Ah, quand même !


– Tu as vu la taille de ce hêtre ?
– Ah, quand même !

Je n’avais jamais vraiment remarqué à quel point cette petite expression exprimait des choses différentes selon le contexte. Nous jonglons parfaitement avec et en comprenons les nuances sans hésitation, notamment dans nos conversations quotidiennes, en fonction du ton sur lequel on dit ces deux mots, surtout s’ils sont employés seuls. Voici donc un petit état des lieux, simplement descriptif, à travers des situations auxquelles j’ai pensé.

Tout d’abord, il y a une différence entre ces deux mots employés dans une phrase ou employés seuls, comme une exclamation.

1- Dans une phrase, c’est assez simple. C’est équivalent à : malgré tout, cependant, même si…

Quand même 1

Je sais que ce n’est pas lui qui décide. Je vais quand même lui demander s’il peut faire quelque chose pour nous aider.
Il avait mal démarré. Il est quand même arrivé troisième du marathon ! / Il est arrivé troisième quand même.
Elle a de gros soucis. Elle est toujours souriante quand même. / Elle est quand même toujours souriante.
Ne t’inquiète pas, on va y arriver quand même ! / On va quand même y arriver !
Merci quand même.
Ce n’est pas dangereux mais fais attention quand même.

Il arrive que dans une phrase, en fonction du ton employé, il y ait une nuance différente. Il y a une très légère pause entre quand même et le reste de la phrase. C’est presque la même idée que précédemment, mais c’est comme si on donnait son avis, pour apporter une modulation à ce qui a été dit juste avant.

Quand même 2

Elle est polie, quand même. Quand même, elle est polie.
Je suis d’accord avec toi, il y a des problèmes avec elle, mais on doit reconnaître qu’elle est polie.

Quand même, il est gentil. / Il est gentil, quand même.
Je suis d’accord avec toi, il a fait quelque chose de déplaisant, mais dans le fond, il est gentil.

Il est fatigant, quand même. / Quand même, il est fatigant.
Je suis d’accord avec toi, il fait du bon travail mais reconnais qu’il est également fatigant.

On peut aussi exprimer une critique, avec un ton agacé:

Quand même3

Tu pourrais faire un effort quand même !
Tu ne vas pas rester sans rien faire quand même !

2- Dans la langue familière, on emploie souvent juste l’expression, comme une exclamation, pour réagir à ce qui se passe ou à ce que quelqu’un a dit. Le ton est très important. Voici un petit catalogue de toutes les nuances auxquelles j’ai pensé:

la surprise ou l’admiration ou le fait qu’on est impressionné:

Quand même 4

R: Nous avons eu -20 la nuit dernière.
A: Ah, quand même !
( = impressionnant, je n’aurais pas cru qu’il avait fait si froid.)

R: Tu sais, il ne leur reste que 10 euros à la fin du mois.
A: Ah, quand même !
(= Je ne pensais pas qu’ils avaient de telles difficultés financières.)

l’incrédulité : cela ne paraît pas possible.

Quand même 5

R: Il ne veut plus voir ses parents.
A: Oh, quand même !
( = Tu exagères, ou il exagère.)

R: Arrivés à la fac, ils ne savent toujours pas les verbes irréguliers.
A: Oh, quand même !

R: Regarde, j’ai terminé ! Tu vois, je t’avais dit que j’y arriverais.
A: Quand même, je te jure !
(avec une petite nuance attendrie souvent)

Une sorte de protestation :

Quand même 6

R: C’est sympa d’avoir pensé à mon anniversaire.
A: Bah quand même !
( = Je n’allais quand même pas oublier!)

R: Merci pour votre aide.
A: Bah quand même !
( = C’est la moindre des choses.)

On l’emploie aussi quand quelqu’un finit par faire quelque chose mais en retard. C’est comme si on disait : Ah, enfin !

Quand même 6

R: Voici mon rapport.
A: Ah, quand même !
(Il peut y avoir une nuance ironique, ou de soulagement)

R: Les voilà ! On va pouvoir passer à table.
A: Ah, quand même !

Voilà. Cela ressemble plutôt à un catalogue. J’espère que c’est assez clair quand même 😉 et que cela rendra service à certains d’entre vous. Merci à Marcos Antonio et Edelweiss qui m’avaient posé la question de ces nuances. Il y aurait sûrement d’autres choses à dire sur la place de ces mots dans les phrases, puisqu’il y a des déplacements possibles. Je vous laisse observer ça dans ce que vous lisez ou écoutez !

Et si vous avez d’autres exemples, d’autres nuances (ou des questions), laissez un commentaire ! A bientôt.

Qu’est-ce qui se passe ?

Peut-être vous est-il arrivé de reprendre contact avec un ami que vous aviez un peu perdu de vue. Ou tout simplement d’appeler des proches pour prendre des nouvelles, parce que vous avez un peu laissé filer le temps. Alors quels sont les mots qui nous viennent naturellement en français?

Pas Qu’est-ce qui se passe ?

Qu’est-ce qui se passe ? ou son équivalent dans un style un peu plus soutenu : Que se passe-t-il ? laissent toujours transparaître une certaine inquiétude de la part de celui qui pose la question. Ou de l’incertitude.
– Un de vos enfants, ou un proche ou un ami vous appelle, mais ce n’est vraiment pas l’heure, ce n’est pas le jour. Vous vous dites, à tort ou à raison, que ce n’est pas tout à fait normal. Alors, vous prenez l’appel et demandez, d’un ton qui n’est pas tout à fait léger : Allo ? Qu’est-ce qui se passe ?, en espérant que tout va bien.
– Vous êtes sans nouvelles d’un proche, qui aurait dû vous appeler ou vous contacter. Et cela vous met mal à l’aise. Alors vous envoyez un sms ou un message: Qu’est-ce qui se passe ? / Que se passe-t-il ? Tu vas bien ? / Tout va bien ?
– Vous entendez vos enfants se disputer dans la pièce à côté. Vous entrez et vous demandez : Qu’est-ce qui se passe ici ?
– Vous allumez votre ordinateur mais il ne démarre pas : Qu’est-ce qui se passe ? Et si ce n’est pas la première fois que ça vous arrive : Qu’est-ce qui se passe encore ?

Ce qui est assez subtil, c’est que tout cela change dès qu’on ajoute quelque chose au bout de cette question ! Elle devient alors une simple interrogation sur des événements.
Qu’est-ce qui se passe à la fin du film ? Je ne m’en souviens plus !
Qu’est-ce qui se passe si j’oublie le code de ma carte bancaire ?
Qu’est-ce qui se passe quand un étudiant ne trouve pas de stage ?
(Petite remarque: on ne dit pas Qu’est-ce qui arrive… ? Ce n’est pas naturel.)

Pour en revenir à la situation du début de ce billet, alors que dit-on quand on prend tout simplement des nouvelles de quelqu’un ? On n’a pas beaucoup de choix dans le fond, comme souvent avec ces petites phrases de la vie quotidienne.
– Vous connaissez : Comment ça va ?
– Mais on dit aussi très souvent : Qu’est-ce que tu deviens ? / Qu’est-ce que vous devenez ?
– Ou encore : Alors, quelles sont les nouvelles ?

Voici ces petites phrases enregistrées, à la vitesse où on les dit :

Qu’est-ce qui se passe

Donc à l’avenir, si vous trouvez que je laisse ce blog un peu trop en sommeil, vous pourrez me demander ce que je deviens, ou ce qui se passe !