Le chocolat guérit de tout !

En ces périodes de fêtes, comme tous les ans, les chocolats sont à l’honneur. Mais si le chocolat – le vrai – est votre péché mignon*, nul besoin d’attendre le mois de décembre pour vous régaler !
A Marseille, les deux magasins de la Chocolatière du Panier – du nom du quartier où cette chocolaterie artisanale est née – vous feront succomber pour leurs barres aux arômes et au goût puissants.

Et à Paris, dans un autre style, les chocolats de Patrick Rogé, dans leurs belles et sobres boîtes vertes, sont incomparables. Vraiment ! Il n’y a pas d’autre mot. C’est à se damner. (Non, non, je n’aime pas le chocolat !)
Il raconte dans cet enregistrement comment tout a commencé pour le mauvais élève qu’il était ! Très beau parcours, pour notre plus grand plaisir.

Transcription:
– Notre vie, c’était vraiment de jouer. Et après, les études, ça allait bien suivant (1) les disciplines et suivant le professeur, hein, finalement. On était très… très indisciplinés. On n’écoutait rien du tout, à part certaines matières – géographie, histoire, où là, ça pouvait être passionnant. Mais faire des maths, de l’anglais… pff… c’était pas très marrant (2) ! Mais vraiment, ça dépendait quand même du prof. On avait le prof de français, il pouvait piquer des crises (3), balancer (4) les cahiers bleus, les cahiers rouges parce que forcément, il y avait une couleur de cahier pour chaque discipline. Mais il piquait des crises parce que il savait qui avait copié sur qui. On faisait que de (5) tricher finalement. C’était pomper (6) l’orthographe, la grammaire, jamais faire nos devoirs, jamais les leçons, jamais rien fait, quoi !
– Et vos parents, quel regard ils portaient sur votre scolarité ?
– Le regard, c’était terrible, parce que tu rentrais du conseil de classe (7), ma mère, elle pleurait et tu prenais une soufflante (8), mais alors là, fallait voir ! Plus des baffes (9). Ça tombait mais… mais ça servait à rien de toute façon ! On n’avait rien envie de faire, mais vraiment, ça dépendait du prof, quoi. En tout cas, jusqu’à la 3ème (10), on n’avait aucune projection de l’avenir, et fin de 3ème, il a fallu… Là, c’est les parents qui ont décidé, quoi. J’ai… j’ai pas choisi ce que j’ai fait, hein.
– Vous regrettez pas, finalement.
– Ah bah aujourd’hui, je donnerais pas ma place ! Mais parce que il va se passer un déclic (11), à partir de la 3ème, quand je rentre en apprentissage (12). C’est que, bah quand on rentre en apprentissage, déjà, bah tu as seize ans. Tu commences à travailler à 2 heures du matin. Et quand tu as 16 ans et 27 jours par… par mois, tu as trois… simplement trois jours de repos dans… dans le mois, c’est là où tout va commencer, quoi. D’abord, tu fermes ta grande gueule (13), ça, c’est clair, parce que en apprentissage, c’était vraiment une éducation comme il y a cinquante ans. Et c’est ce qui va me sauver la vie. Plus le prof après en… en pratique, parce que on va une semaine sur trois… sur quatre à l’école. Et alors là, c’est pareil. Par contre, en maths et en français, c’est toujours le même bordel (14). Mais dans la discipline essentielle qui est la pratique et la technologie, ils vont nous sauver la vie. Bah c’est ce qui va surtout me cadrer (15). Et grâce aussi à ce début d’apprentissage et à gagner un peu d’argent aussi, je vais comprendre que je vais pouvoir me payer des choses. Et c’est tout ça qui va faire que ça va s’enchaîner plutôt pas mal (16). Donc on était une centaine d’apprentis. Je finis dans les deux meilleurs apprentis et grâce à ça, j’ai Pierre Mauduit à Paris qui… qui venait aussi du Perche (17), lui, il prenait que les deux meilleurs apprentis de chaque département. C’était son critère de sélection pour les apprentis. C’est comme ça que je vais découvrir Paris et c’est comme ça aussi que je vais arriver au poste de chocolatier chez… chez Pierre Mauduit. Et là, pour le coup, ça va être la vraie révélation. C’est le chocolat qui va me découvrir. Et ça, c’était en 86. Bah depuis, bah j’ai rencontré plein de gens et c’est… Pour rien au monde, je changerais ma vie !
– Pour un élève, un collégien ou un lycéen qui vous entend, là, et qui finalement se reconnaît un petit peu dans ce que vous décrivez, à savoir (18) un élève qui se fichait pas mal (19) de ce qui se passait en cours et qui était plutôt indiscipliné, avec le recul, est-ce que vous lui donneriez un conseil particulier?
– Qu’il faut commencer à travailler très tôt. Très, très tôt, parce que après, il faut ramer (20) pour arriver à revenir à… à un niveau qui est correct. De toute façon, c’est que du travail. Et c’est à partir de… Le jour où tu commences à comprendre ça, ben, c’est ce qui fait que tu t’en sors (21) dans la vie, tout simplement.

Quelques explications:
1. suivant: selon / en fonction de
2. c’était pas marrant: ce n’était pas drôle, pas intéressant. C’était pénible.
3. piquer une crise (ou des crises): piquer une colère, se mettre en colère, s’énerver vraiment.
4. balancer: ici = jeter. (familier)
5. on faisait que de… : il faut dire: On ne faisait que (tricher) = on n’arrêtait pas de tricher / on trichait tout le temps.
6. pomper: tricher, copier sur un autre élève ou en utilisant des « pompes« , des antisèches, c’est-à-dire des papiers sur lesquels on a recopié ce qui était à apprendre et qu’on sort en cachette pendant un test. (Aujourd’hui, ça peut être plus sophistiqué grâce aux téléphones portables…)
7. le conseil de classe: les profs se réunissent à la fin du trimestre et font le bilan des résultats de leurs élèves. Ensuite, chaque famille reçoit un bulletin trimestriel.
8. une soufflante: c’est le fait de disputer quelqu’un. (familier) = une engueulade (familier aussi)
9. une baffe: une gifle, une claque (argot)
10. la troisième: c’est la dernière classe du collège. Les élèves ont à peu près 14-15 ans. Ensuite, certains vont au lycée, d’autres vont dans des lycées professionnels.
11. un déclic: un événement qui tout d’un coup enclenche un processus positif et change la situation.
12. l’apprentissage: c’est un type d’études dans lequel il y a des périodes en entreprise, où on apprend un métier sur le terrain et des périodes à l’école. Aujourd’hui, on peut même faire une école d’ingénieur en apprentissage.
13. fermer sa grande gueule: c’est se taire et apprendre à obéir. (très familier). La gueule, en argot, c’est la bouche ou le visage.
14. le bordel: le bazar, le désordre. (très familier, vulgaire)
15. cadrer quelqu’un: donner un cadre, des limites à quelqu’un. Le discipliner.
16. ça va s’enchaîner plutôt pas mal: ensuite, les choses vont bien se dérouler, les unes après les autres. Un processus est enclenché.
17. le Perche: c’est une région rurale de l’ouest de la France.
18. à savoir = c’est-à-dire
19. qui se fichait pas mal de… : qui se moquait de… / qui n’était pas intéressé du tout par…
20. ramer: en argot, ça signifie rencontrer des difficultés pour obtenir quelque chose. On dit aussi galérer. (familièrement aussi)
21. s’en sortir: réussir.

* c’est mon péché mignon: c’est mon faible pour quelque chose, en général à manger. (C’est la chose pour laquelle je craque.)

Ça décoiffe !

Sous nos latitudes, où le temps change avec nos quatre saisons, au gré des anticyclones et des dépressions, la plupart des gens veulent savoir quel temps il va faire dans la journée ou dans les quelques jours à venir. Alors, ils regardent la Météo à la télé ou écoutent les bulletins à la radio.
Et à chaque fois, c’est un petit voyage dans les différentes régions de France. En fin de compte, c’est un bon moyen d’apprendre la géographie d’un pays ! Prenez une carte !

Alors voici un petit écho des conditions météo de ces dernières heures avec le passage de la tempête Joachim qui a bousculé une partie de la France, en arrivant sur les côtes de l’Atlantique comme d’habitude.
Un bulletin météo, les infos du matin, des témoignages.
Des noms de lieu qui nous sont familiers et des chiffres qui nous parlent immédiatement.
Comme si vous vous réveilliez en France.

Transcription:
– Jean-Michel Golinski, ça souffle (1), hein, ce matin !
– Ouais, comme dirait l’autre, ça décoiffe (2), hein ! Sur une zone allant de la… du sud Bretagne à la région parisienne jusqu’au sud de la Champagne, et entre l’Aquitaine, le Massif Central et le Val de Saône, bon, nous aurons des rafales (3) à peu près équivalentes à celles de la nuit une bonne partie de la matinée, c’est-à-dire 100 à 130 km à l’heure sur les côtes atlantiques et puis 80 à 100 km à l’heure dans l’intérieur des terres. Il y a éga[…] une autre vigilance orange (4) en cours actuellement… concerne le littoral de la Corse du Sud et du Finistère à la Gironde en raison des vagues localement qui pourraient submerger les parties basses du littoral aux heures de pleine mer (5). Alors les nuages de la perturbation en elle-même recouvrent encore une bonne partie des deux-tiers nord du pays en ce moment. Outre (6) le vent, c’est la pluie qui…qui donne assez fort… Elle est tombée assez fortement cette nuit. Elle va continuer à tomber une bonne partie de la matinée. Cet après-midi, le ciel couvert et pluvieux va s’échouer sur l’est et le sud du pays, donnant parfois de fortes chutes de neige sur l’ensemble des massifs (7). Alors, attention aux risques d’avalanches, notamment sur les Alpes du Nord. Et dans un même temps, un grand quart nord-ouest va passer dans un ciel de traîne, avec un air beaucoup plus frais et des giboulées (8) qui seront parfois mêlées de neige au nord de la Seine.

Des rafales de vent jusqu’à 135 km/heure tout à l’ouest de la Bretagne, les pompiers sur le pont (10), les agents ERDF (11) aussi, 80 000 foyers (12) privés d’électricité en Bretagne, 40 000 en Loire-Atlantique, 40 000 en Vendée. La tempête Joachim touche la façade atlantique de plein fouet (13) en ce moment. Et vigilance crues (14) en plus pour le Pas-de-Calais.

– Mais hier soir et cette nuit, ce sont surtout les côtes bretonnes et vendéennes qui ont été secouées. Rafales à 138 km/h enregistrées dans le Finistère, plus de 120 à la Tranche-sur-Mer en Vendée, où l’on ne s’affole pas, même si le souvenir de la tempête Xynthia est évidemment dans tous les esprits.
– 130 à l’heure, c’est pas… c’est pas une grosse catastrophe, hein. Par rapport à 99 (15) ou Xynthia (16), bon c’est pas le… c’est pas des choses qui se reproduisent tous les… tous les dix ans, hein. Qu’est-ce que vous voulez faire contre la force de la nature, le vent et la mer ? […] Bon regarder si votre voiture est bien garée et si vos affaires sont bien rangées et puis voilà, quoi.

– On a eu un appel téléphonique cet après-midi. C’était la mairie de la Tranche-sur-Mer en fait, en nous disant de rester chez nous parce qu’il allait y avoir de… de fortes rafales de vent et donc fallait nous caserner (17), fermer les fenêtres, les volets (18), puis voilà, surtout pas sortir.
– Les appels des autorités (19) comme ça, ça n’était jamais arrivé avant ?
– Non, c’est la première fois qu’on reçoit, bah, depuis Xynthia.
– Vous en avez quel… quel souvenir de… de Xynthia ?
– C’est comme si c’était frais dans notre tête, quoi. On est… Ça a quand même choqué, quoi !

– Alors, les personnes qui ont été évacuées sont à la Maison des Associations de Saint-Hilaire-de Riez, où je me trouve. Et à mes côtés, Michel Ménard. Michel, vous avez été surpris ce matin qu’on vous réveille pour quitter votre maison ?
– Alors, surpris, oui, puisque ça fait maintenant 22 ans qu’on a cette maison et que nous avons subi plusieurs tempêtes sans avoir aucun problème jusqu’à présent. Donc à 5 heures ce matin, nous avons entendu frapper contre… sur les volets, et c’était la Gendarmerie qui venait donc nous demander d’évacuer les maisons.

A noter qu’un cargo de 110 mètres transportant du ballast, s’est même échoué dans le Morbihan. Il y a d’ores et déjà (20) une fuite de carburant qui touche la côte.
Dernière précision sur le… la pollution au large de la… de la Bretagne: le… le cargo qui s’est échoué contient 180 tonnes de fuel (21), 40 tonnes de gazole (22) et des… des barrages flottants vont être déployés. Les autorités préparent une opération de pompage et de dépotage vers des bacs de décantation à terre pour vider le navire.

Dans le Finistère à Brest, tous les avions sont pour l’instant cloués au sol. On roule à nouveau en revanche sur le pont de l’Iroise, l’entrée sud de Brest, qui était fermé hier soir. Joachim est donc en train de quitter la Bretagne mais le vent a soufflé jusqu’à 135 km/h cette nuit, notamment à la Pointe du Raz (23). Ce qui attire l’attention maintenant, ce sont les cours d’eau. Il est tombé entre 40 et 50 mm (24), l’équivalent de 15 jours de pluie. On n’est donc pas à l’abri de débordements.

Quelques explications:
1. ça souffle: on dit plus souvent ça que « Le vent souffle ».
2. comme dirait l’autre: cette expression sert en général à introduire une remarque plutôt familière.
3. ça décoiffe = ça souffle très fort. (Il y a tellement de vent qu’on est décoiffé, ou que les chapeaux s’envolent.)
4. une rafale (de vent): un brusque coup de vent plus fort.
5. la vigilance orange: Météo France utilise des couleurs pour informer de l’intensité des dangers. Ils placent certaines régions, certains départements en vigilance orange, rouge, etc…
6. les heures de pleine mer: quand la marée est au plus haut.
7. outre le vent: en plus du vent.
8. les massifs = les massifs montagneux, comme les Alpes, les Pyrénées, le Massif Central.
9. une giboulée: une grosse averse, pas très longue, qui survient brutalement.
10. être sur le pont: c’est une image qui signifie qu’on est en alerte et mobilisé, prêt à intervenir.
11. ERDF: c’est l’entreprise qui fournit l’électricité dans tout le pays. (Electricité Réseau Distribution France)
12. un foyer: une maison ou un appartement. On emploie toujours ce mot dans cette expression toute faite: des foyers privés d’électricité. Dans une conversation normale, les gens diront: On n’a plus d’électricité.
13. toucher de plein fouet: toucher directement, car il n’y aucune protection, rien qui amortit. Donc cette expression donne une idée de violence.
14. une vigilance crues: une alerte à cause des risques de crues des rivières et des fleuves.
15. 99 = 1999, lors des grandes tempêtes qui ont touché le nord de l’Europe fin décembre.
16. Xynthia: la tempête qui a frappé le nord de l’Europe fin février 2010 et fait des victimes en Vendée notamment, à cause de la mer qui a envahi certains quartiers pendant la nuit.
17. caserner: enfermer
18. les volets: les fenêtres en France ont des volets (en bois ou en PVC), contrairement aux traditions d’autres pays. (pour se protéger de la chaleur, du soleil, du froid et des intempéries, et aussi des regards des passants. Et aussi de la lumière du jour, pour bien dormir !)
19. les autorités: les représentants de l’Etat.
20. d’ores et déjà: dès à présent, dès maintenant. C’est quasiment comme déjà, mais c’est peut-être un peu plus fort.
21. le fuel: on trouve aussi l’orthographe fioul, qui est une transcription à la française du mot anglais. Il paraît d’ailleurs que c’est mieux d’utiliser cette orthographe francisée.
22. le gazole: qu’on écrit aussi gasoil ou gas-oil.
23. la Pointe du Raz: c’est l’extrémité de la Bretagne, dans le Finistère. (Ce nom, Finistère, signifie « la fin des terres ».)
24. mm: on écrit cette unité en abrégé, et on dit « millimètres ». (De la même manière, on écrit: 10 cm pour « dix centimètres », 10 km pour « dix kilomètres ».)

Et si vous voulez vous entraîner à dire les nombres que vous avez entendus, vous pouvez les réécouter tranquillement ici. (Parce que les nombres, c’est toujours un problème quand on apprend une autre langue !)