Détecteur d’arnaque

Voici un mail que j’ai reçu hier, présenté comme envoyé par Free Mobile, à propos de ma facture de téléphone. Le problème, c’est que je ne suis pas chez Free et que tout va bien du côté de mon abonnement chez un autre opérateur.

Phishing

De toute façon,quand on reçoit ce genre de message, ce n’est pas très difficile d’éviter de tomber dans le panneau*. A condition d’avoir une bonne orthographe et un français correct.

Six lignes de texte, six sortes de fautes d’orthographe et de français:
1- L’absence de ponctuation: il manque une virgule après situation et après la formule de politesse. En français, nous aimons les virgules pour bien séparer les propositions. Et comme dans toutes les langues, nous mettons un point à la fin des phrases: il en manque un après facturée.

2- Le problème des articles: nous aimons les articles devant les noms, y compris dans la signature de ce mail: Le service clientèle. L’absence de « le » ne nous paraît pas naturelle.

3- Les fautes d’orthographe : elles ne sont pas encore la norme dans les courriers officiels ! C’est donc la moindre des choses de vérifier si un mot prend un « f » ou deux. Manque de chance, le verbe « référer » n’en prend qu’un.

4- Les fautes de frappe : elles ne passent pas très bien non plus : suspension conviendrait mieux que supsension !
Consul tez en deux mots sort de nulle part !

5- Les fautes de grammaire: elles sont plus que surprenantes. Veuillez est toujours suivi d’un infinitif. Ce n’est donc pas difficile de vérifier comment va s’écrire un verbe du premier groupe, en faisant cette petite manipulation qu’on apprend enfant: on remplace les verbes en -er par le verbe prendre et on se dit mentalement : Veuillez prendre, ce qui permet d’écrire: Veuillez vous référer, au lieu de mettre bêtement -ez, juste parce qu’il y a vous devant !

6- Les fautes de vocabulaire : mais qu’est-ce que c’est que ce charabia dans un courrier soit-disant officiel ?
Le verbe consulter ne s’emploie pas sans indiquer ce qu’il faut consulter: une facture, un compte, etc.
Lors d’échec de régularisation ne veut rien dire. En français, il ne s’agit pas d’un échec mais d’une absence de régularisation. La formule est donc : En l’absence de régularisation de votre part.

Comme quoi, avoir une orthographe correcte ne sert pas seulement à être bon en dictée à l’école ! Cela peut vous mettre la puce à l’oreille* et vous éviter de cliquer là où il ne faut pas.

Et comme ce genre de situation est monnaie courante, voici des expressions que nous employons pour en parler:
– tomber dans le panneau. (plutôt familier): Cela signifie qu’on se laisse prendre au piège. Il est tombé dans le panneau et a donné ses coordonnées bancaires.
Plus familièrement, on emploie aussi l’expression se faire avoir:
Je me suis bien fait avoir ! / Elle s’est fait avoir. (pas d’accord féminin pour « fait » ici.)
Ou encore, se faire arnaquer:
Si tu n’es pas vigilant, tu risques de te faire arnaquer.

– n’y voir que du feu : cela indique qu’on ne s’est pas rendu compte de la supercherie, de l’arnaque.
Le mail avait l’air tellement officiel qu’il n’y a vu que du feu et il a vraiment cru qu’il venait de sa banque.

– mettre la puce à l’oreille (familier): attirer l’attention et susciter la méfiance.
Le style du message m’a mis la puce à l’oreille. Et effectivement, c’était bien un faux.

A écouter ici:
arnaques et orthographe

Cartes de voeux

Cartes de voeux

C’est la période des traditionnels voeux de bonne année. Aujourd’hui, il n’y a que l’embarras du choix : par SMS, par mail, par cartes virtuelles, sur les réseaux sociaux, au téléphone. Mais aussi avec un vrai stylo et une vraie carte sur du vrai papier! C’est le moment de l’année où nos boîtes aux lettres se remplissent d’autre chose que des factures (d’ailleurs de plus en plus rares sur du papier) ou des publicités. Et apparemment, ces cartes-là tiennent bon, malgré tout ce qu’on pourrait penser. Pour le plus grand plaisir des commerçants qui n’ont donc finalement jamais cessé d’en vendre :

les cartes de voeux

Transcription :
Ah bé (1), la carte de vœux cette année, oui, c’est vraiment même surprenant ! C’est beaucoup, beaucoup plus que les années précédentes – je dirais presque le double – tant et si bien que (2) je n’en ai pratiquement plus. Faut (3) que j’en reprenne, là (4), très prochainement. Très, très vite (4). Très, très vite, je sais pas pourquoi, aussi bien (6) les cartes de… de Noël que les cartes de vœux sont parties (7). Ils (8) ont retrouvé ça parce que en fait, ça laisse une… une trace. Ils sont contents deux, trois ans (9) après de ressortir des tiroirs une carte qui a été envoyée par quelqu’un de la famille ou ami et ils ont plaisir à la relire, à revoir l’émotion du moment. La carte, elle laisse vraiment une trace. Paraît que (10) partout, partout la carte aurait repris, d’après mes fournisseurs, hein. Ah oui, oui, oui, il faut que je restocke un petit peu parce que sinon, je vais pas tenir le coup* (11), c’est pas possible. Mais tant mieux ! (12) Tant mieux, parce que c’est quand même un petit peu aussi la base des fêtes.

Quelques détails :
1. Ah bé : c’est comme Ah bah (qui est ce qui reste à l’oral de Eh bien). On entend le son « é » dans le sud de la France.
2. tant et si bien que : cette expression marque la conséquence. C’est comme : à tel point que / au point que.
3. Faut que : il faut que.
4. Là : comme très souvent à l’oral, « là » a perdu son sens strictement spatial et s’intercale naturellement dans la phrase, pour désigner la situation dans laquelle on se trouve.
5. Très vite : il manque la question qui devait être quelque chose comme : Elles se sont bien vendues ? / Vous avez vendu vos cartes de vœux ?
6. Aussi bien… que… : cette expression sert à mettre en valeur de façon égale les deux choses qu’on mentionne. Par exemple: Je lis beaucoup, aussi bien de vrais livres que sur ma liseuse.
7. Les cartes sont parties : quand on parle de produits qu’on vend, le verbe partir indique que tout s’est vendu, qu’il n’en reste plus.
8. Ils = les gens
9. deux, trois ans : à l’oral, on omet souvent « ou » dans ce genre d’expression avec des petits chiffres qui se suivent : Il y avait quatre, cinq personnes. / C’était il y a sept, huit mois. / On se voit deux, trois fois par an. Mais on ne le dit pas avec un-deux. On dit : un ou deux ans / une ou deux fois / une ou deux personnes, etc.
10. Paraît que… : Il paraît que… A l’oral, de façon familière, on omet souvent ce pronom « il » impersonnel. Cette expression signifie qu’on a entendu dire ça.
11. Tenir le coup : résister, faire face à une situation compliquée. (familier) Donc ici, cela signifie qu’il ne pourra pas répondre à la demande.
12. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on se réjouit de quelque chose, pour soi-même ou pour les autres.

Cartes parfois convenues, poliment traditionnelles: « Bonne année, bonne santé. »
Mais aussi cartes qui permettent de renouer des liens distendus.
Ecritures variées, au stylo, à l’encre. Toutes ces choses dont on a un peu perdu l’habitude !
Cartes choisies, sincères, inattendues.
Je vous en lis quelques-unes :

Voeux

Transcription:
– En cette fin d’année, nous vous souhaitons tout ce que vous désirez, depuis les Antilles (1) où nous passons de bien agréables vacances. Amicalement.
– Chers tous, nous vous souhaitons une bonne année, une bonne santé et beaucoup de moments de bonne humeur et de joie. J’espère qu’on aura l’occasion de se revoir et encore bonne année. Bises à tous.
– Bonjour à tous, et meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Qu’elle vous apporte beaucoup de bonnes surprises. Merci à Anne pour les nouvelles, cela fait toujours grand plaisir. Allez, gros bisous, et à bientôt j’espère.
– Toute la famille se joint à moi pour venir vous souhaiter à tous une bonne et heureuse année. Toutes nos amitiés.
– Nos meilleurs vœux à vous quatre, avec des satisfactions professionnelles et familiales. Tout le bonheur possible !
– Madame, je vous souhaite une bonne fête, une bonne année avec plein de bonheur. Je vous remercie beaucoup de toutes vos aides et de votre encouragement pour mes études ici. Ce tableau est l’image de la fête traditionnelle du Nouvel An au Vietnam. Un petit cadeau de tout mon cœur. Une étudiante vietnamienne en France.

* Tenir le coup : voici des exemples courants. On l’emploie souvent à propos de personnes mais pas toujours.
– Tu n’es pas trop fatigué avec ce décalage horaire ? Tu vas tenir le coup jusqu’à ce soir ?
– Elle était stressée. Elle n’a pas tenu le coup pendant son oral.
– J’espère que ma réparation va tenir le coup !