Seule avec deux enfants

Au début

Seuls au monde. Au début.
Puis, quelques années plus tard, seule avec deux enfants. Peut-être.
Telle est souvent la définition de la famille monoparentale, comme on dit aujourd’hui. Voici le témoignage de Sonia, par petites touches, sur cette vie à trois.

Transcription
– [Arthur] est chez son papa. Il passe le weekend chez lui.
– Et Sybille dort toujours.
– Et Sybille dort. Mais je vais bientôt la réveiller.
– Elle a le sommeil lourd (1) en ce moment ?
– Voilà. Mais elle se couche tard aussi (2).
– C’est compliqué la… la logistisque au quotidien avec les deux enfants, toute seule ?
– Bah non, c’est plus compliqué (3). Maintenant, ils vont à l’école. Donc Sybille rentre toute seule puisqu’elle est au collège. Elle a les clés. Et Arthur, je le récupère à 18h30 à l’étude (4). Le mercredi (5), j’ai une personne, un jeune homme, qui vient garder mes enfants, voilà, et qui fait la cuisine, qui fait les devoirs (6), qui amène Sybille à la danse. … Tu viens ?
– Bonjour Sybille. Elle s’est couchée un peu tard hier ou pas ?
– Oui, hier soir, oui. Oui, oui, elle s’est couchée tard. Elle était sur internet.
– Vous limitez l’usage d’internet ou pas ?
– Oui, j’essaie ! J’essaie !
– Qu’est-ce que tu fais sur internet le soir ?
– Bah… ça dépend. Soit j’écoute de la musique, soit je suis sur Facebook, ou des trucs (7) comme ça.
– Et le petit frère, quand il est là, il se lève aussi tard que Sybille ?
– Non, non. Alors lui, c’est… c’est complètement l’inverse. Lui, c’est du 6 heures du matin (8). Il met son réveil. Il se lève. Il va sur internet, bien sûr. Il fait ses jeux.
– Vous êtes nombreux dans ton collège à être élevé par un seul des deux parents ?
– Oui. Hum (9).
– C’est difficile d’en parler devant maman, mais tu le vis comment, toi, le… la séparation des parents ?
– Bien, parce que j’étais tout bébé (10). Donc je m’en rappelle pas… enfin… Et mon père, je le vois aussi, donc ça me fait rien. (11)
– Il habite où, ton père ?
– A Paris.
– Tu vas à Paris pendant les vacances ?
– Ouais.
– Est-ce que vous touchez une allocation (12) pour élever seule vos enfants ?
– Non. Non non, non non. Je touche… bah les pensions alimentaires (13) des papas.
– Ça… ça fait quel montant, si c’est pas indiscret ?
– Les deux cumulés, ça fait 500 €.
– Ça vous suffit pour subvenir à leurs besoins ?
– Non, non, pas du tout ! Pas du tout, mais bon, c’est comme ça, hein.
– Comment ça se passe, le travail ?
– Ça va… ça va à peu près. Il y a des hauts, des bas. Mais ça va, je me débrouille bien. Je travaille beaucoup, donc c’est beaucoup de métro, boulot, dodo (14), quoi.
– Métro (15) ?
– Oui… enfin sans métro, mais voilà ! C’est un peu ça. Parce que la vie est chère, terriblement chère.
– Qu’est-ce qui vous coûte le plus cher ?
– Bah… la… la nourriture. Oui, la nourriture, ouais. Faire les courses (16), c’est une horreur, quoi ! Tu es obligée* d’aller dans des… des magasins style Lidl, Netto (17), les choses comme ça.
– Et vous pensez rester ici un petit moment à Douelle ?
– Bah, les enfants sont bien, donc voilà. Mais j’ai quand même dans l’esprit un jour de partir vivre ailleurs, oui.
– Vous êtes pas tellement attachée à Douelle.
– C’est un petit village, on s’y sent bien. Mais c’est particulier, quoi. On n’est pas douellais. Voilà, c’est comme ça, quoi. Les gens sont gentils, mais je sais pas, il y a un barrage, quoi. Il y a une distance.

Quelques détails :
1. avoir le sommeil lourd : dormir profondément. Donc ne pas se laisser réveiller par les bruits ambiants.
2. aussi : ici, cela signifie qu’il y a une deuxième explication au fait que Sybille dorme tard.
3. C’est plus compliqué = ce n’est plus compliqué. Il ne s’agit pas de la comparaison mais de la forme négative, dans laquelle il manque « ne .
4. L’étude : ce sont les heures qui suivent la classe à l’école primaire, après 16h30 en général. Les enfants dont les parents travaillent restent à l’étude, dans leur école, et peuvent faire leurs devoirs.
5. Le mercredi : il n’y a pas classe le mercredi en primaire (ni en maternelle), sauf dans les écoles qui ont commencé à appliquer la réforme des rythmes scolaires.
6. Qui fait les devoirs : elle veut dire qu’il fait les devoirs avec les enfants, qu’il les aide. Il leur fait faire leurs travail d’école.
7. Des trucs = des choses (familier)
8. c’est du 6 heures du matin : l’emploi de « du » devant un horaire n’est pas très fréquent. Cela signifie qu’on généralise, qu’on décrit un horaire habituel, de façon plutôt familière.
9. Hum : cette onomatopée signifie qu’on approuve, qu’on dit oui.
10. Être tout bébé = être toute petite, très jeune. Elle n’avait que quelques mois.
11. Ça me fait rien : ça ne me dérange pas, ça n’a pas de conséquences sur ma vie.
12. Toucher une allocation : recevoir une allocation, c’est-à-dire une aide financière de l’Etat.
13. Une pension alimentaire : c’est une somme versée à la mère par le père en cas de divorce.
14. Métro, boulot, dodo : cette expression familière indique qu’on a peu de temps libre, qu’on est esclave de la vie quotidienne, avec beaucoup de temps passé dans les transports pour aller travailler. Et donc ensuite, on est tellement fatigué qu’il ne reste que le temps de dormir (= faire dodo : cette expression est utilisée par les enfants, sauf ici, pour que les sonorités riment.)
15. Métro ?: là où vit cette famille, il n’y a pas de métro puisque c’est un petit village. Donc c’est juste une image pour décrire le rythme quotidien de cette femme.
16. Faire les courses = acheter ce qui est nécessaire pour mange (et entretenir la maison).
17. Lidl, Netto : ce sont des magasins discount implantés en France depuis quelques années. (Les Français utilisent le mot « discount », avec une prononciation à la française bien sûr !)

* Petite remarque sur le tutoiement et vouvoiement à propos de Tu es obligé(e) d’aller dans des magasins… :
Comme vous l’avez remarqué, les deux femmes ne se tutoient pas. Mais au lieu d’employer « On » dans son sens général et impersonnel, dans une conversation, on peut utiliser un pronom plus personnel, Vous et Tu: On est obligé / Vous êtes obligé / Tu es obligé. Ce qui est bizarre, c’est que de plus en plus de gens utilisent Tu dans ce cas-là, même si par ailleurs, ils ne tutoient pas la personne à qui ils parlent. C’est un peu comme si tu devenait impersonnel, alors que c’est le pronom qui de manière générale crée le plus de proximité entre les gens.

L’école idéale

Ecoliers

Comme régulièrement en France, il est question de réforme des rythmes scolaires. Journées trop longues, trop chargées ? Semaine de quatre jours ou de cinq jours ? Coupure le mercredi ou pas ? Classe le samedi matin ou pas ? Vacances écourtées ? Comment concilier tout cela avec le fait que dans une majorité de familles, les deux parents travaillent bien sûr ? Innombrables débats. Expériences sur le terrain. Discussions d’adultes.

Les enfants aussi ont des idées sur ce qui serait bon pour eux.

Transcription :
– J’aimerais bien qu’on soit un petit peu moins par classe parce qu’on pourrait plus participer et je pense qu’on apprendrait plus vite.
– On doit changer les horaires d’école. Ce serait tous les jours de la semaine, sauf le samedi et le dimanche (1). On finit à midi (2). Pour moi, ce serait ça, l’école idéale.
– Moi, j’aimerais bien que l’école, ça commence moins tôt le matin (3) parce que je suis fatiguée et j’ai du mal à me sortir du lit !
– J’aimerais que l’école, elle commence un peu plus tard : 10 heures. Et que les récrés (4) du matin, elles soient plus longues.
– Il y a vingt ans, il y avait beaucoup, beaucoup moins de notes (5). Donc moi, je serais plutôt à dire que on fasse autant de contrôles (6) mais qu’on soit moins strict sur les notes parce que… enfin, des fois, ça fait pas plaisir, les notes.
– Quand on fait des maths, j’aimerais bien qu’on .. qu’on fait* (7) souvent des petits jeux pour comprendre un peu mieux.
– Bah je crois qu’on devrait travailler un peu plus sur la science.
– J’oserais (8) bien faire de la chimie et avoir des salles où on peut faire des expériences et tout.
– J’aimerais bien qu’il y ait des cours d’astronomie.
– Qu’on apprenne un peu plus les langues et qu’il y ait un jardin où on puisse jardiner. Dans un coin, on met des clôtures, on met de la… du terreau et de la terre. Et après, eh bah on fait une petite maison où on range les graines.
– Je voudrais qu’on fasse au moins une sortie dans les musées nationaux de France, pour toutes les écoles de France, par exemple… enfin, on n’est pas allés au [Loudre]… au Louvre. Alors, je voudrais une sortie toutes les semaines.
– Faire des sorties comme un peu Mattéo, mais les vendredis, aller à la piscine par exemple, tous les vendredis.
– Ce qui serait aussi sympa, un peu, c’est que par exemple, il y ait quelqu’un dans notre classe, c’est son anniversaire, eh bah que sa mère (9) prépare un gâteau et qu’on fête l’anniversaire dans la classe, enfin, qu’on fait* (10) une petite fête (11), parce que je trouve ça sympa, des fois.

Quelques détails :
1. sauf le samedi et le dimanche : dans certaines villes, il n’y avait pas classe le mercredi en primaire mais classe le samedi matin. Ailleurs, c’était la semaine de 4 jours : pas classe le mercredi ni le samedi. Avec les essais de réforme cette année, l’idée, c’est de finir plus tôt mais d’aller à l’école le mercredi matin aussi. Les avis sont partagés !
2. À midi : la classe se termine en général à 16h30, sauf dans les écoles qui appliquent la réforme.
3. La classe commence en général à 8h30 en primaire. (Et souvent plus tôt au collège et au lycée : les premiers créneaux de cours sont à 8h)
4. la récré : abréviation de la récréation, cette coupure pendant laquelle les enfants peuvent jouer dans la cour de récréation.
5. Il y a 20 ans… : On dirait qu’elle en a eu l’expérience, ce qui est amusant à entendre. Et franchement, je ne sais pas s’il y avait moins de notes avant ! L’école française a toujours été le lieu où les enfants ont des notes pour le travail qu’ils font, ce que certains pédagogues critiquent, en disant que c’est un système trop compétitif et stressant pour certains enfants.
6. Les contrôles = les tests = les interrogations = les évaluations, qui donnent donc des notes.
7. qu’on fait… : il faut bien sûr employer le subjonctif et dire : j’aimerais bien qu’on fasse… Les enfants mettent plus ou moins longtemps à assimiler ce temps, qu’ils entendent dès leur plus jeune âge puisqu’il est très ordinaire en français.
8. J’oserais bien… : c’est un peu bizarre de dire ça comme ça. Il faut dire: J’aimerais bien… Elle veut sans doute dire que c’est une activité difficile et qui l’impressionne mais qu’elle se sent prête à faire ça.
9. Sa mère : ou son père ! Il y a des papas qui cuisinent bien sûr. Mais cette petite remarque montre qu’il y a encore des rôles féminins et des rôles masculins…
10. qu’on fait : là aussi, il faut dire : qu’on fasse. (à cause de : ce qui serait sympa…)
11. Il y a des écoles où on fête les anniversaires. C’est le cas à la maternelle en tout cas. Ce qui est intéressant, c’est que cette petite fille parle de gâteau fait maison. Mais récemment, on a inventé un règlement qui interdit normalement d’apporter du fait maison à l’école, pour de soi-disant problèmes d’hygiène ! Comme si les gâteaux faits par les familles allaient provoquer des gastros (ou intoxications alimentaires) chez les enfants ! Comme si c’était mieux de manger des gâteaux industriels…