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Les kilos de publicités que nous recevons dans nos boîtes aux lettres sont vraiment une plaie ! Encombrantes, très laides en général – photos d’escalopes de veau, de flacons de lessive, de rouleaux de PQ, etc. – et un immense gâchis de papier et de tout ce qui sert à les produire, puis à les distribuer, puisque souvent, elles vont directement à la poubelle. C’est ce qui explique les petits messages collés sur certaines boîtes aux lettres, à l’intention du facteur ou des gens payés au lance-pierre pour nous déposer ces catalogues ou prospectus.
Mais les styles varient !

Option 1 : un message direct, épuré et courtois juste ce qu’il faut.
Pas de réelle implication du « refuseur » de pub. Impersonnel, neutre et passe-partout.

Option 2 : un message plus détaillé, pédagogique. Poli aussi.
Rédigé après une étude personnelle plus fouillée de ce qui atterrit dans nos boîtes tous les jours.

Option 3 : Très direct. Parfaitement clair (même s’il suppose aussi une connaissance de l’anglais de base!). Légèrement moins poli, dirons-nous.
Le message de celui qui a dû essayer les options 1 et 2 sans résultat. Alors, ça finit par énerver !

Le tutoiement :
Autant il peut être le signe qu’on est proche de la personne à qui on s’adresse, autant il peut être aussi une marque d’irrespect. C’est le cas ici.
Quand on s’insulte, on se tutoie en général.

Comment elle parle, Chantal !

Allez, encore une publicité cette fois-ci, parce qu’elle m’a surprise à la fin. Pas par ce qu’elle montre.
Mais par la façon de parler de Chantal, parce que je n’aurais pas imaginé ce mot-là dans sa bouche à elle !
Je vous laisse faire la connaissance de la dynamique Chantal et de sa grande tribu et on en parle juste après ! 😉

Transcription
– Oh, coucou !
– Bonjour, les chéries ! Super, les petites-filles !
Je m’appelle Chantal. J’ai plein de (1) petits-enfants, dans toute la France. Je ne les vois pas assez souvent et ça, ça me manque (2) énormément. Et pour moi, tout ça va bientôt changer. Et je vais me faire un plaisir (3) d’aller les voir.
– C’est mamie Chantal !
– Oh coucou !
– Bonjour ma […] !
– Comment tu vas, mamie ?
– Super, les petites-filles! Ah bah, très simple. Oui, sans souci.
Je suis ravie de voir mes petites-filles.
J’ai pu revoir tous mes petits-enfants en même temps.

– ça va, Nina ?
– C’est quoi, ça, ma chérie ?
J’avais peur que ce soit un peu relou (4). Mais en fait, c’était très simple.

Quelques détails :
1. plein de : beaucoup de (familier). Ne faites pas la faute qu’on rencontre de plus en plus souvent chez certains Français. Ils écrivent pleins de avec un « s » de pluriel au bout de plein, pour deux raisons je suppose: parce que cette expression indique une grande quantité et aussi parce que lorsque plein est un adjectif, il s’accorde: Les paniers sont pleins de fruits. / Les carafes sont pleines de jus d’orange. Mais ici, quand il signifie beaucoup de, ce n’est pas un adjectif, donc il ne s’accorde jamais.
2. ça, ça me manque : on répète « ça » pour insister. Et attention au verbe manquer: On ne se voit pas souvent. ça me manque. / Elle n’est pas partie en vacances depuis longtemps. ça lui manque. / C’est l’hiver, il n’y a pas de cerises. ça nous manque !
3. se faire un plaisir de faire quelque chose : être très content (souvent par avance ) de faire quelque chose. (Style assez soutenu) Par exemple :
Je me fais un plaisir de te revoir.
Il se fait un plaisir de nous accueillir chez lui.
Nous nous ferons un plaisir de vous faire visiter la région.
Il se fera un plaisir de t’aider.

On peut l’employer aussi pour parler du passé: Ils se sont fait un plaisir de les inviter au restaurant.
4. relou: c’est lourd, en verlan, c’est-à-dire en inversant les sons. (Personnellement, j’ai toujours un peu de mal à comprendre comment lourd, dans lequel il n’y a pas le son « e » devient relou!) Donc c’est très familier.

Quand j’ai vu cette pub, j’ai été surprise par le fait que cette grand-mère emploie ce terme ! Cela ne me semblait pas aller avec le personnage, même si c’est le portrait d’une grand-mère pleine d’allant et qui fait jeune. « Relou » fait partie des termes à la mode plutôt chez les jeunes, dans un style de langue très familier. Ici, comme ce n’est même pas pour produire un effet humoristique, c’est peut-être le signe que « relou », comme certains mots d’argot, a fini par passer dans le langage courant et être adopté par tous ou presque.

Dans une langue étrangère, je trouve que c’est un peu compliqué de savoir qui peut dire quoi, qui peut utiliser de façon naturelle quels mots familiers ou d’argot. Quand je vois des listes, juste des listes, de ces mots ou de ces expressions sur instagram par exemple, je me dis qu’il manque vraiment des explications. Voici quatre exemples:
kiffer : on entend beaucoup ce verbe, ou plutôt, on l’a beaucoup entendu, car j’ai bien l’impression qu’il est en train de passer de mode. Il est synonyme d’aimer en argot. Mais entendre un adulte, ou quelqu’un dans un contexte pas particulièrement décontracté, employer ce verbe fait vraiment bizarre ! Il y a des mots qui vont à certains, qui marchent dans certains contextes mais pas n’importe comment. Ne pas les employer au bon moment produit l’effet d’une fausse note.

faire gaffe : ici, pas de problème d’âge pour l’utiliser mais on ne peut pas employer cette expression dans n’importe quelle situation car elle est vraiment familière. Je ne l’utiliserai jamais avec mes étudiants par exemple, à qui je dirai : Faites attention, alors que je l’emploie dans d’autres contextes sans problème.

être à la bourre : c’est être en retard. J’en avais déjà parlé à propos d’un de mes étudiants qui m’avait demandé de l’excuser d’être à la bourre. On ne peut pas dire ça à tout le monde.

filer quelque chose, dans le sens de donner, est de l’argot, donc familier : on peut dire File-moi ton numéro de téléphone à ses copains mais pas à quelqu’un avec qui on a des relations professionnelles par exemple.

Ce qui ne simplifie pas la tâche non plus, c’est que certains mots familiers ou d’argot se démodent ! Ils reviendront peut-être un jour. Il y a des cycles. Bref, il y a toujours du travail pour qui veut parler une autre langue !

Dire ou ne pas dire ?

Voici aujourd’hui un billet sur un de ces verbes très courants qui changent de sens selon le contexte, le ton de la voix et qui, paradoxalement, peuvent être un peu difficiles à bien employer pour quelqu’un qui apprend le français.
J’avais déjà évoqué le verbe prendre, le verbe tenir et le verbe faire.

Voici le verbe dire !
Mais pour commencer, on part d’abord à la plage, voir l’Océan (pas la Méditerranée).

Transcription
Pour être honnête avec vous, j’ai la flemme (1) de trouver « the » (2) bon plan pour un weekend en famille. Franchement, trouver le weekend pas cher et sympa, c’est vraiment pas simple. C’est pourquoi on a voulu tester l’alerte Petits Prix de Oui Sncf. Ça nous a pris 5 minutes pour la poser. Et c’est comme ça qu’on a trouvé.
Allez, c’est parti ! Allez, on court.
Moi, j’en fais un aussi ?

Les garçons, ça vous dit d’aller à la montagne la semaine prochaine ?

Deux expressions :
1. avoir la flemme (de faire quelque chose) : ne pas avoir envie de faire un effort pour faire quelque chose. (familier)
Par exemple :
– On va au ciné ce soir ?
– Bof, j’ai la flemme de re-sortir ! On pourrait se faire plutôt une petite série, non ?

– C’est un gâteau surgelé. J’ai eu la flemme d’en faire un !
2.« the » bon plan : les Français ont adopté ce « the » à la place de « le », pour insister sur le caractère unique de quelque chose. Ils se moquent de leur très mauvaise prononciation du son « th », prononcé comme un « z » !

Et maintenant, voici des expressions avec le verbe DIRE, parce que ce n’est pas si simple que ça !
1. ça vous dit d’aller à la montagne ? : c’est une façon familière de proposer quelque chose à quelqu’un et de lui demander s’il en a envie, si ça lui plairait.
– On peut l’utiliser au conditionnel présent : Ça te dirait / Ça vous dirait…?
Ça te dirait de venir dîner demain soir ?
Ça vous dirait qu’on se voie la semaine prochaine ?

– On peut utiliser une forme affirmative: si ça vous / te dit, ce qui est synonyme de « si tu en as envie / si ça t’intéresse » :
On pourrait aller au resto si ça te dit.
Je pourrais leur faire visiter la ville si ça leur dit.

Et voici ce qu’on répond :
– pour accepter : Ah oui, ça me dit bien ! / Oui, ça nous dirait bien.
– pour refuser : Hmm… ça (ne) me dit pas trop. / ça (ne) me dit pas vraiment. / Ah non, ça (ne) me dit pas du tout !
On n’utilise pas le conditionnel. Et comme c’est une expression familière, on a tendance à ne pas dire « ne » dans la négation.

On peut aussi poser la question : Qu’est-ce que tu en dis ? Qu’est-ce que vous en dites ?
-Je peux passer te voir demain. Qu’est-ce que tu en dis ?
– Ah oui, bonne idée! / Oui, si tu veux.

2. Il ne faut pas confondre avec une expression qui ressemble beaucoup : Ça te dit quelque chose?
On l’emploie de façon familière pour demander à quelqu’un s’il voit de quoi ou de qui on parle. Par exemple, on lui donne le nom de quelqu’un et on veut savoir si ça lui rappelle quelque chose, s’il s’en souvient, etc.
Madame Silvestro, ça te dit quelque chose ? = On veut savoir s’il sait qui est cette dame.
Une pub qui se passe sur une grande plage en hiver, ça te dit quelque chose? = On veut savoir s’il voit de quelle publicité il s’agit.

Et voici les réponses possibles, à ne pas confondre avec le cas précédent:
Non, ça ne me dit rien.
– Non, ça ne me dit rien du tout.
– Non, ça ne me dit absolument rien.

– Oui, ça me dit quelque chose, mais je (ne) sais pas quoi / Mais j’arrive pas à me souvenir / mais je sais plus.
– Oui, ça me dit vaguement quelque chose, ce nom. Mais je (ne) me souviens pas bien. / Mais je (ne) me souviens plus.

3. Pour finir, voici une exclamation, toujours au plus-que-parfait : Qu’est-ce que je t’avais dit ! / Qu’est-ce que je vous avais dit !
Cela signifie qu’on rappelle à quelqu’un qu’on avait déjà affirmé quelque chose et qu’on a la confirmation de ce qu’on pensait. En général, cette expression est assez moralisatrice. (sous-entendu : j’avais raison.)
– Il a oublié de m’appeler.
– Qu’est-ce que je t’avais dit ! J’en étais sûr. On ne peut pas compter sur lui.

– Je me suis fait voler mon téléphone.
– Tu vois ! Qu’est-ce que je t’avais dit ! Pourquoi tu l’as pris avec toi à la plage ?

Voici l’enregistrement de ces phrases:
ça vous dit ?

Pour vous donner un exemple vécu, j’ai un collègue qui voit toujours le pire et n’est pas pour sanctionner les étudiants qui trichent. Récemment, un prof de fac a été agressé dans la région parisienne par un ancien étudiant, mécontent de ne pas avoir eu son diplôme. Mon collègue nous a immédiatement envoyé l’article de presse qui évoquait cette agression, avec pour commentaire dans son mail : Qu’est-ce que je vous avais dit !, sous-entendu: Ça va nous arriver à nous aussi, donc ne faisons pas de vagues…

Et pour finir: Une petite meringue, ça vous dirait ?
Elles sont un peu biscornues car je n’avais pas de poche à douille pour les étaler joliment sur la plaque du four ! Mais elles sont très bonnes quand même ! ,-)

A bientôt.
Et bien sûr, comme toujours, vous pouvez me laisser un commentaire ou une question, si ça vous dit !

Ne t’en fais pas, tu vas t’y faire

Comme le dit la chanson,
Dans la vie, faut pas s’en faire !
Moi, je ne m’en fais pas
Les petites misères
Seront passagères
Tout ça s’arrangera

C’est une chanson célèbre de Maurice Chevalier, connue de nous tous et reprise par Eddy Mitchell dans des publicités des années 90. Je suppose que vous devinez ce qui va se passer dans la pub en question !

Comme le climat est plutôt tendu en ce moment, on va adopter ce petit refrain pour garder foi dans la capacité des hommes à construire un monde plus harmonieux !

Et c’est l’occasion pour moi de continuer à évoquer toutes nos expressions avec en et y.
Dans ce billet, voici donc : s’en faire, à ne pas confondre avec s’y faire.

1- S’en faire : s’inquiéter, se faire du souci.
C’est le sens le plus courant. C’est une expression familière.
On l’emploie au présent très souvent.
Elle s’en fait énormément pour ses enfants. Du coup, c’est une mère un peu étouffante.
– Ce n’est pas nécessaire de t’en faire à l’avance. Tu verras bien !

Ne t’en fais pas, tu vas y arriver. Aie confiance en toi. (A l’oral et de façon familière, on dit : T’en fais pas.
Ne vous en faites pas. On va vous aider.Tout va bien se passer.

Cette expression peut avoir une autre signification à la forme négative, dérivée de la première: ne pas se gêner (c’est-à-dire ne pas avoir d’inquiétude alors qu’on fait quelque chose de gênant, d’inacceptable par exemple): C’est une critique, vis-à-vis d’une personne sans-gêne.
– Eh bien, ne t’en fais pas ! / Ne t’en fais surtout pas ! (à quelqu’un qui est en train de fouiller dans vos affaires par exemple.)
– Tu ne t’en fais pas, à ce que je vois !

Utilisée à propos d’une situation passée, cette expression marche à l’imparfait, mais pas au passé composé.
Il s’en faisait beaucoup quand il était étudiant en prépa. Maintenant il est moins stressé.
– Elle ne s’en faisait pas trop parce que ses parents s’occupaient de tout!

Alors, si on veut raconter quelque chose de ponctuel, donc au passé composé, on est obligé d’employer des expressions moins familières: se faire du souci, s’inquiéter
Elle s’est fait beaucoup de souci / Elle s’est beaucoup inquiétée pour lui quand il était petit parce qu’il était souvent malade.

Pour écouter ces exemples :

2- S’y faire : cette expression signifie s’habituer à quelque chose, au point que cela ne nous dérange plus. (C’est la situation tout entière qui est sous-entendue par Y)
On peut l’employer à tous les temps.
Le climat est totalement différent ici. Il fait chaud et humide. Mais nous allons nous y faire !
– Il faut que tu t’y fasses ! Il ne changera jamais d’attitude. C’est sa personnalité.
– Les gens conduisent n’importe comment ici. Je ne m’y ferai jamais ! / Je n’arrive pas à m’y faire.

Pour écouter ces phrases:

Donc aujourd’hui, n’oubliez pas qu’il s’agissait de verbes pronominaux (avec se). Je dis ça parce que nous avons aussi des expressions avec simplement :
en faire
– y faire

Et bien sûr, elles ne signifient pas la même chose que s’en faire ou s’y faire.
A suivre !

La dictée du jour

Alors, aujourd’hui, on va jouer à l’école:
Prenez une feuille et un stylo. On va commencer par une petite dictée.

Dictée du jour
.
.
C’est bon? Vous vous êtes bien relu ?

Bon, maintenant, posez vos stylos. On ne joue plus.
On est sur internet et on tombe sur de vrais commentaires laissés sur des sites ou des réseaux sociaux. Et voici ce qu’on lit :
– Il va sans sortir.
– Sa femme qu’il attend soutenu.
– Quand pensez-vous ?

* Il va sans sortir.
Alors, ça veut dire qu’il reste à la maison ?

* Sa femme qu’il attend soutenu.
C’est bien connu, les femmes se font toujours attendre !

* Quand pensez-vous ?
Euh, jamais en fait. (Surtout quand j’écris.)

C’est plutôt drôle. C’est presque poétique !
Le problème, c’est que

– ça n’est pas volontaire.
– ça n’est pas un usage poétique des mots par leurs auteurs.
– c’est écrit par des Français, dans leur langue maternelle.
– ça devient presque incompréhensible.
Il faut quasiment se dire ces phrases à voix haute, et elles redeviennent alors pleines de sens :
= Il va s’en sortir.
(Il a beaucoup de travail, ou bien la situation est compliquée mais il va y arriver.)

= Sa femme, qu’il a tant soutenue…
(comme il s’y est engagé, en termes équivalents, par les voeux prononcés lors de leur mariage religieux.)

= Qu’en penses-tu ?
(Allez, donne-moi ton avis, ta position sur cette question ou sur ce que je te propose.)

La prononciation est exactement la même, c’est vrai. D’où ces erreurs.
Mais quand même !
Le remède se trouve peut-être – en partie – là :

Cette publicité joue sur les mots, des mots qui sont normalement écrits sur les paquets de cigarettes et associés à des photos peu poétiques des maladies causées par le tabagisme : Fumer nuit gravement à la santé. Avertissement solennel. Tentative de disuasion. (assez hypocrite, il faut bien le dire !)

En lisant, je crois moi aussi qu’on a davantage de chance de devenir moins ignorant en orthographe et en grammaire, de ne pas être un âne ! (Petite parenthèse : pauvres ânes ! En français, être un âne n’est pas flatteur.)
Lire, donc. Pas simplement pour le plaisir d’être bon en orthographe ou en grammaire, mais pour comprendre et se faire comprendre ! Et pour accéder au monde.
Parce que voilà, comme c’est écrit sur ce trottoir de Montmartre :

Connaissez-vous ce compte instagram ?
Allez jouer avec les mots de son auteure, tracés à la craie dans la rue !
Syntaxe et orthographe bousculées.
Poésie, humour et vérité.

Prendre, s’y prendre, s’en prendre… Tout comprendre !

Prenez un verbe ordinaire. Aujourd’hui, ce sera le verbe prendre.
Ajoutez-lui en ou y, ces petits mots qui peuvent tout changer au sens d’une expression.
Transformez-le en verbe pronominal, pour compliquer sa conjugaison et sa signification!
Mettez le ton et vous obtenez une palette de sens et de nuances pour des expressions que nous employons très souvent.

Se prendre pour…  :
Quand on estime que quelqu’un outrepasse ses droits et n’a pas une attitude qui convient, on utilise cette question pour exprimer son mécontentement :
Pour qui tu te prends ? Tu ne me parles pas sur ce ton, s’il te plaît.
– Pour qui il se prend, celui-là ? Il traite les gens comme des chiens !
– Je ne sais pas pour qui vous vous prenez ! Gardez vos commentaires pour vous !

(Cette question – directe ou indirecte – n’existe qu’au présent, dans un style plutôt familier.)

1-Pour qui tu te prends
.
.

On peut aussi exprimer sa surprise et sa désapprobation face au comportement de quelqu’un avec une autre question :
Mais qu’est-ce qui te prend ? Pourquoi tu dis ça ?
– Qu’est-ce qui leur a pris ? Ils ont vraiment fait n’importe quoi ! ça ne leur ressemble pas.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Mais tu m’as vraiment énervée. Excuse-moi de t’avoir répondu comme ça. (Au féminin, pour parler de soi, on peut accorder ou pas: Je ne sais pas ce qui m’a prise. Mais personnellement, je trouve ça bizarre.)

2-ce qui m’a pris
.
.

S’en prendre à quelqu’un :
C’est faire des reproches, des critiques à quelqu’un, de façon agressive, ou attaquer à quelqu’un :
Certains enfants à l’école s’en prennent aux plus petits qu’eux pour affirmer leur domination.
– Pourquoi est-ce que tu t’en prends à moi ? Je n’y suis pour rien. Adresse-toi aux vrais responsables.
– Je ne sais pas pourquoi ils s’en sont pris à lui. Il n’avait rien fait de mal pourtant!

(Au féminin, on accorde : Elles s’en sont prises à lui.)

3-s’en prendre
.
.

S’y prendre :
on emploie cette expression pour parler de la façon dont on fait quelque chose.
Je pense que tu t’y prends mal, je vais t’aider. ( = Tu ne fais pas comme il faut)
Moi, je trouve que tu t’y prends très bien. Tu as bien travaillé. Le résultat est parfait!
– Comment tu t’y es pris pour réparer ça ? C’était compliqué, non ?
– Elle s’y est mal prise. Du coup, il faut qu’elle recommence tout.
– Mais comment tu t’y prends ? Pas étonnant que ça ne marche pas !
– Tu t’y prends mal avec lui. Il faut être un peu plus diplomate !
– Elle ne sait plus comment s’y prendre avec son fils depuis qu’il est entré dans l’adolescence !

4-s’y prendre
.
.
Voilà pour le verbe prendre.
A suivre, avec d’autres verbes très courants qui se métamorphosent de la même manière.
De l’art d’exprimer toutes sortes d’émotions avec des mots on ne peut plus ordinaires !

Bon début de semaine !

A la soupe !

Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Question classique !
Comme le temps n’est pas encore tout à fait printanier, une bonne soupe est encore la bienvenue !
Quand mange-t-on de la soupe en général ? Chez nous, c’est effectivement plutôt le soir, notamment quand il s’agit d’une soupe de légumes. Donc c’est au dîner.

Dîner, souper, déjeuner.
L’emploi de ces mots (aussi bien les verbes que les noms) a varié au fil du temps.
Il n’est pas non plus le même selon les régions en France.
Et pour compliquer les choses, il change aussi en fonction des pays où on parle français.

Alors voici ce qu’on dit chez moi (comme chez beaucoup de Français) en 2018 :
– On déjeune à midi et on dîne le soir.
– On n’emploie jamais le verbe souper, qui était utilisé autrefois et continue à l’être dans certaines régions.
– Mais la soupe reste un plat important !
Quand on est petit, les adultes disent : Mange ta soupe, ça fait grandir.
Pour dire que c’est l’heure de manger (à midi ou le soir), on dit de façon familière : A la soupe !

Cette publicité pour une célèbre marque de soupes toutes prêtes joue donc sur les mots, pour nous inciter à mettre ses préparations à nos menus du soir.

Mais quand même, entre une soupe maison et une soupe industrielle, le choix est vite fait ! C’est tellement facile à faire, une soupe ! Et le parfum de la soupe qui cuit! Il suffit d’avoir pensé à acheter des légumes et d’avoir un peu le temps de la laisser cuire.

Alors, ce soir, nous allons nous régaler avec une soupe encore un peu hivernale, en attendant de passer bientôt aux soupes au pistou ou aux soupes froides et rafraîchissantes de la belle saison :
notre dernière courge butternut et des poireaux, coupés en petits morceaux et revenus dans un peu d’huile d’olive, des gousses d’ail, une ou deux feuilles de laurier et des pois cassés, pour changer des pommes de terre. Que demander de mieux ? 😉

Bon appétit !

Il a déjà été question de soupe sur mon site, ici.

N’oubliez pas de lire les commentaires ajoutés à cet article, pour savoir ce qu’on dit ailleurs ! Merci à La Culturothèque du Masque, en direct de la Belgique et à Anne Jutras, en direct du Québec.

Les voyages en train

Vous le savez peut-être, ou vous l’avez expérimenté personnellement en début de semaine, les voyages ou les déplacements en train se compliquent en France depuis quelques jours : il y a des grèves dans les trains et les gares, à cause des projets du gouvernement pour réformer la SNCF, sans réelle concertation et dans un sens qui ne satisfait pas une majorité d’employés de la SNCF.

Côté usagers ou voyageurs, les réactions vont du soutien à la condamnation, en fonction des idées politiques de chacun, des clichés que certains ont dans la tête sur les cheminots (qu’ils considèrent comme des « privilégiés »), de leur position sur le service public, du fait qu’ils travaillent dans le public ou le privé. Et aussi pour certains, en fonction du dérangement que la grève leur occasionne, puisque par définition, quand les gens cessent de travailler et de remplir leur mission, cela entraîne des complications !

Voici donc quelques témoignages de gens qui prennent d’habitude le train, pour aller travailler, ainsi que celui du gérant d’un magasin à la gare Saint Charles à Marseille. C’était aux infos à la radio en début de semaine. Positions variées.
(Mais je suis étonnée de ne pas avoir entendu le classique : On est pris en otage ! Choix des journalistes sans doute.)

Jours de grève- Avril 2018

Transcription

Ça va, hein. Ça pourrait être pire. C’est pour ça qu’on s’y prend tôt (1). Hier, ça a été un peu mieux que ce matin. Je sais pas, les gens sont… se sont peut-être un peu moins arrangés (2) aujourd’hui que hier.

– Bah moi, hier, moi, j’ai pris une chambre sur Paris, voilà, tout simplement, parce que c’était… c’est pas possible autrement.
– Là, c’est le deuxième jour. Ça risque de durer (3) jusqu’en juin. Comment vous le sentez ? (4)
– Bah mal, mal. Ça va être difficile. Je sais pas comment je vais faire pour les autres fois. Je vais, bon… Je vais peut-être prendre des jours de congé, enfin je vais me débrouiller, quoi.

Hier matin, j’ai… j’ai trop galéré. J’ai pas pu. J’ai laissé quatre trains passer hier, tellement c’était rempli*.

J’ai pas du tout envie d’être bousculée. Je veux dire, de toute façon, là, on parle de grève mais c’est sans arrêt (5) qu’il y a des problèmes à la SNCF. C’est tous les jours, en fait. Bah faudrait (6) peut-être qu’ils changent un peu leur système. On est dans le changement, faut (6) que tout le monde change en fait.

– Honnêtement, j’avais des gros doutes et… Mais c’est pas mal d’inquiétudes, il faut s’organiser un petit peu, voilà. Pas trop dormir, dormir moins, se lever plus tôt, partir à jeun (7) et puis voilà. Un peu une contrainte, mais enfin, moins pire que je pensais.
– La grève va durer normalement longtemps, jusqu’au mois de juin.
– Oui, c’est ça.
– Vous vous dites que ça va pas être simple ?
– Ça va pas être simple. On a vécu pire, on a vécu des travaux sur les lignes,on a vécu des grèves inopinées (8) suite à des agressions. On va faire avec (9).
– Vous comprenez, la grève ?
– Bah je pense qu’il y a une part de vérité dans ce qui est dit par rapport au statut des cheminots (10) mais il y a surtout du matériel qui est vieillissant, du matériel qui est mal entretenu, des choses qui sont mal organisées. Alors, je comprends la grève. Après, je la comprends aujourd’hui. Dans trois mois, je sais pas si je continuerai à la comprendre.

On est arrivés vers 6 heures 15 et on devait normalement partir à 6h55, sauf que là, bah le train n’est pas là. On joue aux cartes, ouais, on s’amuse. C’est galère (11), mais bon, on fait avec, hein !

Seul au monde. Catastrophe, hein ! D’habitude, c’est par centaines (12) ! Vous savez, avec les trains qui montent à Paris, les Ouigo (13). Et là, bah il y a personne, hein ! Trafic : nul, clients : nul (14). Voilà !

Des explications :
1. s’y prendre tôt : agir en anticipant, ne pas faire les choses au dernier moment.
2. S’arranger : trouver une solution
3. ça risque de durer : cela va peut-être durer. Il y a des chances que cela dure.
4. Comment vous le sentez ? : c’est une façon familière de demander à quelqu’un ce qui va se passer à son avis.
5. Sans arrêt : en permanence / tout le temps / sans cesse
6. faudrait que… / Faut que : à l’oral, il est très courant de ne pas dire : Il faudrait / Il faut. Ou alors, ce Il est juste prononcé « i ».
7. à jeun : sans avoir mangé. Voici des exemples d’emploi : Il faut être / rester à jeun avant une opération ou avant une prise de sang. (Ce mot a une drôle de prononciation !)
8. des grèves inopinées : des grèves qui n’ont pas été annoncées. Normalement, il faut déposer un préavis de grève, c’est-à-dire annoncer officiellement qu’il y aura grève. Mais il arrive que des conducteurs de bus ou de train par exemple cessent le travail par solidarité avec un de leurs collègues qui a été victime d’une agression et en signe de protestation.
9. Faire avec : cela signifie s’accommoder de quelque chose, se débrouiller face à une situation qui nous est imposée. On dit : Il faut faire avec. / On va faire avec. / On fait avec. (familier)
10. les cheminots : c’est ainsi qu’on appelle ceux qui conduisent les trains ou les entretiennent ainsi que les voies et de façon plus générale, les employés de la SNCF, parce qu’ils travaillent pour les chemins de fer.
11. C’est galère : c’est compliqué, il y a des problèmes pour faire ce qu’on avait à faire. (très familier).
12. C’est par centaines : d’habitude, il voit passer des centaines de voyageurs dans son magasin à la gare.
13. Les Ouigo : ce sont des TGV dans lesquels les places sont moins chères que dans les autres TGV.
14. Trafic nul = il n’y a pas ou presque pas de trains en circulation. La conséquence, c’est qu’il y a très peu de voyageurs, donc peu de clients dans les magasins et cafés dans les gares ou aux abords des gares.

* Un peu de français oral – Comment employer Tellement :
La phrase normale, ce serait : Il y avait tellement de monde que je n’ai pas pu monter dans le train.
A l’oral, on tourne souvent cette phrase dans l’autre sens, ce qui suppose quelques petits déplacements des mots :
Je n’ai pas pu monter, tellement il y avait de monde dans le train.

J’étais tellement en retard que je suis rentrée chez moi.
Je suis rentrée chez moi, tellement j’étais en retard.

Il a eu une attitude tellement incompréhensible que j’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement.
J’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement, tellement il a eu une attitude incompréhensible.

La gare est tellement vide qu’on n’a pas l’impression d’être un jour de semaine !
On n’a pas l’impression d’être un jour de semaine, tellement la gare est vide!

Il faisait tellement froid qu’il avait gardé son pull.
Il avait gardé son pull, tellement il faisait froid.

Et pour finir, oui, la France est un pays où on fait grève et où on manifeste dans la rue.

J’y tiens

Ils ont beau être vieux et plutôt défraîchis, avec leurs pages jaunies qui se détachent, j’y tiens ! Ce sont certains des livres qui ont rassasié mon envie de lire, ou l’ont créée – en tout cas entretenue – dans mon enfance. Histoires d’enfants conquérants embarqués dans toutes sortes d’aventures, à qui tout finissait par réussir. Je ne les relis pas mais ils sont là !

Voici donc aujourd’hui quelques détails sur l’expression : y tenir.
Tout d’abord, elle repose sur le verbe tenir à quelqu’un ou quelque chose.

Tenir à quelqu’un : lorsque quelqu’un est très important dans votre vie, vous pouvez dire que vous tenez à lui. Mais attention, n’employez pas y tenir en parlant d’une personne.
C’est une amie très chère. Je tiens beaucoup à elle.
(On ne dit jamais : J’y tiens, car on ne parle pas d’une chose.)
Elles se connaissaient depuis longtemps. Elles tenaient beaucoup l’une à l’autre.

Mais surtout, on tient à quelque chose ou à faire quelque chose, ce qui signifie que c’est très important pour vous, que vous y êtes attaché :
Je tiens à notre amitié.
– Il tient aux vieilles photos de sa famille transmises par ses grands-parents. Il y tient vraiment.
– Quand ils l’invitaient chez eux, ils tenaient à lui donner le meilleur accueil possible. Ils y tenaient.
– Nous tenons à donner leur chance à tous les élèves.

Cette expression sert aussi à renforcer les remerciements qu’on adresse à quelqu’un. Au lieu de dire simplement Je vous remercie / Merci, on dit souvent :
Je tenais à vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi.
– Je tiens à vous remercier pour vos encouragements.

Si quelque chose nous est vraiment essentiel, nous avons une jolie expression :vous pouvez dire que vous y tenez comme à la prunelle de vos yeux.
J’ai gardé tous les petits cadeaux fabriqués par mes enfants pour la fête des mères: j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux !
Par exemple, les petits lapins en pâte à sel de la photo, fabriqués par un de mes garçons à l’école maternelle. 😉
Il avait gardé la montre de son grand-père. Il y tenait comme à la prunelle de ses yeux.

Donc très souvent, on emploie juste Y tenir, sans mentionner directement ce qui est important comme c’était le cas dans les exemples précédents. C’est implicite.
Et c’est donc une façon de dire que c’est important pour nous.
Dans ce cas, l’expression est au présent.

Voici de petits dialogues pour illustrer cette façon de parler :
Ce n’est pas la peine que tu m’aides. Je vais me débrouiller.
– Si, si, j’y tiens.
(= Je veux vraiment t’aider, j’insiste.)

Je serai à cette réunion.
– Tu es sûr ? Ça t’oblige à revenir alors que tu ne travailles pas le mardi.
– Oui, oui, j’y tiens. Je veux discuter avec tout le monde.

Tu veux savoir la vérité ? Tu y tiens vraiment ? Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.

Bien sûr, on peut employer cette expression à la forme négative. C’est une façon de refuser quelque chose, mais de façon assez douce :
Quand tu viendras, je peux les inviter en même temps que toi.
– C’est gentil mais je n’y tiens pas. / Je n’y tiens pas trop.
(encore plus atténué)

Et très souvent, c’est une façon polie de refuser quelque chose à manger, de dire qu’on n’aime pas ça ou que ça ne nous convient pas.
Il n’y a qu’à la forme négative que l’idée de nourriture existe.
Tu aimes le foie gras ?
– Je n’y tiens pas. / Je n’y tiens pas vraiment.

Quand ton frère viendra, on pourrait faire des huîtres en entrée.
– En fait, je crois qu’il n’y tient pas. On va trouver autre chose.
(= Il ne mange pas d’huîtres)

Pour finir, il ne faut pas confondre avec l’autre expression négative très proche : ne plus y tenir.
Elle signifie qu’on est impatient de faire quelque chose et qu’on ne peut plus résister :
Cet étudiant regardait sans cesse son téléphone. J’ai essayé de rester patiente. A la fin, n’y tenant plus, j’ai fini par le mettre dehors.

Tu as vu tous ces beaux chocolat ? C’est trop tentant, je n’y tiens plus. Allez, je m’en achète une boîte !

Je n’y tiens plus, là ! Il faut que je prenne un petit café !

Je n’y tiens plus ! Il fait trop chaud ici ! (= Je ne supporte plus.)

Mariage incandescent

C’est l’hiver, il fait froid, les jours sont courts. Il y a même des gens qui perdent leur voix et ont beaucoup de mal à la retrouver. 😉
Alors dopons-nous un peu ! Vitamines mais aussi de quoi emmagasiner de l’énergie. Et cette énergie bénéfique, elle peut nous venir du 18è siècle, avec ce passage bien connu des Indes Galantes, qui me fait toujours le même effet depuis que mon institutrice nous l’avait fait découvrir. J’avais dix ans. Combinée à l’énergie de danseurs du 21è siècle, voici ce que ça donne dans une vidéo réalisée par Clément Cogitore, pour l’Opéra de Paris, présentée ainsi sur leur site:
« Clément Cogitore adapte une courte partie de ballet des « Indes galantes » de Jean-Philippe Rameau, avec le concours d’un groupe de danseurs de Krump, et de trois chorégraphes : Bintou Dembele, Grichka et Brahim Rachiki. Le Krump est une danse née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 90. Sa naissance résulte des émeutes et de la répression policière brutale qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King. »

Ce film de Clément Cogitore est à regarder ici.
Plein les yeux, plein les oreilles.

Et ensuite, il faut écouter ce qu’il dit de son travail. Passionnant.
L’entretien entier est à regarder en cliquant ici.


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Clément Cogitore – Les Indes Galantes – Extrait

J’ai transcrit cet entretien à partir de 5’35, et presque jusqu’à la fin. (Les sous-titres automatiques en français comportent pas mal d’erreurs.) La première partie est très intéressante aussi mais ça faisait un peu long et cette deuxième partie me parlait encore plus.

Transcription:
Moi, je pense que la création, de manière générale, l’art, ce qui m’intéresse, moi, dans toute forme de pratique artistique, c’est des mondes qui se rencontrent, hein, qui cohabitent, qui se confrontent, qui essayent (1) de vivre ensemble. Avec cette vidéo, c’est ce que j’ai essayé de faire, d’une certaine manière, c’est-à-dire de travailler avec ces danseurs, sur cette scène-là* à laquelle eux (2) sont pas habitués, et sur cette musique à laquelle ils sont pas habitués, et inversement, voilà, cette musique-là est pas habituée non plus à accueillir ces danseurs-là, c’est-à-dire que tout d’un coup, de créer un court-circuit (3) entre des mondes qui se rencontrent pas. Et que forcément, ça change, ça modifie les paramètres. C’est dans ces rencontres-là que je cherche l’émotion.
En imaginant ça d’abord, je m’étais dit : Voilà, il faut le faire sur ces parkings ou ces endroits où d’habitude, cette danse-là se fait puisque elle a vocation (4)… enfin, elle cherche souvent à rester clandestine en fait, à pas exister sur les gros… sur les grosses scènes hip-hop par exemple, se détacher de… parce que le hip hop est devenu un peu mainstream (5) pour les danseurs de krump, donc ils cherchent à échapper à ça, pour avoir une danse plus radicale, qui soit moins un spectacle, mais plus quelque chose de… ouais, de confidentiel (6). Et en fait, en commençant à réfléchir à ça, je me suis dit : c’est trop dommage, en fait, on a les clés de l’Opéra, on a cette scène, il faut leur donner en fait. Et ça, ça a tout changé parce que du coup, ça a donné une… Je pense ça a donné une énergie à tout le monde, moi y compris, c’est-à-dire que tout d’un coup, cette scène, elle a une valeur symbolique qui est énorme – c’est une des plus grandes scènes du monde – et c’est comme si elle… il y avait une énergie qui irriguait (7) de la scène chez les danseurs en fait. Entre les répétitions et le moment où ils se sont mis à danser sur la scène de Bastille, ça avait plus rien à voir (8), quoi. Tout d’un coup, les choses prenaient une envergure, une dimension et je pense que le lieu, l’aura du lieu fait énormément pour ça. Et ça, symboliquement, c’était très fort pour moi, pour les danseurs et les chorégraphes de se dire : c’est le krump qui monte sur la scène de l’Opéra-Bastille. C’est une pièce qui est plus ou moins perscussive suivant les interprétations, mais là, j’ai fait travailler des compositeurs pour ajouter une base de percussions un peu plus forte, pour que les danseurs soient pas complètement perdus, parce que c’est dans les codes du krump de réagir vaiment au rythme, à la percussion. Et donc en gros (9), le travail, c’était plutôt de retenir les danseurs qui allaient en fait très vite trop loin, qui dépassaient trop vite la musique, pour pas qu’il y ait trop de décalage entre les deux, c’est-à-dire de les retenir pour que petit à petit (10), ça monte et que ça… voilà, que ça devienne incandescent. Parce que pour moi, les Indes Galantes, c’est l’histoire de jeunes gens qui dansent au-dessus d’un volcan, quoi. Un volcan qui est.. qui en fait est écrit dans le livret de l’Opéra et qui je pense, en 1735, au moment de la création, était une sorte de volcan factice ou inoffensif et qui, quand on relit la pièce trois siècles plus tard, c’est un volcan qui est beaucoup plus actif, quoi, beaucoup plus… qui est au bord de l’explosion, quoi. Et évidemment, cette explosion-là, elle est d’une certaine manière politique, elle raconte des interactions entre des hommes et des femmes des quatre coins du monde qui, avec l’histoire, sont devenues de plus en plus conflictuelles. Et ça raconte d’une certaine manière la naissance d’un malentendu entre l’homme occidental et le reste du monde. Je pense et j’espère que la musique, que la scène, que l’art d’une manière générale, est une manière d’aider à comprendre ces malentendus en fait, ou à les dépasser. Même si c’est un tout petit film très court, on envoie dans le monde, on sait pas du tout comment il va vivre, comment il va être reçu ou pas, mais en tout cas, moi en le faisant, il y a quelque chose d’assez addictif, c’est-à-dire que même quand on montait (11) et qu’on le voyait beaucoup, je me lasse jamais (12) de le revoir, parce que les danseurs m’hypnotisent en fait. Et j’espère que ça provoquera ça aussi chez le spectateur, qu’il découvrira une espèce de… de se dire : j’ai envie de le revoir. Et j’espère aussi que malgré sa durée, qu’ il y ait quelque chose de libérateur en fait, et qui vient de la danse et de la musique, comme si ça chassait des tensions en fait. Et le krump, c’est ça, c’est aussi une manière d’évacuer les tensions. Et j’ai l’impression que c’est tellement contagieux que même dans six minutes de vidéo, les danseurs arrivent, ça, non seulement… à le faire non seulement pour eux-mêmes, pour la caméra mais pour celui qui les regarde. Et moi, je l’ai ressenti vraiment fortement au tournage (13), c’est-à-dire qu’il y a quelque chose de profondément libérateur quand on est dans cette danse-là, qu’elle évacue, elle chasse complètement les tensions, intellectuelles, psychiques, physiques. Il y a quelque chose de libérateur, et bah j’aimerais que le spectateur se… en regardant cette vidéo, ait cette sensation-là, que le spectacle aspire des nœuds, quoi, des tensions, allez pfff… les chasse comme ça.

Des explications :
1. qui essayent = qui essaient. Les deux formes sont équivalentes.
2. À laquelle eux ne sont pas habitués : on pourrait bien sûr dire : à laquelle ils ne sont pas habitués. Eux reprend « ces danseurs-là », en les mettant ainsi davantage en valeur.
3. Un court-circuit : c’est le phénomène électrique qui se produit quand deux fils électriques sont mis en contact, ce qui conduit à une trop forte augmentation de l’intensité du courant.
4. Elle a vocation à + infinitif : elle est faite pour quelque chose de bien particulier, c’est son rôle, son objectif. On l’emploie aussi très souvent à la forme négative :
Cette association n’a pas vocation à aider les enfants.
Cette école n’a pas vocation à former des techniciens.
5. Mainstream : anglicisme qui est passé en français, mais seulement dans certains milieux, à propos d’art, d’idées, de courant de pensée en général. Quand des idées deviennent mainstream, cela signifie qu’elles sont moins radicales, plus acceptées qu’avant et donc désormais adoptées, appréciées par une majorité de gens.
6. Confidentiel : ici, cet adjectif a son sens figuré de réservé à un petit groupe de personnes, connu par une petite minorité de gens. (qui sont en quelque sorte dans la confidence, c’est-à-dire qui savent que c’est bien.)
7. irriguer : ce qu’il dit n’est pas prononcé très clairement. On dirait qu’il y a téléscopage dans sa tête entre le verbe irriguer (amener de l’eau sur un territoire) et le verbe irradier. (resplendir de lumière, etc.)
8. ça n’avait plus rien à voir : ça avait complètement changé, au point qu’on ne reconnaissait plus ce qui avait été fait avant. C’était devenu totalement différent.
9. En gros : sans entrer dans les détails / pour résumer
10. Petit à petit = peu à peu. Pas de différence d’emploi entre les deux. On prononce souvent juste : p’tit à p’tit, en mangeant les syllabes et en faisant bien la liaison entre petit et à.
11. Quand on montait : quand on faisait le montage des images, du son, etc. pour un film, une vidéo. (Avant, il y a le tournage.)
12. Je ne me lasse pas de (faire quelque chose) : mon intérêt pour cette activité est toujours aussi grand qu’au début et je referai cette activité plus tard, sans lassitude.
13. Au tournage : pendant le tournage, pendant qu’on tournait le film / la vidéo.

Un peu plus de français : Cette musique-là, cette danse-là, cette vidéo-là, ou le problème des démonstratifs composés.
Je me suis rendu compte que ce n’était peut-être pas très simple ! Voici quelques pistes pour vous aider à savoir ce qui se dit et dans quel contexte :

– On peut bien sûr dire simplement : cette musique, cette danse, cette vidéo, avec juste un adjectif démonstratif. La nuance est infime. Rajouter met un peu plus en valeur ce dont on parle : c’est cette musique-là, pas une autre.
– ça marche aussi avec des noms masculins et des noms au pluriel : ce chorégraphe-là, ce cinéaste-là, ces danseurs-là.

Dans les expressions de temps, le sens de la phrase varie si on met , si on ne le met pas, si on met -ci:
ce jour-là : on ne peut jamais dire juste ce jour quand on évoque un jour dans le passé, ou dans le futur:
Je me souviens bien de ce que je faisais ce jour-là. (passé).
Je viens le 30. On se verra ce jour-là si tu veux. (avenir)
cette année-là. Si on dit juste cette année, il s’agit de l’année en cours, alors que cette année-là renvoie toujours au passé. C’est la même chose pour cette semaine-là et cette semaine.
Cette année-là, il a fait très chaud en été. Je m’en souviens très bien.C’était l’année de mes 16 ans.
Cette année, il a fait très chaud en août. (On est encore dans l’année en question.)
ce mois-là ne me semble pas aussi fréquent mais existe. Mais pour parler du mois en cours ou qui vient juste de commencer, on dit toujours : ce mois-ci.
Il a décidé de remettre au sport ce mois-ci.
cette fois-là : on évoque le passé. Cette fois-ci ou Cette fois : on évoque le présent ou un futur tout proche.
Tu te souviens, on avait eu un peu peur cette fois-là.
Bon, cette fois-ci, je vais faire attention.
Cette fois, je crois qu’on tient la solution.

A bientôt !
Et mettons de la beauté, de la générosité et de la gentillesse dans nos vies.

On y va ?


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Les programmes informatiques ne parlent pas bien français !
J’ai reçu ce message de Voyages-Sncf – devenu depuis peu Oui.Sncf – pour me rappeler que ce serait bien de m’évader, en train bien sûr, avec des suggestions. Direction Le Mans, Lyon, Rennes…

Apparemment, les informaticiens n’ont pas prévu que certains noms de villes commencent par LE. Le problème, c’est que la combinaison à + le se transforme en au. Avec les noms propres, c’est la même règle qu’avec les noms communs.

Donc Partez à Le Mans n’existe pas. Partez au Mans !
C’est la même chose avec Le Creusot, Le Tréport, Le Touquet, Le Havre, le Mont Saint Michel, Le Croisic, etc.
Partez au Creusot, au Tréport.
Allez au Touquet pour le weekend.
Installez-vous au Havre.
Passez la journée au Mont Saint Michel.
Prenez des vacances au Croisic.

Ah, quand même !


– Tu as vu la taille de ce hêtre ?
– Ah, quand même !

Je n’avais jamais vraiment remarqué à quel point cette petite expression exprimait des choses différentes selon le contexte. Nous jonglons parfaitement avec et en comprenons les nuances sans hésitation, notamment dans nos conversations quotidiennes, en fonction du ton sur lequel on dit ces deux mots, surtout s’ils sont employés seuls. Voici donc un petit état des lieux, simplement descriptif, à travers des situations auxquelles j’ai pensé.

Tout d’abord, il y a une différence entre ces deux mots employés dans une phrase ou employés seuls, comme une exclamation.

1- Dans une phrase, c’est assez simple. C’est équivalent à : malgré tout, cependant, même si…

Quand même 1

Je sais que ce n’est pas lui qui décide. Je vais quand même lui demander s’il peut faire quelque chose pour nous aider.
Il avait mal démarré. Il est quand même arrivé troisième du marathon ! / Il est arrivé troisième quand même.
Elle a de gros soucis. Elle est toujours souriante quand même. / Elle est quand même toujours souriante.
Ne t’inquiète pas, on va y arriver quand même ! / On va quand même y arriver !
Merci quand même.
Ce n’est pas dangereux mais fais attention quand même.

Il arrive que dans une phrase, en fonction du ton employé, il y ait une nuance différente. Il y a une très légère pause entre quand même et le reste de la phrase. C’est presque la même idée que précédemment, mais c’est comme si on donnait son avis, pour apporter une modulation à ce qui a été dit juste avant.

Quand même 2

Elle est polie, quand même. Quand même, elle est polie.
Je suis d’accord avec toi, il y a des problèmes avec elle, mais on doit reconnaître qu’elle est polie.

Quand même, il est gentil. / Il est gentil, quand même.
Je suis d’accord avec toi, il a fait quelque chose de déplaisant, mais dans le fond, il est gentil.

Il est fatigant, quand même. / Quand même, il est fatigant.
Je suis d’accord avec toi, il fait du bon travail mais reconnais qu’il est également fatigant.

On peut aussi exprimer une critique, avec un ton agacé:

Quand même3

Tu pourrais faire un effort quand même !
Tu ne vas pas rester sans rien faire quand même !

2- Dans la langue familière, on emploie souvent juste l’expression, comme une exclamation, pour réagir à ce qui se passe ou à ce que quelqu’un a dit. Le ton est très important. Voici un petit catalogue de toutes les nuances auxquelles j’ai pensé:

la surprise ou l’admiration ou le fait qu’on est impressionné:

Quand même 4

R: Nous avons eu -20 la nuit dernière.
A: Ah, quand même !
( = impressionnant, je n’aurais pas cru qu’il avait fait si froid.)

R: Tu sais, il ne leur reste que 10 euros à la fin du mois.
A: Ah, quand même !
(= Je ne pensais pas qu’ils avaient de telles difficultés financières.)

l’incrédulité : cela ne paraît pas possible.

Quand même 5

R: Il ne veut plus voir ses parents.
A: Oh, quand même !
( = Tu exagères, ou il exagère.)

R: Arrivés à la fac, ils ne savent toujours pas les verbes irréguliers.
A: Oh, quand même !

R: Regarde, j’ai terminé ! Tu vois, je t’avais dit que j’y arriverais.
A: Quand même, je te jure !
(avec une petite nuance attendrie souvent)

Une sorte de protestation :

Quand même 6

R: C’est sympa d’avoir pensé à mon anniversaire.
A: Bah quand même !
( = Je n’allais quand même pas oublier!)

R: Merci pour votre aide.
A: Bah quand même !
( = C’est la moindre des choses.)

On l’emploie aussi quand quelqu’un finit par faire quelque chose mais en retard. C’est comme si on disait : Ah, enfin !

Quand même 6

R: Voici mon rapport.
A: Ah, quand même !
(Il peut y avoir une nuance ironique, ou de soulagement)

R: Les voilà ! On va pouvoir passer à table.
A: Ah, quand même !

Voilà. Cela ressemble plutôt à un catalogue. J’espère que c’est assez clair quand même 😉 et que cela rendra service à certains d’entre vous. Merci à Marcos Antonio et Edelweiss qui m’avaient posé la question de ces nuances. Il y aurait sûrement d’autres choses à dire sur la place de ces mots dans les phrases, puisqu’il y a des déplacements possibles. Je vous laisse observer ça dans ce que vous lisez ou écoutez !

Et si vous avez d’autres exemples, d’autres nuances (ou des questions), laissez un commentaire ! A bientôt.

Qu’est-ce qui se passe ?

Peut-être vous est-il arrivé de reprendre contact avec un ami que vous aviez un peu perdu de vue. Ou tout simplement d’appeler des proches pour prendre des nouvelles, parce que vous avez un peu laissé filer le temps. Alors quels sont les mots qui nous viennent naturellement en français?

Pas Qu’est-ce qui se passe ?

Qu’est-ce qui se passe ? ou son équivalent dans un style un peu plus soutenu : Que se passe-t-il ? laissent toujours transparaître une certaine inquiétude de la part de celui qui pose la question. Ou de l’incertitude.
– Un de vos enfants, ou un proche ou un ami vous appelle, mais ce n’est vraiment pas l’heure, ce n’est pas le jour. Vous vous dites, à tort ou à raison, que ce n’est pas tout à fait normal. Alors, vous prenez l’appel et demandez, d’un ton qui n’est pas tout à fait léger : Allo ? Qu’est-ce qui se passe ?, en espérant que tout va bien.
– Vous êtes sans nouvelles d’un proche, qui aurait dû vous appeler ou vous contacter. Et cela vous met mal à l’aise. Alors vous envoyez un sms ou un message: Qu’est-ce qui se passe ? / Que se passe-t-il ? Tu vas bien ? / Tout va bien ?
– Vous entendez vos enfants se disputer dans la pièce à côté. Vous entrez et vous demandez : Qu’est-ce qui se passe ici ?
– Vous allumez votre ordinateur mais il ne démarre pas : Qu’est-ce qui se passe ? Et si ce n’est pas la première fois que ça vous arrive : Qu’est-ce qui se passe encore ?

Ce qui est assez subtil, c’est que tout cela change dès qu’on ajoute quelque chose au bout de cette question ! Elle devient alors une simple interrogation sur des événements.
Qu’est-ce qui se passe à la fin du film ? Je ne m’en souviens plus !
Qu’est-ce qui se passe si j’oublie le code de ma carte bancaire ?
Qu’est-ce qui se passe quand un étudiant ne trouve pas de stage ?
(Petite remarque: on ne dit pas Qu’est-ce qui arrive… ? Ce n’est pas naturel.)

Pour en revenir à la situation du début de ce billet, alors que dit-on quand on prend tout simplement des nouvelles de quelqu’un ? On n’a pas beaucoup de choix dans le fond, comme souvent avec ces petites phrases de la vie quotidienne.
– Vous connaissez : Comment ça va ?
– Mais on dit aussi très souvent : Qu’est-ce que tu deviens ? / Qu’est-ce que vous devenez ?
– Ou encore : Alors, quelles sont les nouvelles ?

Voici ces petites phrases enregistrées, à la vitesse où on les dit :

Qu’est-ce qui se passe

Donc à l’avenir, si vous trouvez que je laisse ce blog un peu trop en sommeil, vous pourrez me demander ce que je deviens, ou ce qui se passe !

Ah bon ? Y a foot ce soir ?

A Marseille, le foot, on connaît. Difficile d’y échapper. Et on s’en est bien rendu compte avec les violences des hooligans déchaînés ce weekend au centre-ville. Une chose est sûre, il est partout et sert à tout, même là où il paraît le plus incongru.

Et comme le foot et la gastronomie ne vont pas tout à fait ensemble et qu’il faut se nourrir – à défaut de boire – pendant les matches, les marques de surgelés n’allaient pas laisser passer l’occasion.

Donc voici une pub reçue par mail, avec, comme souvent, jeux de mots, expressions, formules. Bref du français en action. C’est le bon côté des pubs !

Foot et surgelés

C’est foot, alors restons dans le registre du foot : à l’heure du coup d’envoi du match, il faut être prêt devant sa télé. Donc c’est aussi l’heure du coup d’envoi – un peu avant – pour les commandes par internet de bonnes pizzas surgelées.

Les enfants regardent aussi (davantage de garçons que de filles en France) . Ambiance familiale. Tout le monde vit à l’heure du foot. (Il paraît qu’on est parti pour une cinquantaine de matches, en un mois…)

Foot et glaces pour enfants

Alors, voici des glaces pour les enfants, qui ne resteront pas sur la touche, c’est-à-dire pour nos petits qu’on n’oublie pas, qu’on fait participer à l’événement. Rester sur la touche, c’est regarder ses coéquipiers courir sur le terrain lorsqu’on est le joueur puni pour faute ou le joueur remplaçant qui attend son heure sur le banc de touche. Des jolies glaces comme des ballons de foot bien sûr.

Mais le foot s’est glissé dans un tout autre univers, sur un compte instagram qu’on pouvait penser imperméable à cet événement sportif ! Humour, second degré, téléscopage de deux mondes.

Foot et musée Rodin

Mais aussi téléscopage des styles : je n’aurais pas pensé à employer le qualificatif de « beaux mecs » à propos des sculptures de Rodin ( et pas forcément non plus à propos des footballeurs!) , même s’il a effectivement travaillé certains de ses modèles comme des athlètes. Terme un peu trop familier ! Tout comme le ton, oral, du « Y’a » qui nous interpelle au début de la phrase. Humour décalé, pour « dépoussiérer » les musées ?

A ce propos, je ne sais pas pourquoi on trouve très souvent écrit : Y’a, avec cette apostrophe qui n’a pas de sens, et qui tend probablement à restituer le côté oral de « Il y a » prononcé ainsi quand on parle de façon familière. L’apostrophe sert en général à indiquer qu’on a supprimé une lettre, comme par exemple « que » qui devient qu’. Mais ici, il ne manque rien entre Y et a.

Bon, en attendant, y a 80 minutes que le match du jour est commencé et les beaux mecs de l’équipe de France ne brillent pas en face des beaux mecs de l’équipe albanaise au stade Vélodrome de Marseille ! A l’heure où j’écris, y a toujours 0-0. Mais qu’est-ce qu’ils font, tous ces beaux mecs avec leur ballon rond ?

Un beau dimanche

Nouvelle séance de rattrapage cinéma ! Je préfère l’ambiance d’une salle de cinéma, comme un moment vraiment suspendu, mais les DVD ont du bon aussi. J’ai donc regardé ce beau film de Un beau dimanche DVDNicole Garcia.
Un enfant ballotté entre ses parents séparés, pas très installés dans la vie ni très parents, un jeune instituteur qui ne s’enracine nulle part et dont on devine des fragilités, une jeune femme qui ne sait pas toujours bien où elle en est mais poursuit son chemin coûte que coûte.

Nicole Garcia nous emmène là où on ne s’y attend pas et déroule peu à peu une histoire de famille racontée avec une grande poésie, dans une belle lumière, celle du sud de la France, avec des acteurs qui jouent vraiment bien. Il n’y a rien de trop, c’est simple mais profond, délicat mais implacable.
Et ce qui est bien aussi pour vous qui apprenez le français, ce sont les différentes façons de parler, qui reflètent bien les personnalités et les milieux d’où viennent les personnages de ce film. Baptiste et sa mère, Sandra et son fils, autant de dictions différentes.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription:
– Alors, vous faites des saisons (1).
– Je suis tombée dedans (2) quand j’étais petite. Mes parents, ils avaient une roulotte (3) de bouffe (4), ils faisaient des pizzas, des crêpes.
– Moi aussi, je fais des saisons. Je reste un trimestre, voire (5) deux à un poste. Après, je vais ailleurs.
– Pourquoi vous restez pas plus longtemps ?
– Une liberté.
– Il y a des hommes qui sont passés tout à l’heure. Ils vous cherchaient.
– Vous leur avez pas dit où je travaillais !
– Qu’est-ce que tu fous (6) sur les plages en France ? Tu devais pas ouvrir un restau à Saint Barth ?(7)
– Franchement, les gars (8), c’est pas le moment, là.
– Je dois de l’argent.
– Et tu dois combien ? Tu sais que je peux pas t’aider, là.
– Ramène-le à son père.
– Je te promets rien. (9)
– Tu me promets quoi ? (10)
– On part.
– Maman !
– Aux gens qui me demandent de tes nouvelles, je leur dis que tu habites en Suède, et ça arrête les questions.

Quelques explications :
1. faire des saisons : par exemple, travailler sur les plages l’été et dans des stations de ski l’hiver. Les gens qui travaillent comme ça sont des saisonniers.
2. je suis tombé dedans quand j’étais petit / enfant : on emploie cette expression familière pour indiquer qu’on a commencé à se passionner pour quelque chose à un moment donné. On l’utilise toujours au passé composé. Elle fait en fait référence à Astérix et Obélix, ces BD bien connues de tous les Français. Obélix le Gaulois ne prend jamais de potion magique (pour être fort avant les combats contre les Romains) car enfant, il est tombé accidentellement dans le chaudron de potion. Depuis, il est très fort.
J’en ai déjà parlé dans ce billet de septembre dernier.
3. Une roulotte : c’est une sorte de caravane
4. la bouffe : la nourriture ( familier)
5. voire = ou même
6. qu’est-ce que tu fous ? = qu’est-ce que tu fais ? Style très familier, et plutôt négatif ou agressif en général : c’est un moyen d’exprimer sa désapprobation à l’oral. Par exemple, quand on trouve que quelqu’un traîne trop ou ne fait pas bien les choses, on peut lui dire :
Mais qu’est-ce que tu fous ? Dépêche-toi !
Qu’est-ce que tu fous ? Ça marche toujours pas ! Je croyais que tu savais tout réparer.

On peut aussi dire ça à quelqu’un qu’on ne veut pas voir :
Qu’est-ce que tu fous là ? Je t’avais dit de pas venir.
7. Saint Barth = Saint Barthélémy : une des îles des Antilles françaises.
8. Les gars : façon familière de s’adresser à des hommes.
9. Je te promets rien : c’est ce qu’on dit quand on va essayer de faire quelque chose, par exemple pour aider quelqu’un, mais qu’on n’est pas sûr de réussir. Par exemple : Je vais essayer de le faire changer d’avis, mais je te promets rien. Il est très têtu.
10. Tu me promets quoi ? : cette question peut paraître paradoxale puisqu’il vient de lui dire « Je te promets rien ». Mais c’est justement parce qu’on dit « je te promets rien » lorsqu’on s’engage à essayer de faire quelque chose, sans être sûr du résultat. Or dans le film, il ne lui a pas expliqué du tout ce qu’il va faire. Il vient juste de prendre la décision de l’aider mais ne lui a encore rien dit. D’où cette question qu’elle lui pose.

L’imparfait :
Ils avaient une roulotte, ils faisaient des pizzas : l’imparfait sert à raconter comment c’était avant et souvent à décrire des habitudes dans le passé.
Des hommes sont passés. Ils vous cherchaient : cet imparfait sert à décrire ces hommes, à décrire la situation, la scène. Ils la cherchaient, ils voulaient lui parler.
Tu ne devais pas ouvrir un restau ? : ici, le verbe devoir à l’imparfait exprime l’idée que c’était prévu. Donc cette question interro-négative sert à exprimer la surprise (réelle ou feinte) et aussi très souvent la désapprobation. Par exemple :
A: Tu ne devais pas les appeler aujourd’hui ? B: Si, si, mais j’ai oublié. Je le fais demain matin. Promis.
A: Ils ne devaient pas venir nous aider ? B: Oui, mais finalement, ils n’étaient pas libres. On va se débrouiller sans eux.

Pour finir, peut-être aurez-vous envie de lire un article qui rend plutôt bien justice à l’atmosphère de ce film.

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