Accord ou désaccord

Forts ensemble

On est singulier. Donc il est suivi d’un verbe au singulier.
Mais ensuite, que fait-on des adjectifs ou des participes passés qui suivent ?

Les puristes extrêmes refusent un accord de pluriel :
– soit On est une sorte de neutre pour désigner quelqu’un, n’importe qui et il n’y a pas lieu de se poser la question : On n’est jamais déçu quand on n’attend rien.
– Soit il est employé improprement à la place de Nous, et dans ce cas, employons Nous, ce qui éliminera le problème : On est allé(s) au cinéma, à remplacer par Nous sommes allés au cinéma.

Mais il faut bien admettre qu’oralement, On est devenu plus fréquent que Nous. On accepte donc très souvent l’accord de pluriel ( de genre aussi : on est allées) de l’adjectif ou du participe passé.

Sur ce panneau publicitaire, on trouve donc On est forts. J’avoue que souvent, j’ai encore un petit moment de doute quand je vois ou fais cet accord singulier-pluriel. Mais ici, on a bien l’emploi parfait de On, puisqu’il s’agit de de vous, de moi, d’eux, donc de n’importe qui. En même temps, comment pourrait-on laisser fort au singulier ? Le mot ensemble implique fondamentalement un pluriel. Donc tout va bien ! (Sinon, il faudrait dire: On est fort quand on est avec les autres.)

Oui, je viens de faire la Française qui coupe les cheveux en quatre à propos de la grammaire! Oui, juste en passant dans la rue, une rue très ordinaire, et en lisant une pub, une pub sans caractère. Tout cela parce que nous avons une grammaire impossible et bizarre !

Si vous avez le temps

Des chaînes de télévision et les radios ont compris que nous aimons avoir le choix du moment où nous regardons un film ou écoutons une émission. Cela permet aussi de se rattraper quand on a raté quelque chose !
C’est le cas avec ARTE+7. Le seul ennui, c’est que tout cela n’est pas toujours accessible si on ne vit pas en France. Mais je viens de me rendre compte qu’on peut aussi regarder leurs programmes sur YouTube. Je me dis donc que cela permet peut-être à plus de monde d’y avoir accès, de n’importe où. Vous qui vivez ailleurs, dites-moi si c’est bien le cas !

Alors vite, vite ! Il vous reste trois ou quatre jours pour aller regarder cette belle émission sur François Truffaut, où s’entrecroisent les voix de ceux qui ont travaillé et vécu avec lui. Certaines plus émouvantes et profondes que d’autres. Mais surtout l’entendre encore parler de ses films, le regarder fabriquer ses histoires, et revoir encore et encore des fragments des 400 coups, de La sirène du Mississippi, de La Nuit américaine, de L’enfant sauvage, de l’Histoire d’Adèle H, du Dernier Métro, de La Femme d’à côté. Et apercevoir ses carnets, ses notes foisonnantes, ses livres annotés, ses scénarios.

truffautA regarder ici.

Voici un petit écho sonore de quelques passages que j’ai aimés :
F.Truffaut

Transcription :
– Tu vas rentrer dans ta chambre, hein. Tu vas relire le scénario, tu vas travailler un petit peu et tu vas essayer de dormir. Demain, c’est le travail. Et le travail est plus important. Ne fais pas l’idiot, Alphonse. Tu es un très bon acteur, le travail marche bien. Je sais, il y a la vie privée. Mais la vie privée, elle est boiteuse (1) pour tout le monde. Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages dans les films. Il n’y a pas de temps morts (2). Les films avancent comme des trains. Tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est faits pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma. Salut Alphonse, je compte sur toi.

– Entre 1945, 1950, j’ai dû passer (3) de… de 50 films par an à 100, puis à 150, puis à 200. Il y a eu une idée, si vous voulez, de battre des records. Il y a eu un désir, à un moment, de voir deux, trois films par jour, avec toujours cette idée de revoir les films plusieurs fois.
– On voyait des films par exemple en fermant les yeux, pour les dialogues. Ou une autre fois, on n’entendait rien, on regardait que l’image ou on comptait les plans. Alors notre truc (4), c’était : Dis-moi le troisième plan de la Grande Illusion, ou Quel est le dernier plan de tel film. Ou on parlait en dialogues de film.
– Quel est votre plus beau souvenir avec François Truffaut ?
– Les nuits qu’on passait à voler des photos de films dans les vitrines de cinéma, entre minuit et cinq heures du matin.

– Et puis tous les deux, nous avons le goût du secret ancré dans nos gènes, je dirais presque. Et ça, c’est une chose qui nous a beaucoup rapprochés.
– Catherine, il y a un élément très important de rêverie et de vie secrète. Quel que soit le rôle qu’on lui donne, on a l’impression qu’il y a le rôle qui est sur l’écran et qu’il y a d’autres pensées qui ne sont pas exprimées, voyez, on le pense toujours, ça, et on ne le pensera pas d’une autre actrice qui aura l’air de dire tout ce que… tout qu’elle pense, tout ce qui lui passe par la tête. Elle, c’est pas ça. C’est une actrice de… Oui, je ne sais pas comment dire autrement… de rêverie, de personnalité double.

Ce que nous faisons est plus important que nous-même, ça, c’est une question qui est… qui ne fait pas l’unanimité (5), parce que quelqu’un comme Sartre dit toujours que ce que nous sommes est plus important que ce que nous faisons. Mais quand même, c’est ce que nous faisons qui reste, et si nous donnons plus d’importance à ce que nous faisons, ou à notre travail qu’à nous-même, eh bien, à ce moment-là, évidemment, on fabrique des objets ou on fait quelque chose qui a… qui peut lutter, qui peut… qui peut résister, qui peut éventuellement (6) résister. Ça résiste un moment, ça ne résiste pas longtemps, ça ne résiste pas définitivement (7). Mais ça résiste, ça résiste plus que nous-mêmes.

Quelques détails :
1. boiteuse : au sens figuré, cela signifie que la vie n’est pas parfaite, qu’il y a toujours des choses qui ne vont pas.
2. Un temps mort : une période sans intérêt, où il ne se passe rien de passionnant.
3. J’ai dû passer… : il estime qu’il est passé de 50 films à 100, etc.
4. notre truc : notre passion, ce qui nous plaisait vraiment. (familier)
5. ne pas faire l’unanimité : ne pas être accepté par tous. On utilise cette expression lorsqu’il y a des avis divergents. On l’emploie à propos d’un choix, d’une décision, d’une idée, d’une loi, etc, mais aussi parfois à propos de quelqu’un qui a été choisi pour faire quelque chose de particulier.
6. Éventuellement : peut-être, c’est une possibilité.

Et une petite remarque de français pour terminer :
7. Définitivement : pour toujours. C’est le contraire de temporairement, provisoirement.
Mais on entend de plus en plus de Français utiliser ce mot dans le sens anglais de « C’est sûr », alors que ce sens n’existe pas en français. Cela vient sans doute de mauvaises traductions, notamment dans les séries américaines, du mot « definitely ». Ça me fait toujours bizarre quand j’entends ça !