Je suis tombée sur cette campagne intrigante (1). (Faites défiler les images)
A première vue, cela ressemble à des avis de recherche lancés pour retrouver des personnes disparues. Mais très vite, des indices nous mettent la puce à l’oreille (2) : en effet, en français, on n’utilise pas les mots mâle / femelle pour parler des êtres humains alors que c’est le cas dans la carte d’identité de chacune de ces personnes. Puis la suite nous permet de comprendre qui parle en réalité, qui sont en quelque sorte les auteurs de ces avis de recherche : Médor est un nom de chien , Minou un nom de chat. Et ils nous parlent de leurs maîtres, de leurs humains, en décrivant leurs caractéristiques physiques et leur caractère, comme nous le ferions à propos de nos animaux de compagnie.
Tous ces animaux ont été abandonnés et leurs « témoignages » racontent ce qui s’est passé, d’une manière faussement naïve. Ces mini-récits ont tous un goût de trahison et de bonheur disparu à cause du comportement de leurs maîtres et maîtresses irresponsables. D’habitude, on rencontre des animaux qui parlent et expriment leurs sentiments dans des albums jeunesse (3). Mais là, on n’est pas dans le monde de l’enfance. On est bel et bien (4) dans notre monde d’adultes où certains abandonnent leur chien ou leur chat devenus encombrants (5) pour toutes sortes de raisons. J’ai trouvé que ces avis de recherche inversés étaient très parlants (6) pour dénoncer un phénomène qui, d’après la SPA (7), ne fait que s’amplifier.
Des explications
intrigant : qui intrigue, qui suscite la curiosité parce qu’on ne comprend pas bien de quoi il s’agit
mettre la puce à l’oreille : faire suspecter quelque chose, nous alerter
un album jeunesse : un livre illustré destiné aux enfants
bel et bien : sans aucun doute
encombrant : qui nous encombre, c’est-à-dire qui nous gêne dans notre vie et dont on aimerait bien se débarrasser
parlant : significatif, qui évoque bien le problème
la SPA : la Société Protectrice des Animaux
barbu / moustachu : qui porte la barbe / la moustache
la manette : ce qu’on tient dans sa main pour jouer aux jeux vidéo
faire un footing : aller courir
dernièrement : ces derniers temps (= récemment)
un câlin : une démonstration physique d’affection
dégarni : qui a perdu une partie de ses cheveux
une balade : une promenade
le Bois de Vincennes : c’est un des bois situé dans Paris.
Et bien sûr, on retrouve l’expression du manque dans ces témoignages du point des vue des animaux. Attention en français à l’ordre des mots : Mon maître me manque (= je suis malheureux sans mon maître)
Je vous remets aussi le lien sur France Bienvenue pour que vous écoutiez Elisa, une de mes anciennes étudiantes qui justement faisait du bénévolat dans un refuge.
Et voici les chiffres publiés par la SPA que je vous ai lus :
* Vs : beaucoup de Français ont adopté le terme utilisé par les anglophones pour remplacer « comparé à ». Et ils prononcent « versus », avec un U bien français.
Nouveau premier ministre, nouveau gouvernement. Et donc nouvelle ministre de l’Education Nationale. C’est le quatrième changement à la tête de ce ministère depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, avec à chaque fois des réformes appliquées à la va-vite. Et cette fois, cette ministre est en charge aussi du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Et bien sûr, elle s’occupe également des fameux Jeux Olympiques organisés en France cette année. On peut raisonnablement se demander si ça ne fait pas un peu trop ! Et quand on écoute ses premières interventions, il n’y a pas de quoi être rassuré. Le premier extrait que je partage ici m’a laissée perplexe par son ton familier et ses promesses creuses.
Le deuxième extrait m’a vraiment irritée ! Eh oui, notre ministre de l’Education Nationale a mis ses enfants dans une école privée catholique (et pas n’importe laquelle). Vous me direz, rien de bien surprenant en fait de la part de nos dirigeants. Mais ce qui fait bondir, c’est la justification qu’elle a apportée devant la presse : ses enfants ne vont pas dans une école publique parce que le système ne fonctionne pas ! Ah bon, il n’y a pas de remplaçants ? Ah bon, la vie dans certaines écoles n’est pas agréable, pas épanouissante ? Mais qui supprime des centaines de postes d’enseignants ? Qui surcharge les classes ? Qui épuise les enseignants et les dévalorise ? Qui amène certains chefs d’établissement à recruter des gens non formés pour combler les manques de notre administration ?
En tout cas, c’est plutôt mal parti avec les enseignants qui pour beaucoup se sentent déjà déconsidérés et offensés par leur ministre toute neuve !
Voici aussi juste l’enregistrementsi vous ne pouvez pas accéder à instagram:
Trancription
Bonsoir à toutes et à tous, c’est Amélie Oudéa Castera, je suis votre nouvelle Ministre de l’Education Nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques et je voulais absolument vous faire un petit coucou (1) ce soir avant de boucler cette journée (2) qui a été super (3) riche, super dense avec la passation (4), avec Gabriel Attal, notre nouveau premier ministre ce matin. Je voulais aussi vous dire ma fierté d’être votre ministre, la ministre de l’école, la ministre de la jeunesse, la ministre de plus de sport dans vos vies, la ministre qui va aussi faire en sorte que les Jeux, ils puissent inspirer la jeunesse de tout notre pays, que vous puissiez y être associés. Moi, j’ai envie que, tous ensemble, on arrive à construire, à fortifier cette école qui va être à la fois une école de l’exigence sur la maîtrise des savoirs, mais aussi une école qui protège, où il y a pas de harcèlement (5), il y a pas de peur, il y a pas de boule au ventre (6), et puis aussi une école qui est celle de l’épanouissement, l’épanouissement républicain, avec plus de sport, avec la reconnaissance de vos différences, de vos talents, de là où vous êtes bons, là où vous avez envie de vous exprimer. C’est tout ça qu’on va essayer de construire ensemble. Et voilà, je suis encore super heureuse d’être à votre service, au service de toute la communauté éducative, au service du monde du sport, pour qu’on réussisse tout ça ensemble. Il y a beaucoup, beaucoup de choses, beaucoup de belles choses à vivre, à partager. Alors, à très bientôt.
Des explications
faire un petit coucou : on emploie cette expression familière avec ses amis ou ses proches, pour dire qu’on va passer les voir, qu’on va leur faire une petite visite pour leur dire bonjour. Le ton est surprenant de la part d’une ministre, même sur les réseaux sociaux. – On est dans le coin. Est-ce qu’on peut passer vous faire un petit coucou ? – Tu as des nouvelles des enfants ? Oui, ils nous ont fait un petit coucou en sortant du cinéma.
boucler une journée : terminer une journée chargée.
super : très (style familier, oral)
la passation : il s’agit du moment où le ministre en place passe officiellement, lors d’une petite cérémonie, les pouvoirs au nouveau ministre qui vient d’être nommé. On parle de passation des pouvoirs.
le harcèlement : la lutte contre le harcèlement scolaire est un des thèmes du gouvernement, pour mettre fin à toutes ces situations où des collégiens ou des lycéens s’en prennent à certains élèves de leur entourage, les humilient, les insultent, les maltraitent physiquement et moralement, jusqu’à entraîner des suicides chez ces jeunes harcelés.
avoir la boule au ventre : ressentir une grande angoisse (qui peut se traduire par des symptômes physiques). On emploie cette expression familière à propos des élèves angoissés par l’école pour diverses raisons mais aussi à propos des adultes angoissés par exemple à l’idée d’aller au travail s’ils y sont mal traités.
Deuxième extrait
Voici ce que la ministre de l’Education Nationale a répondu pour justifier la scolarisation deses enfants dans l’enseignement privé. A pleurer !
Transcription
Alors, très bien, on va aller sur le champ du personnel (1). Je vais vous dire pourquoi nous avons scolarisé (2) nos enfants à l’école Stanislas, je vais vous raconter, brièvement, cette histoire, celle de notre aîné Vincent. Vincent, qui a commencé, comme sa maman, à l’école publique, à l’école Littré (3). Et puis, la frustration de ses parents, mon mari et moi, qui avons vu des paquets (4) d’heures qui n’étaient pas sérieusement remplacées (5). A un moment, on en a eu marre (6), comme des centaines de milliers de familles qui, à un moment, ont fait un choix, voilà, d’aller chercher une solution différente (7). On habitait rue Stanislas. Scolariser nos enfants à Stanislas était un choix de proximité (8). Et depuis, de manière continue, nous nous assurons que nos enfants sont non seulement bien formés, avec de l’exigence dans la maîtrise des savoirs fondamentaux, qu’ils sont heureux, qu’ils sont épanouis (9), qu’ils ont des amis, qu’ils (10) sont bien, qu’ils se sentent en sécurité, en confiance. Et c’est le cas pour mes trois petits garçons, mes trois enfants qui sont là-bas. Alors, je pense que, avant de stigmatiser les choix des parents d’élèves, il est important de rappeler que l’école, celle de la République (11) et que la République travaille avec tout le monde, dès lors que (12)… on est au rendez-vous (13), voilà, de cette exigence et de ses valeurs.
Des explications
le champ du personnel : le domaine de sa vie privée.
scolariser un enfant : l’envoyer à l’école, l’inscrire dans une école. Par exemple : Les enfants en France sont scolarisés dès l’âge de 3 ans à l’école maternelle.
l’école Littré : les écoles portent toutes un nom. Littré (Emile) est le nom d’un lexicographe du 19è siècle connu entre autres pour son Dictionnaire de la Langue Française.
un paquet d’heures : de très nombreuses heures ( familier)
des heures pas remplacées : la Ministre fait référence au fait que l’Education Nationale manque de remplaçants professionnels et qualifiés pour prendre le relais dans les classes quand des enseignants sont malades, en congé de maternité, quand leurs propres enfants sont malades, etc. Il s’agit d’un choix des différents gouvernements depuis des années de rogner sur le budget de l’enseignement et de ne pas payer des enseignants qualifiés dont la spécialité est de remplacer au pied levé leurs collègues empêchés pour une raison ou une autre. Il existait un corps de professeurs titulaires remplaçants, donc affectés à une zone de remplacement. Ce corps a été supprimé pour faire des économies budgétaires.
on en a eu marre : on en a eu assez (familier)
chercher une solution différente : c’est-à-dire inscrire ses enfants dans l’enseignement privé, où des fonds sont débloqués par les directeurs en cas d’absence de leurs professeurs (puisque les parents payent directement la scolarité de leurs enfants)
un choix de proximité : elle fait comme si ce choix était juste un choix lié à l’endroit où la famille habite, c’est-à-dire qu’on inscrit ses enfants dans l’école la plus proche du domicile familial.
être épanoui : être parfaitement à l’aise et vivre une vie sereine
qu’ils sont bien : on entend « qui sont bien », ce qui signifierait que ce sont les camarades de classe de ses fils qui sont des enfants « bien », c’est-à-dire fréquentables. Je pense que, quand même, elle dit « qu’ils sont bien », faisant référence à ses enfants et à leur bien-être.
l’école de la République : cela renvoie aux valeurs développées pendant la 3è République, basées sur l’idée de donner une éducation à tous les enfants. La suite de la phrase n’est pas claire : je ne comprends pas comment elle est construite !
dès lors que = dès que
être au rendez-vous de ces exigences : respecter ces exigences, les mettre en application
Côté communication, voici une entrée en matière complètement ratée auprès d’une majorité d’enseignants ! Ou alors, ce n’est pas un hasard et c’est donc tout simplement inquiétant pour l’école publique.