Encore plus

J’ai encore beaucoup de choses à apprendre : j’avoue que ça me prend encore plus de temps pour écrire en français qu’en anglais!

En lisant cette phrase (dans un commentaire), ce qui nous vient d’abord à l’esprit, c’est que cela prend du temps à Jordan pour écrire en anglais, mais que ça lui en prend encore plus (even more time) pour faire la même chose en français. Tout cela parce que encore et plus vont très souvent ensemble et dans cette association, le premier renforce le second. Donc ici, c’est ce qui se passe spontanément pour celui qui lit cette phrase.

Mais ce n’est pas, je pense, ce qu’a voulu dire Jordan. En tout cas, il y a une ambiguïté, à l’écrit notamment, qui nous fait nous poser la question. Si je ne me trompe pas, dans son esprit, d’un côté, il y a encore (qui va avec prendre) et de l’autre, plus de temps : ça lui prend plus de temps pour écrire en français, c’est comme ça depuis le début de son apprentissage du français, et ça continue, c’est encore le cas (still), car oui, il faut du temps avant de se sentir parfaitement à l’aise avec les mots d’une autre langue.

Donc quand j’ai lu ces mots, je suis passée du premier sens au second, notamment parce que je venais de lire la phrase qui précède : J’ai encore beaucoup à apprendre (still). Mais ce n’est pas ce qui nous vient d’emblée, à l’écrit, parce que nous sommes tellement habitués à cette association : encore plus/encore plus de :
Il y a eu beaucoup de contaminations à Marseille la semaine dernière. Mais il y en a encore plus cette semaine.
– Il y a eu encore plus de monde dans les centres commerciaux quand le nouveau confinement a été annoncé.
– J’aimerais avoir encore plus de temps pour lire.

Alors comment dire pour éliminer toute ambiguïté ? C’est bizarre parce que ce n’est pas si simple ! Voici des suggestions :
Ça me prend encore davantage de temps pour écrire en français.
Et en parlant, on peut aussi faire une très légère pause entre encore et davantage et bien lier davantage à la suite. On peut mieux exprimer cette signification qu’à l’écrit, en groupant bien les mots qui vont ensemble.

J’ai encore besoin de plus / de davantage de temps pour écrire en français.
Ici, il n’y a plus d’ambiguïté puisque encore n’est pas juste à côté de plus, ce qu’on ne peut pas faire dans toutes les phrases. Pff! Le français est si compliqué!

Ça continue de me prendre plus de temps / de me demander plus de temps pour écrire en français.
Je continue à avoir besoin de plus de temps.
Et là, on élimine carrément encore, qui est la source du problème !

Si quelqu’un a d’autres idées, je suis preneuse bien sûr. J’avais pensé à remplacer encore par toujours mais ce n’est pas simple non plus. C’est beaucoup plus clair en anglais!

Merci Jordan, pour cette occasion de réfléchir à ces nuances.
C’était juste un détail dans des commentaires parfaits, personnels et naturels, qui sonnent toujours très juste. Bravo!

J’ai enregistré tout ça, notamment les exemples que j’ai utilisés.

A bientôt




Il fallait prévoir

Le verbe falloir n’est pas simple, à conjuguer d’une part, avec ses formes impersonnelles et d’autre part, avec ses nuances qui varient selon le temps employé. C’est le cas à l’imparfait : il fallait… Il ne fallait pas…

L’idée de ce nouvel article m’est venue à cause de la situation que nous vivons en ce moment en France : un troisième confinement, pendant tout le mois d’avril, et qui sait, peut-être plus long. On nous a bien donné des dates. Mais nous avons tous appris à ne plus jurer de rien (1) !

Ce retour à la case départ (2) est le résultat d’une étrange gestion de l’épidémie, repartie en flèche (3) depuis janvier, du pari raté d’Emmanuel Macron persuadé qu’on réussirait à « freiner sans enfermer », d’un variant apparemment plus contagieux et d’un terrible cafouillage (4) de la vaccination annoncée mais si lente à se déployer. Il y a un an, nous n’avions pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, pas assez de respirateurs. Aujourd’hui, ce sont les vaccins qui manquent !

En mars 2020, il fallait donc se protéger comme on pouvait. Il fallait se coudre des masques. Il fallait partir à la chasse (5) aux petits flacons de ce gel aux vertus devenues extraordinaires ! Il fallait rester chez soi, remplir des attestations étranges pour s’autoriser soi-même à sortir un peu, apprendre à travailler « en distanciel ». Il ne fallait plus aller au cinéma, il ne fallait plus faire de sport, se serrer la main, se faire la bise, s’asseoir à une terrasse de café. En mars 2020, il a fallu tout changer, du jour au lendemain (6).

Tout cela, c’est le premier sens de « Il fallait » : je viens de vous raconter notre quotidien, nos habitudes, celles auxquelles nous avons dû renoncer et celles que nous avons été obligés de prendre. Ce quotidien du printemps dernier, répétitif, fait de contraintes et d’interdits, c’est l’imparfait qui le dépeint avec tous ces Il fallait, il ne fallait pas.

Et voici un nouveau reconfinement, un an plus tard, comme si on n’avait pas avancé . Alors, la pillule passe mal (7) et on entend beaucoup de voix s’élever pour dire qu’il fallait reconfiner dès janvier, qu’il fallait être beaucoup plus strict il y a quelques semaines. Il ne fallait pas laisser les écoles, les collèges, les lycées ouverts. Il fallait avoir le courage de demander de nouveaux sacrifices aux Français juste après les vacances de Noël. Il ne fallait pas laisser les chiffres s’emballer (8), il ne fallait pas rouvrir les universités. Il ne fallait pas tout miser sur une vaccination impossible à réaliser rapidement.

Cet imparfait-là ne dépeint pas une réalité passée. Il fallait / Il ne fallait pas sont synonymes de Il aurait fallu…, Il n’aurait pas fallu…, et donc de On aurait dû… on n’aurait pas dû…. Des formulations qui expriment toutes un reproche, une critique de la façon dont les choses se sont passées. Mais je dirais que Il fallait est plus fort et exprime davantage nos sentiments. C’est se dire désabusé, déçu : Tu vois, c’est bien ce que je disais, il fallait réagir tout de suite. Ou par exemple dans un autre contexte : Mais pourquoi tu ne m’as rien dit ? Il fallait m’en parler !

Des explications:

  1. ne jurer de rien : c’est être bien conscient que rien n’est certain. On dit : Il ne faut jurer de rien.
  2. retour à la case départ : c’est revenir à une situation antérieure, comme si rien n’avait évolué
  3. repartir en flèche : recommencer à augmenter très fortement et très vite
  4. un cafouillage : un très mauvais fonctionnement. Cafouiller signifie que les choses se font de manière désordonnée et que le résultat est raté. (familier)
  5. partir à la chasse à quelque chose : se mettre à chercher quelque chose par tous les moyens
  6. du jour au lendemain : très rapidement, sans transition
  7. la pillule passe mal : on emploie cette expression quand les gens ont du mal à accepter quelque chose qu’ils n’ont pas du choisi. (familier)

A écouter, si vous préférez :

Je vous souhaite une bonne fin de weekend pascal.
Avec une petite touche d’humour qui circule sur internet, parce que quand même, on ne va se laisser abattre !

L’emporter sans s’emporter

Certains verbes sont très proches en apparence. Mais il suffit de pas grand chose pour qu’ils expriment des idées complètement différentes. Alors, comme hier soir, c’était une soirée sportive pour les amateurs de rugby, voici un petit article sur: l’emporter, remporter et s’emporter.

Pour commencer, plongée dans l’ambiance de la toute fin du match France – Pays de Galles. Il n’y avait pas de spectateurs dans le stade mais les journalistes sportifs se sont laissé emporter en direct par leurs émotions, entraînant derrière eux les spectateurs installés devant leur écran de télévision. Prêts à essayer de comprendre ce qu’ils criaient ? Pas facile, quand on apprend le français !

Transcription :
– Les Gallois n’en reviennent pas (1) ! A la 82è minute ! Ouh là, là ! Il y a que le tournoi pour offrir ça. C’est hallucinant ! Alors c’est cruel pour cette équipe galloise, mais ce temps de jeu français et ces 80 mètres à remonter… On parlait d’un test de caractère. Eh bien les Bleus le relèvent dans les derniers instants. On a vécu une désillusion à Twickenham dans les dernières minutes. Là, c‘est une joie immense, intense.
– Ah cette équipe est folle quand même, hein. Cette équipe est complètement folle. Lorsqu’ils ont décidé, ils peuvent vraiment faire des choses magnifiques après avoir subi (2) quasiment sur la totalité du match.
– Imaginez un peu pour les Gallois : ils perdent un grand chelem, dans les toutes dernières secondes, à 13 contre 14. Ce match de légende ! Un match de légende encore, comme souvent entre ces deux nations. Et pourquoi cet essai change tout ? Parce que l’équipe de France va s’imposer avec cinq points, victoire bonifiée, et donc ils auront leur destin en main la semaine prochaine, face à l’Ecosse. Cette transformation qui ne passe pas : 32 à 30, pour l’équipe de France. Vous y croyez, vous, à ça ? C’est complètement dingue (3) !
– Ouais, c’est fou. C’est complètement fou. Ils sont vraiment allés se la chercher, cette victoire, au plus profond d’eux-mêmes, avec les tripes (4). Le banc de touche aussi a fait la différence.
Et on va nommer Brice Dulin Homme du match, pour son… pour l’essai qui alors vaut très, très cher ce soir. On a évidemment beaucoup de joie, forcément, parce que ce match nous a procuré toutes les émotions. Enorme match ! Enorme coup de chapeau (5) à cette équipe galloise qui le mérite parce qu’elle a été admirable encore ce soir.

Quelques explications :
1. ils n’en reviennent pas : ils n’y croient pas, ils sont complètement surpris et incrédules.
2. Subir : ici, cela signifie être dominé
3. dingue : fou (familier)
4. avec les tripes : cette expression signifie qu’ils ont tout donné, à l’instinct. (Les tripes, c’est ce qui est à l’intérieur du ventre) (familier)
5. Coup de chapeau à (quelqu’un) ! : Félicitations à… !

Et maintenant, revenons-en à ces verbes qui se ressemblent:
Remporter: ce verbe doit être suivi d’un nom. Voici les exemples les plus fréquents.
– Les Français, contrairement à toute attente, ont donc remporté ce match, par 32 à 30.
– Ils ont remporté la victoire à la dernière minute, puisqu’ils ont marqué le dernier essai décisif dans le temps additionnel règlementaire.
– Les Gallois ne remporteront donc pas le tournoi cette année. Ils espéraient vraiment remporter cette compétition.
On peut aussi remporter un marathon, une course.
Un film, un acteur ou une actrice peuvent remporter un oscar, la palme d’or à Cannes, un prix, etc.

L’emporter : gagner.
– L’équipe des Bleus l’a emporté hier soir face aux Gallois.
– Personne ne pensaient qu’ils l’emporteraient.

L’emporter sur : devenir plus important.
– L’optimisme l’a peu à peu emporté sur le pessimisme parmi les dirigeants de l’équipe.
– La joie l’a emporté sur la fatigue.

S’emporter : se mettre en colère, perdre son calme
– Les joueurs ne doivent pas s’emporter, même s’ils ne sont pas d’accord avec une décision de l’arbitre, sous peine d’être expulsés du terrain.
– Il s’emporte facilement quand son équipe perd !

L’idée de ce billet m’est venue grâce à mes étudiants qui avaient préparé un sujet sur le rugby pour France Bienvenue, la semaine dernière et cette semaine. Etes-vous allés les écouter? C’est ici et ici.

A très bientôt! (Si, si, promis.)

Juste une petite question

Que fait un enfant plein de vivacité que tout intéresse autour de lui ? Il pose des questions toute la journée – dès 6h43 du matin! De très jolies questions, qui nous embarquent dans toutes sortes de directions.

Auprès de qui cherche-t-il des réponses? De ses parents, bien sûr. Et ses parents sont formidables car ils ont réponse à tout. Ils ne sont jamais vraiment pris de court. Sauf…
Sauf soumis à la dernière question, qui les laisse perplexes! Il faut dire que cette question est fondamentale, au moins une fois par jour, dans les familles françaises. Voici une publicité sympathique, pleine du charme d’une vie quotidienne toute simple.
(Et la musique est empruntée au film de François Truffaut, Les quatre cents coups. Alors…)

Cette publicité est à regarder ici. (Version longue)

Transcription
L : Maman. Maman !
M : Oui ?
L : Juste une petite question. Comment ils font, les hippopotames*, pour se gratter ?
P : Ils demandent à un autre hippopotame.
L : D’accord.

L : Au tout début, sur internet, il y avait rien du tout ?
L : Comment on sait qu’on n’est pas tout le temps en train de rêver ?
L : Est-ce que les chauves-souris, elles* trouvent qu’on dort à l’envers (1) ?
L : Les chiffres, ça va jusqu’où ?
M : Ça va jusqu’à l’infini. Ça s’arrête jamais. Un peu comme toi !
L : Pourquoi le premier monsieur (2) qui a applaudi, il* a tapé dans ses mains ?
P : En fait, il s’est dit : « Tiens, qu’est-ce que j’ai au bout de mes bras, hein. »
L : La mer, elle* va où quand elle descend (3) ?
L : Et pourquoi  on met pas des grands parachutes sur les avions ?
P : Même avec un très grand parachute, l’avion serait quand même trop lourd, chéri.

Malheureusement, toutes les questions ne sont pas aussi simples.
L : Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
P : Qu’est-ce qu’on mange ce soir…

Des explications
1. à l’envers : on pourrait dire aussi la tête en bas
2. le monsieur : on emploie souvent ce terme à la place de « homme ». Par exemple : On va demander au monsieur là-bas. / C’est qui le monsieur à côté de toi, là ? (sur une photo par exemple). Au féminin, il faut utiliser : la dame. Cela donne un côté moins impersonnel que les termes homme / femme.
3. la mer descend : elle se retire lors des marées basses. Elle monte à marée haute.

* Des questions orales :
– On utilise le nom et le pronom qui le remplace dans la même phrase, en commençant par l’un ou l’autre:
Comment ils font, les hippopotames?
Est-ce que les chauves souris, elles… ?
Pourquoi le premier monsieur, il…
La mer, elle va où?
On pourrait dire aussi : Elle va où, la mer ?
Les pronoms sont inutiles mais on fait ça très souvent oralement, dans un style familier.

– On n’est pas obligé d’utiliser « Est-ce que… » ou de faire une inversion sujet-verbe.
C’est le ton de la voix qui change une phrase à la structure affirmative (= sujet en premier puis verbe) en question.

Qu’est-ce qu’on mange ?
Eh oui, ça peut être une vraie question, puisque dans la majorité des familles françaises, on partage au moins un repas par jour – le dîner par exemple – assis autour de la même table, surtout quand on a des enfants. Alors, choix des menus, courses, et préparation (plus ou moins rapide), tout cela fait partie de ce rituel. Et ça revient souvent! Beaucoup s’en sont bien rendu compte pendant le confinement… 😉

Registres de langue

Les kilos de publicités que nous recevons dans nos boîtes aux lettres sont vraiment une plaie ! Encombrantes, très laides en général – photos d’escalopes de veau, de flacons de lessive, de rouleaux de PQ, etc. – et un immense gâchis de papier et de tout ce qui sert à les produire, puis à les distribuer, puisque souvent, elles vont directement à la poubelle. C’est ce qui explique les petits messages collés sur certaines boîtes aux lettres, à l’intention du facteur ou des gens payés au lance-pierre pour nous déposer ces catalogues ou prospectus.
Mais les styles varient !

Option 1 : un message direct, épuré et courtois juste ce qu’il faut.
Pas de réelle implication du « refuseur » de pub. Impersonnel, neutre et passe-partout.

Option 2 : un message plus détaillé, pédagogique. Poli aussi.
Rédigé après une étude personnelle plus fouillée de ce qui atterrit dans nos boîtes tous les jours.

Option 3 : Très direct. Parfaitement clair (même s’il suppose aussi une connaissance de l’anglais de base!). Légèrement moins poli, dirons-nous.
Le message de celui qui a dû essayer les options 1 et 2 sans résultat. Alors, ça finit par énerver !

Le tutoiement :
Autant il peut être le signe qu’on est proche de la personne à qui on s’adresse, autant il peut être aussi une marque d’irrespect. C’est le cas ici.
Quand on s’insulte, on se tutoie en général.

Comment elle parle, Chantal !

Allez, encore une publicité cette fois-ci, parce qu’elle m’a surprise à la fin. Pas par ce qu’elle montre.
Mais par la façon de parler de Chantal, parce que je n’aurais pas imaginé ce mot-là dans sa bouche à elle !
Je vous laisse faire la connaissance de la dynamique Chantal et de sa grande tribu et on en parle juste après ! 😉

Transcription
– Oh, coucou !
– Bonjour, les chéries ! Super, les petites-filles !
Je m’appelle Chantal. J’ai plein de (1) petits-enfants, dans toute la France. Je ne les vois pas assez souvent et ça, ça me manque (2) énormément. Et pour moi, tout ça va bientôt changer. Et je vais me faire un plaisir (3) d’aller les voir.
– C’est mamie Chantal !
– Oh coucou !
– Bonjour ma […] !
– Comment tu vas, mamie ?
– Super, les petites-filles! Ah bah, très simple. Oui, sans souci.
Je suis ravie de voir mes petites-filles.
J’ai pu revoir tous mes petits-enfants en même temps.

– ça va, Nina ?
– C’est quoi, ça, ma chérie ?
J’avais peur que ce soit un peu relou (4). Mais en fait, c’était très simple.

Quelques détails :
1. plein de : beaucoup de (familier). Ne faites pas la faute qu’on rencontre de plus en plus souvent chez certains Français. Ils écrivent pleins de avec un « s » de pluriel au bout de plein, pour deux raisons je suppose: parce que cette expression indique une grande quantité et aussi parce que lorsque plein est un adjectif, il s’accorde: Les paniers sont pleins de fruits. / Les carafes sont pleines de jus d’orange. Mais ici, quand il signifie beaucoup de, ce n’est pas un adjectif, donc il ne s’accorde jamais.
2. ça, ça me manque : on répète « ça » pour insister. Et attention au verbe manquer: On ne se voit pas souvent. ça me manque. / Elle n’est pas partie en vacances depuis longtemps. ça lui manque. / C’est l’hiver, il n’y a pas de cerises. ça nous manque !
3. se faire un plaisir de faire quelque chose : être très content (souvent par avance ) de faire quelque chose. (Style assez soutenu) Par exemple :
Je me fais un plaisir de te revoir.
Il se fait un plaisir de nous accueillir chez lui.
Nous nous ferons un plaisir de vous faire visiter la région.
Il se fera un plaisir de t’aider.

On peut l’employer aussi pour parler du passé: Ils se sont fait un plaisir de les inviter au restaurant.
4. relou: c’est lourd, en verlan, c’est-à-dire en inversant les sons. (Personnellement, j’ai toujours un peu de mal à comprendre comment lourd, dans lequel il n’y a pas le son « e » devient relou!) Donc c’est très familier.

Quand j’ai vu cette pub, j’ai été surprise par le fait que cette grand-mère emploie ce terme ! Cela ne me semblait pas aller avec le personnage, même si c’est le portrait d’une grand-mère pleine d’allant et qui fait jeune. « Relou » fait partie des termes à la mode plutôt chez les jeunes, dans un style de langue très familier. Ici, comme ce n’est même pas pour produire un effet humoristique, c’est peut-être le signe que « relou », comme certains mots d’argot, a fini par passer dans le langage courant et être adopté par tous ou presque.

Dans une langue étrangère, je trouve que c’est un peu compliqué de savoir qui peut dire quoi, qui peut utiliser de façon naturelle quels mots familiers ou d’argot. Quand je vois des listes, juste des listes, de ces mots ou de ces expressions sur instagram par exemple, je me dis qu’il manque vraiment des explications. Voici quatre exemples:
kiffer : on entend beaucoup ce verbe, ou plutôt, on l’a beaucoup entendu, car j’ai bien l’impression qu’il est en train de passer de mode. Il est synonyme d’aimer en argot. Mais entendre un adulte, ou quelqu’un dans un contexte pas particulièrement décontracté, employer ce verbe fait vraiment bizarre ! Il y a des mots qui vont à certains, qui marchent dans certains contextes mais pas n’importe comment. Ne pas les employer au bon moment produit l’effet d’une fausse note.

faire gaffe : ici, pas de problème d’âge pour l’utiliser mais on ne peut pas employer cette expression dans n’importe quelle situation car elle est vraiment familière. Je ne l’utiliserai jamais avec mes étudiants par exemple, à qui je dirai : Faites attention, alors que je l’emploie dans d’autres contextes sans problème.

être à la bourre : c’est être en retard. J’en avais déjà parlé à propos d’un de mes étudiants qui m’avait demandé de l’excuser d’être à la bourre. On ne peut pas dire ça à tout le monde.

filer quelque chose, dans le sens de donner, est de l’argot, donc familier : on peut dire File-moi ton numéro de téléphone à ses copains mais pas à quelqu’un avec qui on a des relations professionnelles par exemple.

Ce qui ne simplifie pas la tâche non plus, c’est que certains mots familiers ou d’argot se démodent ! Ils reviendront peut-être un jour. Il y a des cycles. Bref, il y a toujours du travail pour qui veut parler une autre langue !