Pas une miette !

La conjoncture économique n’est pas des plus favorables. Des entreprises disparaissent, d’autres sont rachetées. Alors les temps sont durs pour certains. Mais en France, comme vous le savez, les gens protestent, se mettent en grève et vont jusqu’à bloquer leurs usines pour se faire entendre. Et ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, en Europe en ce moment.
Paroles de grévistes et revendications salariales entendues l’autre jour à la radio, .

Transcription:
– Ça fait dix ans que je suis là. Je touche (1) 1200 € par mois en faisant les trois-huit (2). Alors le problème, c’est que c’est une entreprise qui fait quand même des bénéfices. Maintenant on a fusionné avec Brossard et il s’avère (3) que les salariés de Brossard, ils (4) sont encore mieux payés que nous. Donc on s’appelle Jacquet-Brossard et puis nous, on est mal payés, et puis Brossard, ils sont mieux payés que nous. Donc voilà, les gens, ils en ont ras-le-bol (5), quoi !

– Quelqu’un qui travaille de nuit, logiquement, il devrait forcément toucher bien plus qu’un travailleur journée. Aujourd’hui, il y a pas un gros écart (6). Donc c’est pas normal. Forcément, quand vous donnez pour une société (7), quand vous vous investissez, il faut qu’à un moment donné il y ait la récompense. Aujourd’hui, le gâteau, il est très, très mal partagé (8) !

– On a des gens qui nous ont rejoints. Donc là, c’est une belle lutte et la lutte, elle va continuer tant que la situation ne sera pas débloquée. On lâchera rien (9), ça c’est clair. Pas une miette (10), quoi !

Quelques explications:
1. toucher de l’argent, un salaire: gagner de l’argent. Cette expression est très fréquente.
2. les trois-huit: dans cette organisation du travail, il y a toujours une équipe qui travaille pour que la production ne s’arrête jamais. Donc pour quelqu’un qui fait les trois-huit, il y a des semaines où il est de l’équipe du matin, d’autres où il est de celle de l’après-midi et d’autres où il fait les nuits.
3. il s’avère que: il est prouvé que / le fait est que…
4. les salariés, ils sont: cette répétition du sujet (le nom puis le pronom tout de suite après) est propre à l’oral, dans un style plutôt familier.
5. en avoir ras-le-bol: en avoir vraiment assez. (familier). On dit qu’on en a ras-le-bol de quelque chose ou de quelqu’un. Et on peut parler du ras-le-bol des gens, d’un ras-le-bol général.
6. un écart: une différence
7. une société: une entreprise.
8. se partager le gâteau: cette image courante exprime l’idée que tout le monde doit bénéficier d’une situation. Tous ceux qui contribuent au succès de l’entreprise doivent avoir leur part du gâteau.
9. ne rien lâcher: ne pas céder, ne pas renoncer, aller jusqu’au bout avec détermination.
10. pas une miette: encore une image culinaire ! Une miette, c’est un tout petit morceau de pain ou de gâteau. Donc cette image renforce l’idée de ne rien lâcher du tout, de ne pas faire une seule concession, aussi minime soit-elle.

Ces images de gâteau et de miettes sont d’autant plus appropriées que ces deux entreprises qui viennent de fusionner fabriquent des pains et de la pâtisserie industrielle ! Ce sont des marques que tous les Français connaissent. Qui n’a pas mangé leurs biscuits ou leur pain de mie !

Grands-parents pour la vie

Quand les parents divorcent, ce sont de grands changements qui interviennent dans la vie des enfants ou des ados. Pas toujours facile à gérer et à vivre, surtout quand le couple règle ses conflits par enfants interposés. Et que se passe-t-il du côté des grands-parents ? Quelle place ont-ils dans tout ça ?

C’est ce que racontent Thomas et Eve, enfants de divorcés.

Transcription:
– Alors moi, mon père ne parlait plus avec son père.
– Ah ! Bon !
– Donc… Donc déjà là, j’avais plus trop de lien pa[…] paternel vers mon grand-père, sauf que ma mère, elle, a toujours voulu que j’ai un lien avec mon grand-père paternel. Donc c’est elle qui m’emmenait voir mon grand-père, mais vu que mon grand-père parlait plus avec tous ses enfants, à chaque fois, bah…. voilà, il me demandait comment ça se passait et tout ça, quoi.
– Ça… ça te donne envie peut-être de créer toi-même ta propre famille ? Tu… Tu t’imagines ? Tu te projettes dans l’avenir et tu te dis: « Moi, j’aimerais, voilà, avoir une famille qui ressemble à ci ou à ça » ?
– Moi, je… Moi qui ai eu (1) des parents séparés, j’aimerais pas avoir mes enfants qui aient leurs parents séparés, quoi. Je voudrais… Je voudrais pas qu’ils vivent la même chose que moi en fait.
– Eve ?
– Bah moi, mes grands-parents ont été tous très sympas et super compréhensifs. Mes grands-parents du côté maternel ont toujours respecté mon père, ont toujours eu de bons rapports avec lui, ont jamais balancé sur lui (2), ont toujours été gentils avec lui, et vice-versa pour les parents de mon père… m’ont toujours demandé des nouvelles de… de maman, comment elle allait, sans jamais rien dire.
– Et vous étiez contente d’aller les rencontrer ?
– Et j’étais contente d’aller les voir (3) sachant qu’il y avait aucune… aucun parti-pris (4), pardon, que ça soit les oncles, les tantes, personne n’a pris parti (5), ce qui est assez… même très agréable.

– Ce sont des éléments de permanence, au fond, c’est-à-dire, c’est ça qui est très rassurant dans les grands-parents, c’est qu’ils sont toujours déjà là, d’une certaine façon. Ils sont toujours là comme ressource. Et alors que on a cette idée quand il y a une séparation, une recomposition (6), qu’on est un peu au temps zéro, c’est-à-dire c’est comme si on recommençait une nouvelle vie, on recommençait quelque chose qui est très déstabilisant pour un… pour un enfant encore une fois, il faut bien le dire, et que au moins, les grands-parents, ils sont inscrits dans cette histoire depuis l’éternité.

Quelques détails:
1. moi qui ai eu…: l’accord du verbe se fait à la première personne du singulier, comme si on disait « Je ». Certains Français se trompent, notamment avec le verbe être. Il faut dire: Moi qui suis…, et non pas comme on entend parfois: Moi qui est… C’est la même chose aux autres personnes: Nous qui sommes / Nous qui avons / Vous qui êtes / Vous qui avez
2. balancer sur quelqu’un: dire du mal de quelqu’un, le critiquer. (familier)
3. aller voir quelqu’un: c’est la façon normale de dire qu’on rend visite à quelqu’un. Mais on emploie très peu « rendre visite » en français. De même, « aller les rencontrer » qui est employé juste avant n’est pas très naturel. C’est pour ça qu’Eve, dans sa réponse, utilise l’expression la plus habituelle. (et d’un niveau de langue normal, ni familier, ni recherché)
4. du parti-pris: c’est le fait de se mettre dans le camp de quelqu’un mais de façon pas très objective.
5. prendre parti pour quelqu’un: soutenir cette personne et montrer qu’on approuve ses actes ou ses pensées.
6. une recomposition: c’est le fait que les gens divorcet,  se remarient et ont d’autres enfants, au sein de familles qu’on qualifie de recomposées.