatopée pour souligner un mouvement, un déplacement.
8. faut les laisser : elle devrait dire « Il faut le laisser », puisqu’elle a mentionné «un enfant», au singulier.
9. se débrouiller : trouver comment faire face à une situation, un problème.
10. faire gaffe : faire attention (familier)
11. Tombe pas : normalement, on devrait dire : « Ne tombe pas ». Mais à l’oral, on oublie « ne ». (style familier)
12. l’Oisans : un massif montagneux des Alpes. On peut en faire le tour en suivant un sentier de grande randonnée (un GR).