Mère de pêcheur

Une grande partie de la vie en Bretagne tourne autour de la mer et de la pêche. Martine est femme de marin-pêcheur. Et comme dans la famille, on prend la mer de père en fils, son fils aussi est marin-pêcheur.

Derrière ce petit tableau de leur vie quotidienne, se profilent les difficultés de ce secteur, malmené par les variations du prix du carburant, les quotas de pêche imposés par l’Union Européenne et des bénéfices en baisse.

Petite conversation au retour des bateaux que Martine est venue attendre comme toujours.


Transcription:
C’est quoi, votre prénom ?
Martine.
Martine. De… Du Guilvinec ?
Ah non ! Nous, on est des… des paysans des terres.
Vous êtes d’où ?
Nous, on est de Saint Thurien. C’est entre… entre Scaër et Quimperlé.
Comment on vit en tant que… comme maman de marin ?
Oh rien de spécial.
Vous êtes inquiète des fois (1)?
Non, jamais.
Non ?
Jamais.
Vous faites confiance à l’expérience des…
Ben voilà. C’est pas des fous, les gars (2). Donc quand il y a un accident, il y a un accident. Mais c’est quand même pas des fous. Moi, mon mari est… était marin-pêcheur aussi. Mais il a eu la main broyée sur le bateau donc pour l’instant, il est pas prêt à retourner.
Ouais.
Mais bon, c’est des accidents comme à l’usine ou comme un chauffeur routier qui fait la… l’Europe. C’est pareil, hein. Il est pas là non plus, quoi. On n’est pas tout le temps en train de dire les accidents sur l’autoroute. Non, non, moi je suis d’un naturel optimiste (3) en plus, surtout quand il y a du soleil.
Vous êtes venue regarder ce qu’il ramenait ?
Non, non. C’est tous les… Je viens le chercher et le… le conduire au bateau tout le temps.
Ah oui ?
C’est le rituel.
C’est vrai ?
Ouais, ouais.
Mais vous regardez quand même ce qui est sorti, non ?
Un peu oui. Un peu, parce que…
C’est quoi ? C’est une belle pêche ou pas ?
Ce qu’il y a dans le bateau, je sais pas. Ça, c’est leur part à eux, c’est la godaille.
D’accord. Comment vous dites ?
La godaille. Enfin ici, ça s’appelle comme ça, quoi. C’est la part du marin, quoi. Voilà.
Et après, bon bah, soit ils la gardent, soit ils la vendent.
C’est interdit de vendre. C’est consommation personnelle de la famille, quoi, voilà, pour nous, les grands-parents, les tontons (4), voilà, quoi.
Ouais. La godaille.
La godaille.
Et après le reste, c’est…
« La part de misère » (5).
La part de misère. Le plus important, c’est ce qui va monter après.
Ils… Ils vont débarquer cette nuit. Pas cette nuit, dans la soirée, quoi.
Ouais. C’est important la pêche pour le Guilvinec, hein.
Pour toute la Bretagne, je crois. Je crois même pour… au niveau France, tout ce qu’il y a… tout sur la côte, quoi. Parce que dans le Golfe de Gascogne, bon, ils ont des ennuis aussi. En Vendée, il y a le problème des anchois. La pêche, c’est important partout.
Ça va mieux qu’il y a un an et demi, ou pas ?
Un an et demi, c’était le gasoil (6). Problèmes de gasoil.
Et là, c’est le poisson qui est… qui est pas très bien payé.
Voilà, voilà.

Quelques explications :
1. des fois : parfois (familier)
2. les gars : les hommes (familier)
3. être d’un naturel optimiste : être optimiste par nature. Prendre la vie du bon côté en général.
4. tonton : mot familier employé pour un oncle.
5. la part de misère = la godaille : les poissons et les crustacés laissés par le patron pêcheur à ses marins, en général parce qu’ils ne seraient pas assez beaux pour être vendus.
6. le gasoil : on trouve aussi l’orthographe « gazole ». C’est le carburant des bateaux. (et des voitures diesel). En 2008, il y a eu une période de crise et de blocage des ports français par les marins-pêcheurs à cause de la forte augmentation du prix du gasoil.

Travailler plus longtemps ?

Pour avoir le droit de prendre sa retraite en France actuellement, il faut avoir 60 ans. Si vous n’avez pas cotisé assez longtemps pendant votre vie active, c’est-à-dire si vous n’avez pas travaillé pendant les 160 trimestres réglementaires, votre retraite sera plus faible. Sinon, vous pouvez continuer à travailler plus longtemps.

Le débat actuel porte sur l’âge de départ que le gouvernement veut reculer de plusieurs années. Donc plus personne n’aura la possibilité de partir à la retraite à 60 ans, retraite complète ou pas. Cela pose le problème des métiers pénibles. Mais qu’est-ce qu’un métier pénible ? Cela pose le problème du chômage des jeunes qui ont besoin que leurs aînés prennent leur retraite pour accéder à ces postes. Cela pose le problème de l’emploi des seniors – terme stupide pour éviter de dire « vieux » – qui ont un mal fou à retrouver du travail si par malheur ils sont licenciés vers 45-50 ans… Cela pose le problème de la qualité de vie de chacun dans notre société.
Oui, je sais, il y a des tas de pays où les gens sont obligés de travailler plus longtemps…

Voici quatre Français qui expliquent comment ils voient les choses, en fonction de leur parcours personnel et professionnel:
Paul et Marie, 62 ans.
Isabelle, 45 ans.
Michel, 55 ans

(Personnellement, je me souviens que quand j’étais élève, je préférais avoir des jeunes profs ! Alors, devoir enseigner jusqu’à 65 ans ou peut-être plus ! Je plains mes futurs étudiants !)


Transcription:
Paul :
Vous savez, le métier de consultant est pas un métier difficile. C’est un métier qui… qui nécessite de pas trop dormir mais… mais tout de même, c’est pas un métier très… très usant. Moi, je peux travailler jusqu’à 70 ans, même si j’ai déjà fait un infarctus. Ma santé me le permettra sans doute. Si ça nous fatigue pas de continuer à travailler, continuons à travailler ! Ça me plaît de travailler, et voyager, de rencontrer des gens, d’écouter.

Marie:
– Je me sens capable de travailler encore huit ans s’il le fallait. Moi, je suis d’un milieu de professions libérales (1). Les avocats et les médecins dans ma famille ont tous travaillé jusqu’à 70-72 ans sans aucun problème. Je suis très en forme physiquement. Intellectuellement aussi, je l’espère. On me demanderait d’arrêter, tout de suite, je me remettrais dans une autre activité professionnelle.
– Pourquoi ? La retraite vous fait peur ?
– Sûrement. Et puis, ça donne forcément un coup de vieux (2), faut bien le dire !(3)

Isabelle:
J’ai travaillé de 18 ans à 38 ans. Ensuite, j’ai été obligée de m’arrêter de travailler pour des raisons personnelles. Et maintenant, je n’ai que 80 trimestres (4), ce qui fait que si je veux avoir une retraite convenable, il faudrait que je travaille jusqu’à 70 ans, voire plus (5). Ça sera pas possible. J’habite en banlieue , j’ai une heure et demie de transports, j’ai eu un cancer, j’ai eu des tas de choses. Entre le stress, le mal-être, entre les grèves de RER (6), les… la météo comme ce matin où on part plus tôt de peur que… C’est… c’est usant. C’est pour ça que moi, je pense pas que ça soit (7) une bonne idée de prolonger trop… Et puis bon, bah, je pense qu’on va pas travailler en sifflant (8) le matin à cet âge-là. C’est ça le problème, quoi.

Michel:
Ce qui est très surprenant quand on est demandeur d’emploi à mon âge, c’est que, en fait, tout ce que l’on pensait être des qualités, c’est-à-dire son expérience, son savoir-faire, sa connaissance de la société, ça devient en fait un handicap. Je sais pas s’il y a une ségrégation anti-vieux mais je suis à peu près sûr que dans la sélection des CV par exemple, on fait partie du premier tas des gens sortis, c’est-à-dire qu’on est sorti tout simplement à cause de notre âge, point final (9). Et très concrètement dans mon cas, en un an et demi, si j’ai eu une dizaine de contacts avec des entreprises susceptibles de me recruter, c’est le maximum. Théoriquement, ma retraite, c’est dans six ans. J’ai encore deux ans de chômage (10) et entre les deux, je sais pas ce que je ferai. Je pense très clairement que je serai au RMI (11). C’est ce que j’ai dit à mon employeur quand… quand il me licenciait. Je lui ai dit « Quand… quand on licencie une personne de 55 ans, on la met au RMI, faut le savoir. » Moi j’ai envie de travailler plus longtemps,vous savez. Je pense qu’on peut apporter un certain nombre de choses à une entreprise, mais quand vous avez au-delà de 45 ans, vous ne trouvez pas de travail, point final.

Quelques détails :
1. les professions libérales : les professions où on n’est pas salarié d’une entreprise ou employé par une administration. On dit qu’on travaille en libéral.
2. donner un coup de vieux à quelqu’un : faire sentir tout d’un coup qu’on est vieux.
3. Faut bien le dire = Il faut bien le dire  : on est bien obligé de l’admettre. On ne peut pas le nier.
4. les trimestres : la retraite se calcule en France en fonction du nombre de trimestres pendant lesquels on a travaillé et donc cotisé pour la retraite.
5. voire plus : et même davantage
6. le RER : A Paris, il y a le métro et le RER. Les lignes de RER traversent Paris et desservent les banlieues plus lointaines. (RER = Réseau Express Régional) Elles sont identifées par des lettres : ligne A, B, etc… (Les lignes de métro portent des nombres.)
7. Elle prononce « ça soye », ce qui n’est pas correct. Mais c’est très courant comme faute à l’oral.
8. en sifflant : siffler montrerait que vous êtes content, joyeux.
9. point final : un point c’est tout. Il n’y a rien à rajouter.
10. Il a encore 2 ans de chômage : il va toucher les allocations de chômage encore 2 ans et après, il n’aura plus rien s’il ne retrouve pas d’emploi.
11. le RMI : Revenu Minimum d’Insertion : c’est une allocation qu’on touche quand on n’a plus droit à aucune allocation de chômage. Mais c’est vraiment très « minimum ». Il a été remplacé récemment par le RSA, le Revenu de Solidarité Active.