Rebelle

Elle est actrice ( encore une ! )
Elle parle vite. Sans faire de chichis.
Elle fume.
Elle n’aime pas les brushings.
Elle n’aime pas ce qui est bien rangé.
Elle aime quand ça fait un peu désordre.

Transcription :
En fait, ça, on a ça en commun, c’est-à-dire de pas se poser de questions. C’est vrai que…
Oh !… Vous vous posez pas de questions ?!
Non, sur soi.
Ah ouais.
Je veux dire sur son attitude de vie, quoi. Oui, je me pose des questions sur le monde. Mais sur… sur… Est-ce que c’est bien ce que je suis en train de faire ? Est-ce que je suis bien habillée ? Est-ce que ma bagnole (1), j’ai raison ? Est-ce que je devrais moins fumer ? Bon… Je la fume…
Sylvie Testud est une décadente. Non, mais j’ai lu quelque part que vous disiez «Oui, y en a marre (2) de tout interdire », on parlait de cigarettes, de… de voiture, de… voilà, et qu’il faut préserver la décadence française.
Oui, parce que je crois que c’est ça qui fait le charme de la France. C’est ça qui…qui a fait son charme, ses petits bistros (3), ses… Moi, ça me rassure quand je vois parfois que c’est pas si propre, que c’est pas si ordonné. Vous savez ce qui me fait le plus flipper (4) au monde, c’est quelqu’un qui n’a pas un cheveu qui dépasse de son brushing (5).
C’est bon, ça revient, le brushing !
Ah non, mais ça me… Mais ça me terrifie. Comment on peut calculer une chose pareille ? Et il y a des pays… Alors, j’ai pas envie non plus d’assassiner des pays, mais où je trouve que tout est tellement propre, tout est tellement ordonné…
Ça cache quelque chose.
Ça m’angoisse, en fait. Non mais en vrai (6), je vous jure, ça m’angoisse. Je préfère aller, je sais pas, dans le fin fond de l’Espagne, du Portugal, où bon bah tant pis, il y a un papier qui traîne… Alors je dis pas que je suis pas écolo (7), enfin que il faut pas préserver, tout ça. Mais il y a un moment, c’est trop ! Quand tout est organisé, que les arbres, ils sont tous à, je sais pas, 1,12 mètre les uns des autres. Je sens toute l’équipe qui a mis bien l’arbre là. Ben j’aime bien quand il y en a un qui rentre dans l’autre, quand finalement, il y a un peu des feuilles qui tombent. Quand on est dans un bistro, j’aime bien que le carrelage, il soit… il aille pas exactement avec la couleur sur les murs qui va avec le… le lustre. Tout ça me semble d’un calcul trop grand, quoi. Ça m’angoisse.
Bon allez, un peu de patience, le temps des infos…(8)
Ouais.
Après on va se fumer une clope (9)… Oh pardon ! (10)

Quelques détails :
1. une bagnole : une voiture (argot)
2. Y en a marre : il y en assez de… (Expression familière)
3. un bistro : un café (argot). On peut aussi l’écrire avec un « t » : bistrot
4. ça me fait flipper : ça me déprime. (argot, venu de l’anglais)
5. un brushing : encore un mot emprunté à l’anglais mais de travers… C’est à la fois l’action de coiffer les cheveux avec un sèche-cheveux et une brosse ainsi que le résultat, le type de coiffure qu’on obtient, où les cheveux sont bien disciplinés.
6. non mais en vrai : c’est vrai. Façon très familière de parler, un peu enfantine.
7. écolo : abréviation qui vient de écologiste. Pour parler de quelqu’un qui protège l’environnement.
8. les infos :abréviation de « informations ». L’interview va être interrompue par le flash d’infos.
9. une clope : une cigarette (argot)
10. La journaliste fait semblant de s’excuser, parce que ce n’est pas «politiquement correct » de fumer. (et de le dire à la radio)

Le bec dans l’eau

Le travail qui se fait plus rare, les factures qui arrivent tous les mois, les mensualités qu’on ne peut plus payer et les banques qui vous poussent à emprunter encore et encore pour rembourser les autres crédits… Bref, la fuite en avant pour certaines familles.
C’est ce qu’on appelle le surendettement, qui résulte souvent des « accidents de la vie », comme disent certains, mais aussi, il faut bien le dire, de l’absence de scrupules de banques et d’organismes de prêts qui ont tout intérêt à placer des crédits à la consommation lucratifs…
Sauf que, à la fin, de toute façon, on se retrouve le bec dans l’eau et les poches vides, comme Paul et Josiane l’expliquent dans ce petit enregistrement.

Transcription :
– Il y a eu les chômages techniques (1) qui ont commencé. Donc on avait moins de revenus tous les mois. On est allé trouver (2) notre banquier qui nous a dirigé vers d’autres sociétés, qui nous a fait un crédit… des crédits revolving, Open. Et là, pour nous, ça a commencé. On a donc pris un premier crédit, un second crédit. Le banquier nous disait : « Bah en attendant qu’on trouve une solution, quelque part, dans une autre société de crédit, vous payez vos crédits tous les mois. » On est arrivé comme ça à 22 000 euros de découvert (3). Notre maison a été vendue entre-temps et maintenant, on nous demande des frais et des intérêts. Parce qu’ils nous demandent des frais de remboursement anticipé ! J’en veux au banquier…(4)
– Oh oui !
– …parce que on est allé le voir avant que ça arrive.
– On a laissé pourrir la chose jusque (5) ça n’aille plus. Aujourd’hui on se retrouve le bec dans l’eau. (6)
– Vous pensez que vous allez vous en sortir ? (7)
– Bah on espère !
– On espère !
– On est tous les deux quand même. Maintenant (8) je pense que ça mettra encore très longtemps. Il faudra qu’on paye, oui. C’est pas qu’on ne veut pas payer. Ce qu’on aimerait, c’est pouvoir vivre normalement.

Quelques explications :
1. le chômage technique : période pendant laquelle l’entreprise cesse temporairement son activité, en attendant une augmentation des commandes par exemple. Les employés sont en chômage technique et ne sont pas payés.
2. aller trouver quelqu’un : aller voir quelqu’un pour lui demander quelque chose.
3. un découvert : c’est quand il n’y a plus assez d’argent sur votre compte en banque. Vous êtes à découvert.
4. en vouloir à quelqu’un : être fâché contre quelqu’un, lui faire des reproches.
5. jusque : normalement, il faudrait dire « jusqu’à ce que ça n’aille plus ».
6. se retrouver le bec dans l’eau : expression familière = être dans l’incertitude, sans solution.
7. s’en sortir : trouver une solution, arriver à quelque chose.
8. Maintenant : ce n’est pas le sens habituel. On l’emploie souvent pour marquer le contraste. C’est à peu près la même chose que « mais » dans ce cas-là.