Arrêter de fumer ? Oui, mais comment ?

Le nombre de fumeurs en France reste élevé, même s’il varie en fonction du milieu social et de la tranche d’âge.

Le prix du paquet de cigarettes a encore augmenté de 6 % à la fin de 2010, pour faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat puisque ce sont les taxes qui augmentent, mais aussi pour inciter les fumeurs à faire leurs calculs et cesser de dépenser autant d’argent dans l’achat de cigarettes.

Dans les années 70, un paquet de cigarettes coûtait en moyenne l’équivalent de 0,70 €. En 2000, il était passé à 3,20€. Depuis novembre dernier, il coûte 5,90€. Et bien sûr, selon les marques, il y a bien plus cher ! Donc ça peut représenter un gros budget !
Alors, est-ce dissuasif ou pas ?


Transcription :
Le fait de pas (1) être occupé, de pas avoir d’emploi, d’être là tous les jours à regarder le même décor (2), d’être assis en bas de chez soi, forcément, ça incite à fumer, hein. Deux, trois paquets des fois, mais bon. Si j’étais occupé à amener des enfants à l’école, ou… ou à nettoyer des chantiers, ou même à faire quelque chose, ben je penserais pas à la cigarette, hein. C’est… On va dire c’est mon compagnon de la misère. J’en ai marre (3) de fumer, je vais pas vous mentir. Franchement, j’en ai marre ! Je fume n’importe quoi. Je me bousille (4)la santé parce que je ne travaille pas.

Tous les systèmes de santé les plus radins (5) du monde ne veulent pas dépenser d’argent à soigner les fumeurs. Donc l’arrêt du tabac est gratuit. Le NHS anglais, par exemple, le tabac, c’est entièrement gratuit. On va chez le medecin généraliste (6), on a les médicaments, les soins, tout, on paye pas un centime (7). Tout est gratuit parce que (8) ils ont fait des études médico-économiques. Ils ont vu que si c’était gratuit, il y avait trois fois plus de gens (9) qui s’arrêtaient. Et arrêter le tabac fait faire des économies de façon massive. Si on aide les plus pauvres à s’arrêter, ils s’arrêtent aussi.

L’augmentation de 6% (10) des prix n’est pas suffisante, n’est pas dissuasive. Il faut des augmentations des taxes (11) qui se concluent par des augmentations de prix de 10%. On sait que quand il y a une augmentation de 10% du prix réellement payé par les fumeurs, il y a une baisse de 4% des ventes de cigarettes.

Quelques explications :
1. le fait de pas être… : normalement, il faut dire : Le fait de ne pas être occupé
2. le même décor : le même paysage, le même lieu
3. en avoir marre de faire quelque chose : en avoir assez de… (familier). On peut aussi en avoir marre de quelqu’un ou de quelque chose.
4. bousiller : abîmer, nuire vraiment. => se bousiller la santé : nuire vraiment à sa propre santé, la mettre en danger. (familier)
5. radin : qui ne veut pas dépenser d’argent, même s’il en a. (familier)
6. le médecin généraliste / le généraliste : c’est le médecin de famille, par opposition au spécialiste (le cardiologue, l’ophtalmologiste, etc…)
7. on paye pas un centime : on ne paie absolument rien. L’expression n’a pas changé, même si nous sommes passés à l’euro, divisé en cents, et non pas en centimes comme c’était le cas pour le franc. En fait, nous avons du mal à utiliser le mot « cent » et nous disons souvent « centime d’euro ».
8. parce que ils… : normalement, il faudrait dire et écrire « parce qu’ils ». Mais à l’oral, de plus en plus de gens ne font pas cette contraction, pourtant obligatoire. J’ai laissé « parce que ils » car c’est la transcription de ce qu’il prononce mais à l’écrit, on ne fait pas ça.
9. les gens : il prononce le « s » à la fin de ce mot, alors que c’est une lettre muette que personne ne prononce !
10. 6 % : on écrit toujours le symbole. On n’écrit jamais « pour cent ». Mais on parle de pourcentage.
11. les taxes : le gouvernement français prélève des taxes importantes sur la vente du tabac et peut jouer là-dessus pour faire monter le prix du paquet de cigarettes. C’est pour ça que les Français qui vivent dans les zones frontalières vont souvent acheter leurs cigarettes chez nos voisins européens où les taxes et donc les prix sont plus bas : en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg, en Espagne. L’écart de prix varie entre 1 et 2 € par paquet.

Mon lapin !

Lapin :
1- petit mammifère à longues oreilles. Sa femelle est la lapine et son petit, le lapereau.
2- terme affectueux utilisé pour les enfants ou les adultes qui vous sont chers: Mon petit lapin / Mon lapin
3- la viande cuisinée de cette animal.

Eh oui, les Français mangent du lapin, contrairement à d’autres pays. On trouve toutes sortes de recettes dans nos livres de cuisine. Bien sûr, il y a des Français qui, sans être végétariens, ne veulent pas manger de ce joli petit animal. Mais pourquoi plus de réticences que pour le veau ou toute autre viande au fond ?

Personnellement, je ne mange pas de grenouilles ni d’escargots, mais j’avoue que j’aime beaucoup le lapin…


Transcription:
– Les Français mangent de moins en moins de lapin. Juste pour vous donner une idée : au début des années 70, on consommait dans notre pays environ 4 kg de lapin par personne et par an. Aujourd’hui, on est tombé à seulement 1kg, 1,5kg par personne.
– Bon, le lapin à la moutarde, c’est quand même très bon !
– Ah, vous me rassurez !
– Comment s’explique cette perte de vitesse, François-Régis, de la consommation de lapin ?
– D’abord la diminution de ce qu’on appelle l’élevage familial. Il y a 20 ou 30 ans, on avait toujours des proches qui possèdaient une ferme à la campagne avec quelques clapiers (1), on sortait tordre le cou à lapinou (2), on le préparait en gibelotte et toute la famille se lèchait les babines (3) le dimanche au déjeuner. On le… l’élevait aussi dans les jardins ouvriers (4). Bref, le lapin était au menu partout. Le problème, c’est que cette France sépia (5) des années 50 a quasiment disparu. Et puis il y a une autre explication, d’ordre affective (6) :

De plus en plus d’enfants ayant des petits lapins nains à la maison, domestiques, qui sont charmants, qui sont des animaux charmants, d’ailleurs peu comestibles tellement ils sont petits, et puis il y a … il y a toute cette tradition du lapin dans la bande dessinée, du lapin dans le…dans les films pour enfants, Walt… depuis Walt Disney. Donc dans l’esprit de beaucoup de jeunes Français, le lapin est associé à un animal tellement mignon que c’est cruel de le manger. Et donc du coup, les parents, pour ne pas faire de déplaisir aux enfants et surtout pour que les enfants ne laissent pas leur assiette pleine, bah en mangent… en mangent moins. Je le regrette beaucoup parce que je trouve c’est une viande qui est extrêmement saine, qui est facile à cuisiner, qui est facile à digérer, qui est donc diététique. C’est pas une viande grasse, ça a beaucoup de goût une fois qu’on l’a bien cuisinée. Et donc je… je regrette qu’on abandonne cet élément de notre patrimoine gastronomique, d’autant plus que le lapin a un autre avantage, c’est qu’il a… il se cuisine de plein de façons : en sauce, rôti à la moutarde, en terrines (7) qui sont faciles à faire, qui mélangé à… par exemple avec de… à… à de la gorge de porc hâchée donne des pâtés absolument délicieux. Encore un autre… autre avantage du lapin, c’est que c’est une viande bon marché. Donc ça fait beaucoup d’avantages. Et je trouve dommage qu’on laisse tomber (8) cet… cet élément de notre… de notre cuisine.

– C’est donc à cause du lapin blanc d’Alice et de Bugs Bunny que cet animal est devenu prsque aussi sacré que les vaches indiennes. Saviez-vous que les pays anglo-saxons (9) sont totalement réfractaires (10) à l’idée de croquer du « rabbit » (11) mais que l’Espagne, l’Italie et la France en mangent depuis des temps immémoriaux. La tradition, voilà qui devrait vous donner envie. Rien que (12) dans notre pays, chaque région a sa recette paysanne : lapin à la barigoule (13) en Provence, lapin au cidre en Bretagne, lapin au genièvre dans le nord. Alors ça vous dit (14), le lapin, Audrey ?
– Ouais, enfin jusqu’à maintenant, c’est… On m’a plutôt posé des lapins (15) ! Mais cuisiner un lapin, pourquoi pas !
– Eh bah écoutez, je vous inviterai, Audrey, à venir goûter ma fantastique terrine de lapin aux noisettes, et je vous promets, vous allez voir le lapin autrement.
– J’en doute pas un seul instant, François-Régis !

Quelques détails :
1. un clapier : la cage où on élève des lapins dans une ferme.
2. lapinou : c’est le nom affectueux qu’on donne aux lapins. Dans les livres pour enfants, les lapins s’appellent souvent « Lapinou ».
3. se lécher les babines : c’est ce que font les animaux quand ils mangent : ils se lèchent « les lèvres ». Au sens figuré, pour les humains, ça veut dire qu’on se régale, qu’on apprécie ce qu’on mange.
4. les jardins ouvriers : ce sont des jardins que les villes mettaient à la disposition des ouvriers pour qu’ils se fassent un potager notamment.
5. la France sépia : sépia, c’est la couleur des vieilles photos. Donc cette image fait référence à la France du passé.
6. d’ordre affective : normalement, il faudrait accorder l’adjectif avec « ordre » qui est masculin et dire « d’ordre affectif ».
7. une terrine : c’est le plat dans lequel on cuit les pâtés, qu’on appelle donc aussi des terrines.
8. laisser tomber : abandonner
9. les pays anglo-saxons : les Français appellent comme ça les pays où on parle anglais. Mais c’est un terme un peu vague et tout le monde n’est pas d’accord sur les pays auxquel il fait référence.
10. être réfractaire à quelque chose : être hostile à quelque chose, être totalement opposé à quelque chose
11. rabbit : c’est le mot anglais, qu’on utilise jamais en français. Le journaliste l’emploie ici car il vient de parler des pays anglo-saxons.
12. rien que dans notre pays : pour ne prendre que l’exemple de la France, sans même mentionner les autres pays.
13. à la barigoule : c’est une recette provençale, avec des artichauts.
14. ça vous dit, du lapin ? = Vous avez envie de manger du lapin ?
On peut aussi employer cette expression de la manière suivante : « ça vous dit de manger du lapin ? » Et on peut répondre : « Non, ça ne me dit pas / ça ne me dit pas trop. Ou l’inverse : Oui, ça me dit / ça me dit bien. »
15. poser un lapin : c’est une expression qui veut dire que quelqu’un vous a donné rendez-vous quelque part et n’est pas venu, sans vous prévenir.