Difficile de s’en passer !

Quand on est enseignant, pas toujours facile de capter l’attention des élèves ou des étudiants !
Notre pire ennemi aujourd’hui, c’est le téléphone portable ! J’exagère à peine…

Au tout début, il a fallu obtenir qu’il ne sonne pas pendant les cours. Puis nos étudiants sont devenus des pros du mode silence ou vibreur.
Ensuite, les SMS ont mobilisé toute leur énergie et ils sont passés maîtres dans l’art de s’envoyer des textos à tout bout de champ*. Les Français (de tous âges) sont les rois du SMS.
Et aujourd’hui, certains sont connectés en permanence à Facebook grâce à leur accès internet sur leurs mobiles.

Alors en face de nous, regards baissés de certains, mais pas dans le vague, doigts en action sous les tables, besoin irrésistible de regarder leurs messages, esprit ailleurs, concentration zéro.
Formidable distraction. Fascinante fascination !


Transcription:
– Est-ce que vous aimez ou pas qu’on parle d’addiction? Est-ce que vous pouvez, oui ou non, vous passer de (1) votre téléphone portable? Il y a Benjamin tout à l’heure qui nous disait qu’il pouvait s’en passer. Mais j’ai l’impression quand même que « addiction », c’est un mot qui vous choque ou pas quand on parle de téléphonie? Non? Addiction? Non? T’aimes pas?
– Ça correspond… Non, ça correspond bien.
– C’est ça, oui, addiction, ouais.
– C’est un peu ça quand même .
– Vous utilisez parfois le téléphone pendant les cours? Marion?
– Ouais, ça m’est déjà arrivé à plusieurs reprises (2) de répondre à quelqu’un, même qu’il soit lui-même dans la même classe que moi. (3)
– Ah bon? C’est plus simple que d’envoyer une boulette de papier (4).
– La prochaine fois qu’on a tes parents au téléphone, hein, Marion…
– Et… et Marion, tu me confirmes que c’est vraiment quelque chose qui se passe assez régulièrement?
– Euh oui.
– Dans ton collège en tout cas.
– Je pense pas qu’il y a (5) un seul élève qui l’ait jamais fait, en tout cas.
– Carrément! Ah ouais!
– Oui.
– Vous êtes tous d’accord?
– Oui.
– On verra ça en rentrant à la maison tout à l’heure!

– Est-ce que vous vous envoyez des textos (6)en cours?
– Ouais.
– Oui.
– Non ! Vous êtes pas sérieuses !(7)
– Si.
– Oh bah si.
– La preuve, je me suis fait coller (8) à cause de ça.
– Je sais pas. C’est… c’est un réflexe, quoi. On a l’habitude d’envoyer des messages, quoi.
– Quand on en reçoit un, bah on a envie d’y répondre.
– Eh bah… Bravo, tiens !
– Certains opérateurs vont faire du SMS illimité mais légalement, vont quand même brider (9) un certain nombre de SMS utilisés. Alors on a une cliente qui il y a quelques mois est revenue en magasin parce que son forfait bloqué ne permettait plus d’envoyer les…d’ SMS (9). On a appelé l’opérateur: la cliente avait consommé 3 500 SMS en trois semaines. Je sais pas si vous vous rendez compte du rapport SMS-seconde ou SMS-heure. C’est hallucinant ! Et c’est pas la seule personne. C’est très courant !
– Elle a les yeux verts?
– Ouais.
– Ah bah c’est…
– Voilà.
– Elle vient avec sa maman à chaque fois et c’est souvent qu’elle vient.
– Bah c’est une copine à nous. (10)
– OK. Donc c’est elle qui a le record.

– Il y a … Il y a un temps où j’étais accro (11) à mort de… d’internet, quoi. Totalement. Bah je rentrais de l’école, direct (12) j’étais dessus jusqu’à 3 – 4 heures du matin, jusqu’à ce qu’on trouve quelque chose de mieux à faire.
– Et qu’est-ce qui t’a fait changer d’attitude?
– Bah c’est les filles qui font changer d’attitude! Enfin voilà.
– La voix de la raison !

Quelques explications:
1. se passer de quelque chose : faire sans quelque chose, sans en éprouver un trop grand manque.
2. à plusieurs reprises : plusieurs fois.
3. même qu’il soit… : cette phrase n’est pas correcte. Il faudrait dire: « même s’il était dans la même classe que moi ». Mais on l’entend à l’oral.
4. une boulette de papier : les élèves avant s’envoyaient aussi des messages, mais juste sur des petits bouts de papier qu’il roulaient en boule pour les envoyer plus facilement.
5. Je pense pas que… : normalement, après cette forme négative, on met le subjonctif: « Je ne pense pas qu’il y ait un seul elève… »
6. un texto = un SMS. On dit les deux indifféremment.
7. Vous êtes pas sérieuses: cette phrase est ambiguë. On peut comprendre : « Ce n’est pas sérieux de faire ça pendant les cours. Vous devriez travailler plutôt que de vous envoyer des SMS ». Ou alors : « Vous plaisantez! », si on ne croit pas ce que quelqu’un vient de dire. Elles comprennent le deuxième sens, d’où leur réponse : « Si » = C’est bien la vérité, on fait ça en cours.
8. se faire coller : avoir une punition qui consiste à venir travailler en plus au collège, en dehors des heures de cours normales.
9. brider : limiter la capacité. Sa phrase n’est pas très bien dite. Il faudrait dire : « brider le nombre de SMS », ou « autoriser seulement un certain nombre de SMS »
10. d’SMS: normalement, on dit plutôt « de SMS ». (On ne fait pas la liaison quand on dit « un SMS » donc on ne contracte pas « de ».)
11. c’est une copine à nous = c’est une de nos copines. C’est plus familier et plus fréquent à l’oral de dire « C’est une copine à moi / à nous ».
12. être accro : être complètement dépendant de quelque chose. On ne peut pas s’en passer du tout. (familier). Normalement on dit « accro à quelque chose ». Ici, il mélange les 2 constructions : accro à / dépendant de. Aujourd’hui, on entend aussi « être addict », qui est un anglicisme. (Mais « addiction » est français.)
13. direct : directement = tout de suite. (style familier)

* A tout bout de champ : en permanence, constamment

657 amis sur Facebook

Vous êtes bon en géographie ? Vous connaissez tous les pays ?
Pourtant, il y en a un dont vous n’avez peut-être pas encore entendu parler: Groland.
Mais c’est où, ça ?

C’est sur Canal +, une des chaînes de télévision française (payante, mais certaines émissions ne sont pas cryptées). Et donc, c’est un pays imaginaire – mais qui ressemble bizarrement à la France – dont on peut suivre l’actualité tous les samedis (en clair). Cette émission est devenue absolument culte car elle est totalement irrévérencieuse et souvent « grossière » dans les situations et les mots, mais avec beaucoup d’à-propos !

Voici donc un des reportages de la télé grolandaise. Quand on commence à en regarder un, on se demande toujours quelle va être la chute, c’est-à-dire comment ça va se terminer ! (Pas d’inquiétude, cette fois-ci, c’est plutôt gentil.)

Pour regarder, c’est ici.

Transcription :
[…]Gilbert Bécaud, la solitude, ça n’existe pas (1). Surtout depuis qu’il y a Facebook. Mais ça, il pouvait pas le savoir parce qu’il est mort tout seul et avant l’invention d’internet.

Jivenchy Laroute (2) est fier.
« Je suis fier. »
Il a 657 amis sur Facebook.
« J’ai 657 amis sur Facebook ! » (3)

Mais aujourd’hui, il a un souci. Il doit déménager.
« Aujourd’hui, j’ai une galère (4). Je dois déménager mes meubles, mes affaires, tout ça. »

Jivenchy n’a pas d’argent pour payer des déménageurs. Mais heureusement, pour l’aider, il a 657 amis.
« Hier, j’ai envoyé 657 messages. »
Malheureusement aujourd’hui, il a eu zéro réponse.
« Merde (5)! 0 réponse ! »

Eh oui, bizarrement ce jour-là, Audrey était sur MSN, Castor était sur World of Warcraft, Nini sur Google Earth, Golga sur Limewire, Hull sur Call of Duty, Coro sur Digital Effects, Miska sur Jamendo. Tous avaient une bonne raison pour ne pas répondre à Jivenchy.

Alors Jivenchy Laroute s’est souvenu de Bruno, un vague copain (6) de sixième (7), avec qui il faisait du ping-pong, un vague copain qui n’a pas d’adresse internet mais qui a une adresse dans la rue à côté. Bruno, un vague copain de sixième qui n’a pas de PC mais qui a deux bras et deux jambes. Bruno, un vague copain pas très causant (8) mais qui vaut finalement mieux que 657 amis à la con(9).

Quelques détails :
1. La solitude, ça n’existe pas : ce sont les paroles d’une chanson de Gilbert Bécaud dans les années 70.
2. Jivenchy Laroute : les personnages de Groland ont toujours des noms idiots, mais qui pourraient presque être vrais.
3. La répétition des mêmes petites phrases très sommaires est une parodie de vrais reportages où le journaliste se contente de redire ce que la personne interrogée explique, sans rien apporter de plus.
4. une galère : un problème, une situation difficile. (argot)
5. Merde ! : plus poliment, on peut dire « Zut ».
6. un vague copain : un ami pas vraiment proche. Ils se connaissaient un peu.
7. la sixième : c’est la première classe au collège. Les élèves ont à peu près 11 ans. Donc cette « vague » amitié remonte vraiment à loin !
8. pas très causant : pas très bavard. Un peu ours, c’est-à-dire pas très sociable.
9. à la con : nul. (C’est péjoratif et plutôt grossier bien sûr.)