Maman fait la cuisine, papa lit le journal

C’est en déchiffrant ce genre de phrase que les petits Français (et les petites Françaises !) ont pendant longtemps appris à lire. Les manuels de lecture reflètaient bien la réalité des familles. Reflètaient…? Au passé ? Tout a donc changé ?
Pas sûr, d’après les résultats d’une enquête très sérieuse sur le partage des tâches domestiques ! Maman fait toujours la cuisine, papa lit peut-être moins le journal, mais c’est juste parce qu’il regarde la télé ou allume son ordinateur.

C’est ce que David Pujadas, le présentateur du journal télévisé de France 2 ( Le 20 heures ), expliquait l’autre jour, chiffres à l’appui. Le débat revient régulièrement en France car aujourd’hui, la majorité des Françaises ont un emploi, comme les hommes, et ne sont donc plus des femmes au foyer… Mais les journées ne font toujours que 24 heures !

Petit reportage sur le terrain et à travers le temps.

Pour le regarder, c’est là.

Transcription :
David Pujadas : D’abord donc, un chiffre. Regardez-le : 80 % – quatre-vingts pour cent – des tâches ménagères (la cuisine, la vaisselle, vider la machine, repasser le linge et tout le reste) sont toujours exécutées par les femmes. En clair, les années passent et rien ne bouge vraiment. C’est ce qu’indique donc ce rapport de l’INED (1) qui a interrogé des milliers de couples à quelques années d’intervalle. Un rapport qui indique aussi que l’arrivée d’un enfant accentue encore le déséquilibre. Antoine G., Hervé P.

Alors comme ça, il paraît que les hommes ne s’occupent pas des tâches domestiques ? Eh bien, nous sommes allés vérifier. Dans la rue, une table à repasser, un fer, une chemise propre mais froissée et quelques cobayes. Démonstration :
– On appuie, je ne sais trop où.(2) Voilà. Un peu d’air.
– Allez, faut y aller après, Alexandre !
– Et après ?
– Allez !
– Allez, une note sur 10, madame ?
– Oh, un six, six sur dix. Ouais non, c’est quand même pas terrible, terrible !(3)

– Vous n’avez pas l’habitude, vous Monsieur, de repasser les chemises ?
– Non, non. J’ai jamais repassé.
– Vas-y.
– Moi je veux bien l’aider. Je veux bien repasser. Je veux… Mais elle me laisse jamais. Elle me dit : « C’est mon… C’est mon domaine. »
– Ah ! C’est de sa faute alors, si vous repassez pas.
– Voilà.
– Non, c’est pas sa faute. C’est chacun…

Pas vraiment convaincant. Heureusement quand même que certains sauvent l’honneur :
Je repasse chaque pan de la chemise devant, en commençant par… par un côté. Et ensuite, je vais faire le… le col.

« Tes mains, je ne veux plus les voir du matin jusqu’au soir éplucher les légumes. »
On le chantait déjà en 1952. Et pourtant, côté partage des tâches, ça n’a pas beaucoup évolué.
Mais ça c’est fini.
Madame Dupont (4) consacre au moins 65 heures par mois au nettoyage de son appartement.
Encore aujourd’hui, la femme s’occupe du repassage dans 80% des couples, des repas dans 70%, et elle passe l’aspirateur dans plus de la moitié.

– La femme en fait plus que l’homme, hein. Ça a toujours été depuis la nuit des temps, je pense, hein. Faut pas… Faut pas se mentir, hein.
– C’est des choses qui les intéressent pas forcément. Donc du coup, derrière, il y a une petite éducation à faire.

En cause, justement, les stéréotypes qui persistent dans l’éducation des plus jeunes.
– Regarde celle-là.
– C’est une maman.
– Parce que elle a un…un tablier.
– Là, c’est un papa parce qu’il regarde le journal.

Dès le départ, garçons et filles seraient conditionnés. Et mauvaise nouvelle, le déséquilibre s’accentue à l’âge adulte avec l’arrivée des enfants.

Les tâches domestiques sont déjà mal partagées entre les hommes et les femmes. Quand arrive un enfant, la spécialisation s’accroît et donc la femme en fait encore plus, l’homme un petit peu moins. Et ça va…ça… ça gonfle, comme ça, je dirais, avec l’âge des enfants et le nombre des enfants.

Allez, on termine quand même sur un peu d’espoir. Au moins aujourd’hui, on n’entend plus ceci au journal télévisé. « Perfectionner le métier de mère de famille, n’est-ce pas créer un peu plus de bonheur pour chacun ? »
David Pujadas : Heureusement !

Quelques détails :
1. l’INED : l’Institut National des Etudes Démographiques
2. je ne sais trop où : il fait une liaison qui tue ! Il n’y a pas de « s » à la fin de trop. C’est une erreur assez fréquente!
3. C’est pas terrible : ce n’est pas vraiment bien. Le résultat n’est pas terrible, c’est-à-dire pas vraiment satisfaisant.
4. Mme Dupont (ou Dupond) : c’est un des noms de famille les plus communs en France. Donc cette femme est censée représenter la Française typique. Elle aurait pu s’appeler aussi Mme Durand !

Pétage de plombs !

Albert Dupontel, acteur et réalisateur français.
Ou comment envoyer balader le journaliste chargé de l’interviewer à propos de son dernier film ! Il faut dire que ce journaliste ne s’était pas montré très professionnel puisqu’il n’avait même pas vu le film en question.
Et en plus, il se la joue cool, très décontracté, genre « on discute entre potes »…
Bref, Albert Dupontel a pris la mouche, s’est comporté en « sale gosse » et l’a planté là, avec ses questions mal posées, en direct devant les spectateurs de France 3. C’est ce qu’on appelle « péter les plombs » !

Petit retour sonore sur cet épisode et commentaire plus serein quelques mois plus tard par Albert Dupontel. Moi, j’ai trouvé ça plutôt drôle et sympathique à écouter !

Transcription:
C’était donc en octobre dernier.
Albert Dupontel est l’invité du journal de France 3 et quand il a un coup de sang (1), ça donne un moment qui détonne dans la télé de 2010.

– Albert Dupontel, bonsoir. Pardon pour commencer de ne pas avoir eu le temps de voir votre film. Je le regrette. Mais je peux vous dire que j’en ai déjà beaucoup entendu parler, et en bien. Alors comme ça, vous êtes vilain dans ce film et est-ce que ce ne serait pas par hasard un tout petit peu, je veux dire un poil (2) autobiographique ?
Non, pas du tout, non.
– Comment est-ce que vous avez pu faire, j’allais dire, pour être et le partenaire devant la caméra et en même temps réalisateur, donc derrière la caméra ? C’est… ça devait être un boulot de dingue (3), non ?
Non, en étant payé, tout simplement.
– Pardon ?
En étant payé tout simplement.
– Ah, c’est ça qui est motivant ? Il y avait pas une envie artistique de création… ?
Non, moi je mérite mon salaire, ce qui est pas votre cas, si vous voyez pas les films.
– Bah non, j’ai pas vu le film, je vous ai dit, parce que… je vous en ai demandé pardon publiquement… tout simplement parce que j’ai pas… parce que j’ai un métier, justement, moi aussi…
Moi aussi, j’en ai un.
– …Monsieur Dupontel, et voilà, qui est pas de faire du cinéma.
Moi aussi j’en un, je fais des films, ouais.
– Et voilà, et ça arrive…
– […] c’est votre boulot de voir les films avant d’inviter les gens.
– Très bien. Oui, oui. Oui, oui.
Je vous remercie, je vous remercie infiniment de votre accueil. Merci beaucoup. Bonne soirée à vous.
– Bonne soirée à vous aussi et merci de… de nous donner l’occasion de… de vous avoir salué, très, très rapidement. C’est amusant ce qui peut se passer sur un plateau de télévision !

… Donc il avait le droit de pas voir le film, il a le droit de dire ce qu’il a à dire. Mais il a pas le droit de me faire venir pour me dire qu’il l’a pas vu. C’est… « je suis indifférent à vous mais je vous fais venir. » Donc ça m’a… J’ai mal réagi, c’est très con (4) de réagir comme ça. Quand vous vous énervez, vous vous mettez tout le monde à dos (5), c’est évident. Je me suis dit après « Qu’est-ce qu’aurait fait Barack Obama ?», qui est quand même l’exemple total du sang-froid et de la maîtrise. Je… J’admire beaucoup ce mec-là (6). Pour la politique, c’est raté. T’as peut-être une chance dans le cinoche (7), mais la politique, c’est baisé (8), tu ne feras jamais rien. Vous voyez. Donc je m’en suis voulu (9) après de m’être énervé. Mais sur le fond, j’ai… j’ai… je dis mais c’est… Je… je retire pas une ligne (10), quoi !

Quelques détails :
1. avoir un coup de sang : se mettre en colère brutalement.
2. un poil (suivi d’un adjectif) : un peu (familier)
3. un boulot de dingue : un travail énorme (très familier)
4. c’est très con : c’est très bête, c’est complètement stupide (très familier)
5. se mettre tout le monde à dos : irriter tout le monde. Et ensuite, les gens vous sont très hostiles et vous en veulent.
6. ce mec-là : cet homme-là (familier)
7. le cinoche : le cinéma (argot)
8. c’est baisé : c’est raté (argot)
9. s’en vouloir : être fâché contre soi-même, regretter ce qu’on a dit ou fait.
10. Je retire pas une ligne : je n’efface rien. Je ferais exactement pareil si je me retrouvais dans la même situation.

Si vous avez envie de voir cette interview ratée en entier, c’est là.