Des bébés ? Oui, mais plus tard

Les Françaises font des bébés : 828 000 naissances en 2010, ce qui représente 2,1 enfants par femme. Un chiffre élevé, comparé à celui de nos voisines allemandes par exemple.

Des aides aux familles (même si elles sont grignotées peu à peu), des crèches dignes de ce nom et des écoles maternelles (menacées aussi), un congé de maternité de 16 ou 26 semaines, des congés parentaux, des possibilités de travail à temps partiel : toutes ces raisons font qu’en général, les Françaises ne sont pas obligées de choisir entre avoir une famille ou avoir un métier, et que donc, elles font des enfants. A cela, on peut ajouter le fait qu’après un divorce, certaines femmes décident d’avoir un autre enfant si elles rencontrent un autre papa potentiel et d’accord !

Ce qui est nouveau, c’est que le premier bébé arrive de plus en plus tard: à 30 ans en moyenne. Et les grossesses après 40 ans sont plus nombreuses qu’il y a quelques années. On est encore loin des Américaines, mais l’évolution est visible.


Transcription:
J’ai 35 ans et Julien est mon premier enfant. (1)

J’ai 30 ans et Alexandre est mon premier enfant. Les études qui se terminent un petit peu plus tard. Egalement, bah le choix d’une carrière professionnelle, établie. Et puis… et puis (2) également le choix de… et puis le… le fait de trouver la bonne personne, qui est un facteur assez important quand même !

J’ai à ce jour 41 ans. Je viens de mettre au monde (3) mon quatrième enfant. J’ai eu mon premier enfant à 32 ans (4), mon second à 34, ma troisième à 39 et la petite quatrième, donc, à 41 ans.

On va être obligé de médicaliser (5) les grossesses. Oh, elles vont bien se passer parce que on va bien les surveiller. Mais on va… on va les médicaliser un peu plus alors que l’évolution voudrait que ce soit vers quelque chose de plus physiologique (6).

Quelques détails :
1. La première maman a un accent du sud, contrairement aux deux autres. (On l’entend dans « ans » et « enfant » par exemple.)
2. et puis : elle prononce « puis » sans dire le « u », ce qui donne quelque chose comme « et pis ». C’est fréquent dans de nombreuses régions de France.
3. mettre au monde : on dit plus souvent « accoucher ». Cette expression donne un petit côté « poétique » à la naissance.
4. Elle bafouille un peu pour dire « trente ».
5. médicaliser : assurer un suivi médical plus important, alors qu’être enceinte est quelque chose de naturel. Mais au-delà de 35-38 ans, les risques de grossesses qui se passent mal ou moins bien sont plus grands et augmentent vite.
6. physiologique : il veut dire que normalement, tout est prévu par le corps des femmes pour qu’attendre un enfant ne soit pas particulièrement compliqué dans la majorité des cas.

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La tête haute avant

J’ai pris cette photo à la gare Saint Charles de Marseille, en dessous des grands escaliers monumentaux qui descendent vers la Canebière. Si vous regardez d’un peu plus près, derrière les voitures, vous verrez des matelas, des sacs de vêtements entassés, misérables possessions de SDF qui les laissent là pendant la journée…

C’est un fait, le nombre de sans-abris augmente dans nos villes. A Paris aussi, on voit des tentes plantées sous des ponts, dans des parcs, en pleine ville, abris précaires de gens qui n’ont rien d’autre.

Ce qui est nouveau, c’est que la dégringolade dans la précarité touche aujourd’hui des Français qui jusque-là étaient épargnés. Chômage, petits boulots, divorce, impossibilité de payer des loyers qui se sont envolés: on a vite fait de perdre pied. Alors, les associations caritatives comme les Restos du Coeur – notre version des soupes populaires, le Secours catholique, le Secours Populaire tentent de suppléer aux carences de notre société.

C’est cette misère que racontent les petits témoignages qui suivent:
– Yucera et son mari, qui a perdu son emploi, sont obligés de faire appel à la charité pour se nourrir et ne pas plonger totalement.
– Franck n’a plus qu’un tout petit salaire et sa voiture.

Transcription :
– Bah on a l’impression d’être une merde (1). Pardon de l’expression. (2)
– C’est pas votre faute ! (3)
– Je sais que c’est pas de ma faute mais c’est plus fort que moi !(4) Lorsqu’on a une rythme (5) de vie où on est bien dans sa tête, où on est heureuse, et d’un coup, tout s’effondre et tout se suit ! (6) On pète un câble (7). On partait en vacances, on allait à Disneyland, on se faisait des piscines, des mini-golfs, on se faisait des cinés, des restaurants. (8)
– Donc vous étiez une famille, on va dire ordinaire.
– Ouais, on n’était pas riches, on n’était pas pauvres. On était bien.

Yucera a tout fait pour tenir (9). Son mari a même trouvé un emploi de bagagiste dans un hôtel. Impossible de s’en sortir (10).
– De avril à décembre, on a… on a mangé toutes nos économies. Y avait plus rien à la maison. (Bonjour Monsieur !) J’avais la tête haute avant (11). Plus maintenant.

Une bénévole du Secours Catholique :
– Pour ces personnes-là, c’est vraiment un traumatisme, hein.
– Le Secours Catholique, c’était les reportages à la télévision, quoi.
– C’était les reportages à la télévision, mais c’était surtout réservé aux SDF (12) ou aux personnes vraiment… dont ils ignoraient tout à fait la vie, d’ailleurs, hein.

Franck, à qui il ne reste que sa voiture :
– Voilà. Je vous présente ma Ginette (13), ma nouvelle maison. Ma couverture pour dormir, mon duvet, voilà, pour me préparer pour aller dormir ce soir.
Depuis 14 jours, il vit là, dans sa voiture. 800 € de chômage par mois, pas de quoi payer un loyer. Il évite les foyers de nuit (14).
– Beh j’ai essayé une fois. J’ai… Je me suis fait voler mon sac, toutes mes affaires personnelles, les effets personnels, ma vie, quoi. Et je me suis rendu compte qu’en fait, beh, c’est instable, c’est les foyers… Les alcooliques, que je déteste pas mais… les toxicos (15) et puis des gens qui ont des problèmes psychologiques.
Il est 16 heures. Encore quatre heures à tuer avant le bol de soupe servi ce soir par les Restos du Cœur (16) près de la gare, avant de revenir ici, au milieu des immeubles, pour dormir, tant bien que mal (17).

Quelques explications :
1. être une merde : être totalement nul (vulgaire, pour exprimer ici sa déchéance)
2. pardon de… : on dit plutôt : Pardon pour…
3. c’est pas votre faute : on peut dire aussi : « C’est pas de votre faute ».
4. C’est plus fort que moi : cette expression signifie qu’elle ne peut pas s’empêcher de penser comme ça.
5. une rythme : c’est ce qu’elle dit mais « rythme » est masculin, donc il faut dire « un rythme ».
6. Tout se suit : elle veut dire que les problèmes se succèdent. On dirait plutôt : «Tout s’enchaîne », pour montrer le caractère inexorable de ce qui arrive.
7. péter un câble : devenir fou (familier)
8. se faire un ciné, un resto, etc… : aller au cinéma, au restaurant. (familier)
9. tenir : résister
10. s’en sortir : sortir d’une situation difficile, trouver des solutions, remonter la pente.
11. avoir la tête haute : être fier de ce qu’on est, avoir de la dignité.
12. un SDF : un sans domicile fixe. Avant, on disait « un clochard ». On parle aussi des sans-abris.
13. ma Ginette : c’est le nom qu’il a donné à sa voiture.
14. un foyer de nuit : un lieu où les SDF peuvent être accueillis pendant la nuit.
15. un toxico : abréviation de « toxicomane » = un drogué.
16. Les Restos du Cœur : c’est une association présente partout en France pour servir des repas aux plus démunis, grâce au travail de nombreux bénévoles.
17. tant bien que mal : avec difficulté, avec peine.