Touche-à-tout

DSC_5229Des avions qui s’écrasent, des extrémistes qui massacrent des hommes et des femmes… L’actualité n’est pas joyeuse. Alors pour se redonner le moral, voici la petite histoire d’un jeune homme ordinaire, qui aime les chiens et qui essaie de mener sa vie tranquillement, avec humanité. Il m’a bien plu pour son envie de se mettre au service des autres et aussi parce qu’il rappelle à tous les parents du monde que les enfants ne font pas toujours ce qu’on avait imaginé pour eux !

Infirmier ou dresseur de chiens

Transcription :
– Elle est bien dressée. Végas ! Assis ! Assis ! Pas bouger (1). Pan, pan pan, pan (2). Je lui fais avec ma main comme si c’était un pistolet et elle se couche.
– C’est vous qui l’avez dressée comme ça ?
– Ouais. A la récompense (3), elle se couche et elle s’assoit. Elle cherche la truffe (4). J’en ai pas trouvé. Bon après, je suis pas un spécialiste non plus, mais qui ne tente rien n’a rien (5), hein ! C’est pas facile de dresser un chien quand même.
– Et vous, vous vous levez ? Vous vous couchez ?
– Oui. Je mange, je bois.
– Vous êtes bien dressé !
– Bah, le mot dressé, j’aime pas trop. C’est plutôt éduqué, on va dire. J’ai eu une bonne éducation. Oui, je sais pas, moi.
– C’est quoi, une bonne éducation ?
– Bah c’est d’essayer d’être épanoui (6), d’être heureux dans sa vie.
– Vous y arrivez ?
– J’essaye, on va dire. Donc c’est pour ça que j’ai fait plusieurs métiers. Moi j’ai touché un peu à tout (7). J’ai fait de la manutention (8), j’ai fait du jardinage, là, je vais travailler dans un centre d’handicapés, j’essaie de devenir infirmier. Moi, j’ai juste le bac, donc je fais une prépa (9) infirmier, pour me donner toutes les chances de réussir mon diplôme. Bon quand on est jeune et que on fait un peu ce qu’on a envie, les parents, souvent, on les écoute pas. Donc…
– Ils font quoi, vos parents ?
– Mes parents sont médecins. Donc bon, ils m’ont conseillé de faire des études mais quand j’ai passé le bac, après, j’ai eu envie de travailler. Mais bon, je vous cache pas que (10) ça leur aurait fait plaisir que je sois médecin. Faut avoir des capacités intellectuelles vraiment élevées. Je pense pas les avoir. Je pense plutôt qu’infirmier, ça me conviendrait parce que c’est vraiment un métier de communication, c’est-à-dire on est très proche des patients, mais en même temps, on fait des gestes techniques, c’est pas un métier anodin (11). Et vraiment c’est quelque chose qui m’a plu d’être proche des patients. Moi, j’ai toujours eu ce besoin de parler avec les gens. Donc je pense que c’est un métier qui me plairait. Et si j’y arrive pas, je ferai dresseur de chiens !

Quelques détails :
1. Pas bouger : ce genre d’ordre n’est pas utilisé, à part pour les chiens (ou les animaux qu’on peut dresser.) C’est en quelque sorte une phrase minimale, compréhensible par un animal.
2. Pan, pan, pan : c’est l’onomatopée qu’on utilise à propos des coups de feu. (donc avec une arme à feu). On la trouve par exemple dans les bandes dessinées.
3. A la récompense : sa chienne a appris à obéir car elle est récompensée (par un biscuit par exemple) si elle comprend les ordres de son maître.
4. Les truffes : ce sont des champignons qui poussent dans la terre et qui dégagent une odeur que les chiens dressés pour ça détectent. Ils grattent alors le sol et leur maître peut cueillir les truffes. Les truffes se vendent très cher !
5. Qui ne tente rien n’a rien : c’est un proverbe qui signifie qu’il faut oser essayer et ensuite, on verra le résultat.
6. Être épanoui : c’est lorsqu’on est parfaitement satisfait de sa vie et en équilibre.
7. Toucher à tout : faire des choses différentes, ne pas être spécialisé dans un domaine précis.
8. Faire de la manutention : transporter des marchandises dans un dépôt ou dans un supermarché par exemple.
9. Une prépa infirmier : c’est une formation qui prépare au concours pour devenir infirmier. Comme cet examen est sélectif, il est nécessaire de bien s’y préparer en s’entraînant exactement aux épreuves qu’on doit passer.
10. Je ne vous cache pas que… : C’est certain que…
11. anodin : ordinaire et sans grande importance.

C’était ici à la radio un matin.

Mémé

DSC_5022cVoici aujourd’hui une vieille dame qui m’avait bien plu quand je l’avais entendue à la radio. Pour ses 100 ans, pour sa vitalité, sa curiosité et sa lucidité. J’aime bien imaginer tout ce qu’elle a vécu, tous les changements qu’elle a vus. Elle a toute sa tête, Mémé, … et un ordinateur.

Je l’écoute et je me demande si je saurai être une Mémé un jour et, comme elle, vivre avec ce qui aura été inventé alors!

Mémé

Transcription :
– Je faisais… je faisais un jeu.
– Ah bon ? Oui, alors, c’est ça la question : vous faites quoi avec ? (1)
– Je… je reçois des mails (2), j’en envoie, j’ai des photos. J’ai une amie qui est partie en Pologne, elle m’en… Elle est très fidèle et elle m’envoie des… Elle m’envoie beaucoup de mails et j’ai des mails amusants, des choses très jolies à voir, des paysages, des… je visite des musées avec mon ordinateur ! L’ordinateur, je l’ai depuis cinq ans. On m’a offert ça pour mes quatre-vingt quinze ans !
– Aujourd’hui, il y a un thème dont on parle beaucoup dès qu’on parle des personnes âgées, c’est celui de la solitude. Est-ce que vous, vous vous sentez seule, à cent ans ?
– Je suis assez… Je suis assez contente de… d’être toute seule. Oui, oui, oui, oui. Je fais ce que je veux, c’est ça. Moi, il me faut… Faut pas d’entraves (3). Faut pas que (4)… Faut pas qu’on m’embête (5). Et pourtant, et pourtant, je suis seule. J’ai perdu maman très jeune, mon père, j’avais vingt-six ans, j’ai perdu mon mari très tôt, j’avais cinquante-sept ans. Et mes enfants, il y en a une qui est partie à quarante ans, et l’autre qui est partie à soixante-douze ans. Et Mémé (6), elle tient le coup ! (7) Elle est toujours là, je comprends pas ! Je pense à eux, je suis avec eux toute la journée, mais je ne m’ennuie pas. Et je pense à eux avec les bonnes choses, je…
– Sans tristesse.
– Quand je vois des… des gens qui pleurent, qui crient, qui « Ah…! ». Moi… Moi, j’ai mon chagrin (8), là, comme ça, mais ça s’ extériorise pas (9).
– Comme ça, vous dites ça, en vous touchant le cœur, la poitrine.
– C’est là, c’est ça.
– Je peux vous demander ce que vous faites pour le 31 décembre ?
– Je ne vais rien faire, je vais être toute seule. Je vais me préparer mon petit réveillon (10) à moi. Je vais me faire une bonne… un bon petit truc. Je vais m’acheter du saumon (11), et puis je vais rester jusqu’à… jusqu’à minuit, bien sûr, parce que alors là, j’ai tous mes coups de téléphone qui viennent après minuit ! J’ai tous mes petits-enfants qui m’appellent. Puis après, bah à une heure… une heure ou deux du matin, je vais me coucher.
– Quand on a cent ans aussi, alors malheureusement, vous avez perdu vos enfants, mais vous avez aussi, j’imagine, dû perdre vos amis.
– Ah bah, j’en ai plus !
– Bah oui !
– Ils sont tous partis, ça y est. Quand j’ai été à la retraite, là, quand j’ai perdu ma fille, je me suis occupée de mes petits-enfants. Après, bon bah quand les enfants ont été un peu plus grands, bon, j’ai… je suis restée là et puis je… Après ma fille, j’ai été épouvantablement (12) triste et seule pendant… pendant deux, trois ans. Puis j’ai dit : Bon bah je peux pas rester comme ça. C’est pas possible. Alors, j’ai été à la mairie (13), voir… faire faire de la gymnastique. Et là, j’ai eu de la chance de rencontrer des gens de mon âge, et puis alors, là, on se réunissait que nous, sept-huit (14), et puis on a fait des voyages, on a… C’était… On a passé de très bons moments. Bon bah tout ça… tout ça, c’est parti petit à petit. Je les ai perdus l’un… l’un après l’autre. Voyez, ce qui me manque beaucoup maintenant, c’est de la tendresse, de quelqu’un avec moi. Mais j’adore mes petits-enfants, mes petites-filles, tout ça, mais : « Bonjour Mémé ! » Allez hop, ça y est, ça va vite, hein ! J’aimerais qu’elles prennent un peu de temps. Eh bah voilà, là encore cent ans un mois ! Je pensais pas… Quand j’étais jeune, j’avais compté l’âge que j’aurais en l’an 2000.

Quelques détails :
1. Vous faites quoi avec ? : question orale = Qu’est-ce que vous faites avec ? Et on n’a pas besoin de pronom pour remplacer « ordinateur ». C’est comme ça avec les objets, mais pas avec les personnes. Par exemple : J’ai un ordinateur. Je fais des jeux, j’envoie des mails avec. Mais on dit: J’avais des amis. Je faisais des voyages avec eux.
2. Un mail, des mails : les Français n’utilisent que rarement le mot email. Ils n’utilisent pas souvent non plus le mot courriel.
3. Une entrave : quelque chose qui empêche de faire ce qu’on veut.
4. Faut pas que… : c’est uniquement oral, puisqu’il manque : Il ne…
5. Il ne faut pas qu’on m’embête = il faut qu’on me laisse tranquille. Embêter quelqu’un, c’est le déranger.
6. Mémé : c’était le nom qu’on donnait aux grand-mères. Aujourd’hui, on dit plutôt Mamie, ou d’autres choses. Donc Mémé est plutôt réservé aux très vieilles dames, aux arrière-grand-mère par exemple, pour faire la différence avec Mamie. Dans le sud, on emploie souvent un mot très proche, Mamé, qui bizarrement reste plus à la mode. Dans d’autres contextes, si on dit par exemple d’un vêtement que ça fait mémé, c’est péjoratif, puisque ça veut dire que ça fait très vieux : J’aime pas cette couleur, ça fait mémé !
7. Tenir le coup : ne pas flancher, rester solide, en bonne santé, résister. (familier)
8. le chagrin : la peine. (C’est plus fort que la tristesse.)
9. extérioriser ses sentiments : montrer ses sentiments, les exprimer. Elle, c’est le contraire, elle les garde pour elle.
10. Le réveillon : c’est la soirée de Noël ou du 31 décembre, avec un bon repas, plus tardif que d’habitude.
11. Du saumon : il s’agit de saumon fumé. C’est assez traditionnel chez les Français à ce moment-là de l’année, comme les huîtres.
12. Épouvantablement triste : horriblement triste. C’est très fort, car en français, on reste souvent plus sobre dans les mots qu’en anglais par exemple et on dit en général juste : très triste.
13. La mairie : c’est là où tout s’organise et où tout est géré dans la ville où on habite. En plus des services administratifs, on peut donc y trouver des activités de loisirs, pour toutes les catégories de la population.
14. Sept, huit : ils formaient un petit groupe de sept ou huit amis.