Ça ou Cela ? Que faut-il dire ?

Peut-être vous a-t-on appris qu’il vaut mieux utiliser « cela » que « ça ».
Mais honnêtement, si vous y prêtez attention, est-ce que vous entendez souvent les gens dire « cela » ?
Faites le test, écoutez des Français très différents, dans des films, à la télé, à la radio, dans la vie quotidienne et comptez !

Voici donc quelques pensées à ce propos, pour que vous sentiez ce que nous, nous percevons en entendant l’un ou l’autre et dans quelles situations nous employons l’un plutôt que l’autre. Et comme très souvent, il y a une différence entre l’écrit et l’oral.


Transcription:
Bonjour. Alors je me suis dit que ce serait peut-être intéressant de parler un petit peu de l’emploi de « cela » et « ça ». Donc « ça », bien sûr, c’est l’abréviation de « cela » et dans le dictionnaire, c’est souvent présenté comme un mot plutôt familier, ce qui fait que certaines personnes et certains étrangers n’osent pas l’employer aussi souvent que nécessaire finalement. Parce que si on écoute bien des conversations ordinaires, des conversations courantes, on se rend compte que « ça » est présent partout et que c’est plus rare d’entendre quelqu’un qui dit « cela », par exemple dans « Cela me fait plaisir« , « Cela m’a beaucoup plu« . Tout ça, c’est très correct, mais c’est trop correct. Et ça donne l’impression que la personne surveille son langage, ou en tout cas qu’elle a un langage qui est un petit peu artificiel. Et le plus normal, ce sera de dire: « Ça me fait plaisir« . « Ça m’a beaucoup plu« .
Par exemple, quand on demande des nouvelles de quelqu’un, on lui demande: « Bonjour, ça va ? » Personne ne dira « Cela va« . Ou bien quand on dit: « Pas de problème, ça va aller« . Personne ne dira « Cela va aller« . Ou bien quand on dit: « Ça dépend« , on peut dire « Cela dépend« , mais c’est plus recherché comme style. « Ça ne fait rien« , si on dit « Cela ne fait rien« , voilà, c’est pas le même style.

Donc je crois que vraiment, il faut pas hésiter à l’employer, aussi bien à l’oral – surtout à l’oral – qu’à l’écrit. Parce que à l’écrit, c’est vrai que beaucoup de gens écrivent « Cela ». Je pense que c’est lié au fait que, à l’école primaire, en France notamment, on dit aux enfants qu’écrire « ça », ça n’est pas beau, ça n’est pas correct et qu’il faut pas le faire. Donc depuis l’école primaire, finalement, les élèves apprennent à écrire « cela » plutôt qu’écrire « ça » et ils remplacent. Dans leur tête, ils se disent « ça », mais à l’écrit, ils remplacent par « cela ». Et je m’en rends compte (1) avec mes étudiants – petite anecdote – parce que quand ils ont à transcrire les conversations de francebienvenue1, France Bienvenue, et qu’on entend dans la conversation: « ça me fait plaisir« , « Comment ça se fait ? », « à part ça« , ils n’osent pas écrire « ça ». Et ils transforment en « cela ». Et je suis obligée de leur dire: « Personne n’a dit cela, donc vous ne pouvez pas écrire cela. On fait une transcription, donc il faut que ce soit le plus fidèle possible, du moment que (2) c’est un mot qui existe. Or le mot ça existe, il est dans le dictionnaire, donc allez-y, écrivez-le. » Mais ils se sentent un petit peu… Oui, ça leur paraît bizarre d’écrire ce… ce mot parce que on les a tellement embêtés (3) avec ça que, bah, ils n’osent plus l’écrire. Donc voilà pour cette différence entre l’écrit et l’oral.

Et ce que je dirais aussi, c’est que je pense que beaucoup de gens écrivent « cela » parce que finalement pour… C’est très bête (4), mais quand il faut taper « ça » avec une cédille, c’est un peu compliqué. Alors sur nos claviers français, il y a une touche spéciale avec un « ç » cédille. Mais c’est le petit « ç », c’est à dire la lettre minuscule. Or dès qu’on veut taper « Ça » avec un « ç » majuscule, eh bien selon les traitements de texte qu’on a, ça n’est pas forcément évident. Alors, sur Word, il y a pas de problème, il y a… enfin voilà, il y a une petite manipulation à faire et on peut taper sans problème « Ça »… enfin, sans problème (5)… C’est un petit peu plus compliqué mais… que de taper juste sur une touche, mais quand même, c’est pas trop difficile. Et le problème par exemple, c’est que sur Open Office, alors là, ça n’est pas possible. Il faut aller dans « Caractères spéciaux », chercher le « ç » majuscule et puis l’insérer dans le texte. Donc je pense très sincèrement que beaucoup de gens hésitent à écrire « ça », notamment quand il est au début de la phrase, parce qu’il lui faut une majuscule et que c’est un petit peu compliqué avec les ordinateurs. Voilà. Donc ça, c’était, disons, mes petites réflexions sur l’emploi de « ça » et de « cela », et très franchement, je pense que vous pouvez utiliser « ça ». Ecoutez les Français, et vous verrez que « ça » est présent partout.

Quelques remarques:
1. je m’en rends compte: je le constate, je le vois. C’est le verbe « se rendre compte de quelque chose »: je me rends compte de leur difficulté à écrire ce mot. L’autre construction, c’est « se rendre compte que… » : je me rends compte qu’ils hésitent à écrire ce mot. Et quand on remplace par un pronom, c’est « s’en rendre compte », avec « en ».
2. du moment que: puisque, à condition que
3. on les a embêtés: on les a obligés à le faire, en le leur rappelant sans cesse. (familier)
4. c’est très bête: c’est une raison très simple, pas une grande théorie. (familier)
5. enfin, sans problème: « enfin » sert à nuancer et à rectifier une affirmation qu’on vient de faire.

Regrets et fautes d’orthographe

On apprend beaucoup avec les titres qui défilent sur nos pages internet. Une vraie mine de renseignements !
Du bon et du moins bon.

Vous y apprendrez des expressions françaises, et ça, c’est plutôt bien.
Vous y lirez aussi du franglais – totalement approximatif, comme souvent.
Vous y trouverez des fautes d’orthographe, de grammaire, de conjugaison.
Ça, c’est nettement moins bien.

En voici un exemple avec ce sujet aujourd’hui sur les acteurs qui ont refusé de grands rôles au cinéma.

Du franglais: snober (adaptation de « snub »), c’est dédaigner, refuser, ignorer quelque chose ou quelqu’un, parce qu’on se sent supérieur. C’est un mot entré dans la langue française depuis longtemps, avec comme souvent des modifications.
Une jolie expression: s’en mordre les doigts, c’est vraiment regretter ce qu’on a fait.

Du franglais beaucoup plus récent: Vous voyez ce cote de loose, en bas ? Les Français n’ont toujours pas compris que « loose » et « lose », ça n’a rien à voir, et qu’en plus, ça ne se prononce pas pareil. Quand ils parlent des perdants, ils pensent que ça fait branché de parler de « looser » et de dire qu’ils ont « la loose »… Très agaçant. Alors ce « cote de loose », ici, est du plus bel effet !
Un style familier: louper (tout en haut à gauche), c’est la version orale de « manquer » ou « rater ».


Du franglais: être au top de sa carrière devenu très banal, tout comme le box office.
Une faute de conjugaison: Le film fût un succès mondial. Au lieu d’utiliser le passé composé (a été), l’auteur de cet article veut employer le passé simple, pour donner un côté plus solennel à cette phrase. Mais « fût » avec un accent circonflexe, c’est le subjonctif imparfait, devenu très rare. (que je fusse, que tu fusses, qu’il fût », etc…) Au passé simple, c’est juste: Je fus, tu fus, il fut.
Des fautes d’orthographe:
sa côte de popularité au lieu de sa cote de popularité, sans accent circonflexe. Une côte, c’est par exemple une route qui monte, ou alors la limite entre la terre et l’océan.
grimper en flêche au lieu de en flèche, avec un accent grave.
Une faute de grammaire: en décrivant la comédie et le scénario de mal écrit. Il faudrait écrire: « mal écrits », car ce sont la comédie et le scénario qui sont décrits comme ça: accord de pluriel à cause des deux mots et masculin car quand on a un mot féminin et un mot masculin, c’est le masculin qui l’emporte. (La langue française est sexiste !)
Une faute de construction: en décrivant…de mal écrit. On qualifie quelque chose de mal écrit, mais on décrit quelque chose comme mal écrit.

Vous ne trouvez pas que ça fait beaucoup ?