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On y va ?


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Les programmes informatiques ne parlent pas bien français !
J’ai reçu ce message de Voyages-Sncf – devenu depuis peu Oui.Sncf – pour me rappeler que ce serait bien de m’évader, en train bien sûr, avec des suggestions. Direction Le Mans, Lyon, Rennes…

Apparemment, les informaticiens n’ont pas prévu que certains noms de villes commencent par LE. Le problème, c’est que la combinaison à + le se transforme en au. Avec les noms propres, c’est la même règle qu’avec les noms communs.

Donc Partez à Le Mans n’existe pas. Partez au Mans !
C’est la même chose avec Le Creusot, Le Tréport, Le Touquet, Le Havre, le Mont Saint Michel, Le Croisic, etc.
Partez au Creusot, au Tréport.
Allez au Touquet pour le weekend.
Installez-vous au Havre.
Passez la journée au Mont Saint Michel.
Prenez des vacances au Croisic.

Sans voix

Ce poisson bleu se promenait dans Toulouse la rose il y a quelque temps. Poisson publicitaire pour un centre de remise en forme aquatique qui offrait des réductions sur ses tarifs. Et jeu de mots puisque pour montrer que cette offre valait vraiment la peine, ils avaient utilisé l’expression muet comme une carpe.

Une carpe est un poisson et comme chacun sait, les poissons ne parlent pas. Quand on est muet comme une carpe, on garde le silence, on ne veut pas parler, pour une raison ou une autre. Donc dans cette situation, c’est un peu bizarre quand même, même si le contexte aquatique explique la carpe !
Par exemple :
Quand ils l’ont interrogé sur son emploi du temps de la veille, il est resté muet comme une carpe.
A: C’est un secret. Tu sais garder les secrets?
B: Ne n’inquiète pas. Je serai muet comme une carpe
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En fait, ce qu’ils veulent dire, c’est plutôt que vous resterez sans voix à l’idée d’obtenir de telles réductions. Vous ne trouverez plus les mots tant les conditions d’inscription sont décrites comme particulièrement alléchantes. Et donc affaire à saisir ! De la pub, donc !

Etre sans voix ou rester sans voix : c’est, au sens figuré, lorsque quelque chose vous surprend tellement que vous ne savez plus quoi dire. Cela peut être un événement positif ou au contraire négatif. L’effet est le même.
Lorsqu’il l’a demandée en mariage, elle est d’abord restée sans voix. Puis elle a dit oui ! (Oui, oui, vous avez remarqué, 😉 difficile d’échapper aux annonces de fiançailles princières pour l’inspiration du moment…)
Lorsqu’il l’a accusée de n’exprimer que de la colère ou de la déception à son égard, elle est restée sans voix face à tant d’absurdité.
Alors là, je suis sans voix !

Lorsqu’on n’a vraiment plus de voix, au sens propre, c’est-à-dire quand aucun son ne sort de votre bouche, on dit qu’on a une extinction de voix, ou qu’on est aphone, ou encore qu’on n’a plus de voix. Il ne reste plus qu’à mettre ses cordes vocales au repos. C’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Je n’ai plus de voix du tout ! Donc je n’enregistrerai pas ces exemples. Dur métier de prof, parfois, en période de virus promeneurs ! On verra demain. Ou après-demain.

Auto-portrait dans l’auto

Je suis tombée sur cette campagne de prévention sur le danger des selfies au volant. 😦
C’est l’occasion de se retrouver une fois de plus confronté à la force de cet appareil qui a envahi nos vies au point qu’il faille diffuser ce genre de message. Et bien sûr, c’est aussi l’occasion de parler du français et de la prononciation de notre langue. Et donc de remettre en route mon blog, quelque peu délaissé ces derniers mois ! Etes-vous toujours là ? J’espère !

Ceux qui ont rédigé ce message jouent avec les mots, pour lui donner la force d’un slogan facile à retenir: L’auto-portrait, oui. Dans l’auto, non.
J’avais presque oublié le mot auto-portrait, à force d’entendre le mot selfie en permanence. C’est vrai que selfie ne désigne que les auto-portraits pris avec un téléphone portable.
Et nous n’employons presque jamais le mot auto dans la vie quotidienne : nous n’achetons pas une auto (ni une automobile) mais une voiture. Nous avons des petites ou des grosses voitures. Certaines villes essaient de limiter la place de la voiture. Nous nous déplaçons en voiture. Jamais en auto. (En revanche, on peut aller au Salon de l’Automobile, pas de la voiture.)

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La vidéo est à regarder ici.

Transcription:
Allez !
Toi, ça va !
Oh, selfie !
[…] les gars !
Attention !

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Près de 7 jeunes sur 10 ont déjà pris un selfie en conduisant.
Malgré les apparences, le danger est bien réel.
Ne laissez pas ce selfie être le dernier.
La route ! La route !

Par curiosité, j’ai mis les sous-titres en regardant la vidéo. Cherchez l’erreur ! Ou plutôt les erreurs.

Première erreur :


– Le système automatique ne reconnaît pas le mot selfie, qui pourtant fait partie du langage de tous désormais, et le transforme en sale fille ! (et en plus avec un devant, incompatible avec le mot fille.)
Ou encore en ce qu’elle fit, ce qui serait vraiment très bizarre puisqu’il s’agit du passé simple du verbe faire, employé aujourd’hui seulement à l’écrit.

Deuxième erreur :

– Il n’entend pas tous les mots, comme le verbe être, oublié ici, sans doute à cause du mot qui précède: le danger est bien réel. C’est vrai que lorsque nous parlons, les deux sons (-er et est) s’enchaînent en général sans pause entre les deux mots.

Ecoutez la différence (infime) lorsqu’il y a une toute petite coupure entre les mots ou pas:

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Troisième erreur :

– Il ne perçoit pas la différence entre est et être: Ne laissez pas ce [selfie] être le dernier. (et non pas est). Bref, il ne connaît pas la grammaire bien sûr. Et il se laisse tromper par un accent très courant dans la majorité des régions de France.
Peut-être se débrouillerait-il mieux avec un accent du sud, dans lequel toutes les syllabes sont prononcées plus distinctement.

Ecoutez la petite différence:

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Les deux dernières erreurs :

– Il entend aptitude au lieu d’attitude.
– Il ne transcrit pas correctement le slogan et confond Donnons et d’un nom, contrairement à une oreille française qui entend bien la différence et sait aussi décider ce qui a du sens ou pas.

Bonne journée ! Et gardez bien les yeux sur la route.

Pour écouter ou ré-écouter comment nous « mangeons » les syllabes et les mots, c’est ici.

Ils ont ça dans le sang

Plusieurs fois par an, l’Etablissement Français du Sang vient dans les universités pour que tous ceux qui le souhaitent – étudiants et personnel – donnent leur sang. Depuis les attentats de 2015 à Paris et de 2016 à Nice, davantage de Français se sentent concernés et participent à ces collectes afin que les hôpitaux ne manquent jamais de sang ou de plaquettes pour les malades qui en ont besoin.

don-du-sang-en-chiffres

don-du-sang

Ce matin, il y avait donc la voiture des médecins chargés de cette collecte garée sur le parking mon l’université. Rouge bien sûr, et avec un slogan percutant : La vie, on a ça dans le sang.

Au sens propre, le sang qui coule dans nos veines est notre vie.
Mais avoir quelque chose dans le sang est aussi une expression qui signifie qu’on a une passion pour quelque chose, que c’est en quelque sorte inné, que cela fait totalement partie de nous. Ce On, c’est nous tous: ces professionnels de la santé qui font bien sûr tout pour protéger la vie des malades ou des blessés – ils ont ça dans le sang. Et tous ceux qui donnent leur sang et ont ce même souci de sauver des vies. Eux aussi ont ça dans le sang.

C’est une expression très forte, probablement parce qu’elle touche au corps.
En voici une autre, tout aussi forte et assez proche : avoir quelque chose dans la peau.
Mais en fait, on l’emploie très souvent à propos de quelqu’un: quand on a quelqu’un dans la peau, c’est qu’on aime cette personne passionnément. On ne peut pas vivre sans elle, c’en est presque déraisonnable.

Les choses peuvent être situées ailleurs dans le corps ! Et là, plus rien à voir avec la passion :
– Si vous dites de quelqu’un qu’il n’a rien dans le ventre, c’est que vous estimez que cette personne est lâche. C’est un jugement péjoratif. Quand on teste quelqu’un, de façon familière, on dit souvent qu’on veut voir ce qu’il a dans le ventre. Il faut qu’il montre ce qu’il a dans le ventre.

Avoir un coup dans le nez signifie qu’on a trop bu, qu’on est ivre. (familier)

Pour en revenir au don du sang, c’est intéressant de répondre à ce questionnaire pour savoir qui peut donner son sang. Toutes ces questions sont posées à ceux qui se présentent lors des collectes.

Aviez-vous écouté Manon sur France Bienvenue ? Elle m’avait expliqué pourquoi elle avait décidé de donner son sang.

L’ouvrir ou pas ?

louvrir

Non, non, je ne vais pas vous parler de bière – je ne suis vraiment pas spécialiste – ni des qualités esthétiques de cette pub – assez sommaires !
Sa principale qualité, c’est donc bien sûr de jouer sur les mots.

Vous savez ce que signifie le verbe ouvrir. On peut effectivement ouvrir une bouteille de bière.
Mais l’ouvrir, comme ça, tout seul ?

L’ouvrir, en langage très familier, c’est parler alors qu’on devrait se taire, c’est donner son avis alors qu’on devrait se faire discret :
Il m’énerve ! Il ne peut pas s’empêcher de l’ouvrir quand je lui fais des remarques !
Je te conseille de ne pas l’ouvrir ! Tu as compris ?
C’est plutôt agressif – et même vulgaire – de demander à quelqu’un de ne pas l’ouvrir.

Le contraire, en langage tout aussi familier et abrupt, c’est la fermer, ce qui laisse deviner que le pronom la ou l’ évoque la bouche, par où sortent les paroles.

Et donc, parfois, c’est vrai, il faut savoir l’ouvrir, c’est-à-dire oser exprimer son opinion, même si elle n’est pas la bienvenue, revendiquer au lieu de ne rien dire.

Pour en revenir à cette bière, ce n’est pas trop compliqué de l’ouvrir. C’est écrit (sans le pronom) sur la capsule.

La rentrée

rentree-des-classesLa rentrée est comme un second début d’année, au moins aussi important que le 1er janvier. Début septembre, après les vacances d’été, tout recommence, ou plutôt tout commence: rentrée scolaire et rentrée universitaire. Mais aussi rentrée littéraire, avec la parution de centaines de livres à ce moment-là. Rentrée dans les salles de spectacles avec une nouvelle saison jusqu’en juin prochain. Rentrée cinématographique aussi avec la sortie de films qui ont été primés au festival de Cannes. Et comme la rentrée entraîne des achats, les supermarchés et les centres commerciaux ont le droit d’ouvrir un ou deux dimanches début septembre. (Oui, en France, la plupart des magasins sont fermés le dimanche.)

Donc j’ai fait ma rentrée la semaine dernière. Et je fais aussi ma rentrée ici ! Un peu en retard car la rentrée est toujours une période chargée. La rentrée, c’est reprendre le rythme.
Etes-vous toujours là ?

il-y-a-des-reglesA la rentrée, on prend de bonnes habitudes, en classe notamment. Et cela concerne les petits et les grands ! J’ai trouvé cet album qui s’adresse aux petits écoliers. Mais je me demande si cela ne ferait pas du bien à certains de mes grands étudiants de méditer quelques unes des recommandations qu’on y lit !

Je vous ai donc sélectionné celles que je trouve tout à fait transposables aux bancs de l’université.
L’éducation, ça peut prendre du temps chez certains !

la-bonne-tenue

lecoute

les-gros-yeux

les-vacances

la-proprete-et-le-respect

Pour écouter ces quelques règles de base mais pas nécessairement évidentes pour tous :
Il y a des règles

Des expressions :
faire les gros yeux à quelqu’un: c’est lui faire comprendre par le regard qu’on n’est pas content du tout de son comportement.
Je ne suis pas un perroquet : cela signifie qu’on en a assez de redire les mêmes choses. (familier)

Bonne rentrée à vous !

Ah bon ? Y a foot ce soir ?

A Marseille, le foot, on connaît. Difficile d’y échapper. Et on s’en est bien rendu compte avec les violences des hooligans déchaînés ce weekend au centre-ville. Une chose est sûre, il est partout et sert à tout, même là où il paraît le plus incongru.

Et comme le foot et la gastronomie ne vont pas tout à fait ensemble et qu’il faut se nourrir – à défaut de boire – pendant les matches, les marques de surgelés n’allaient pas laisser passer l’occasion.

Donc voici une pub reçue par mail, avec, comme souvent, jeux de mots, expressions, formules. Bref du français en action. C’est le bon côté des pubs !

Foot et surgelés

C’est foot, alors restons dans le registre du foot : à l’heure du coup d’envoi du match, il faut être prêt devant sa télé. Donc c’est aussi l’heure du coup d’envoi – un peu avant – pour les commandes par internet de bonnes pizzas surgelées.

Les enfants regardent aussi (davantage de garçons que de filles en France) . Ambiance familiale. Tout le monde vit à l’heure du foot. (Il paraît qu’on est parti pour une cinquantaine de matches, en un mois…)

Foot et glaces pour enfants

Alors, voici des glaces pour les enfants, qui ne resteront pas sur la touche, c’est-à-dire pour nos petits qu’on n’oublie pas, qu’on fait participer à l’événement. Rester sur la touche, c’est regarder ses coéquipiers courir sur le terrain lorsqu’on est le joueur puni pour faute ou le joueur remplaçant qui attend son heure sur le banc de touche. Des jolies glaces comme des ballons de foot bien sûr.

Mais le foot s’est glissé dans un tout autre univers, sur un compte instagram qu’on pouvait penser imperméable à cet événement sportif ! Humour, second degré, téléscopage de deux mondes.

Foot et musée Rodin

Mais aussi téléscopage des styles : je n’aurais pas pensé à employer le qualificatif de « beaux mecs » à propos des sculptures de Rodin ( et pas forcément non plus à propos des footballeurs!) , même s’il a effectivement travaillé certains de ses modèles comme des athlètes. Terme un peu trop familier ! Tout comme le ton, oral, du « Y’a » qui nous interpelle au début de la phrase. Humour décalé, pour « dépoussiérer » les musées ?

A ce propos, je ne sais pas pourquoi on trouve très souvent écrit : Y’a, avec cette apostrophe qui n’a pas de sens, et qui tend probablement à restituer le côté oral de « Il y a » prononcé ainsi quand on parle de façon familière. L’apostrophe sert en général à indiquer qu’on a supprimé une lettre, comme par exemple « que » qui devient qu’. Mais ici, il ne manque rien entre Y et a.

Bon, en attendant, y a 80 minutes que le match du jour est commencé et les beaux mecs de l’équipe de France ne brillent pas en face des beaux mecs de l’équipe albanaise au stade Vélodrome de Marseille ! A l’heure où j’écris, y a toujours 0-0. Mais qu’est-ce qu’ils font, tous ces beaux mecs avec leur ballon rond ?

Comme par enchantement

Navette magique

En fin de compte, Paris est très proche de Marseille : en TGV, il faut environ trois heures de gare à gare, c’est-à-dire du centre-ville de Marseille à Paris intra-muros. Et pas besoin d’arriver des heures à l’avance : on peut monter dans le TGV au dernier moment (entre deux et cinq minutes juste avant que les portes se ferment). Pas besoin non plus d’enregistrer ses bagages : ils voyagent dans le même wagon que vous. Pas besoin de se ruiner non plus : en s’y prenant bien – traduisez par à l’avance – on trouve des tarifs intéressants.

Alors, pour concurrencer le train, les avions doivent offrir la même sensation de facilité : c’est ce que nous vend cette publicité rencontrée hier dans la rue sur un abri-bus.

On ne monte plus dans un avion pour partir en voyage, on prend une navette, c’est-à-dire un moyen de transport quotidien qui fait la navette entre le nord et le sud. Et bien sûr, il y a plusieurs vols allers-retours par jour, à des heures pratiques pour partir et revenir.
Donc, hop, on part pour Paris ! Vous êtes à Marseille, et d’un coup de baguette magique… Pardon, d’un coup de navette magique, hop, en une heure, vous voilà à Paris ! ( Enfin presque, parce qu’il faut aller à l’aéroport, arriver en avance. Et côté prix, ce n’est pas toujours aussi magique que les 49€ annoncés : tout est dans le « à partir de… ». Et parce que vous atterrissez à Orly, bien relié à Paris, mais quand même. )

En tout cas, la pub est jolie, avec son jeu de mots basé sur les sonorités proches de navette et de baguette. Un bon slogan, qui met un peu de féérie dans notre quotidien où parfois, au milieu de la frénésie des transports pour aller à droite, à gauche, on se prend à rêver de télétransportation ! Vive les navettes magiques !

L’expression « d’un coup de baguette magique / en un coup de baguette magique » signifie que quelque chose se fait très facilement, sans effort.
Par exemple, on dit : ça ne se fera pas d’un coup de baguette de magique.
Tu crois que tu vas réussir à trouver un appartement comme ça, en un coup de baguette magique ?

Sans-gêne

Sans-gêne

Illustration de ce dont il était question dans un billet précédent il n’y a pas longtemps ! Marseille la belle… et ses mauvais côtés, hélas.

Pourquoi s’embêter à plier ce carton ?
Pourquoi se compliquer la vie à le déposer dans une poubelle, je vous le demande ! Il y aura bien quelqu’un pour le faire.

« Vous comprenez, nous, on est pressé, on n’a pas que ça à faire.
Et puis, on s’en fout !
Et puis, on vous emmerde ! »
Le monde est simple.

On appelle ça du sans-gêne. Ou comme on dit maintenant, des incivilités.
C’est agaçant, quand même ! Même sur un parking de supermarché.
Et je me dis que le petit gars ou la petite fille qui va s’asseoir dans ce siège-auto n’est pas à très bonne école.

Côté français: sans-gêne est un nom mais aussi un adjectif invariable.
– Leur sans-gêne me dépasse !
– Ils sont vraiment sans-gêne !
– Ce gars, c’est un sans-gêne.
– Mais quel sans-gêne !

Détecteur d’arnaque

Voici un mail que j’ai reçu hier, présenté comme envoyé par Free Mobile, à propos de ma facture de téléphone. Le problème, c’est que je ne suis pas chez Free et que tout va bien du côté de mon abonnement chez un autre opérateur.

Phishing

De toute façon,quand on reçoit ce genre de message, ce n’est pas très difficile d’éviter de tomber dans le panneau*. A condition d’avoir une bonne orthographe et un français correct.

Six lignes de texte, six sortes de fautes d’orthographe et de français:
1- L’absence de ponctuation: il manque une virgule après situation et après la formule de politesse. En français, nous aimons les virgules pour bien séparer les propositions. Et comme dans toutes les langues, nous mettons un point à la fin des phrases: il en manque un après facturée.

2- Le problème des articles: nous aimons les articles devant les noms, y compris dans la signature de ce mail: Le service clientèle. L’absence de « le » ne nous paraît pas naturelle.

3- Les fautes d’orthographe : elles ne sont pas encore la norme dans les courriers officiels ! C’est donc la moindre des choses de vérifier si un mot prend un « f » ou deux. Manque de chance, le verbe « référer » n’en prend qu’un.

4- Les fautes de frappe : elles ne passent pas très bien non plus : suspension conviendrait mieux que supsension !
Consul tez en deux mots sort de nulle part !

5- Les fautes de grammaire: elles sont plus que surprenantes. Veuillez est toujours suivi d’un infinitif. Ce n’est donc pas difficile de vérifier comment va s’écrire un verbe du premier groupe, en faisant cette petite manipulation qu’on apprend enfant: on remplace les verbes en -er par le verbe prendre et on se dit mentalement : Veuillez prendre, ce qui permet d’écrire: Veuillez vous référer, au lieu de mettre bêtement -ez, juste parce qu’il y a vous devant !

6- Les fautes de vocabulaire : mais qu’est-ce que c’est que ce charabia dans un courrier soit-disant officiel ?
Le verbe consulter ne s’emploie pas sans indiquer ce qu’il faut consulter: une facture, un compte, etc.
Lors d’échec de régularisation ne veut rien dire. En français, il ne s’agit pas d’un échec mais d’une absence de régularisation. La formule est donc : En l’absence de régularisation de votre part.

Comme quoi, avoir une orthographe correcte ne sert pas seulement à être bon en dictée à l’école ! Cela peut vous mettre la puce à l’oreille* et vous éviter de cliquer là où il ne faut pas.

Et comme ce genre de situation est monnaie courante, voici des expressions que nous employons pour en parler:
tomber dans le panneau. (plutôt familier): Cela signifie qu’on se laisse prendre au piège. Il est tombé dans le panneau et a donné ses coordonnées bancaires.
Plus familièrement, on emploie aussi l’expression se faire avoir:
Je me suis bien fait avoir ! / Elle s’est fait avoir. (pas d’accord féminin pour « fait » ici.)
Ou encore, se faire arnaquer:
Si tu n’es pas vigilant, tu risques de te faire arnaquer.

n’y voir que du feu : cela indique qu’on ne s’est pas rendu compte de la supercherie, de l’arnaque.
Le mail avait l’air tellement officiel qu’il n’y a vu que du feu et il a vraiment cru qu’il venait de sa banque.

mettre la puce à l’oreille (familier): attirer l’attention et susciter la méfiance.
Le style du message m’a mis la puce à l’oreille. Et effectivement, c’était bien un faux.

A écouter ici:
arnaques et orthographe

Pot de rentrée

On a fait un pot

Comme cette entreprise fête les 20 ans d’existence de sa marque de laitages bio, on trouve cette affiche dans nos rues. Le bio est à la mode car de plus en plus en gens en ont assez de manger de la nourriture industrielle et ont envie d’avoir (ou de retrouver) une alimentation plus « vraie ». Vrai est donc la marque des laitages bio qu’on trouve en grande surface, c’est-à-dire dans les supermarchés.

Alors pour nous rappeler qui ils sont, ils ont imaginé cette publicité, qui joue sur les mots :
– Ils font des pots tous les jours puisque nous achetons tous les jours des pots de yaourt, des pots de fromage blanc, des pots de crème dessert.

– Mais faire un pot, c’est aussi une expression qui signifie qu’on célèbre quelque chose avec ses amis, ses collègues, autour de bonnes choses à boire et à manger. On peut faire un pot pour son anniversaire, pour la naissance d’un enfant, pour son arrivée dans un nouveau poste, pour son départ à la retraite, pour une promotion ou une mutation, un pot de fin d’année, bref, pour tout ce qui mérite qu’on partage un moment particulier avec son entourage.

En cette période de retour des vacances d’été, ce sont les pots de rentrée qui sont d’actualité.
Je vous souhaite une bonne rentrée !

Tu as vu sa robe ?

Il y a quelques jours, j’ai lu le nouveau billet de Danah Boyd, qui publie des articles très intéressants à propos des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. (en anglais)
Le titre m’avait interpellée. Elle explique dans cet article qu’elle est partenaire d’une campagne de Dove et Twitter en faveur de la tolérance des femmes envers les autres femmes et d’une façon plus générale, en faveur d’un usage civilisé des réseaux sociaux, non pour véhiculer des commentaires agressifs mais au contraire bienveillants et positifs.

Voici pourquoi : « Plus de 5 millions de tweets négatifs sur la beauté et l’image corporelle ont été postés en 2014 et 4 sur 5 de ces messages ont été envoyés par des femmes. Nous vivons dans un monde dans lequel l’auto-critique et la méchanceté non seulement sont acceptées mais sont la norme. Tout particulièrement vis-à-vis des femmes. Et pourtant, il y a énormément de femmes qui ne se rendent pas compte que ce qu’elles disent atteint non seulement leur propre valeur mais blesse aussi les autres. Chaque fois que nous avons des propos dégradants sur une personne pour les vêtements qu’elle porte ou pour ses actes – et chaque fois que nous nous dévalorisons nous-mêmes – nous contribuons à cette culture de la cruauté dans laquelle les femmes sont systématiquement perdantes. Il faut que cela change. » (Petite traduction personnelle)

Juste après, le lendemain de la cérémonie des Oscars, voici un des gros titres qu’on pouvait lire, parfaite illustration des propos de Danah Boyd :La risée de la toile

Etre la risée d’un groupe de personnes, c’est être la cible de leurs attaques pleines de mesquinerie. Le groupe déchaîné contre une personne qu’on ridiculise. (et bien souvent pour une raison futile, comme l’apparence ou le physique.)

Oui, il y a du travail pour changer les choses !
Je le constate régulièrement, à mon humble niveau, avec certaines de mes étudiantes, qui ont ces comportements intolérants et blessants vis-à-vis d’autres étudiantes ou étudiants. Pour certaines, préoccupées avant tout par le paraître, cela devient un mode de fonctionnement systématique, à un âge où on est encore en train de se construire, face au regard des autres.

Dove fait de la publicité pour ses produits.
Mais depuis longtemps, ils ont choisi le créneau de la beauté ordinaire, au lieu de celle retouchée des mannequins ou des actrices, plus inaccessible et pourtant convoitée par beaucoup, au prix de leur santé physique (et mentale parfois).

Connaissez-vous ces petites vidéos ?
L’occasion d’écouter des témoignages très naturels.

Dove le regard de nos amiesLe regard des amies: cliquez ici.

Transcription :
Dove a demandé aux femmes quelle partie de leur corps elles aimaient le plus.
– Ah d’accord !
– Je te dis ce que…
– Ouh là ! Bonne question !
– Ben… ça, c’est dur !
– Ouais, c’est super dur.
– Ah Mireille, trouvez quelque chose quand même !
– A notre âge, hein, franchement, ils exagèrent !
– Ouais, là, maintenant…

Ensuite, nous leur avons demandé quelle partie du corps elles aimaient chez leur amie.
– J’aime bien sa bouche, un peu pulpeuse, un peu gonflée.
– Sa poitrine.
– Ses fesses.
– La forme de ses yeux.
– Sa bouche. Moi, j’aime beaucoup son sourire.
– Euh oui…
– Ses seins. Bah je suis désolée, c’est vrai, hein !
– Elle est… elle est belle en fait. Elle est naturelle.
– Ah, je vais rougir.
– Je la trouve magnifique.
– Merci.
– Pas de problème.
– J’aime bien les yeux de Joséphine. Ils sont assez grands.
– J’aimerais bien avoir la même taille qu’elle.
– On devrait faire un mix de nous deux en fait.
– Voilà.
– Beh, tout ! Elle est grande, jolie, magnifique. Elle est parfaite, voilà.
– Oh merci !
– Tout.
– Ah ! C’est beau, ça !
– Petit calin.
– Je me perds en général.
Si nous sommes capables de voir la beauté chez les autres, pourquoi ne pas la voir en nous-mêmes ?
Ensemble, nous pouvons changer la façon dont les femmes perçoivent la beauté.

Dove2
Voici la seconde vidéo. Toutes ces femmes avaient à répondre à la question suivante: Quelle est la partie de votre corps que vous aimez le moins? Le plus? Ecoutez-les ici.

Transcription
– Mes jambes. Faut que je fasse du sport.
– Les hanches*. Peut-être un peu grosses. Je veux être plus maigre.
– Mes mains, parce qu’elles sont petites, et…
– Mes seins. Ils sont un peu trop généreux.
– Mes fesses, parce qu’elles sont pas musclées et parce que mes mollets, pour le coup, sont trop musclés.
– Mon ventre, parce que j’ai pas la chance d’avoir un ventre très plat. Je fais tout pour, hein, mais voilà.
– Mes cheveux. Ils sont raides.
– Mes fesses. Elles sont plates.

– Hum… Ce que j’aime bien ?
– Heu… Pff… Je sais pas.
– J’aime bien mes… Ouais, mais non.
– Non, c’est pas l’âge.
– C’est horrible ! Je sais pas ! Je réfléchis mais… Je sais pas si j’en ai une.

*Un petit détail de prononciation : la jeune femme qui parle de ses hanches n’est pas française. Elle parle très bien français mais se trompe dans la liaison avec le mot hanche : nous ne faisons pas la liaison avec ce mot-là.

Les idées larges

Pub Citadine aux idées larges

C’est bien, je passe devant un abri-bus où les publicités affichées sont renouvelées chaque semaine. Certaines sont belles, d’autres sont sans grand intérêt, d’autres encore jouent avec les mots. Et ça, ça me plaît ! Les publicitaires ont des trouvailles verbales.

Avoir les idées larges, cela signifie d’habitude qu’on est ouvert d’esprit, qu’on est tolérant. Rien à voir avec une voiture. Les voitures n’ont pas d’idées.

Mais lorsque cette voiture appartient à la catégorie que les constructeurs automobiles ont baptisé « les citadines », on peut détourner le sens de l’expression, parce qu’une citadine, c’est aussi une femme qui vit en ville, et qui peut effectivement avoir les idées larges.

Alors, je retiens le message !
Avec ses idées larges :
– cette voiture doit être spacieuse.
– ses concepteurs ont dû être inventifs pour en faire une voiture bourrée d’astuces, parfaitement adaptée à sa vie en ville.

Mais j’avoue que sur le moment, je n’ai même pas retenu sa marque !
Je suis bon public pour la publicité mais médiocre consommatrice en général.

Accord ou désaccord

Forts ensemble

On est singulier. Donc il est suivi d’un verbe au singulier.
Mais ensuite, que fait-on des adjectifs ou des participes passés qui suivent ?

Les puristes extrêmes refusent un accord de pluriel :
– soit On est une sorte de neutre pour désigner quelqu’un, n’importe qui et il n’y a pas lieu de se poser la question : On n’est jamais déçu quand on n’attend rien.
– Soit il est employé improprement à la place de Nous, et dans ce cas, employons Nous, ce qui éliminera le problème : On est allé(s) au cinéma, à remplacer par Nous sommes allés au cinéma.

Mais il faut bien admettre qu’oralement, On est devenu plus fréquent que Nous. On accepte donc très souvent l’accord de pluriel ( de genre aussi : on est allées) de l’adjectif ou du participe passé.

Sur ce panneau publicitaire, on trouve donc On est forts. J’avoue que souvent, j’ai encore un petit moment de doute quand je vois ou fais cet accord singulier-pluriel. Mais ici, on a bien l’emploi parfait de On, puisqu’il s’agit de de vous, de moi, d’eux, donc de n’importe qui. En même temps, comment pourrait-on laisser fort au singulier ? Le mot ensemble implique fondamentalement un pluriel. Donc tout va bien ! (Sinon, il faudrait dire: On est fort quand on est avec les autres.)

Oui, je viens de faire la Française qui coupe les cheveux en quatre à propos de la grammaire! Oui, juste en passant dans la rue, une rue très ordinaire, et en lisant une pub, une pub sans caractère. Tout cela parce que nous avons une grammaire impossible et bizarre !

Un café, s’il vous plaît

Mamie Nova Café

Les publicitaires ont le sens de la formule. Et ils savent jouer avec les mots. Voici une publicité qui me plaît bien !

– Au restaurant, à la fin du repas, c’est l’heure du café. Le serveur ou la serveuse vous pose la question rituelle : « Vous prendrez des cafés ? » La réponse peut être oui ou non mais très souvent, on en profite pour poser l’autre question rituelle, histoire de ne pas perdre trop de temps à la fin : « Un café / Deux cafés. (petite pause) Et l’addition, s’il vous plaît. »

– Alors, « Un café et l’addiction », c’est vraiment bien trouvé dans cette publicité pour une crème dessert au café ! Car c’est vrai que les yaourts Mamie Nova sont des gourmandises auxquelles on s’habitue très facilement. (J’ai un petit faible pour ceux au chocolat, crémeux, onctueux…) Impossible de résister à Mamie Nova. (Allez, il y a des addictions plus dangereuses que celle-ci )

Mamie Nova… Drôle de nom pour une marque, vous dites-vous peut-être. Pour nous, elle fait partie du paysage français. J’ai toujours vu des yaourts Mamie Nova, même si à un moment donné, ils ont traversé une passe difficile. Mais ils occupent à nouveau une place de choix au rayon yaourts de nos supermarchés. Bel exemple de ces marques qui traversent le temps et redeviennent à la mode, en changeant un peu d’image. Je vous en parlerai un de ces jours.

En attendant, petite leçon de fin de repas au restaurant, pour ceux qui viendraient en France un de ces jours :
– Le serveur : Des cafés ? / Combien de cafés ? / Qui prendra des cafés ? / Vous prendrez des cafés ?
– Vous : Un café / Deux cafés / Trois cafés (Le soir, certains demandent : Un déca*.) Et l’addition, s’il vous plaît. / Et vous nous apporterez l’addition, s’il vous plaît. / Vous nous porterez l’addition ? (ton interrogatif ou pas) / Et on peut avoir l’addition, s’il vous plaît ?
– Le serveur : Je vous apporte ça. / Je vous apporte ça tout de suite.

Vous pouvez refuser bien sûr !
Non merci, c’est bon.
Non merci, pas de café.

(* un déca : un décaféiné. Mais personne ne dit le mot en entier.)

En tout cas, ça se passe toujours comme ça. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison qu’ils ont pris soin d’écrire le C en plus gros dans cette publicité. Vous n’avez pas remarqué comme très souvent, quand on lit des formules toutes faites, très habituelles, on ne voit même pas les fautes de frappe ou les modifications orthographiques, volontaires ou non ?

Café

Et pour écouter :
ici :Un café et l’addition
Ou ici:

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