Du jour au lendemain

EconomiesJe n’étais pas partie du tout pour écouter cette émission. Mais le témoignage de ce petit monsieur – allez savoir pourquoi je l’imagine petit ! – m’a accrochée. Un peu pour sa vie de chômeur qui change d’un coup de baguette magique, grâce à une grille gagnante au Loto. Mais surtout pour la façon dont il raconte cette histoire, avec des « je lui dis », « elle me dit » pour exprimer des émotions et des sentiments tout simples de gens simples qui savent comment marche le monde. Et pour son accent ! Pas un sudiste du tout, ce grand gagnant !

Grand gagnant

Transcription :
– On y va, on y va, on y va !
– Cinq grilles du Super Loto pour le vendredi 13.
– Oui. Et des bonnes, hein ! On y croit ! Chaud bouillant ! (1)
– Ce Flash (2), Jean-Jacques, que vous venez de faire, c’est exactement ce qui s’est passé ce jour d’avril 2015 ?
– Pareil. Un Flash. Je venais juste d’être licencié, j’étais à bout (3), à bout, à bout. J’ai dit : Bon bah allez, on va essayer de chercher la chance (4). Donc je suis allé faire un Loto. Bah la chance m’a souri. Un lundi soir, je passe devant le bureau de tabac (5) où j’avais joué pour aller faire valider mon bulletin et puis pour rejouer pour la semaine. Et puis je rentre dans le bureau de tabac, la dame était seule, alors je passe mon bulletin. Et elle me dit : Monsieur, je peux pas vous payer.
Ah bon ! Bah pourquoi vous pouvez pas payer ?
Parce que vous avez un gros lot.
Ah bon ?
Elle dit : Attendez, on va appeler la Française des Jeux.
Moi, j’ai pas tilté (6) en fait. Je dis : Bon bah j’ai un gros lot. Ça veut dire quoi, un gros lot ? Je sais pas.
Elle me dit : Voilà, vous avez gagné deux millions quatre-vingt-dix-sept mille euros.
Elle me dit : ça va ?
Bah… Je… Non, j’étais déjà pas bien dans la tête, ça vous assomme, quoi, quelque part ! Vous y croyez pas vraiment.
– Vous ne réalisez pas tout de suite ?
– Bah non, non ! C’est un coup de massue (7) sur la tête !
Je rentre à la maison et je me dis : Comment je vais l’annoncer à mon épouse ? Mon épouse rentrait à 8 heures et demie. Donc je mets la bouteille de champagne dans le frigo. Je mets sur un plateau dans la cuisine. J’entends la voiture qui arrive, elle rentre et je dis : Chérie, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer.
Tu as retrouvé du boulot ?
Non, mieux que ça. Tu sais que je joue au Loto.
Bah oui ! Je sais bien !
Je lui dis : J’ai gagné 50 000 euros.
Elle me dit : C’est pas vrai !
Bah je dis : Non, c’est pas vrai. J’ai gagné 500 000 euros.
Oh !
Je dis : Non, non, je vais te dire, on a gagné deux millions d’euros.
Et là, plus un bruit !
– C’est irréel. C’est pas possible, c’est une blague (8) ! On n’a même pas bu le champagne, on n’a même pas mangé, on n’a pas dormi du tout de la nuit. (9)
– Parce que la Française des Jeux m’avait dit : Attention, pas de ticket, pas d’argent.
– Vous me disiez : on ne réalise pas. Et à la remise de chèque, alors ?
– Bah, étonnamment, c’est bizarre, on se rend pas compte de ce que c’est toujours (10). C’est pas de l’argent, c’est… Vous voyez rien.
– C’est le jour où l’argent a été sur votre compte ?
– Voilà, là, on avait une grosse ligne, là, là, avec beaucoup de zéros, c’était bien ! On pouvait dire : Là, c’est bon, je l’ai, c’est à moi.
– Vous choisissez à ce moment-là de le cacher ?
– Non, non. La famille connaissant notre misère actuelle, du fait de ma perte de travail et tout ça, j’ai voulu faire partager ma joie et mon plaisir.
– On ne change pas de monde comme ça ?
– Non. Non.
– On ne passe jamais de cette vie-là à l’autre. On essaye d’apprendre, mais on n’est jamais pareil. A Saint-Tropez, où on est allé faire un tour (11), on va dans un magasin. Mon épouse demande le prix d’un sac. C’était chez… enfin une marque de luxe. Et la dame dit à mon épouse : C’est pas la peine (12), madame, vous pourrez pas vous le payer. Comme quoi, c’est pas si facile d’être riche du jour au lendemain (13). Il y a des codes qu’on n’a pas et qu’on n’aura jamais. Mais ça me dérange pas, hein !
– Vous avez suivi des ateliers (14) justement pour apprendre avec la Française des Jeux de…
– Oui, mais comme quoi (15), c’est peut-être pas suffisant.
– Alors, on sourit, là, mais beaucoup de grands gagnants parlent aussi d’angoisse. On frôle même la solitude.
– Oui, tout à fait. Oui, à vivre au quotidien, c’est pas toujours évident. On va au restaurant, bah on invite des gens, on paye l’addition (16) parce qu’on le veut bien. Mais si on le faisait pas, je suis sûr que les gens diraient : Bah, tiens, il est pingre (17). Ils sont… Ils peuvent même pas nous payer le restaurant, quoi, tu vois ! C’est difficile. C’est… On a perdu des amis comme ça. On pensait qu’ils étaient sincères et qu’ils nous aimaient pour ce qu’on était. En fait, on s’aperçoit que des gens, des fois, nous aiment pour ce qu’on a et pas pour ce qu’on est, du fait de notre position de grands gagnants en fait.
– Donc au risque de choquer certains auditeurs, c’est pas si simple, d’être grand gagnant !
– Non, c ‘est pas si simple, non ! On ne se plaint pas, mais c’est pas si simple que ça. La jalousie !
– Tant qu’on n’est pas passé par là, on peut pas savoir. C’est vrai que c’est deux mondes différents.
– Quand on a autant d’argent sur son compte en banque, est-ce qu’on a encore des rêves ?
– Bah, des rêves, on en a toujours, tout le temps.
– Et parmi eux, que ça recommence !
– Ah bah j’espère bien ! Peut-être ce weekend, ça serait bien !
– Avec moi ! Moi je joue…
– Allez, chiche (18)! On y va !

Des explications :
1. chaud bouillant : cette expression très familière (orale) signifie que la personne est prête à faire quelque chose, avec beaucoup d’excitation.
2. Un Flash : c’est un des types de jeux du Loto.
3. Être à bout : être épuisé moralement et physiquement.
4. La chance : en français, c’est toujours positif. Normalement, on dit : tenter sa chance :ce jour-là, il a décidé de tenter sa chance..
5. Un bureau de tabac : ce sont les magasins où on achète les cigarettes. Le propriétaire ou le gérant est un buraliste.
6. Je n’ai pas tilté : je n’ai pas réagi car je n’ai pas compris. On dit aussi : ça n’a pas fait tilt. (familier)
7. Un coup de massue : une massue sert à frapper très fort. Donc au sens figuré, recevoir un coup de massue, c’est être assommé par une nouvelle, par un événement, ce qui signifie qu’on ne même peut plus réagir, tellement on est surpris ou choqué.
8. C’est une blague ! : c’est une plaisanterie / Tu plaisantes. (familier)
9. ne pas dormir de la nuit : c’est passer la nuit sans dormir du tout. C’est la préposition « de » qui permet d’insister. On entend souvent cette structure, dans des phrases négatives. Par exemple : On n’a pas vu le soleil de la semaine. (= pendant toute la semaine) / Il ne m’a pas parlé de tout le voyage.
10. Toujours : cet adverbe n’est pas bien placé ici. Il faudrait dire: On ne se rend toujours pas compte… (= on continue à ne pas se rendre compte / à ne pas comprendre.)
11. aller faire un tour quelque part : aller se promener quelque part.
12. Ce n’est pas la peine : ça ne sert à rien.
13. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition.
14. Suivre un atelier : suivre une formation spécifique et pratique pour apprendre quelque chose
15. Comme quoi… : c’est la preuve que… / On voit bien que…
16. payer l’addition = payer le restaurant
17. pingre : avare, pas généreux. C’est quelqu’un qui ne veut pas dépenser son argent.
18. Chiche ! : c’est ce qu’on dit quand on accepte un défi, un pari. (familier)

L’émission complète est à écouter ici.
Avec d’autres témoignages de gens dont la vie a basculé de la même manière, des chiffres sur les chances de gagner de telles sommes, des questions, etc.

Et vous avez lu La Liste de mes envies ?

En retard

Voyage TGVIl faut à peu près trois heures en TGV pour aller de Paris à Marseille. C’est presque la porte à côté. Sauf lorsque des imprévus viennent perturber ce trajet si facile et confortable.
Donc mercredi dernier, départ pile à l’heure, comme d’habitude, de la gare de Lyon à Paris, voyage sans encombre, arrivée à l’heure à la gare Saint-Charles de Marseille. Enfin presque. Il s’en est fallu de peu.

Nous nous sommes arrêtés à une centaine de mètres des quais, comme cela arrive parfois pour laisser passer un train en partance. (La gare Saint Charles est un cul-de-sac.) Mais l’arrêt a duré plus d’une heure, avec la gare juste là, à portée de main : colis suspect dans la gare, selon la formule malheureusement souvent utilisée ces temps-ci. Arrêt total du trafic, évacuation du périmètre et arrivée des démineurs, pour un bagage sans propriétaire, déposé là par des gens qui ont soit un curieux sens de l’humour, soit des têtes de linotte ! (Pourtant, des annonces sont diffusées sans cesse dans les gares et dans les transports en commun, demandant aux étourdis de vérifier qu’ils n’ont pas oublié une valise ou un sac dans un coin.)

Donc nous avons pris notre mal en patience, en attendant les nouvelles que nous communiquait le personnel du train au fur et à mesure. Dans ma voiture, il y avait des étrangers qui ont eu du mal à comprendre : situation inhabituelle et son moyen dans les hauts-parleurs. Alors voici les messages diffusés : j’ai manqué le premier, un peu prise de court, mais quand j’ai vu que l’attente s’éternisait, j’ai pensé qu’après tout, cela pourrait faire un petit cours de français, tout en espérant que c’était bien une fausse alerte ! On s’occupe comme on peut !

En retard. Colis suspect

Transcription :

– Mesdames et Messieurs, je vous informe que, actuellement, les démineurs sont sur place en gare de Marseille-Saint Charles (1). La totalité de notre retard à l’arrivée devrait (2) se situer aux alentours de (3) 40 minutes environ. Je répète : actuellement, les démineurs sont sur place en gare de Marseille-Saint Charles. La durée totale de notre retard devrait être de 40 minutes à 50 minutes en gare de Marseille-Saint Charles. Je vous remercie de bien vouloir patienter… en attent[…] (4)… en attendant que notre train puisse repartir.

– Mesdames et Messieurs, je vous informe que les démineurs viennent de faire exploser le colis suspect. (5)
– Et alors ?
– Notre conducteur attend l’ouverture du signal pour pouvoir repartir d’ici quelques instants. Merci de votre compréhension.

– Mesdames et Messieurs, je viens de recevoir une nouvelle estimation de notre retard, qui est passé à une heure quinze.
– Oh putain ! (6)
– L’arrivée prévue en gare de Marseille-Saint Charles se fera donc aux alentours de 15h05, 15h10 à 15h15. Je répète, nouvelle estimation de notre retard qui vient de me parvenir : retard estimé à une heure quinze. Arrivée en gare de Marseille-Saint Charles… Arrivée en gare de Marseille-Saint Charles aux alentours de 15h10 à 15h15. Je vous remercie de votre attention et de votre compréhension.

Quelques explications :
1. en gare de Marseille : c’est la formulation officielle utilisée par la SNCF, avec la préposition en. Bien sûr, cela correspond aux prépositions ordinaires : Nous arrivons en gare Saint-Charles = Nous arrivons à la gare Saint Charles. / Nous entrons en gare = Nous entrons dans la gare. / Il y avait un colis suspect en gare de Marseille = Il y avait un colis suspect dans la gare.
2. devrait : ce conditionnel exprime une éventualité. L’agent de la SNCF n’est pas sûr des délais d’attente.
3. Aux alentours de 40 minutes : autour de 40 minutes. L’agent ajoute encore « environ » ensuite, ce qui est redondant, mais exprime son incertitude.
4. en attendant : l’agent a un peu bafouillé et une fraction de seconde, nous avons cru qu’il disait « attentat », avant qu’il ne se corrige !
5. Un colis suspect : c’est la formule consacrée dans ce genre de situation. En général, il s’agit plutôt de bagages.
6. Oh putain ! : cri du cœur de ce passager qui commence à trouver l’attente un peu longue ! (Comme juste avant, celui qui dit : Et alors ?)