Tutoyer ou pas ?

Vivre ensemble, c’est respecter des codes sociaux, comprendre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. En France, ça veut dire par exemple savoir si on tutoie quelqu’un ou pas. Question d’âge, de hiérarchie, de milieu… Parfois subtil, surtout pour les étrangers qui n’ont pas ce contraste entre le « vous » et le « tu » dans leur langue.
Mais même quand on est français, on peut ne pas bien savoir comment se comporter et tutoyer les gens un peu trop facilement. Le risque, c’est d’être perçu comme quelqu’un de trop familier. C’est ce que raconte ici la comédienne Dominique Blanc. Petite leçon de bienséance.

Transcription:
– Je me rappelle être allée voir un spectacle et tout d’un coup, je me trouve assise à côté d’Anne Alvaro, que j’adore, que j’ai vue jouer, Shakespeare, que je trouve magnifique et tout ça, et je sais pas du tout en fait que bah, ça ne se fait pas (1), donc je me tourne vers elle et je la tutoie, qui est un truc qui se fait pas non plus. Et je lui dis: « Bah tu sais, j’ai appris que toi aussi, tu avais raté le Conservatoire (2), et ça me fait vraiment plaisir ! Parce que moi aussi, je l’ai raté. Et je trouve que tu es une sublime comédienne, quoi, tu es vraiment géniale ! », et tout ça. Et alors je sens sur le visage de la personne que c’est pas ça du tout, quoi, il faut pas s’y prendre comme ça (3)!
Donc j’ai fait ça beaucoup. Bon. C’est…
Mais pourquoi vous l’avez tutoyée ? Parce que c’est genre « On est… On est comédiennes toutes les deux, ou… ?
– Oui. Puis (4) je sais pas, je… je pensais que dans ce milieu (5), ça se faisait comme ça ,quoi, que tout le monde se tutoyait sans… sans protocole, si vous voulez. Donc bon, j’ai fait ça… j’ai fait ça pas mal de fois (6) !
Vous aviez pas les codes, quoi !
– Non, j’avais pas les codes. J’étais timide mais quand je rencontrais des gens qui m’avaient bouleversée, etc…, je… je… vous savez, comme les grands timides des fois qui font des trucs complètement fous, hop (7), je me jetais au cou (8) de… de la personne.

Quelques détails:
1. ça ne se fait pas: ce n’est pas correct, ce n’est pas acceptable socialement.
2. Le Conservatoire = le Conservatoire Supérieur d’Art Dramatique, à Paris, école de théâtre prestigieuse.
3. s’y prendre comme ça: agir de cette façon.
4. puis: elle prononce ce mot comme dans certaines régions de France comme s’il n’y avait pas de « u ». Elle dit « Pis ».
5. dans ce milieu: dans cette communauté = dans le milieu du théâtre.
6. pas mal de fois: souvent (familier)
7. hop: onomatopée qu’on utilise pour accompagner un mouvement soudain et rapide, ou un saut par exemple.
8. se jeter au cou de quelqu’un: ici, c’est au sens figuré. Cela signifie se comporter avec cette personne comme si on la connaissait bien alors qu’on vient juste de la rencontrer, se montrer familier très rapidement.

Et la politesse ?

Toujours difficile de savoir si ce qui circule sur internet est véridique et vérifié*.
Mais voici ce qu’on peut lire en ce moment. Vrai ou pas, c’est l’occasion d’une petite leçon de français !
Et si ces mots ont bien été prononcés par ce Ministre, c’est quand même un peu gênant de voir que nos dirigeants ne savent même pas surveiller et adapter leur langage aux circonstances, ou se montrer courtois de toute façon. Quand on est un personnage public, on a certaines contraintes à respecter !

En attendant, petit cours de français vulgaire, un français à utiliser avec précaution, en choisissant son public et le moment !

Se casser, c’est s’en aller, en version impolie.
Casse-toi. Tu m’énerves ! (Traduction: Va-t-en. Tu m’énerves.)
Je me casse, j’en ai ras le bol de vous
. (Traduction: Je m’en vais. J’en ai assez de vous.)
Synomyme: se barrer. (à employer exactement de la même façon)

Les deux sont très, très familiers, pas élégants mais efficaces !
On les emploie quand on est énervé, en colère, agressif.

On peut renforcer avec le joli « Fait chier« , mentionné à la fin de l’extrait ci-dessus. Très peu raffiné, pour dire que la situation et les gens nous énervent vraiment ! Bref, très grossier ! Cela ne surprendrait personne sur un stade de foot, mais là, ça a dû jeter un froid.

Et pour finir, petite révision de la conjugaison des verbes pronominaux (se casser et se barrer sont bien sûr des verbes pronominaux), au présent, au passé composé et à l’impératif présent, ainsi qu’une remarque sur le tutoiement et le vouvoiement:
Si certains veulent la transcription, dites-le moi ! Je la ferai sans problème.

Mise à jour le lendemain: c’est vérifié. La vidéo est ici. Effectivement, le journaliste est un peu interloqué !
(Mais on n’entend pas « Fait chier ».)