L’apprentissage de la vie

Une petite somme ou une somme plus conséquente ?
Versée régulièrement ou au coup par coup* ?
En échange d’une participation aux tâches de la maison ou juste comme ça ?

Tout est possible en matière d’argent de poche. Mais dans tous les cas, que l’on soit cigale ou fourmi*, il faut apprendre à gérer !


Transcription:
– Plus il y a des machines (1) un peu partout dans le lycée, plus ça… ça incite à acheter, d’avoir de l’argent de poche pour… pour se nourrir. Si j’avais pas d’argent de poche, je pense que parfois, je demanderais à des amis. Mais je peux pas non plus tout le temps faire ça, donc faudrait quand même que je les rembourse après. Donc à mon avis, je réclamerais à ma mère ou à mon père de l’argent de poche.

– Avoir une carte bancaire à 16 ans, ça fait (2) une impression de liberté. C’est aussi une marque de confiance de la part de mes parents puisqu’ils me donnent l’autonomie de gérer mon argent par moi-même.

– Quand on va dans un restaurant, soit des fois, c’est moi qui a (3) l’argent, et c’est moi qui lui paye sa boisson, et soit quand je vais dans un restaurant, j’ai pas d’argent, c’est lui qui me paye la boisson. D’une façon ou d’une autre, on rembourse.
– Ça y est, je t’ai pris ton Fanta.
– Enfin ! T’en as mis du temps, bonhomme !
– Tiens, ton Fanta. Tiens, la paille.

– Le fait qu’on n’ait pas la même somme d’argent de poche, c’est… Il y a… Je pense pas qu’il y ait de la jalousie, je sais pas ce que pense Nicolas…
– Si j’étais fils unique, je gagnerais plus d’argent. Là, effectivement (4), il y a mes deux petites soeurs. Donc il faut… Il y a trois bouches à nourrir (5). Donc il y a logiquement moins d’argent de poche. Il est clair que je… j’avais demandé à obtenir plus. Je suis plus attiré par l’argent qu’Areg, on peut dire, parce que j’en ai moins.
– Au début, j’avais tendance à dépenser sans compter. Mes parents, ils m’ont expliqué et puis, je me suis dit: »Bah, il vaut mieux éviter de dépenser bêtement (6) ».

– Les enfants des parents divorcés, ils profitent doublement. Ils tirent un peu des deux côtés. Je l’ai augmenté quand j’ai eu une augmentation. Si je gagne moins que aujourd’hui, ou je suis au chômage, je crois que je vais baisser sans problème. On vit ensemble, alors on est ensemble dans les hauts et les bas.

– Vous êtes le papa de trois garçons: Franck et Marc, ils ont 18 ans tous les deux.
– Oui.
– Et puis, un garçon qui est en quatrième (7). Il a quel âge ?
– C’est Paul, qui a 13 ans.
– Qui a 13 ans. Est-ce qu’ils ont leur agent de poche, eux ?
– Ils ont de l’argent de poche, mais très peu.
– Ah bon ? Dites-nous tout !
– Il paraît. (8)
– Il paraît ? C’est ce qu’…
– C’est ce qu’ils me disent !
– Ah oui ! Alors, dites-nous, combien ?
– Alors Paul, aujourd’hui, a 5 euros par mois. Et Marc et Franck ont 30 euros par mois.
– Ils dépensent tous de la même façon ?
– Non, pas du tout. Ils ont tous la même éducation et pourtant, ils ont tous, tous les trois, des comportements très différents par rapport à… à leur argent de poche. Il y en a un, je l’appelle le coffre-fort. Il dépense absolument rien. Il y en a un autre, dès qu’il a un petit peu d’argent, très vite, il va pouvoir donner libre cours à ses fantaisies.
– C’est le casino, lui ! Il y a le coffre-fort et le casino ! Ouais !
– Et puis le troisième, il se fixe un objectif. Il veut… Il se fixe quelque chose, il a envie de quelque chose, et là, il va économiser jusqu’à tant (9)… Enfin, c’est Paul pour l’instant, jusqu’à tant, puisqu’il a peu d’argent de poche, jusqu’à tant qu’il puisse se le payer. Et là, c’est un vrai plaisir.
– Vous surveillez pas, M. Baret, les dépenses ? Du tout ? (10)
– Sur leur argent de poche, absolument pas.
– Vous leur demandez aucuns comptes ?
– Non.
– Si ils viennent vous dire le 10 du mois…
– Plus rien.
– … j’ai plus rien ?
– Tant pis ! (11)
– Tant pis. C’est » Tu te débrouilles ». (12)
– Ouais.

Quelques explications:
1. des machines: ce sont des distributeurs de boissons et de barres.
2. ça fait une impression… : il vaut mieux dire: ça donne une impression de…
3. c’est moi qui a…: c’est une faute de français fréquente. Il faut obligatoirement dire: C’est moi qui ai… (L’accord se fait comme si c’était: J’ai… )
4. effectivement = c’est vrai
5. Trois bouches à nourrir: c’est une expression toute faite qui insiste sur le côté financier du fait d’avoir une famille.
6. bêtement: de façon stupide.
7. la quatrième: c’est la troisième classe au collège, après la sixième et la cinquième.
8. il paraît = c’est ce qu’on dit / c’est ce que les autres disent.
9. jusqu’à tant que… : ce n’est pas correct mais on l’entend souvent. Il faut dire: jusqu’à ce que (avec un verbe au subjonctif ensuite)
10. Du tout ? = pas du tout.
11. tant pis: on dit ça quand on est dans une situation négative et qu’on ne peut pas ou qu’on ne veut pas la changer = C’est dommage, mais c’est comme ça. On dit par exemple aussi: « Tant pis pour toi / Tant pis pour eux / Tant pis pour moi. »
12. tu te débrouilles = tu trouves une solution tout seul, je ne t’aiderai pas. C’est comme l’impératif: Débrouille-toi.

* au coup par coup: selon les besoins.
* cigale ou fourmi: dans la fable de La Fontaine que tous les Français ou presque ont apprise à l’école, la fourmi se pépare à l’hiver en accumulant les provisions, alors que la cigale profite de l’été, sans rien prévoir. Donc être cigale, c’est ne pas économiser son argent, par opposition à tous ceux qui sont plutôt fourmi.

Cocorico !

Même quand on n’est pas passionné de cyclisme, le Tour de France fait partie des traditions françaises ! Chaque année, tout au long du parcours, pendant trois semaines, les spectateurs sont là, sur le bord des routes, dans le moindre petit village traversé par cette course mythique. Et les postes de télévision sont allumés dans les foyers français, pour un voyage à travers la France, avec de belles images aériennes des paysages français, des explications historiques sur les monuments filmés et bien sûr avec de grands temps forts sur le plan sportif dans les cols des Pyrénées ou ceux des Alpes. Il y en a pour tous les goûts !

L’étape d’hier a été très suivie car elle se terminait en haut de l’Alpe d’Huez, avec sa montée toujours riche en émotions. Et comme en plus c’est un tout jeune coureur français qui l’a emporté, c’était un grand moment de sport mais aussi de plaisir collectif !
Voici les premières impressions, à chaud de ce jeune Français qui n’en revient pas d’avoir gagné cette étape.


Transcription:
– Maillot blanc (1), victoire d’étape ici à l’Alpe d’Huez, étape mythique (2) du Tour. C’est une journée exceptionnelle !
– Ouais ! Bah, c’était… Sur le papier, j’avais dit que je resterais avec Thomas (3). Enfin, je l’avais dit. Et… Ah, dans le col du Galibier, il m’a dit: « Pierre, vas-y. Saisis ta chance. T’occupe plus… T’occupe pas de moi. (4) » Donc voilà. J’ai dit: « Bon, bah si il m’a laissé ma carte (5), faut que je la joue jusqu’au bout. ». J’ai voulu prendre un petit peu d’avance au pied en attaquant dans la… dans la vallée. Je… Je la connais par coeur, hein ! Je l’ai dit, je l’ai montée (6) dix fois, l’Alpe d’Huez, l’année dernière en stage. Je savais qu’à partir de… du virage N° 6 (7), si j’avais une roue devant moi, c’était bien parce qu’il y avait ces grandes lignes droites vent de face. J’ai gardé mon sang-froid (8) face à deux Espagnols. Ils s’entendent très bien (9), je le sais, et…
– Et lesquels ! (10) Le Champion Olympique et Contador !
– Non, mais je sais qu’ils s’entendent très, très bien. Et depuis le départ, ils roulent un peu ensemble quand même pour faire perdre… enfin ou gagner Schleck, Evans. Donc je me suis dis: « Bon, bah je… C’est quitte ou double (11). Soit je gagne, mais je ferai pas 2! » (12) Et je l’ai laissé faire, je l’ai laissé faire. Et je savais qu’au virage N° 1, en l’ayant montée dix fois, je savais que je pouvais me mettre gros plateau et aller jusqu’à la ligne d’arrivée sur ce gros plateau, à bloc (13). Je… Vu que je la connais par coeur et que je l’ai fait chronométrer je ne sais combien de fois, ah là, je savais que si… Je pouvais monter jusqu’en haut à cette allure-là ! (14)
– Comme quoi (15), le travail, la préparation, la reconnaissance, tout cela, ça paie ! C’est une belle illustration.
– Oh ouais, j’ai… Vous savez, l’étape de l’Alpe d’Huez, j’ai regardé tout… tout… tout Armstrong, Pantani. J’ai regardé comment ils ont fait, comment ils montaient la cadence. J’ai pas du tout… Je dis pas que je suis Armstrong ou Pantani, mais je l’ai visionnée des… des… des ce[ntaines]… des dizaines et des dizaines de fois. Je me demandais comment ils faisaient pour aller aussi vite. Et… je… je viens de gagner l’étape de l’Alpe d’Huez ! Je… Va falloir un petit moment pour que je réalise ! (16)
– Vous savez que le public français est en train de réaliser qu’il y a peut-être en Pierre Rolland, compte tenu de (17) votre jeune âge, un… un futur vainqueur français du Tour ! Pourquoi pas ? Ça va devenir votre prochaine ambition dans les années qui viennent ? Je ne précipite pas les choses en disant ça. Vous savez très bien les moyens dont vous disposez.
– Non, je… je sais, je connais. Mais bon, on m’a pas laissé beaucoup de temps. Je vais… Faut pas oublier que j’ai que 24 ans. Je vais fêter mes 25 ans cet hiver. J’ai encore dix ans, dix belles années (18) devant moi, et… enfin, dix ans et les dix plus belles (19). Voilà, Thomas, il arrive à maturité, il a 32 ans. Bon, je vais pas… Je dis pas que je vais gagner le Tour mais en tout cas, je vais m’entraîner pour un jour être au plus haut niveau et ne pas avoir de regrets quand j’aurai fini ma carrière, c’est surtout ça.
– Pierre, dernière question: quel est le nom du dernier Français qui avait gagné à l’Alpe d’Huez ?
– Ah… Là, vous me posez une colle ! (20) Parce que moi, j’ai commencé le vélo très tard.
– Bernard Hinault.
– C’est vrai ? Bah je suis très content, je suis fier de… Je suis… je suis pas quelqu’un qui… qui… Mais là, je suis vraiment fier de mon travail.
– Merci, bravo. Félicitations, sincèrement. Merci.

Quelques explications:
1. le maillot blanc: c’est le maillot que porte le meilleur jeune coureur du Tour de France. On est dans la catégorie « Jeune » jusqu’à 24 ans révolus.
2. une étape mythique: LA grande étape, que tout le monde connaît. On parle aussi de col mythique, de route mythique, etc…
3. Thomas: Voeckler, qui est le leader de l’équipe dans laquelle court Pierre Rolland, chargé avec ses équipiers de tout faire pour que Vockler gagne.
4. T’occupe pas de moi: normalement, on devrait dire: Ne t’occupe pas de moi. Mais à l’oral, c’est souvent comme ça. (familier)
5. il m’a laissé ma carte: l’idée, c’est qu’il lui a dit de jouer ses cartes, c’est-à-dire de s’appuyer sur ses atouts et ses forces pour rouler pour lui-même et essayer de gagner puisqu’il avait ses chances.
6. monter: c’est le verbe qu’on utilise pour décrire cette action. On dit qu’on monte un col, on monte le Galibier. Et on monte l’Alpe d’Huez, c’est-à-dire la route qui mène à la station de ski de l’Alpe d’Huez, au-dessus du vieux village. (Ce n’est pas un col. Arrivé en haut, il faut redescendre par la même route.)
7. Le virage N° 6: on dit « numéro six« . Il y a 21 virages, qui sont de vrais virages en épingle à cheveux. Le N°1 se trouve tout en haut de cette montée de 14 km.
8. garder son sang-froid: rester très calme, très maître de la situation.
9. ils s’entendent très bien: ils sont complices, ils sont amis.
10. Et lesquels ! : le journaliste veut dire que ce ne sont pas deux Espagnols ordinaires.
11. c’est quitte ou double: cette expression signifie qu’on peut gagner mais aussi tout perdre. Il n’y aura rien entre les deux.
12. je ferai pas deux: je ne finirai pas deuxième.
13. à bloc: à fond, à pleine puissance.
14. à cette allure = à cette vitesse
15. comme quoi = cela prouve que… / C’est la preuve que
16. réaliser: comprendre ce qui m’arrive, ce qui vient de se passer. Comprendre que ce n’est pas juste un rêve.
17. compte tenu de… : en raison de, à cause de, du fait de…
18. dix belles années: On ne peut pas employer « ans » avec un adjectif. Donc avec « belles », il faut changer « ans » en « années », et passer du masculin au féminin. Subtil et bizarre !
19. et les 10 plus belles: c’est pour cette raison qu’il dit « belles » et non pas « beaux », alors qu’il vient juste de dire 10 ans. (nom masculin)
20. poser une colle à quelqu’un: lui poser une question à laquelle il ne sait pas répondre. Dire « Vous me posez une colle« , c’est reconnaître qu’on ne sait pas du tout, qu’on n’a aucune idée de la réponse. (familier)

* Cocorico: c’est l’onomatopée en français pour le chant du coq. Or le coq est un des symboles de la France. Donc dire « Cocorico », c’est montrer qu’on est fier d’être français. (On l’utilise souvent de façon un peu ironique).