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Mariage incandescent

C’est l’hiver, il fait froid, les jours sont courts. Il y a même des gens qui perdent leur voix et ont beaucoup de mal à la retrouver. 😉
Alors dopons-nous un peu ! Vitamines mais aussi de quoi emmagasiner de l’énergie. Et cette énergie bénéfique, elle peut nous venir du 18è siècle, avec ce passage bien connu des Indes Galantes, qui me fait toujours le même effet depuis que mon institutrice nous l’avait fait découvrir. J’avais dix ans. Combinée à l’énergie de danseurs du 21è siècle, voici ce que ça donne dans une vidéo réalisée par Clément Cogitore, pour l’Opéra de Paris, présentée ainsi sur leur site:
« Clément Cogitore adapte une courte partie de ballet des « Indes galantes » de Jean-Philippe Rameau, avec le concours d’un groupe de danseurs de Krump, et de trois chorégraphes : Bintou Dembele, Grichka et Brahim Rachiki. Le Krump est une danse née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 90. Sa naissance résulte des émeutes et de la répression policière brutale qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King. »

Ce film de Clément Cogitore est à regarder ici.
Plein les yeux, plein les oreilles.

Et ensuite, il faut écouter ce qu’il dit de son travail. Passionnant.
L’entretien entier est à regarder en cliquant ici.


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Clément Cogitore – Les Indes Galantes – Extrait

J’ai transcrit cet entretien à partir de 5’35, et presque jusqu’à la fin. (Les sous-titres automatiques en français comportent pas mal d’erreurs.) La première partie est très intéressante aussi mais ça faisait un peu long et cette deuxième partie me parlait encore plus.

Transcription:
Moi, je pense que la création, de manière générale, l’art, ce qui m’intéresse, moi, dans toute forme de pratique artistique, c’est des mondes qui se rencontrent, hein, qui cohabitent, qui se confrontent, qui essayent (1) de vivre ensemble. Avec cette vidéo, c’est ce que j’ai essayé de faire, d’une certaine manière, c’est-à-dire de travailler avec ces danseurs, sur cette scène-là* à laquelle eux (2) sont pas habitués, et sur cette musique à laquelle ils sont pas habitués, et inversement, voilà, cette musique-là est pas habituée non plus à accueillir ces danseurs-là, c’est-à-dire que tout d’un coup, de créer un court-circuit (3) entre des mondes qui se rencontrent pas. Et que forcément, ça change, ça modifie les paramètres. C’est dans ces rencontres-là que je cherche l’émotion.
En imaginant ça d’abord, je m’étais dit : Voilà, il faut le faire sur ces parkings ou ces endroits où d’habitude, cette danse-là se fait puisque elle a vocation (4)… enfin, elle cherche souvent à rester clandestine en fait, à pas exister sur les gros… sur les grosses scènes hip-hop par exemple, se détacher de… parce que le hip hop est devenu un peu mainstream (5) pour les danseurs de krump, donc ils cherchent à échapper à ça, pour avoir une danse plus radicale, qui soit moins un spectacle, mais plus quelque chose de… ouais, de confidentiel (6). Et en fait, en commençant à réfléchir à ça, je me suis dit : c’est trop dommage, en fait, on a les clés de l’Opéra, on a cette scène, il faut leur donner en fait. Et ça, ça a tout changé parce que du coup, ça a donné une… Je pense ça a donné une énergie à tout le monde, moi y compris, c’est-à-dire que tout d’un coup, cette scène, elle a une valeur symbolique qui est énorme – c’est une des plus grandes scènes du monde – et c’est comme si elle… il y avait une énergie qui irriguait (7) de la scène chez les danseurs en fait. Entre les répétitions et le moment où ils se sont mis à danser sur la scène de Bastille, ça avait plus rien à voir (8), quoi. Tout d’un coup, les choses prenaient une envergure, une dimension et je pense que le lieu, l’aura du lieu fait énormément pour ça. Et ça, symboliquement, c’était très fort pour moi, pour les danseurs et les chorégraphes de se dire : c’est le krump qui monte sur la scène de l’Opéra-Bastille. C’est une pièce qui est plus ou moins perscussive suivant les interprétations, mais là, j’ai fait travailler des compositeurs pour ajouter une base de percussions un peu plus forte, pour que les danseurs soient pas complètement perdus, parce que c’est dans les codes du krump de réagir vaiment au rythme, à la percussion. Et donc en gros (9), le travail, c’était plutôt de retenir les danseurs qui allaient en fait très vite trop loin, qui dépassaient trop vite la musique, pour pas qu’il y ait trop de décalage entre les deux, c’est-à-dire de les retenir pour que petit à petit (10), ça monte et que ça… voilà, que ça devienne incandescent. Parce que pour moi, les Indes Galantes, c’est l’histoire de jeunes gens qui dansent au-dessus d’un volcan, quoi. Un volcan qui est.. qui en fait est écrit dans le livret de l’Opéra et qui je pense, en 1735, au moment de la création, était une sorte de volcan factice ou inoffensif et qui, quand on relit la pièce trois siècles plus tard, c’est un volcan qui est beaucoup plus actif, quoi, beaucoup plus… qui est au bord de l’explosion, quoi. Et évidemment, cette explosion-là, elle est d’une certaine manière politique, elle raconte des interactions entre des hommes et des femmes des quatre coins du monde qui, avec l’histoire, sont devenues de plus en plus conflictuelles. Et ça raconte d’une certaine manière la naissance d’un malentendu entre l’homme occidental et le reste du monde. Je pense et j’espère que la musique, que la scène, que l’art d’une manière générale, est une manière d’aider à comprendre ces malentendus en fait, ou à les dépasser. Même si c’est un tout petit film très court, on envoie dans le monde, on sait pas du tout comment il va vivre, comment il va être reçu ou pas, mais en tout cas, moi en le faisant, il y a quelque chose d’assez addictif, c’est-à-dire que même quand on montait (11) et qu’on le voyait beaucoup, je me lasse jamais (12) de le revoir, parce que les danseurs m’hypnotisent en fait. Et j’espère que ça provoquera ça aussi chez le spectateur, qu’il découvrira une espèce de… de se dire : j’ai envie de le revoir. Et j’espère aussi que malgré sa durée, qu’ il y ait quelque chose de libérateur en fait, et qui vient de la danse et de la musique, comme si ça chassait des tensions en fait. Et le krump, c’est ça, c’est aussi une manière d’évacuer les tensions. Et j’ai l’impression que c’est tellement contagieux que même dans six minutes de vidéo, les danseurs arrivent, ça, non seulement… à le faire non seulement pour eux-mêmes, pour la caméra mais pour celui qui les regarde. Et moi, je l’ai ressenti vraiment fortement au tournage (13), c’est-à-dire qu’il y a quelque chose de profondément libérateur quand on est dans cette danse-là, qu’elle évacue, elle chasse complètement les tensions, intellectuelles, psychiques, physiques. Il y a quelque chose de libérateur, et bah j’aimerais que le spectateur se… en regardant cette vidéo, ait cette sensation-là, que le spectacle aspire des nœuds, quoi, des tensions, allez pfff… les chasse comme ça.

Des explications :
1. qui essayent = qui essaient. Les deux formes sont équivalentes.
2. À laquelle eux ne sont pas habitués : on pourrait bien sûr dire : à laquelle ils ne sont pas habitués. Eux reprend « ces danseurs-là », en les mettant ainsi davantage en valeur.
3. Un court-circuit : c’est le phénomène électrique qui se produit quand deux fils électriques sont mis en contact, ce qui conduit à une trop forte augmentation de l’intensité du courant.
4. Elle a vocation à + infinitif : elle est faite pour quelque chose de bien particulier, c’est son rôle, son objectif. On l’emploie aussi très souvent à la forme négative :
Cette association n’a pas vocation à aider les enfants.
Cette école n’a pas vocation à former des techniciens.
5. Mainstream : anglicisme qui est passé en français, mais seulement dans certains milieux, à propos d’art, d’idées, de courant de pensée en général. Quand des idées deviennent mainstream, cela signifie qu’elles sont moins radicales, plus acceptées qu’avant et donc désormais adoptées, appréciées par une majorité de gens.
6. Confidentiel : ici, cet adjectif a son sens figuré de réservé à un petit groupe de personnes, connu par une petite minorité de gens. (qui sont en quelque sorte dans la confidence, c’est-à-dire qui savent que c’est bien.)
7. irriguer : ce qu’il dit n’est pas prononcé très clairement. On dirait qu’il y a téléscopage dans sa tête entre le verbe irriguer (amener de l’eau sur un territoire) et le verbe irradier. (resplendir de lumière, etc.)
8. ça n’avait plus rien à voir : ça avait complètement changé, au point qu’on ne reconnaissait plus ce qui avait été fait avant. C’était devenu totalement différent.
9. En gros : sans entrer dans les détails / pour résumer
10. Petit à petit = peu à peu. Pas de différence d’emploi entre les deux. On prononce souvent juste : p’tit à p’tit, en mangeant les syllabes et en faisant bien la liaison entre petit et à.
11. Quand on montait : quand on faisait le montage des images, du son, etc. pour un film, une vidéo. (Avant, il y a le tournage.)
12. Je ne me lasse pas de (faire quelque chose) : mon intérêt pour cette activité est toujours aussi grand qu’au début et je referai cette activité plus tard, sans lassitude.
13. Au tournage : pendant le tournage, pendant qu’on tournait le film / la vidéo.

Un peu plus de français : Cette musique-là, cette danse-là, cette vidéo-là, ou le problème des démonstratifs composés.
Je me suis rendu compte que ce n’était peut-être pas très simple ! Voici quelques pistes pour vous aider à savoir ce qui se dit et dans quel contexte :

– On peut bien sûr dire simplement : cette musique, cette danse, cette vidéo, avec juste un adjectif démonstratif. La nuance est infime. Rajouter met un peu plus en valeur ce dont on parle : c’est cette musique-là, pas une autre.
– ça marche aussi avec des noms masculins et des noms au pluriel : ce chorégraphe-là, ce cinéaste-là, ces danseurs-là.

Dans les expressions de temps, le sens de la phrase varie si on met , si on ne le met pas, si on met -ci:
ce jour-là : on ne peut jamais dire juste ce jour quand on évoque un jour dans le passé, ou dans le futur:
Je me souviens bien de ce que je faisais ce jour-là. (passé).
Je viens le 30. On se verra ce jour-là si tu veux. (avenir)
cette année-là. Si on dit juste cette année, il s’agit de l’année en cours, alors que cette année-là renvoie toujours au passé. C’est la même chose pour cette semaine-là et cette semaine.
Cette année-là, il a fait très chaud en été. Je m’en souviens très bien.C’était l’année de mes 16 ans.
Cette année, il a fait très chaud en août. (On est encore dans l’année en question.)
ce mois-là ne me semble pas aussi fréquent mais existe. Mais pour parler du mois en cours ou qui vient juste de commencer, on dit toujours : ce mois-ci.
Il a décidé de remettre au sport ce mois-ci.
cette fois-là : on évoque le passé. Cette fois-ci ou Cette fois : on évoque le présent ou un futur tout proche.
Tu te souviens, on avait eu un peu peur cette fois-là.
Bon, cette fois-ci, je vais faire attention.
Cette fois, je crois qu’on tient la solution.

A bientôt !
Et mettons de la beauté, de la générosité et de la gentillesse dans nos vies.

On y va ?


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Les programmes informatiques ne parlent pas bien français !
J’ai reçu ce message de Voyages-Sncf – devenu depuis peu Oui.Sncf – pour me rappeler que ce serait bien de m’évader, en train bien sûr, avec des suggestions. Direction Le Mans, Lyon, Rennes…

Apparemment, les informaticiens n’ont pas prévu que certains noms de villes commencent par LE. Le problème, c’est que la combinaison à + le se transforme en au. Avec les noms propres, c’est la même règle qu’avec les noms communs.

Donc Partez à Le Mans n’existe pas. Partez au Mans !
C’est la même chose avec Le Creusot, Le Tréport, Le Touquet, Le Havre, le Mont Saint Michel, Le Croisic, etc.
Partez au Creusot, au Tréport.
Allez au Touquet pour le weekend.
Installez-vous au Havre.
Passez la journée au Mont Saint Michel.
Prenez des vacances au Croisic.

Ah, quand même !


– Tu as vu la taille de ce hêtre ?
– Ah, quand même !

Je n’avais jamais vraiment remarqué à quel point cette petite expression exprimait des choses différentes selon le contexte. Nous jonglons parfaitement avec et en comprenons les nuances sans hésitation, notamment dans nos conversations quotidiennes, en fonction du ton sur lequel on dit ces deux mots, surtout s’ils sont employés seuls. Voici donc un petit état des lieux, simplement descriptif, à travers des situations auxquelles j’ai pensé.

Tout d’abord, il y a une différence entre ces deux mots employés dans une phrase ou employés seuls, comme une exclamation.

1- Dans une phrase, c’est assez simple. C’est équivalent à : malgré tout, cependant, même si…

Quand même 1

Je sais que ce n’est pas lui qui décide. Je vais quand même lui demander s’il peut faire quelque chose pour nous aider.
Il avait mal démarré. Il est quand même arrivé troisième du marathon ! / Il est arrivé troisième quand même.
Elle a de gros soucis. Elle est toujours souriante quand même. / Elle est quand même toujours souriante.
Ne t’inquiète pas, on va y arriver quand même ! / On va quand même y arriver !
Merci quand même.
Ce n’est pas dangereux mais fais attention quand même.

Il arrive que dans une phrase, en fonction du ton employé, il y ait une nuance différente. Il y a une très légère pause entre quand même et le reste de la phrase. C’est presque la même idée que précédemment, mais c’est comme si on donnait son avis, pour apporter une modulation à ce qui a été dit juste avant.

Quand même 2

Elle est polie, quand même. Quand même, elle est polie.
Je suis d’accord avec toi, il y a des problèmes avec elle, mais on doit reconnaître qu’elle est polie.

Quand même, il est gentil. / Il est gentil, quand même.
Je suis d’accord avec toi, il a fait quelque chose de déplaisant, mais dans le fond, il est gentil.

Il est fatigant, quand même. / Quand même, il est fatigant.
Je suis d’accord avec toi, il fait du bon travail mais reconnais qu’il est également fatigant.

On peut aussi exprimer une critique, avec un ton agacé:

Quand même3

Tu pourrais faire un effort quand même !
Tu ne vas pas rester sans rien faire quand même !

2- Dans la langue familière, on emploie souvent juste l’expression, comme une exclamation, pour réagir à ce qui se passe ou à ce que quelqu’un a dit. Le ton est très important. Voici un petit catalogue de toutes les nuances auxquelles j’ai pensé:

la surprise ou l’admiration ou le fait qu’on est impressionné:

Quand même 4

R: Nous avons eu -20 la nuit dernière.
A: Ah, quand même !
( = impressionnant, je n’aurais pas cru qu’il avait fait si froid.)

R: Tu sais, il ne leur reste que 10 euros à la fin du mois.
A: Ah, quand même !
(= Je ne pensais pas qu’ils avaient de telles difficultés financières.)

l’incrédulité : cela ne paraît pas possible.

Quand même 5

R: Il ne veut plus voir ses parents.
A: Oh, quand même !
( = Tu exagères, ou il exagère.)

R: Arrivés à la fac, ils ne savent toujours pas les verbes irréguliers.
A: Oh, quand même !

R: Regarde, j’ai terminé ! Tu vois, je t’avais dit que j’y arriverais.
A: Quand même, je te jure !
(avec une petite nuance attendrie souvent)

Une sorte de protestation :

Quand même 6

R: C’est sympa d’avoir pensé à mon anniversaire.
A: Bah quand même !
( = Je n’allais quand même pas oublier!)

R: Merci pour votre aide.
A: Bah quand même !
( = C’est la moindre des choses.)

On l’emploie aussi quand quelqu’un finit par faire quelque chose mais en retard. C’est comme si on disait : Ah, enfin !

Quand même 6

R: Voici mon rapport.
A: Ah, quand même !
(Il peut y avoir une nuance ironique, ou de soulagement)

R: Les voilà ! On va pouvoir passer à table.
A: Ah, quand même !

Voilà. Cela ressemble plutôt à un catalogue. J’espère que c’est assez clair quand même 😉 et que cela rendra service à certains d’entre vous. Merci à Marcos Antonio et Edelweiss qui m’avaient posé la question de ces nuances. Il y aurait sûrement d’autres choses à dire sur la place de ces mots dans les phrases, puisqu’il y a des déplacements possibles. Je vous laisse observer ça dans ce que vous lisez ou écoutez !

Et si vous avez d’autres exemples, d’autres nuances (ou des questions), laissez un commentaire ! A bientôt.

Qu’est-ce qui se passe ?

Peut-être vous est-il arrivé de reprendre contact avec un ami que vous aviez un peu perdu de vue. Ou tout simplement d’appeler des proches pour prendre des nouvelles, parce que vous avez un peu laissé filer le temps. Alors quels sont les mots qui nous viennent naturellement en français?

Pas Qu’est-ce qui se passe ?

Qu’est-ce qui se passe ? ou son équivalent dans un style un peu plus soutenu : Que se passe-t-il ? laissent toujours transparaître une certaine inquiétude de la part de celui qui pose la question. Ou de l’incertitude.
– Un de vos enfants, ou un proche ou un ami vous appelle, mais ce n’est vraiment pas l’heure, ce n’est pas le jour. Vous vous dites, à tort ou à raison, que ce n’est pas tout à fait normal. Alors, vous prenez l’appel et demandez, d’un ton qui n’est pas tout à fait léger : Allo ? Qu’est-ce qui se passe ?, en espérant que tout va bien.
– Vous êtes sans nouvelles d’un proche, qui aurait dû vous appeler ou vous contacter. Et cela vous met mal à l’aise. Alors vous envoyez un sms ou un message: Qu’est-ce qui se passe ? / Que se passe-t-il ? Tu vas bien ? / Tout va bien ?
– Vous entendez vos enfants se disputer dans la pièce à côté. Vous entrez et vous demandez : Qu’est-ce qui se passe ici ?
– Vous allumez votre ordinateur mais il ne démarre pas : Qu’est-ce qui se passe ? Et si ce n’est pas la première fois que ça vous arrive : Qu’est-ce qui se passe encore ?

Ce qui est assez subtil, c’est que tout cela change dès qu’on ajoute quelque chose au bout de cette question ! Elle devient alors une simple interrogation sur des événements.
Qu’est-ce qui se passe à la fin du film ? Je ne m’en souviens plus !
Qu’est-ce qui se passe si j’oublie le code de ma carte bancaire ?
Qu’est-ce qui se passe quand un étudiant ne trouve pas de stage ?
(Petite remarque: on ne dit pas Qu’est-ce qui arrive… ? Ce n’est pas naturel.)

Pour en revenir à la situation du début de ce billet, alors que dit-on quand on prend tout simplement des nouvelles de quelqu’un ? On n’a pas beaucoup de choix dans le fond, comme souvent avec ces petites phrases de la vie quotidienne.
– Vous connaissez : Comment ça va ?
– Mais on dit aussi très souvent : Qu’est-ce que tu deviens ? / Qu’est-ce que vous devenez ?
– Ou encore : Alors, quelles sont les nouvelles ?

Voici ces petites phrases enregistrées, à la vitesse où on les dit :

Qu’est-ce qui se passe

Donc à l’avenir, si vous trouvez que je laisse ce blog un peu trop en sommeil, vous pourrez me demander ce que je deviens, ou ce qui se passe !

Ah bon ? Y a foot ce soir ?

A Marseille, le foot, on connaît. Difficile d’y échapper. Et on s’en est bien rendu compte avec les violences des hooligans déchaînés ce weekend au centre-ville. Une chose est sûre, il est partout et sert à tout, même là où il paraît le plus incongru.

Et comme le foot et la gastronomie ne vont pas tout à fait ensemble et qu’il faut se nourrir – à défaut de boire – pendant les matches, les marques de surgelés n’allaient pas laisser passer l’occasion.

Donc voici une pub reçue par mail, avec, comme souvent, jeux de mots, expressions, formules. Bref du français en action. C’est le bon côté des pubs !

Foot et surgelés

C’est foot, alors restons dans le registre du foot : à l’heure du coup d’envoi du match, il faut être prêt devant sa télé. Donc c’est aussi l’heure du coup d’envoi – un peu avant – pour les commandes par internet de bonnes pizzas surgelées.

Les enfants regardent aussi (davantage de garçons que de filles en France) . Ambiance familiale. Tout le monde vit à l’heure du foot. (Il paraît qu’on est parti pour une cinquantaine de matches, en un mois…)

Foot et glaces pour enfants

Alors, voici des glaces pour les enfants, qui ne resteront pas sur la touche, c’est-à-dire pour nos petits qu’on n’oublie pas, qu’on fait participer à l’événement. Rester sur la touche, c’est regarder ses coéquipiers courir sur le terrain lorsqu’on est le joueur puni pour faute ou le joueur remplaçant qui attend son heure sur le banc de touche. Des jolies glaces comme des ballons de foot bien sûr.

Mais le foot s’est glissé dans un tout autre univers, sur un compte instagram qu’on pouvait penser imperméable à cet événement sportif ! Humour, second degré, téléscopage de deux mondes.

Foot et musée Rodin

Mais aussi téléscopage des styles : je n’aurais pas pensé à employer le qualificatif de « beaux mecs » à propos des sculptures de Rodin ( et pas forcément non plus à propos des footballeurs!) , même s’il a effectivement travaillé certains de ses modèles comme des athlètes. Terme un peu trop familier ! Tout comme le ton, oral, du « Y’a » qui nous interpelle au début de la phrase. Humour décalé, pour « dépoussiérer » les musées ?

A ce propos, je ne sais pas pourquoi on trouve très souvent écrit : Y’a, avec cette apostrophe qui n’a pas de sens, et qui tend probablement à restituer le côté oral de « Il y a » prononcé ainsi quand on parle de façon familière. L’apostrophe sert en général à indiquer qu’on a supprimé une lettre, comme par exemple « que » qui devient qu’. Mais ici, il ne manque rien entre Y et a.

Bon, en attendant, y a 80 minutes que le match du jour est commencé et les beaux mecs de l’équipe de France ne brillent pas en face des beaux mecs de l’équipe albanaise au stade Vélodrome de Marseille ! A l’heure où j’écris, y a toujours 0-0. Mais qu’est-ce qu’ils font, tous ces beaux mecs avec leur ballon rond ?

Un beau dimanche

Nouvelle séance de rattrapage cinéma ! Je préfère l’ambiance d’une salle de cinéma, comme un moment vraiment suspendu, mais les DVD ont du bon aussi. J’ai donc regardé ce beau film de Un beau dimanche DVDNicole Garcia.
Un enfant ballotté entre ses parents séparés, pas très installés dans la vie ni très parents, un jeune instituteur qui ne s’enracine nulle part et dont on devine des fragilités, une jeune femme qui ne sait pas toujours bien où elle en est mais poursuit son chemin coûte que coûte.

Nicole Garcia nous emmène là où on ne s’y attend pas et déroule peu à peu une histoire de famille racontée avec une grande poésie, dans une belle lumière, celle du sud de la France, avec des acteurs qui jouent vraiment bien. Il n’y a rien de trop, c’est simple mais profond, délicat mais implacable.
Et ce qui est bien aussi pour vous qui apprenez le français, ce sont les différentes façons de parler, qui reflètent bien les personnalités et les milieux d’où viennent les personnages de ce film. Baptiste et sa mère, Sandra et son fils, autant de dictions différentes.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription:
– Alors, vous faites des saisons (1).
– Je suis tombée dedans (2) quand j’étais petite. Mes parents, ils avaient une roulotte (3) de bouffe (4), ils faisaient des pizzas, des crêpes.
– Moi aussi, je fais des saisons. Je reste un trimestre, voire (5) deux à un poste. Après, je vais ailleurs.
– Pourquoi vous restez pas plus longtemps ?
– Une liberté.
– Il y a des hommes qui sont passés tout à l’heure. Ils vous cherchaient.
– Vous leur avez pas dit où je travaillais !
– Qu’est-ce que tu fous (6) sur les plages en France ? Tu devais pas ouvrir un restau à Saint Barth ?(7)
– Franchement, les gars (8), c’est pas le moment, là.
– Je dois de l’argent.
– Et tu dois combien ? Tu sais que je peux pas t’aider, là.
– Ramène-le à son père.
– Je te promets rien. (9)
– Tu me promets quoi ? (10)
– On part.
– Maman !
– Aux gens qui me demandent de tes nouvelles, je leur dis que tu habites en Suède, et ça arrête les questions.

Quelques explications :
1. faire des saisons : par exemple, travailler sur les plages l’été et dans des stations de ski l’hiver. Les gens qui travaillent comme ça sont des saisonniers.
2. je suis tombé dedans quand j’étais petit / enfant : on emploie cette expression familière pour indiquer qu’on a commencé à se passionner pour quelque chose à un moment donné. On l’utilise toujours au passé composé. Elle fait en fait référence à Astérix et Obélix, ces BD bien connues de tous les Français. Obélix le Gaulois ne prend jamais de potion magique (pour être fort avant les combats contre les Romains) car enfant, il est tombé accidentellement dans le chaudron de potion. Depuis, il est très fort.
J’en ai déjà parlé dans ce billet de septembre dernier.
3. Une roulotte : c’est une sorte de caravane
4. la bouffe : la nourriture ( familier)
5. voire = ou même
6. qu’est-ce que tu fous ? = qu’est-ce que tu fais ? Style très familier, et plutôt négatif ou agressif en général : c’est un moyen d’exprimer sa désapprobation à l’oral. Par exemple, quand on trouve que quelqu’un traîne trop ou ne fait pas bien les choses, on peut lui dire :
Mais qu’est-ce que tu fous ? Dépêche-toi !
Qu’est-ce que tu fous ? Ça marche toujours pas ! Je croyais que tu savais tout réparer.

On peut aussi dire ça à quelqu’un qu’on ne veut pas voir :
Qu’est-ce que tu fous là ? Je t’avais dit de pas venir.
7. Saint Barth = Saint Barthélémy : une des îles des Antilles françaises.
8. Les gars : façon familière de s’adresser à des hommes.
9. Je te promets rien : c’est ce qu’on dit quand on va essayer de faire quelque chose, par exemple pour aider quelqu’un, mais qu’on n’est pas sûr de réussir. Par exemple : Je vais essayer de le faire changer d’avis, mais je te promets rien. Il est très têtu.
10. Tu me promets quoi ? : cette question peut paraître paradoxale puisqu’il vient de lui dire « Je te promets rien ». Mais c’est justement parce qu’on dit « je te promets rien » lorsqu’on s’engage à essayer de faire quelque chose, sans être sûr du résultat. Or dans le film, il ne lui a pas expliqué du tout ce qu’il va faire. Il vient juste de prendre la décision de l’aider mais ne lui a encore rien dit. D’où cette question qu’elle lui pose.

L’imparfait :
Ils avaient une roulotte, ils faisaient des pizzas : l’imparfait sert à raconter comment c’était avant et souvent à décrire des habitudes dans le passé.
Des hommes sont passés. Ils vous cherchaient : cet imparfait sert à décrire ces hommes, à décrire la situation, la scène. Ils la cherchaient, ils voulaient lui parler.
Tu ne devais pas ouvrir un restau ? : ici, le verbe devoir à l’imparfait exprime l’idée que c’était prévu. Donc cette question interro-négative sert à exprimer la surprise (réelle ou feinte) et aussi très souvent la désapprobation. Par exemple :
A: Tu ne devais pas les appeler aujourd’hui ? B: Si, si, mais j’ai oublié. Je le fais demain matin. Promis.
A: Ils ne devaient pas venir nous aider ? B: Oui, mais finalement, ils n’étaient pas libres. On va se débrouiller sans eux.

Pour finir, peut-être aurez-vous envie de lire un article qui rend plutôt bien justice à l’atmosphère de ce film.

Détecteur d’arnaque

Voici un mail que j’ai reçu hier, présenté comme envoyé par Free Mobile, à propos de ma facture de téléphone. Le problème, c’est que je ne suis pas chez Free et que tout va bien du côté de mon abonnement chez un autre opérateur.

Phishing

De toute façon,quand on reçoit ce genre de message, ce n’est pas très difficile d’éviter de tomber dans le panneau*. A condition d’avoir une bonne orthographe et un français correct.

Six lignes de texte, six sortes de fautes d’orthographe et de français:
1- L’absence de ponctuation: il manque une virgule après situation et après la formule de politesse. En français, nous aimons les virgules pour bien séparer les propositions. Et comme dans toutes les langues, nous mettons un point à la fin des phrases: il en manque un après facturée.

2- Le problème des articles: nous aimons les articles devant les noms, y compris dans la signature de ce mail: Le service clientèle. L’absence de « le » ne nous paraît pas naturelle.

3- Les fautes d’orthographe : elles ne sont pas encore la norme dans les courriers officiels ! C’est donc la moindre des choses de vérifier si un mot prend un « f » ou deux. Manque de chance, le verbe « référer » n’en prend qu’un.

4- Les fautes de frappe : elles ne passent pas très bien non plus : suspension conviendrait mieux que supsension !
Consul tez en deux mots sort de nulle part !

5- Les fautes de grammaire: elles sont plus que surprenantes. Veuillez est toujours suivi d’un infinitif. Ce n’est donc pas difficile de vérifier comment va s’écrire un verbe du premier groupe, en faisant cette petite manipulation qu’on apprend enfant: on remplace les verbes en -er par le verbe prendre et on se dit mentalement : Veuillez prendre, ce qui permet d’écrire: Veuillez vous référer, au lieu de mettre bêtement -ez, juste parce qu’il y a vous devant !

6- Les fautes de vocabulaire : mais qu’est-ce que c’est que ce charabia dans un courrier soit-disant officiel ?
Le verbe consulter ne s’emploie pas sans indiquer ce qu’il faut consulter: une facture, un compte, etc.
Lors d’échec de régularisation ne veut rien dire. En français, il ne s’agit pas d’un échec mais d’une absence de régularisation. La formule est donc : En l’absence de régularisation de votre part.

Comme quoi, avoir une orthographe correcte ne sert pas seulement à être bon en dictée à l’école ! Cela peut vous mettre la puce à l’oreille* et vous éviter de cliquer là où il ne faut pas.

Et comme ce genre de situation est monnaie courante, voici des expressions que nous employons pour en parler:
tomber dans le panneau. (plutôt familier): Cela signifie qu’on se laisse prendre au piège. Il est tombé dans le panneau et a donné ses coordonnées bancaires.
Plus familièrement, on emploie aussi l’expression se faire avoir:
Je me suis bien fait avoir ! / Elle s’est fait avoir. (pas d’accord féminin pour « fait » ici.)
Ou encore, se faire arnaquer:
Si tu n’es pas vigilant, tu risques de te faire arnaquer.

n’y voir que du feu : cela indique qu’on ne s’est pas rendu compte de la supercherie, de l’arnaque.
Le mail avait l’air tellement officiel qu’il n’y a vu que du feu et il a vraiment cru qu’il venait de sa banque.

mettre la puce à l’oreille (familier): attirer l’attention et susciter la méfiance.
Le style du message m’a mis la puce à l’oreille. Et effectivement, c’était bien un faux.

A écouter ici:
arnaques et orthographe

Six ans

Comme certains le savent, j’ai commencé à écrire ce blog il y a six ans, le 14 février (sans qu’il y ait aucun rapport avec la Saint Valentin, qui faisait alors encore moins partie de notre environnement qu’aujourd’hui.) Pas de bilan, juste l’étonnement d’être capable de persévérer, avec parfois des doutes, des absences. Et finalement, toujours un commentaire, un message, une question, qui font que je continue ! Alors, il y a aussi l’étonnement de voir que certains ne se sont pas encore lassés de lire, écouter, regarder ce qui m’intéresse. Pourtant, à force, je suis très prévisible ! Mais on dit aussi qu’un blog doit avoir une certaine unité, alors je me rassure de cette manière ! Parce qu’au-delà des thèmes récurrents dans mes billets, il y a toujours ce français que je partage avec vous qui l’apprenez à travers le monde, vous qui trouvez probablement ici un petit quelque chose qui vous rend notre langue et notre culture plus désirables.

Qui dit anniversaire, dit gâteau d’anniversaire !
Voici donc la recette d’un gâteau… invisible. J’ai succombé à la dernière mode mais surtout à un joli livre de cuisine, plein de couleurs et de recettes qui m’ont paru tenir la route. (A la longue, on sait dire si une recette devrait être bonne ou pas !) Elles sont toutes basées sur le principe qu’il y a peu de pâte et beaucoup de fruits coupés en fines lamelles – pommes, poires, mangues, etc. – pour donner la texture de ces gâteaux. (Il y a aussi des variantes salées, avec des légumes, tout aussi appétissantes.)

Oui, ce blog est un fourre-tout ! Donc voici la recette écrite pour ceux qui veulent juste faire les gourmands – je pense à mes amies instagram – et également la recette enregistrée et illustrée pour ceux qui veulent aussi « manger » du français.
Bon appétit !


.
Ou juste l’enregistrement :
Le gâteau invisible citron myrtilles

Les ingrédients :
800 grammes de pommes coupées en lamelles régulières de 1 mm d’épaisseur
150 g de myrtilles (surgelées quand ce n’est pas la saison)
1 citron non traité
2 œufs
90 g de sucre en poudre
40 g de beurre fondu
120 g de farine
80 ml de lait
20 g + 10 g de sucre roux

La recette :
– Préchauffez le four à 180°C.
– Fouettez les œufs avec le sucre, en mélangeant bien pour que le sucre soit bien fondu.
– Ajoutez le beurre fondu, puis la farine, puis le zeste du citron râpé.
– Délayez avec le lait et le jus de citron. (un demi citron si le citron est vraiment gros)
– Epluchez les pommes, coupez-les en quartiers et faites de fines lamelles de 1 mm d’épaisseur (bien régulières.) On peut utiliser une mandoline ou un couteau qui coupe bien.
– Incorporez les lamelles à la pâte, en faisant attention pour qu’elles restent entières.
– Beurrez un moule et saupoudrez le fond avec 20g de sucre roux. Choisissez un moule juste à la bonne taille pour avoir une certaine épaisseur de pâte. (un moule rond de 24 cm de diamètre par exemple)
– Versez la moitié de la préparation dans le moule.
– Recouvrez avec les myrtilles, puis versez le reste de la pâte dessus, avec précaution pour que les myrtilles ne se mélangent pas avec le reste.
– Saupoudrez avec 10g de sucre roux.
– Faites cuire au four pendant 50 minutes.
– Laissez refroidir avant de démouler. On peut décorer avec des myrtilles et des morceaux de zeste de citron.

Bonne dégustation ! Et si vous ne mangez pas tout le jour même, mettez ce gâteau au réfrigérateur. Il est très bon frais également !

La petite touche de français: le temps des recettes
Les recettes de cuisine, qui sont des instructions, s’écrivent soit à l’infinitif, soit à l’impératif.
– l’infinitif donne un côté plus distant, plus neutre : Verser la pâte dans le moule.
– l’impératif a une tonalité plus directe, plus vivante, comme si quelqu’un était en train de vous guider dans cette recette. On vouvoie le lecteur : Versez la pâte dans le moule.
– Et dans les livres de cuisine pour les enfants – mieux vaut commencer tôt, fille comme garçon ! – on utilise la 2è personne du singulier: Verse la pâte dans le moule.

– Bien sûr, il faut être attentif à ne pas mélanger infinitif et impératif, notamment avec les verbes du 1er groupe, qui se prononcent de la même façon mais prennent soit -er, soit -ez.
– Et on n’oublie pas que les verbes du 1er groupe ne prennent jamais de « s » à la 2è personne du singulier à l’impératif : Verse, mélange, ajoute, fouette, beurre, démoule, laisse refroidir, etc.

Une bouffée d’oxygène

Rufin et la lectureEncore une belle définition de la lecture, par l’écrivain Jean-Christophe Rufin. Lecture ouverture, comme une nécessité, depuis le plus jeune âge. Besoin quotidien, parfois contrarié par des journées trop courtes car trop pleines de toutes les obligations de la vie d’adulte. Que ferions-nous sans tous ces mots ?

La lecture, bouffée d’oxygène

Transcription:
– Quel type de lecteur est-ce que vous êtes ? Un lecteur obsessionnel, un lecteur vorace (1), un lecteur discret ?
– Non, je suis un lecteur… comment dirais-je… qui n’a jamais eu le temps de lire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup souffert de…
– C’est intéressant !
– Bah non mais c’est… c’est vrai, j’ai… Ça a été un combat toujours parce que j’ai fait des études qui étaient des études techniques – la médecine, c’est quand même ça, hein. Donc quand les autres lisaient La Recherche du temps perdu, moi j’apprenais les collatérales de l’artère (2) machin-chouette (3), voilà. Et donc c’était un combat, c’est-à-dire que la lecture a toujours été pour moi quelque chose que… que j’ai… Si vous voulez, j’avais pas de temps. Donc j’ai une conscience aiguë (4) de tout ce qui me manque, c’est-à-dire de tout ce que je n’ai pas lu, ça… qui m’influence presque autant que ce que j’ai lu parce que c’est… Voilà, tout ce qui me reste (5) à lire, tout ce que je devrais lire, voilà. Et puis alors, maintenant, comme j’écris des livres, c’est vrai que j’ai tendance aussi à beaucoup lire en relation avec ce que je fais, c’est-à-dire que si j’écris un livre, je vais lire énormément de choses autour du sujet que je… que je traite.
– Est-ce qu’il y a un livre quand même, en tant que lecteur, Jean-Christophe Rufin, qui a fait de vous un écrivain ?
– Bah c’est à Augustin (6) que je m’adresse et on en avait déjà parlé, mais c’est évidemment Augustin Maulnes, c’est le Grand Maulnes (7), c’était le livre culte de ma famille puisque je suis originaire du Centre, du Berry.
– Vous savez que je le déteste, moi, parce que c’est pour ça que j’appelle Augustin ! Je peux pas… je peux pas me le voir (8), ce livre !
– Ah oui ? C’est vrai ? Ah, j’imagine ! Non, mais c’est… Moi, Jean-Christophe par exemple, de Romain Rolland, j’ai jamais pu le finir à cause de ça aussi.
– La lecture, comme lieu de rencontre aussi avec l’autre quand même.
– Oui, alors après, ça a été… ça a été pour moi, évidemment, la lecture, ça a été une sorte de bouffée d’oxygène (9), c’est-à-dire dans ce métier, dans une vie très prise par des contraintes, par des devoirs, de… comment dirais-je, des devoirs (11) au sens propre pendant les études, puis ensuite des devoirs de travail, la lecture, c’était la fenêtre sur le monde, quoi, c’est-à-dire c’était ce qui me permettait d’avoir accès à une autre vie, à une autre époque, à d’autres civilisations, d’autres lieux, d’autres passions, d’autres vies, quoi, tout simplement.

Des explications :
1. un lecteur vorace : cet adjectif s’emploie normalement à propos de la façon de manger, quand on a très faim. Cela rejoint l’idée que lorsqu’on lit beaucoup, on dit qu’on dévore les livres.
2. Une artère / une collatérale : ce sont des termes médicaux pour désigner là où circule le sang.
3. Machin-chouette : façon familière de ne pas nommer précisément quelque chose ou quelqu’un. Ici, il ne veut pas entrer dans les termes trop techniques.
4. Une conscience aiguë : une conscience très forte. L’adjectif aigu au masculin devient aiguë au féminin, mais la prononciation reste la même.
5. Tout ce qui me reste : on peut dire aussi Tout ce qu’il me reste. C’est exactement la même chose.
6. Augustin : c’est le prénom de ce journaliste, prénom plutôt rare aujourd’hui.
7. Le Grand Maulnes : c’est le titre du roman célèbre d’Alain-Fournier, très lu par les jeunes à une époque. Je ne sais pas si les ados d’aujourd’hui sont toujours touchés par cette histoire parue en 1913.
8. Je peux pas me le voir : normalement, on dit juste : Je ne peux pas le voir. Cela signifie qu’on ne supporte pas quelque chose ou quelqu’un. (familier)
9. une bouffée d’oxygène : au sens figuré, cela désigne quelque chose qui permet de s’évader, de respirer, qui fait vraiment du bien dans une situation difficile par ailleurs. Par exemple: Cette heure de marche tous les jours, c’est ma bouffée d’oxygène.
10. Un devoir : pendant les études, c’est un travail qu’on a à faire, à rendre.

L’émission entière est ici.

Et pour retrouver tous les livres de Jean-Christophe Rufin, c’est ici. Si vous n’avez rien lu de lui, vous pourriez y trouver votre bonheur ! Rouge Brésil, L’Abyssin… Je ne connais pas ses autres écrits tant il y en a, mais il est des lecteurs qui ont tout lu de lui et attendent chacun de ses livres avec toujours la même impatience curieuse.

Un peu de prononciation, avec une drôle d’orthographe: aigu et son féminin aiguë.
Le tréma sur le e indique qu’on prononce le u, comme au masculin. (et non pas comme dans des mots tels que vague, bague). Quand on épelle le mot, on dit « e tréma ».
C’est la même chose pour ambigu/ambiguë, exigu/exiguë, contigu/contiguë

aigu, ambigu, exigu Prononciation au féminin

Lecture silencieuse

J’ai découvert cet album lors d’un voyage en Australie un peu après sa parution là-bas. Regret de ne pas l’avoir rapporté ! Je l’ai donc retrouvé avec bonheur quelque temps plus tard dans une librairie en France, du côté des BD et romans graphiques, sous le titre Là où vont nos pères.
Tout est beau dans cet univers couleur sépia qui touche au fantastique, à la fois étrange et familier, féérique et réaliste, intemporel et actuel.

Là où vont nos pères 1

Vous n’y apprendrez ni l’anglais ni le français car cette histoire racontée par Shaun Tan ne passe pas par des mots écrits, mais par la minutie des détails de ses dessins magnifiques, que chacun habite de ses propres mots et remplit de ses émotions.
C’est une histoire cent fois répétée au cours des âges, par tous ceux qui ont un jour tout quitté pour vivre ailleurs, une histoire de déracinement, de départ, de solitude, qui devient une histoire d’intégration, une histoire de vie, quand là-bas finit par devenir ici. C’est aussi un très bel hommage à son père, arrivé de Malaisie en Australie en 1960.

Pour ne pas oublier d’où nous venons tous, d’où sont venus nos pères. Pour garder en mémoire qu’on naît quelque part par hasard et que le hasard fait plus ou moins bien les choses pour tous les enfants qui viennent au monde.

Là où vont nos pères2

Là où vont nos pères3

Là où vont nos pères4

Là où vont nos pères5

Pour lire une critique (en français) de cet album

Là-bas, là, ici: quelques exemples pour ne pas se tromper.
Là-bas, c’est ce lieu où n’est pas celui qui parle, ou un lieu un peu éloigné.
Il s’est installé en Italie. Il vit là-bas depuis dix ans. Il ne revient pas souvent ici.
– Il part en Australie. Il espère trouver du travail là-bas.
– Tu le vois, le lapin, là-bas, au fond du jardin ?
– Assieds-toi là-bas.

Là: cet adverbe signifie très souvent ici.
Tu peux repasser demain ? Il n’est pas là aujourd’hui. Il sera là demain matin.
Viens là.
– Mets-toi là, à côté de moi.

Je peux pas !

Un jeune homme timide qui n’est pas sûr du tout de son charme et qui n’en croit pas ses yeux – ni ses oreilles – quand une femme fatale irrésistible semble n’avoir d’yeux que pour lui.
Un grand-père indigne à première vue, mais qui dans le fond ne l’est pas du tout.
Une jeune femme qui ne se laisse pas embêter par une voiture capricieuse et qui réussit à se mettre tout le monde – tous les automobilistes – dans la poche au lieu de se les mettre à dos !
Probablement pas très réaliste, tout ça. Quoique…

De l’humour et de la légèreté dans ces pubs pour le tennis qui a connu son heure de gloire mais n’attire plus autant, en France du moins. C’est bien fait, drôle et bien vu. Et bien dit ! Donc parfait pour entendre comment nous parlons tous les jours.

Tennis Femme fatale
La première pub est ici.

Transcription :
– Excusez-moi, ça vous dirait (1) de prendre un café ?
– Je peux pas, j’ai tennis. (2)

Tennis papyCliquez ici pour regarder la deuxième pub.

– Bonjour papa.
– Bonjour papy.
– Je vous attendais pas !
– Bah oui, on voulait te faire la surprise. Hugo veut passer la journée avec toi.
– Je peux pas, j’ai tennis.
– Toi aussi, tu vas aller au tennis ?
– Ah ! Bah dis donc (3), on voit que tu as eu un bon professeur, hein !
– Merci papy.

tennis en panneEt le troisième volet de cette campagne est ici.

– Oh ça va ! (4) Allez, démarre s’il te plaît ! S’il te plaît, s’il te plaît ! (5)
OK bah très bien, tu le prends comme ça ? (6) Parfait, je te laisse !
– Oh oh (7), qu’est-ce que vous faites ?
– Ah ! Bah tenez, garez-la moi. Je reviens dans deux heures.
– Mais revenez ! Vous bloquez toute la rue. Déplacez votre voiture !
– Je peux pas, j’ai tennis !
– Allo ?
– Oui, allo, bonjour. Madame Tessier est là ? C’est parce que j’ai garé sa voiture et je viens lui rendre les clés.
– Oui, mais elle peut pas vous répondre. Elle a tennis.

Des explications :
1. ça vous dirait de… ? : C’est la manière très courante de proposer quelque chose à quelqu’un. On peut utiliser le conditionnel présent comme ici. On peut aussi employer le présent de l’indicatif. Par exemple : Ça te dit / dirait de venir avec nous au ciné ce soir ? / J’ai fait un gâteau au chocolat pour le dîner. Ça te dit ? On peut répondre juste : Oui. Ou alors : Oui, ça me dit / dirait bien ! En général, on pose cette question directement à quelqu’un. Mais on peut aussi l’employer avec d’autres pronoms : Tu crois que ça lui / leur dirait ?
2. J’ai tennis : on n’emploie jamais d’article devant le nom tennis dans cette phrase qui sert à indiquer quelle activité on va faire, sport ou autre, à condition que ce soit une activité organisée : J’ai entraînement de foot. / J’ai dessin toutes les semaines. / J’ai chorale demain. / Je te laisse, j’ai piscine, là. On l’emploie aussi à propos des cours qu’on a si on est étudiant ou élève: J’ai anglais le lundi matin. / Quand est-ce que tu as maths ? En revanche, on dit: Je fais du tennis. / Il fait de la natation.
3. Bah dis donc : la plupart du temps, on ne prononce pas le « c » à la fin de donc dans cette exclamation, contrairement à ce qu’on fait quand on l’emploie dans son sens de conséquence : Il faisait froid. Donc j’ai mis un pull. (Le « c » est prononcé.) Cette exclamation exprime en général la surprise, l’incrédulité: Bah dis donc, c’est incroyable, ça ! / Eh bah dis donc ! J’en reviens pas ! / Eh bah dis donc ! Tu aurais imaginé un truc pareil ?Bah dis donc

4. Ça va ! : cette exclamation très courante exprime l’agacement, l’énervement, en réponse à quelqu’un qui fait ou dit quelque chose qui nous contrarie. Le ton est important, pour faire la différence avec son emploi dans d’autres situations, comme par exemple : Comment tu vas ? Ça va, merci.
ça va

5. S’il te plaît : un bel exemple de la façon dont on peut contracter ces mots à l’oral, dans certaines régions notamment. Cela devient quelque chose comme : « Steuplaît ». On trouve parfois cette façon de l’écrire – qui n’existe pas bien sûr – dans les commentaires sur les réseaux sociaux, pour donner un côté plus oral et plus vivant à des commentaires écrits.
6. Tu le prends comme ça ? : on répond ça à quelqu’un qui a une réaction plutôt hostile à laquelle on ne s’attendait pas. On peut dire aussi : Franchement, je comprends pas pourquoi tu le prends comme ça. / Mais pourquoi tu le prends comme ça ? Tu n’as pas compris ce que je voulais dire. / Ne le prends pas comme ça !
7. Oh oh ! : c’est comme ça qu’on peut appeler quelqu’un si cette personne n’est pas juste à côté de nous. Par exemple : Oh oh, il y a quelqu’un ? / Oh oh, tu peux venir m’aider ? On peut aussi interpeller comme ça quelqu’un qui ne nous écoute pas, pour attirer son attention : Oh oh, tu m’écoutes ? L’intonation est toujours la même.
Oh oh

Des expressions:
je n’en crois pas mes yeux: je suis totalement surprise. Dans sa version plus familière et orale, on dit: Je (ne) le crois pas !
Je n’en crois pas mes oreilles: c’est la même chose mais par rapport à quelque chose qu’on entend, donc ce que quelqu’un dit.
Il n’a d’yeux que pour elle : il est complètement sous son charme, complètement amoureux d’elle. Il ne remarque personne d’autre.
se mettre quelqu’un dans la poche: faire en sorte que cette personne nous soit totalement favorable, alors que ce n’était pas du tout évident. Par exemple: Avec sa gentillesse, il s’est mis tout le monde / tous ses collègues dans la poche.
se mettre quelqu’un à dos: c’est le contraire de l’expression précédente. Cela signifie qu’on fait ou dit quelque chose qui provoque l’hostilité des autres. Par exemple : Par son comportement grossier, cette étudiante s’est mis tout le monde à dos. (« mis » est invariable.) / Tu vas te mettre tout le monde à dos si tu continues comme ça. / Il a réussi à se mettre tous ses copains à dos ! / Elle accepte ça parce qu’elle ne veut pas se mettre toute sa famille à dos.

Boisson fraîche

Les citrons
Il fait chaud.
Besoin de se rafraîchir et de se désaltérer.
Besoin de ne rien faire du tout.
Donc piscine, boissons fraîches et paresse au programme.

Voici une pub très estivale et très courte mais qui nous dit des choses sur le français et sur la France !

Cette publicité est ici.

Transcription
– Hum ! Super bonne, ta citronnade ! (1)
– Merci ! C’est moi qui l’ai pas faite. (2)
– Ah bon ? Et tu l’as pas faite comment ?
– Bah j’ai pas pressé de citrons, j’ai pas mis l’eau de source (3) et j’ai pas mis le sucre (4) non plus.
– Non mais tu as dû te lever hyper pas tôt ! (5)
– T’inquiète. (6)

Les citrons déjà pressés pour vous, de l’eau de source et une pointe de sucre (7). Pulco citronnade, la paresse a du bon. (8)

Juste le son:
La citronnade

Des explications :
1. de la citronnade : ce terme a un petit côté ancien. Avant toutes les boissons disponibles aujourd’hui, il y avait de la citronnade et de l’orangeade, mélanges de jus de citron ou d’orange avec de l’eau et du sucre.
2. C’est moi qui l’ai… : normalement, on dit : C’est moi qui l’ai faite. C’est ce à quoi tout le monde s’attend. De plus, comme c’est une phrase orale, il n’y a pas « ne » de la négation. Mais tout d’un coup, on entend la forme négative, ce qui nous fait sourire, d’autant plus qu’elle n’est pas vraiment correcte. (On dit normalement: Ce n’est pas moi qui l’ai faite.) Et on comprend sur quoi est basée cette publicité, tout entière à la forme négative de façon inattendue.
3. J’ai pas mis l’eau de source : la première chose, c’est qu’ils insistent sur le fait que c’est de l’eau très naturelle, pour donner un côté très sain à cette boisson industrielle. La deuxième chose, c’est qu’ils utilisent l’article « l’ », au lieu de dire : j’ai pas mis d’eau de source. Cela donne l’impression qu’il est évident que la boisson est à base d’eau de source. C’est comme si tout le monde connaissait la recette.
4. Le sucre : même remarque que précédemment. (le sucre au lieu de dire : j’ai pas mis de sucre)
5. hyper pas tôt : normalement, on n’emploie jamais hyper avec une forme négative.
6. T’inquiète ! : cette phrase, très orale, est fréquente. Normalement bien sûr, on dit : Ne t’inquiète pas (forme normale) / T’inquiète pas (familier). Mais depuis quelques années, on entend souvent la forme sans la négation, avec la même signification. Donc ce qui est bien fait dans ce dialogue, c’est qu’il y a des négations là où il n’en faut pas habituellement et inversement, elles ont disparu là où il en faudrait!
7. Une pointe de sucre : cette expression permet de donner l’impression qu’il y a très peu de sucre ajouté dans cette boisson, encore une fois pour donner l’idée que cette boisson est saine et comme ce qu’on ferait soi-même, bien qu’elle soit industrielle.
8. La paresse a du bon : Quand on dit de quelque chose que ça a du bon, c’est que c’est positif, que cela a un effet bénéfique. De plus, ici, il y a un jeu sur les mots puisqu’il s’agit d’une boisson, qui est bonne.

Petite remarque sur la conjugaison: il y a des Français qui accordent mal le verbe quand la phrase commence par C’est moi qui… On entend la faute: **C’est moi qui a… Bien sûr, on accorde à la première personne du singulier:
C’est moi qui suis paresseuse. / C’est moi qui irai faire les courses / C’est moi qui voulais arrêter. / C’est moi qui ai soif.
Et à la forme négative: Ce n’est pas moi qui ai fait ça. / Ce n’est pas moi qui dirai le contraire.

Eloge de la paresse, avec l’été et les vacances qui approchent, mais aussi préoccupation pour la santé – et la ligne.(Toutes les publicités pour de la nourriture ou des boissons doivent comporter le message du Ministère de la Santé sur le fait de manger 5 fruits et légumes par jour et sur la nécessité de bouger.)

Vous me tutoyez, là, monsieur ?

Au cinéUn billet inspiré par un film sorti depuis peu et que, comme d’habitude, je n’ai pas vu. Une comédie dramatique à la française, comme on dit, adaptée du roman de David Foenkinos, Les Souvenirs.

Au hasard d’émissions à la télé, j’ai vu plusieurs scènes à propos desquelles je m’étais dit que j’en parlerais ici.

Voici l’une d’elle en cliquant ici.

Transcription :
– C’est ta grand-mère !
– Bah qu’est-ce qui se passe ?
– Elle a disparu.
– Comment c’est possible qu’elle soit partie comme ça ? Vous les surveillez pas ?
– Mais c’est pas une prison ici, monsieur.
– Non mais attendez, hein, pas…
– Alors effectivement, on a reçu un appel de la maison de retraite, mais bon, c’est pas la première fois, hein ! C’est une vraie passoire (1) là-bas.
– Mais du coup, enfin concrètement, vous pouvez faire quoi ?
– Ah concrètement, rien !
– On peut pas lancer un avis de recherche ? A la télé, ils passent leur temps avec leur « Alerte- Enlèvement » (2). On peut pas faire pareil ?
– Vous voulez qu’on lance l’ Alerte-Enlèvement pour votre mère ? Première question : est-ce que votre mère est majeure ? (3)
– Tu t’énerves pas, hein.
– Ah bah je m’énerve pas. Je ne m’énerve pas du tout, non, non, non !
– Je fais simplement mon travail, hein. On voit de tout (4), nous, ici.
– Et une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ? Hein vraiment ?
– Non mais vous me tutoyez, là, monsieur ?
– Oui, je vous tutoie ! Laisse-moi, toi ! Tout va bien, tout va bien. Tout va bien !

Quelques détails :
1. c’est une passoire : on utilise cette image à propos de lieux où on peut entrer et sortir sans difficulté.
2. Une Alerte-Enlèvement : c’est le dispositif mis en place depuis peu en France, sur le modèle des Etats-Unis, pour lancer l’alerte très vite et à grande échelle si un enfant ou un ado est enlevé.
3. Être majeur : on est majeur à partir de l’âge de 18 ans. Les alertes-enlèvement sont lancées seulement pour les mineurs.
4. On voit de tout : cette petite phrase indique que tout est possible, même les situations les plus inattendues. (familier)

Le tutoiement abolit la distance. Avec des effets opposés:
– il rapproche des autres, il met sur un pied d’égalité. Le Tu de la collaboration, ou du partage, ou de l’amitié, ou de l’amour.
– il permet de les dominer, de les insulter, de les humilier. Le Tu de l’impolitesse, ou du manque de respect, ou de l’agression verbale. Passer à Tu, c’est transgresser dans ces cas-là les règles de la sociabilité.

Dans cette scène, Michel Blanc s’inquiète, s’énerve et tutoie le commissaire : Une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ?
Mais on ne peut pas tutoyer un commissaire, ça peut avoir des conséquences : Vous me tutoyez, là, monsieur?
Et une fois son angoisse exprimée, il reprend le chemin de la politesse : Oui, je vous tutoie, dit-il… en vouvoyant le policier!
Fin du dérapage, retour au calme.

Mes codes : personnels mais bien sûr inséparables de mon milieu et de mon époque, avec l’idée qu’à mon âge, si on me tutoie, je tutoie aussi. (en version orale ou écrite, selon vos préférences)

Tu ou Vous, Catalogue personnel

– Je dis Vous à mes étudiants. Ce n’est pas le cas de tous mes collègues. Dans ce cas, le vouvoiement m’est très naturel, comme il l’est de la part des étudiants.
– Je tutoie tous mes collègues, parce que nous travaillons ensemble tous les jours. (Et à Marseille, on fait aussi la bise à ses collègues pour se dire bonjour.)
– Les jeunes collègues ont tendance à commencer par vouvoyer ceux qui sont plus âgés qu’eux et attendent le feu vert de leurs aînés pour les tutoyer. Je fais maintenant partie de ceux qui peuvent donner le feu vert. (ce qui a ses avantages et ses inconvénients.)
– Je dis Tu dans les commentaires que je laisse sur Instagram. Parfois en me disant que c’est un peu familier au tout début. Mais dans le fond, je suis surprise par ceux qui y vouvoient les autres.
– Je ne sais pas toujours quoi faire en répondant aux commentaires sur ce blog. Il me manque les repères d’âge, de « style », tout ce qu’on décrypte quand on voit les gens en chair et en os. J’ai tendance à dire Tu rapidement (ou immédiatement), sans doute pour gommer un peu la distance inhérente à ces échanges par blog interposé. Mais je fais souvent une remarque sur ce passage au tutoiement, comme pour m’excuser de cette familiarité trop précoce.
– Nous avons rencontré ce problème hier avec mes trois jeunes filles qui travaillent sur France Bienvenue cette année: pour répondre à une question posée par un visiteur, l’une n’envisageait pas de répondre en le tutoyant, la deuxième trouvait bizarre de le vouvoyer et la troisième n’arrivait pas à décider. Nous avons tranché en contournant le problème, dans une réponse où n’apparaissent ni Tu ni Vous ! (Mais c’est en général difficile de faire ce tour de passe-passe.)
– Il y a quelques personnes de mon entourage à qui je continue à dire Vous, même si nous sommes devenus plus proches au fil du temps. C’est difficile de changer des habitudes de longue date et ça ne gêne pas ces relations. C’est comme ça !
– Je dis Tu dans ma voiture à ceux qui conduisent comme des sauvages (d’après mes critères). Ce tutoiement va de pair avec des termes que je n’emploie pas habituellement. (Oui, des gros mots). Mais je suis dans ma voiture. Le Tu qui défoule.
– Si quelqu’un se permet de mal me parler et de me tutoyer d’une façon qui ne me plaît pas, je ne riposte pas en le tutoyant à mon tour. Du moins j’essaie. Tutoyer dans ce cas, c’est perdre son calme. Vouvoyer permet en quelque sorte de garder le contrôle, de maintenir la distance et d’éviter l’escalade. En général, c’est mieux d’éviter l’escalade.
– Mais ça peut avoir l’effet contraire et énerver encore plus celui qui vous énerve. Je repasse au Tu. Traduisez: je perds mon calme.

Donc deux petits mots et toute une palette de nuances…
D’un côté, comment ne pas penser aux Paroles de Jacques Prévert adressées à Barbara dans son poème :
Ne m’en veux pas si je te tutoie.
Je dis tu à tous ceux que j’aime.

Mais de l’autre, et sans poésie aucune, c’est plutôt :
Je dis tu à tous ceux qui m’agacent et que je n’aime pas !

Pour terminer, voici la bande annonce du film.
Les dialogues sont parfaits pour leur côté oral. Même s’ils sont légèrement surjoués et un peu trop « écrits », il y a ce débit de parole qui fait progresser quand on apprend le français. Et on entrevoit les falaises d’Etretat.

Bande annonce

La bande annonce est ici.

Transcription:
– Surprise !
(Chanson : Que reste-t-il de nos amours?)
– Et merci !
– Surprise !

– Bah tu manges pas ?
– Ils font des menus que pour les vieux.
– Tu as l’air en forme, toi ! Ça fait plaisir !

– C’est ta grand-mère !
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Elle a disparu.
– Comment c’est possible qu’elle soit partie comme ça ? Vous les surveillez pas ?
– Mais c’est pas une prison ici, monsieur.
– Non mais attendez, hein, pas…
– C’est déjà arrivé quelquefois mais enfin bon, c’est rare.
– C’est pas la première fois, hein, c’est une vraie passoire là-bas !
– On peut pas lancer un avis de recherche ? A la télé, ils passent leur temps avec leur « Alerte- enlèvement ». On peut pas faire pareil ?
– Euh… Première question : est-ce que votre mère est majeure ?
– Tu t’énerves pas, hein.
– On voit de tout, nous, ici.
– Une mère plus jeune que son fils, tu as déjà vu ça, toi ?

– Putain, j’ai reçu une carte postale de ma grand-mère !
– Ah ouais ? Faut que tu y ailles, faut que tu mènes l’enquête.

– Excusez-moi.
– Vous voulez vous suicider ?
– Euh… non.
– Parce qu’on a quand même le meilleur spot pour ça ici, hein. Alors écoutez, moi je veux pas m’immiscer dans votre vie privée (1), mais moi, en tant que professionnelle, je suis obligée de vous prévenir. Donc on longe la falaise comme ça, tac (2). On arrive ici, on saute, hein, on est venu pour ça. Sauf que en cas de vent, retour en arrière…
– Je compte pas (3) me suicider en fait. Je suis quelqu’un qui aime la vie et je…
– Ah bah il faudrait le dire à votre visage parce que là, on peut pas deviner, hein !

– J’en peux plus (4) qu’on décide tout pour moi. Tu comprends ?
– Elle a du caractère (5), ta mère. C’est bien le genre à (6) partir comme ça.
– Allez, à ta grand-mère !

Quelques détails :
1. s’immiscer dans la vie privée de quelqu’un : intervenir dans la vie de quelqu’un sans en avoir vraiment le droit.
2. Tac : c’est juste une onomatopée.
3. Je ne compte pas (faire quelque chose) : je n’ai pas l’intention de… On utilise souvent la question : Qu’est-ce que tu comptes faire ?
4. J’en peux plus : j’en ai assez, je ne supporte plus cette situation.
5. Avoir du caractère : avoir une forte personnalité.
6. C’est bien le genre à (faire quelque chose) : cela correspond bien à sa personnalité, ce n’est pas surprenant de sa part.

Tu et vous, ailleurs sur ce blog et sur France Bienvenue :
Tutoyer ou pas ?
Seule avec deux enfants
En rose et bleu
On se tutoie ou on se vouvoie ?

Et n’oubliez pas de lire les commentaires. Merci à Sabine et à Anne pour leurs éclairages !

Perdus

Mont beuvray2
Mont Beuvray1
Mont Beuvray3

On peut se perdre dans la forêt !
(Petit billet inspiré par les commentaires d’Anne et Rick).

Une chose est sûre, c’est que si cela m’arrive (en compagnie de quelqu’un obligatoirement), je dirai spontanément: Je crois que là, on est perdus.
Dans l’incertitude du moment, jamais ne me viendra à l’esprit: Nous sommes perdus. Peut-être parce que je ne parle pas assez bien et qu’en disant « Nous », j’aurais vraiment l’impression de m’écouter parler. Et pourquoi surveillerais-je mon langage, perdue en pleine forêt et peut-être un peu contrariée, ou irritée ? Ou alors, ce serait précisément pour bien souligner le côté « dramatique » de la situation, ou pour ironiser, et je ne le dirais pas du tout sur le même ton que toutes mes autres phrases avec On:

Si tu veux mon avis, là, je pense que nous sommes perdus.

Tu crois pas qu’on est perdus ?
J’ai l’impression qu’on est perdus, là !
Tu es sûr qu’on n’est pas perdus ?

Pour écouter ces phrases: On est perdus

Donc oralement, On nous vient de plus en plus naturellement à la place de Nous, c’est un fait. Quand j’entends quelqu’un utiliser Nous, je le remarque immédiatement et je me dis en quelque sorte inconsciemment qu’il parle parfaitement parce que c’est comme ça dans son milieu ou parce qu’il surveille son langage. Ou alors, je me dis que c’est un étranger !
Encore quelques années et On employé à la place de nous ne nous semblera sans doute plus familier mais normal.

Et nous nous habituons voir le participe passé accordé au pluriel puisque même nos grammaires se sont adaptées et approuvent cet usage.

Pour le moment, je pense que je contourne le problème quand c’est possible: si je dois écrire, je continue à utiliser Nous, pour éviter d’avoir à faire cet accord qui paraît bizarre quand il est écrit noir sur blanc, imprimé, affiché comme dans cette publicité qui a attiré mon regard pour cette raison.
Mais je peux de moins en moins esquiver le problème puisque ce blog et son grand frère France Bienvenue sont nés de cette idée de transcrire des conversations dont je recherche avant tout le côté oral ! Alors, personnellement, je crois que je m’habitue à taper des S partout ! (Je vais d’ailleurs prêter davantage attention à ce que font les romanciers d’aujourd’hui.)

Pour finir, j’ai enregistré ce qui précède, mais pas exactement. Comme j’ai d’abord pensé cet article à l’écrit et pas comme un enregistrement, il y a de petites différences de style parce que je ne l’ai finalement pas lu à voix haute mais « reformulé » spontanément comme si je vous parlais. Alors, il y a des Bah, des Voilà, des négations imparfaites qui traînent !

Perdus Version orale

Et pour conclure vraiment, tout ça, c’était juste pour vous emmener vous perdre dans cette très belle forêt !

Accord ou désaccord

Forts ensemble

On est singulier. Donc il est suivi d’un verbe au singulier.
Mais ensuite, que fait-on des adjectifs ou des participes passés qui suivent ?

Les puristes extrêmes refusent un accord de pluriel :
– soit On est une sorte de neutre pour désigner quelqu’un, n’importe qui et il n’y a pas lieu de se poser la question : On n’est jamais déçu quand on n’attend rien.
– Soit il est employé improprement à la place de Nous, et dans ce cas, employons Nous, ce qui éliminera le problème : On est allé(s) au cinéma, à remplacer par Nous sommes allés au cinéma.

Mais il faut bien admettre qu’oralement, On est devenu plus fréquent que Nous. On accepte donc très souvent l’accord de pluriel ( de genre aussi : on est allées) de l’adjectif ou du participe passé.

Sur ce panneau publicitaire, on trouve donc On est forts. J’avoue que souvent, j’ai encore un petit moment de doute quand je vois ou fais cet accord singulier-pluriel. Mais ici, on a bien l’emploi parfait de On, puisqu’il s’agit de de vous, de moi, d’eux, donc de n’importe qui. En même temps, comment pourrait-on laisser fort au singulier ? Le mot ensemble implique fondamentalement un pluriel. Donc tout va bien ! (Sinon, il faudrait dire: On est fort quand on est avec les autres.)

Oui, je viens de faire la Française qui coupe les cheveux en quatre à propos de la grammaire! Oui, juste en passant dans la rue, une rue très ordinaire, et en lisant une pub, une pub sans caractère. Tout cela parce que nous avons une grammaire impossible et bizarre !

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