Ne t’en fais pas, tu vas t’y faire

Comme le dit la chanson,
Dans la vie, faut pas s’en faire !
Moi, je ne m’en fais pas
Les petites misères
Seront passagères
Tout ça s’arrangera

C’est une chanson célèbre de Maurice Chevalier, connue de nous tous et reprise par Eddy Mitchell dans des publicités des années 90. Je suppose que vous devinez ce qui va se passer dans la pub en question !

Comme le climat est plutôt tendu en ce moment, on va adopter ce petit refrain pour garder foi dans la capacité des hommes à construire un monde plus harmonieux !

Et c’est l’occasion pour moi de continuer à évoquer toutes nos expressions avec en et y.
Dans ce billet, voici donc : s’en faire, à ne pas confondre avec s’y faire.

1- S’en faire : s’inquiéter, se faire du souci.
C’est le sens le plus courant. C’est une expression familière.
On l’emploie au présent très souvent.
Elle s’en fait énormément pour ses enfants. Du coup, c’est une mère un peu étouffante.
– Ce n’est pas nécessaire de t’en faire à l’avance. Tu verras bien !

Ne t’en fais pas, tu vas y arriver. Aie confiance en toi. (A l’oral et de façon familière, on dit : T’en fais pas.
Ne vous en faites pas. On va vous aider.Tout va bien se passer.

Cette expression peut avoir une autre signification à la forme négative, dérivée de la première: ne pas se gêner (c’est-à-dire ne pas avoir d’inquiétude alors qu’on fait quelque chose de gênant, d’inacceptable par exemple): C’est une critique, vis-à-vis d’une personne sans-gêne.
– Eh bien, ne t’en fais pas ! / Ne t’en fais surtout pas ! (à quelqu’un qui est en train de fouiller dans vos affaires par exemple.)
– Tu ne t’en fais pas, à ce que je vois !

Utilisée à propos d’une situation passée, cette expression marche à l’imparfait, mais pas au passé composé.
Il s’en faisait beaucoup quand il était étudiant en prépa. Maintenant il est moins stressé.
– Elle ne s’en faisait pas trop parce que ses parents s’occupaient de tout!

Alors, si on veut raconter quelque chose de ponctuel, donc au passé composé, on est obligé d’employer des expressions moins familières: se faire du souci, s’inquiéter
Elle s’est fait beaucoup de souci / Elle s’est beaucoup inquiétée pour lui quand il était petit parce qu’il était souvent malade.

Pour écouter ces exemples :

2- S’y faire : cette expression signifie s’habituer à quelque chose, au point que cela ne nous dérange plus. (C’est la situation tout entière qui est sous-entendue par Y)
On peut l’employer à tous les temps.
Le climat est totalement différent ici. Il fait chaud et humide. Mais nous allons nous y faire !
– Il faut que tu t’y fasses ! Il ne changera jamais d’attitude. C’est sa personnalité.
– Les gens conduisent n’importe comment ici. Je ne m’y ferai jamais ! / Je n’arrive pas à m’y faire.

Pour écouter ces phrases:

Donc aujourd’hui, n’oubliez pas qu’il s’agissait de verbes pronominaux (avec se). Je dis ça parce que nous avons aussi des expressions avec simplement :
en faire
– y faire

Et bien sûr, elles ne signifient pas la même chose que s’en faire ou s’y faire.
A suivre !

La dictée du jour

Alors, aujourd’hui, on va jouer à l’école:
Prenez une feuille et un stylo. On va commencer par une petite dictée.

Dictée du jour
.
.
C’est bon? Vous vous êtes bien relu ?

Bon, maintenant, posez vos stylos. On ne joue plus.
On est sur internet et on tombe sur de vrais commentaires laissés sur des sites ou des réseaux sociaux. Et voici ce qu’on lit :
– Il va sans sortir.
– Sa femme qu’il attend soutenu.
– Quand pensez-vous ?

* Il va sans sortir.
Alors, ça veut dire qu’il reste à la maison ?

* Sa femme qu’il attend soutenu.
C’est bien connu, les femmes se font toujours attendre !

* Quand pensez-vous ?
Euh, jamais en fait. (Surtout quand j’écris.)

C’est plutôt drôle. C’est presque poétique !
Le problème, c’est que

– ça n’est pas volontaire.
– ça n’est pas un usage poétique des mots par leurs auteurs.
– c’est écrit par des Français, dans leur langue maternelle.
– ça devient presque incompréhensible.
Il faut quasiment se dire ces phrases à voix haute, et elles redeviennent alors pleines de sens :
= Il va s’en sortir.
(Il a beaucoup de travail, ou bien la situation est compliquée mais il va y arriver.)

= Sa femme, qu’il a tant soutenue…
(comme il s’y est engagé, en termes équivalents, par les voeux prononcés lors de leur mariage religieux.)

= Qu’en penses-tu ?
(Allez, donne-moi ton avis, ta position sur cette question ou sur ce que je te propose.)

La prononciation est exactement la même, c’est vrai. D’où ces erreurs.
Mais quand même !
Le remède se trouve peut-être – en partie – là :

Cette publicité joue sur les mots, des mots qui sont normalement écrits sur les paquets de cigarettes et associés à des photos peu poétiques des maladies causées par le tabagisme : Fumer nuit gravement à la santé. Avertissement solennel. Tentative de disuasion. (assez hypocrite, il faut bien le dire !)

En lisant, je crois moi aussi qu’on a davantage de chance de devenir moins ignorant en orthographe et en grammaire, de ne pas être un âne ! (Petite parenthèse : pauvres ânes ! En français, être un âne n’est pas flatteur.)
Lire, donc. Pas simplement pour le plaisir d’être bon en orthographe ou en grammaire, mais pour comprendre et se faire comprendre ! Et pour accéder au monde.
Parce que voilà, comme c’est écrit sur ce trottoir de Montmartre :

Connaissez-vous ce compte instagram ?
Allez jouer avec les mots de son auteure, tracés à la craie dans la rue !
Syntaxe et orthographe bousculées.
Poésie, humour et vérité.