On s’appelle ?

Nous avons tous – ou presque – des portables. Alors, ça devrait être un jeu d’enfant de réussir à se parler, là, tout de suite ! C’est sans compter ceux qui ne répondent jamais et laissent leur messagerie faire son office, ceux qui filtrent les appels en regardant qui s’affiche sur leur écran, ceux – ou plutôt celles – qui ne trouvent pas leur téléphone assez vite au fond de leur sac. Bref, ce n’est pas si simple !
Et quand de surcroît, on peut recevoir plusieurs appels en même temps, rien ne va plus, surtout si au même instant, votre fixe se met à sonner lui aussi.

Bref, voici un joyeux méli-mélo* – à peine caricatural – grâce auquel vous saurez ensuite parfaitement vous débrouiller au téléphone en français !

Cliquez ici pour regarder cet épisode.

Transcription:
Bref, ce soir-là, on devait aller au cinéma. J’ai appelé Ben pour savoir quel film on allait voir. Je suis tombé sur (1) sa messagerie. Je lui ai laissé un message.
– Ouais, Ben, dis-moi. Je voulais savoir quel film on allait… Ah bah, attends, c’est toi qui me rapelles.
J’ai voulu prendre l’appel:
– Allo ?
Mais comme d’hab (2), ça marchait pas (3). J’ai rappuyé. J’ai dit: Allo.
Il avait raccroché. J’ai rappelé, je suis tombé sur sa messagerie.
– Bon bah, rappelle-moi.
– J’arrive pas à te joindre.
J’ai écouté ma messagerie: Bon bah rappelle-moi. J’arrive pas à te joindre.
J’ai compris qu’on était piégés. J’ai décidé d’attendre qu’il me rapelle.
Je me suis dit qu’il devait faire la même chose, alors je l’ai rappelé. Je suis tombé sur sa messagerie: […] de Ben. Laissez-moi un message. Ciao.

J’ai raccroché. Mon téléphone a sonné: Allo ? Ouais.
C’était Baptiste qui me disait qu’il arrivait pas (4) à joindre Ben: J’arrive pas à joindre Ben.
Pendant que je parlais avec lui, Ben m’a rappelé:
– Attends, il m’appelle, là.
– Cool. Dis-lui que j’essaie de le joindre.
J’ai mis Baptiste en attente.
– Allo ?
– Ouais ? (5)
– Ouais. C’était pour savoir quel film on allait…
– Attends, il y a… il y a Julien qui m’appelle.

Il m’a mis en attente.
– Ouais, Julien.
– Ouais, il y a Baptiste qui essaie de te joindre.
J’ai repris Baptiste.
– Tu lui as dit que j’essaie de le joindre ?
Je lui ai dit que j’avais pas eu le temps, vu que Julien l’avait appelé. Mon téléphone fixe a sonné: Il y a mon fixe qui sonne. C’est chelou (6): Chelou, ça !
– Allo ?
C’était Charles, il appelait d’une cabine:
– Eh ouais, c’est Charles. Putain (7), j’ai perdu mon portable ! Et tu es le seul qui es dans l’annuaire (8).
– Ouais, attends.
– C’est qui ? (9)

J’ai eu un double appel de Xavier.
– Ouais, Christophe, c’est Xavier.
Je connaissais pas de Xavier et je m’appelais pas Christophe. Alors j’ai dit: Désolé, c’est une erreur.
Charles a dit:
– Tu peux dire à Baptiste que je vais être en retard ?
– Charles sera en retard.
– Allo ?
– C’est qui, Charles ?
Charles a dit merci et a raccroché. Pendant ce temps, Ben avait fini avec Julien. J’ai raccroché avec Xavier et j’ai récupéré Baptiste.
– C’est qui ?
C’était Charles.
– Dis-lui que c’est moi qui ai son portable.
– Il a raccroché !
– Bon bah, je l’appelle.
J’ai voulu lui dire qu’il pouvait pas l’appeler, vu que c’est lui qui avait son portable. Mais il avait raccroché.

Pendant ce temps, Ben essayait de me reprendre mais il entendait rien. Il a raccroché.
Du coup, j’ai voulu le reprendre: Ouais, Ben ?
Il y avait plus personne au bout du fil (10).
Alors j’ai rappelé Ben: Ouais, Ben ?
Je suis tombé sur sa messagerie: Bon bah, rappelle-moi. J’arrive pas à te joindre.
Putain ! J’ai compris qu’on était re-piégés. J’ai décidé d’attendre qu’il me rappelle. Je me suis dit qu’il devait refaire la même chose. Alors je l’ai rappelé vite.
– Allo.
– Yes !
– Ouais. C’est pour te dire, il y a… il y a Baptiste qui essaie de te joindre.
– Ouais, ouais, Julien me l’a dit. Ouais, je l’appelle.
– Cool. A tout à l’heure (11).
J’ai raccroché… et je savais toujours pas quel film on allait voir. Bref, j’ai passé un coup de fil (12) !

Quelques explications:
1. tomber sur la messagerie de quelqu’un: c’est l’expression qu’on utilise quand on ne peut pas avoir la personne à qui on veut parler. (Sur un fixe, ce serait: je suis tombé sur son répondeur.)
2. comme d’hab: abréviation de comme d’habitude. C’est uniquement oral et familier.
3. ça marchait pas: il manque « ne »: ça ne marchait pas.
4. il arrivait pas = il n’arrivait pas à le joindre. On emploie ce verbe pour dire qu’on ne réussit pas à faire quelque chose: Je n’arrive pas à le joindre. Je n’y arrive pas. On peut poser la question: Tu y arrives ?
5. ouais = oui. C’est oral et familier. (On corrige souvent les enfants en leur disant qu’on ne dit pas ouais mais oui.)
6. chelou: c’est louche en verlan. (en inversant les syllabes, en les disant à l’envers). Cela signifie: bizarre.
7. Putain: cette exclamation est fréquente (dans la bouche de certains et dans certaines régions) mais très familière. Plus poliment, on dit « Zut« , « Mince » par exemple.
8. l’annuaire: c’est là où on trouve les numéros de téléphone des gens et leur adresse. (pour les téléphones fixes)
9. c’est qui ? : question très familière à cause de cette structure pas très grammaticale. Normalement on dit: Qui est-ce ?
10. au bout du fil: au téléphone, c’est comme si chaque interlocuteur était à un bout de la ligne, donc du fil qui les relie.
11. à tout à l’heure: c’est une façon de se dire au revoir mais uniquement quand on est sûr de se voir ou de se revoir, ou de se parler de nouveau un peu plus tard, dans la même journée. On peut l’employer en parlant à n’importe qui. On entend aussi: à toute, qui est l’abréviation très familière, qu’on n’emploie qu’avec ses amis par exemple, dans des situations très décontractées.
12. passer un coup de fil = passer un coup de téléphone. Cette expression continue à s’employer même si on utilise des téléphones sans fil, ou mobiles. Vieux reste d’une autre époque !

* un méli-mélo: une situation où tout est embrouillé, désordonné et confus.

Feux de forêt et économies de bouts de chandelles


Grand ciel bleu, chaleur, chant des cigales, odeur des pins, voici la Provence en été. Mais tous les ans, ces beaux paysages – et ceux qui y vivent – sont à la merci des incendies de forêt, favorisés par la sécheresse méditerranéenne ordinaire en cette saison, déclenchés par des imprudents ou plus fréquemment par des pyromanes, et attisés par le mistral quand il souffle sur la région.

Pendant longtemps, il a été totalement interdit de se promener dans les massifs forestiers du département en juillet et août, ce qui privait en été la population et les visiteurs d’un accès à des sites magnifiques. Depuis deux ou trois ans, l’interdiction n’est plus totale. Chaque jour, la décision est prise de limiter, d’interdire ou d’autoriser l’accès à ces zones plantées de résineux et d’arbustes adaptés à la sécheresse, en fonction de la force du vent notamment. Il faut donc consulter le site départemental avant d’aller s’y promener et bien respecter les horaires. Sinon, vous êtes vite repéré et on vient vous chercher…

Donc tout est très surveillé, depuis les vigies notamment. Toute fumée déclenche une alerte, le moindre départ de feu est signalé immédiatement, les Marins Pompiers sont envoyés ainsi que les hélicoptères et les canadairs, ces avions bombardiers d’eau orange* et jaunes basés à Marignane, au bruit si reconnaissable. Personne n’aime vraiment les entendre…
Tous ces moyens coûtent cher évidemment mais c’est ce qui permet d’éviter de gigantesques incendies comme il y en a eu par le passé. Alors quand il est question de les réduire, les protestations s’élèvent (à la française).

Transcription:
C’est assez rare pour être signalé. Les pilotes de bombardiers d’eau de la base de Marignane ont déposé un préavis de grève (1) pour cet été. La Direction Générale de la Sécurité Civile envisage de laisser au sol cet été deux canadairs sur les douze disponibles, et ce pour économiser l’argent sur la maintenance.

Les pilotes de canadairs continuent à s’entraîner mais cette réduction du nombre d’avions disponibles les inquiètent. La Direction a beau dire (2) que ces deux canadairs ne seraient pas forcément cloués au sol, qu’ils pourraient être mobilisés en urgence, ça ne tient pas (3), réplique Alain Huet, pilote de canadair, membre de l’intersyndicale:
« Tout aéronaute (4) normalement constitué (5) sait très bien qu’un avion qui est stocké pendant une semaine, même si on y fait quelques visites tous les jours, on sait très bien que cet avion quand on va le prendre pour intervenir, il sera en panne, il sera pas disponible. On fait des économies, encore une fois, des économies de bout de chandelle (6). On veut repousser des visites à l’année prochaine, c’est au détriment de la stratégie « Feux de forêts ».

A Marseille qui dispose de 120 km2 d’espaces naturels (7), cette menace de grève à Marignane inquiète les autorités. José Allegrini, adjoint au Maire délégué au bataillon des Marins Pompiers tire la sonnette d’alarme (8):
« Nous aurons deux bombardiers d’eau de moins cet été pour la campagne « Feux de forêts ». Ça, c’est grave, parce que l’économie résiduelle de deux équipages et de deux avions, comparée aux risques d’incendie colossaux, eh bien, vous imaginez ce que ça donne (9)! On fait pas d’économies sur, à la fois, la sécurité des personnes, des biens et des paysages. »

Quelques explications:
1. déposer un préavis de grève: c’est la procédure normale quand un syndicat appelle à faire grève. Toute grève doit être déclarée de façon officielle quelques jours avant son début. L’idéal, bien sûr, c’est quand un terrain d’entente peut être trouvé avant. Dans ce cas, les syndicats lèvent leur préavis de grève.
2. Ils ont beau dire que… = même s’ils disent que…
3. ça ne tient pas: ce n’est pas possible / ce n’est pas réaliste.
4. un aéronaute: ce terme n’est pas employé fréquemment. Il désigne un membre d’équipage dans un avion ou un engin qui vole.
5. normalement constitué: qui est d’une intelligence normale.
6. faire des économies de bouts de chandelles: des économies insignifiantes, qui ne se voient même pas, qui n’en valent pas la peine.
7. les espaces naturels de Marseille: l’essentiel du Massif des Calanques se trouve sur la commune de Marseille. Tous les alentours de Marseille sont particulièrement exposés aux risques d’incendie en été.
8. tirer la sonnette d’alarme: cette expression est synonyme d’alerter, avertir du danger.
9. ce que ça donne = le résultat / les conséquences

* orange: contrairement aux adjectifs de couleur, orange ne s’accorde pas quand il exprime la couleur. Encore une subtilité de la grammaire française !