Fumer ou comment se faire rouler

Vous fumez ?
Vous avez commencé quand vous étiez ado ?

En France, malgré la forte hausse du prix des cigarettes, les nombreuses campagnes d’information et l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le nombre de fumeurs ne baisse plus. Il est même en hausse chez les jeunes, garçons et filles.

Ce sont essentiellement ces jeunes que vise cette nouvelle publicité contre le tabagisme:
le cadre : le conseil d’administration d’une entreprise
le message : Vous êtes manipulés par les cigarettiers.

Ou comment essayer de toucher les jeunes, en général peu sensibles à l’argument santé…
Alors, efficace ou pas ?

Transcription :
Mesdames, Messieurs, si je vous ai fait venir en urgence, c’est que nous avons un énorme problème. Nous avons plus de soixante tonnes de déchets toxiques sur les bras (1): de l’acétone, du cadmium, de l’ammoniac. Il faut absolument trouver une solution pour nous en débarrasser, et vite ! J’attends vos propositions.
On peut pas les envoyer dans une usine de retraitement ?
Non, non, non. Trop cher !
Faut faire (2) comme la dernière fois : on achète un terrain et on les enfouit discrètement.
Non mais c’est fini, cette époque ! On aura les écolos (3) sur le dos (4) en moins de vingt-quatre heures !
Et les embarquer vers un pays moins regardant (5)?
Non mais c’est tout ?! (Vous) pouvez pas me trouver une solution plus simple, plus économique, plus efficace ?
Et si on les faisait avaler aux gens ?
Avaler ? Mais c’est des trucs dégueulasses (6)! Ils vont s’en rendre compte.
Non, non, non. A petites doses, un peu tous les jours. Ils se rendront compte de rien. Le tout (7), c’est de les habituer le plus tôt possible.  Avec des jeunes par exemple. Au marketing, les gars n’ont qu’à leur suggérer que c’est cool et rebelle. Ça marche à tous les coups (8).
Mais ça se présenterait comment, votre truc, là ?
Je crois que je vois assez bien comment ça pourrait être.

                           Arsenic, acétone, DDT, ammoniac, polonium 210.
                           Fumer c’est servir de décharge aux pires produits toxiques.
                           Ne vous faites pas rouler par la cigarette.

Ça va nous coûter combien, votre affaire ?
Bah rien ! Les jeunes sont prêts à payer pour avaler ces merdes (9).

Quelques détails :
1. avoir quelque chose sur les bras : avoir un problème à traiter.
2. Faut faire = Il faut faire… A l’oral, souvent, on ne dit pas « il ».
3. les écolos : les écologistes / les verts. ( abréviation plutôt péjorative )
4. avoir quelqu’un sur le dos : c’est quand quelqu’un ne vous laisse pas faire et vous harcèle.
5. être regardant : être strict. Respecter des principes.
6. dégueulasse : dégoûtant. C’est de l’argot. ( grossier )
7. Le tout, c’est de… : Le principal / L’essentiel, c’est de…
8. à tous les coups : tout le temps, sans exception.
9. ces merdes : ces produits dégoûtants et toxiques. ( argot, plutôt grossier )

Le slogan : « Ne vous faites pas rouler par la cigarette ».
Se faire rouler par quelque chose ou quelqu’un, c’est se faire piéger, être victime d’un plan. C’est se faire avoir. On peut se faire avoir par une offre alléchante et trompeuse. Donc ici, les gens se font rouler par la publicité, par l’image renvoyée par la cigarette, par l’industrie du tabac.

 Il y a un jeu de mots sur ce verbe « rouler », parce que normalement, ce sont les fumeurs qui  peuvent se rouler une cigarette.

« Ils m’en font baver », ou le dur métier de prof

On parle beaucoup en ce moment dans les medias français des problèmes de violence dans certains collèges. Face à cette situation, ce que demandent les profs, c’est plus de moyens, notamment davantage de personnel pour enseigner et s’occuper de ces jeunes. Le gouvernement fait le contraire, supprime des postes et propose plus de police, des caméras de surveillance, une « sanctuarisation » des établissements… Sans commentaire !
Voici le témoignage d’un jeune prof nommé dans un de ces collèges difficiles en banlieue parisienne. Il raconte ses premiers mois, éprouvants même quand on enseigne l’EPS, c’est-à-dire même quand on essaie de faire faire du sport à ces jeunes.

Transcription:
Thomas Chagnoleau, enseignant d’Education Physique et Sportive, titulaire depuis, eh bah maintenant septembre 2009.
Comment s’est passé le premier trimestre ?
Il y a eu six semaines très difficiles, c’est-à-dire que ça a commencé par le… le plus compliqué.
C’est quoi le plus compliqué ?
Le plus compliqué, c’est des classes qui sont totalement opposées à vous, qui ne veulent rien faire de ce que vous, vous voulez leur faire faire. Et en plus de ce qui se passe au sein de la classe, il y a eu des difficultés par rapport au cadre, au niveau de la cité, c’est-à-dire que en EPS, il m’est arrivé les… le premier jour de faire cours dans la cour et d’avoir donc tous les caïds de la cité se ramener autour des grilles du collège et, bon, m’insulter de tous les noms. Voilà, c’était le… le cadeau de bienvenue du premier jour.
Quand on arrive dans le collège La Courtille, il y a une sorte de rite initiatique, c’est ça que vous décrivez ?
Exactement, oui, oui, oui. Jusqu’à se faire… jusqu’à se faire accepter, jusqu ‘à « Ça y est, on est reconnu ». Les gens nous disent « Bonjour Monsieur ». Ça y est. C’est pas « Ah ! Le bouffon » qui essaye de faire bouger les élèves au milieu de la cour de la cité.
J’ai été très surpris en fait, les premières semaines ont été très difficiles parce que j’étais surpris chaque jour. Et à tel point que j’avais des difficultés à faire face à certains événements puisque pour moi, ils étaient absolument inimaginables. Donc… Comme il y a un élève qui vous jette un trousseau de clés au visage, ou des élèves qui roulent avec un chariot – qui pèse à peu près une centaine de kilos – roulent sur un lecteur CD avec lequel on venait de travailler et le… le broient littéralement. Voilà, des choses comme ça. Ou une classe qui s’oppose totalement à moi et qui ne… pour m’en faire baver, uniquement.

Quelques détails :
1. Titulaire : c’est son poste définitif, jusqu’à ce qu’il obtienne un autre poste ailleurs. On est d’abord stagiaire, puis on est titularisé, en général sur les postes difficiles…
2. La cité : c’est le nom qu’on donne aux quartiers pauvres, avec plein d’immeubles en plus ou moins bon état.
3. un caïd : un chef de bande.
4. Bouffon : c’est une insulte courante dans les cités.
5. en faire baver à quelqu’un : c’est de l’argot. C’est rendre la vie difficile à quelqu’un, lui faire subir tout un tas d’épreuves. Et donc Thomas peut dire qu’il en a bavé, c’est-à-dire qu’il a eu à surmonter de nombreux obstacles.