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Ça suffit vraiment maintenant

En ce moment, plusieurs courtes vidéos sont diffusées à la télévision, au cinéma et sur les réseaux sociaux, avec pour slogans : Ne rien laisser passer, et Réagir peut tout changer.

Il s’agit d’une campagne du gouvernement français contre le harcèlement sexiste et les violences faites aux femmes. Plusieurs situations sont dépeintes, au travail, au sein du couple, en milieu scolaire, dans les transports en commun, avec à chaque fois un message de conclusion très clair et abrupt, qui fait réfléchir.

Nécessité d’éduquer, de faire que chacun se sente responsable et solidaire, pistes pour réagir quand on est témoin des telles situations au lieu de passer son chemin et de tolérer ces comportements d’un autre âge ! Allez les regarder ici. (Elles sont sous-titrées.)

Il y aussi des témoignages de femmes et d’hommes qui ont vécu, en témoins ou en victimes, ces situations.

Puissent enfin les petites filles grandir sans avoir à intégrer dans leur inconscient qu’elles doivent apprendre à se protéger, juste parce qu’elle sont du sexe féminin, ou qu’elles doivent vivre cachées, notamment vestimentairement ou en restant chez elles ! Il y a encore du travail pour changer les mentalités, à des degrés divers selon les pays. Mais tous les mouvements actuels qui expriment ces idées font chaud au coeur et finiront bien par triompher. Alors toutes les Paloma du monde pourront explorer le vaste monde à leur guise.

Voici un petit montage d’un reportage entendu à la radio il y a quelque temps et de certains de ces témoignages.
Ils sont à regarder ici, et s’affichent au fur et à mesure quand vous commencez à regarder une des vidéos. (Laissez-les s’enchaîner automatiquement.)

Violences sexistes contre les femmes

Transcription

– Donc là, il est 16h13, place de Clichy (1), il commence à y avoir une forte affluence (2), des hommes avec une proximité un peu dérangeante et ils bougent, frottent leur pénis. La première fois, j’ai pas bougé, j’ai pas réagi, j’en ai même pas parlé à mon copain en rentrant (3) et j’étais un peu dans un état bizarre.

La commissaire Matricon-Charlot dirige la Sûreté des transports en Ile-de-France (3) : C’est tellement ancré dans l’opinion publique, pour les usagères (4), il s’agissait d’incivilités (5). Ce n’est pas une incivilité et, mesdames, vous devez déposer plainte. Beaucoup ne déposent pas plainte par crainte, par manque de temps, parce qu’elles croient aussi que ça ne servira pas à grand chose, à tort (6).

Frédéric est chef de groupe.
– Ça commence à 12-13 ans et les records sont jusqu’à 83 ans.
– Donc là, on a un mur de photos, ce sont les gens que vous recherchez ?
– Effectivement (7), là, voyez, vous avez le jeune cadre sur le secteur de la Défense. Là, vous avez un très jeune qui sort de soirée.
Cette cellule a traité cette année 350 plaintes. 80 % des hommes arrêtés ont été présentés à un juge.

Extraits de la campagne nationale « Ne rien laisser passer » :
Toutes les filles que j’ai côtoyées m’ont dit : « Ouais,  ça m’est déjà arrivé de me faire emmerder (8) dans la rue. » Quand… je sais pas… ma copine va me dire : « Ouais, je me suis fait emmerder aujourd’hui, mais bon, c’est rien. », moi, moi ça me touche, etc. Mais elle, elle me dit : « C’est normal ». Moi je dis : « Bah non, c’est pas normal ! Je me fais jamais emmerder, ça m’arrive jamais ! Ça me blesse en fait de voir que les femmes vivent ça, et de savoir, bah voilà, que des femmes que j’aime vivent ça aussi. De manière biologique, tu viens d’une femme. Déjà, juste pour ça, je veux dire, on vient tous d’une femme et on a des sœurs, on a des mères. Je pense qu’on change tous le monde à son échelle (9). Toi-même, tu peux juste changer le… ton pote (10) qui est en train de faire une remarque et qui fait une remarque sexiste, tu peux le reprendre (11). Ta pote qui est en train de se dénigrer parce que toute sa vie, on lui a dit que je sais pas quoi, tu peux lui inverser ses croyances. En fait, faut être actif. Et c’est si on était tous actifs, eh bah là, on changerait les choses.

C’est des paroles à connotation sexuelle. Et souvent, pour faire passer la pilule (12), on présente ça comme une plaisanterie. Dans la mesure où effectivement, où dans la société on accepte quand même plus ou moins, en tout cas sans le… sans le sanctionner, ces… ce harcèlement verbal, tous ceux qui ont un sens moral peu développé, effectivement, eux sautent le pas (13). Pour eux, c’est une invite, le palier qui permet de passer à des affaires, à des choses beaucoup plus graves. Ce sexisme ordinaire effectivement, il faudrait que beaucoup plus d’hommes réagissent, les pères, les frères, tous les hommes, les sportifs, vous mêmes, vous devez être les acteurs de ce respect.

L’individu avait coincé cette jeune femme dans un coin. Elle était totalement tétanisée, crispée. Elle avait les larmes aux yeux. Nos regards, ils se sont croisés et je me suis imaginé un quart de seconde à la place de cette femme. Je pouvais pas la laisser seule avec cet individu qui était face à elle, en train de se toucher le sexe. Je me suis approché de cette fille et je lui ai dit : « Salut Sarah. Comment tu vas ? », tout simplement. Elle a compris que… qu’elle était pas seule et j’ai regardé l’individu. Il a vu que j’avais compris ce qu’il avait l’intention de faire et ça l’a fait fuir. Et à la prochaine station (14), il est descendu illico presto (15), et j’ai eu aucun contact physique et verbal avec l’individu, avec l’agresseur. On a tous des mères, des amies, des cousines. Si on agit plus, les agresseurs agiront moins.

Des explications
1. Place de Clichy : une place à Paris et le nom de la station de métro correspondante (dans le nord-ouest de la capitale)
2. une forte affluence : beaucoup de monde
3. en rentrant : en rentrant à la maison / en rentrant chez moi. En général, on se contente de dire en rentrant : Je l’appellerai en rentrant. = quand je serai à la maison
4. un usager / une usagère : quelqu’un qui prend le métro par exemple, qui utilise ce mode de transport, un service.
5. une incivilité : un mauvais comportement qui ne respecte pas la vie en société, en collectivité. Ce sont par exemple les nuisances sonores, le manque de respect, les dégradations de lieux, de matériel.
6. À tort : elles ont tort de penser que ça ne sert à rien de porter plainte, elles se trompent en pensant que c’est inutile.
7. Effectivement : on utilise cet adverbe pour approuver ce que vient de dire quelqu’un, ou pour répondre à une question posée. Par exemple :
– J’ai l’impression que c’est compliqué.
– Effectivement, c’est très compliqué.

8. Se faire emmerder : subir un harcèlement plus ou moins poussé de la part de quelqu’un. (dans n’importe lieu : dans la rue, les transports, au travail, etc.) (très familier)
9. à son échelle : chacun à son niveau peut changer les choses.
10. Ton pote, ta pote : ton ami(e) (familier)
11. reprendre quelqu’un : lui dire clairement qu’il a un comportement inacceptable ou des paroles incorrectes, impolies, déplacées.
12. Pour faire passer la pilule : pour faire accepter quelque chose qui est difficile à supporter. (expression familière)
13. sauter le pas : se décider à faire quelque chose après avoir hésité en général, même s’il y a un risque. Par exemple : Il ne voulait pas vivre à l’étranger. Mais il a finalement sauté le pas quand on lui a offert un travail passionnant.
14. À la prochaine station : normalement, on utilise cette expression si on est soi-même dans le métro, à la station juste avant. Ici, il faudrait dire : A la station suivante, puisqu’au moment où il parle, il n’est plus le métro.
15. illico presto : immédiatement, vite, sur le champ. Par exemple : Tu vas me ranger ta chambre illico presto !

Il y avait déjà eu une campagne en 2015 sur la sécurité des femmes dans les transports en commun, avec une vidéo qui simulait une ligne de métro. On y retrouve quelques-unes des phrases typiques utilisées par les harceleurs. Bien vu ! Et hélas, toujours d’actualité. Mais bon, on progresse !
Elle est ici.

Bonne journée!

C’est carrément le bagne !

En allant au cinéma la semaine dernière (voir le très bon BlackkKlansman de Spike Lee), nous avons vu la bande annonce de ce film qui dresse le tableau de la première année de médecine à l’université.

Année très sélective, qui demande un travail de fou, sans répit, sans vie sociale, comme la plupart des classes préparatoires. Donc ce n’est même pas une caricature ! Mais comme c’est un film, c’est quand même drôle apparemment. En tout cas, la bande annonce est parfaite pour donner le ton et le rythme. Et un modèle parfait de français oral !

Transcription

– C’est une année difficile. Pour ceux qui n’ont pas eu de mention au bac S (1), vos chances (2) sont de 2 %.
– Tu connais la différence entre un étudiant en médecine et un étudiant en prépa (3) ? Demande-leur d’apprendre le Bottin (4) par cœur : l’étudiant en prépa, il te demandera pourquoi. Et l’étudiant en médecine : pour quand.
– On commence le matin par une matière difficile, puis pause déj’ (5) : 40 minutes. Une matière facile l’après-midi jusqu’à 17 heures. Pause goûter (6): 20 minutes. On enchaîne (7) avec deux heures d’une matière difficile et le soir, on fait des annales (8) jusqu’à ce qu’on soit cuits (9). A ce rythme-là, c’est jouable (10). Tu en dis quoi ? (11)
– Vous avez quinze jours pour tout donner (12), quinze jours (13) pour tout revoir.
– 7CaO + H2O.
– Chut !
– Le mieux, c’est de faire des annales, franchement ! Faut qu’on devienne des machines à répondre aux questions, hein !
– Et la fac (14), ça va ?
– Phosphoglucomutase !
– Chut ! Non mais sérieux ! (15)
– Trois heures pour répondre à soixante-douze questions avec cinq réponses au choix, ça fait environ deux minutes par question. Donc à ce rythme-là, c’est impossible de réfléchir : soit on répond par réflexe reptilien, soit au hasard. Donc je pense que les meilleurs, enfin ceux qui deviendront médecins, se rapprochent plus du reptile que de l’être humain.
– Je veux être médecin.
– C’est ça qui le porte.
– Il a complètement pété un plomb. (16)
– Bah carrément !
– Ça fait une place en plus (17). Moi je pense c’est vrai.
– Tout seul, j’y arriverai pas. Mais avec toi,c’est jouable.
Tu as pris trop de retard. C’est mort ! (18)
– Vous pouvez prendre […]
– Attends, attends, attends, j’en peux plus (19), là, j’en ai marre (20). On fait une pause ?
– Ouais, carrément (21). Pause maths ?
– Allez ! Dérivées, stats (22), intégrales ?

Des explications
1. le bac S : c’est le baccalauréat scientifique, avec beaucoup de maths, de physique et de chimie, réputé le plus difficile. On peut avoir le bac avec une mention, qui dépend de la moyenne générale obtenue : Assez bien = à partir de 12 de moyenne générale. Mention Bien : à partir de 14. Mention Très bien : à partir de 16.
2. vos chances = vos chances de réussir
3. en prépa : en classe préparatoire à une grande école. Les grandes écoles sont des écoles où on entre sur concours, c’est-à-dire qu’il y a un nombre de places limité. Donc avoir de bonnes notes ne suffit pas, il faut être meilleur que les autres ! Il y a des prépas littéraires, des prépas scientifiques, des prépas aux écoles de commerce, qui préparent aux différents concours, en deux ans en général.
4. Le Bottin : c’est l’annuaire de tous les numéros de téléphone. Donc apprendre le bottin par cœur est mission impossible !
5. La pause déj’ : la pause déjeuner (à midi). On utilise souvent cette abréviation pour le petit déjeuner : le p’tit déj’ (familier)
6. le goûter : c’est normalement plutôt réservé aux enfants : ils prennent un goûter vers 16h30, quand ils sortent de l’école. (un gâteau, un petit pain au chocolat, un fruit, par exemple)
7. enchaîner avec quelque chose : dans l’organisation du temps, cela signifie qu’on passe directement d’une activité à une autre.
8. Les annales : ce sont des recueils de tous les sujets d’examen qui ont été donnés les années précédentes. Il y a des annales pour le bac, des annales pour les consours, etc. Cela permet de s’entraîner.
9. Être cuit : être épuisé, ne plus pouvoir continuer. On peut être cuit après une activité physique mais aussi après un travail épuisant par exemple, ou encore lorsqu’il fait très chaud. (familier)
10. C’est jouable : on a des chances de réussir, donc on peut essayer.
11. Tu en dis quoi ? : Qu’est-ce que tu en penses ? Cela te convient ? (familier)
12. tout donner : faire tous les efforts possibles, se donner à fond.
13. Quinze jours : nous utilisons très souvent cette expression (un peu bizarre si on compte!), qui correspond à 2 semaines.
14. La fac = l’université (familier, mais plus courant que « université » dans les conversations familières)
15. Non mais sérieux ! : cette expression exprime la désapprobation. C’est comme dire : Non mais ça va pas!, pour critiquer ce que fait ou dit quelqu’un. (Dans les bibliothèques universitaires, il est interdit de parler, pour ne pas gêner la concentration des autres.)
16. péter un plomb : devenir fou, ne plus se comporter normalement. On dit aussi : péter les plombs. (argot) Ou encore : disjoncter, pour rester dans le domaine de l’électricité !
17. une place en plus : parce que quand quelqu’un abandonne, cela fait un concurrent de moins.
18. C’est mort : c’est raté, c’est complètement impossible. (familier) Par exemple : Il est trop tard, on n’arrivera jamais à la gare à temps. C’est mort ! Avant, on disait plus souvent : c’est foutu.
19. J’en peux plus : je ne peux pas continuer, je suis trop fatigué. (familier)
20. j’en ai marre : j’en ai assez (familier). On en a marre de faire quelque chose ou on en a marre de quelqu’un.
21. Carrément : cet adverbe est de plus en plus employé seul (par les jeunes en général, pour approuver quelque chose ou exprimer son accord. (familier).
Son premier sens est différent : par exemple : Vas-y carrément = Fais ce que tu veux faire sans hésiter. / Dis-lui carrément ce que tu penses = Donne-lui ton opinion franchement.
22. Les stats : les statistiques. (familier)

Si vous voulez en savoir plus sur cette année terrible de PACES (Première année commune aux études de santé), que tentent beaucoup de jeunes Français pour devenir médecins, kinés, dentistes, pharmaciens, etc., vous pouvez en rire ici ou en pleurer là.

Bon weekend !

En cuisine

Un château du Moyen-Age, un très vieux pont en pierre, une rivière tranquille, un très beau village. Et un restaurant excellent où on est si bien accueilli. Voici Belcastel, dans l’Aveyron. Nous y avons dîné entre amis l’été dernier car c’est tout près de là où nous avons notre maison aveyronnaise. Nous y retournerons.
Pour vous faire une idée de ce que nous avons dégusté, vous pouvez aller sur le site du restaurant du Vieux Pont.

Mais vous allez aussi vous régaler en regardant l’émission de Julie Andrieu qui est passée à la télévison il y a quelques semaines et consacrée à la cuisine aveyronnaise. Ses émissions, les Carnets de Julie, sont bien agréables car elles mêlent cuisine et visite des régions de France, avec Julie donc, vraiment parfaite dans son rôle de guide et qui sait questionner les cuisiniers, les producteurs et tous les gens qu’elle rencontre et met à l’honneur. C’est vivant et vous entendrez un français absolument naturel, avec des accents différents selon les régions choisies. C’est comme si on accompagnait Julie Andrieu dans ses voyages. Tellement plus agréable que ces émissions de cuisine à la mode où cuisiner est mis en scène et scénarisé comme une compétition, un affrontement entre candidats. Je ne supporte pas!

Là, c’est comme si on partait avec une copine sympathique, à la découverte des belles et bonnes choses de la vie.

L’émission entière est ici.

J’en ai transcrit juste un petit passage qui me plaisait bien, parce que Nicole Fagegaltier y raconte son histoire. Accent aveyronnais pour dire ses débuts et son amour pour son village. Mais tout le reste était bien. (Je suis devenue un peu chauvine!)

Cet extrait commence à 5’20, dans la cuisine de Julie. Mais regardez dès le début quand même pour vous plonger dans l’ambiance ! Et continuez ! 🙂
(Si vous avez des questions sur d’autres passages, n’hésitez pas à me les poser bien sûr)

Voici juste le son, si ça vous rend service:
Nicole Fagegaltier

Transcription :
– Alors Nicole, raconte-moi, donc cet établissement (1), c’est un établissement familial ?
– Tout à fait. C’était ma maman donc qui avait le restaurant avant moi, même ma grand-mère encore avant.
– Ah oui, donc c’est trois générations.
– Oui, voilà, c’est ça. Mon père et mon grand-père avaient aussi la ferme. Donc j’ai grandi dans cet univers de bons produits, d’une bonne cuisine, voilà, où la convivialité (2) …
– Où il y avait les produits de la ferme qui alimentaient le restaurant ?
– Tout à fait. Voilà.
– Et la convivialité, tu disais ?
– Et la convivialité, parce que j’avais un papa qui avait vraiment le goût… le sens de l’accueil et qui aimait recevoir, et notre maison était toujours remplie et toujours ouverte à tout le monde.
– C’est toujours un peu le cas, hein. On a l’impression d’arriver chez quelqu’un quand on arrive chez toi, chez vous.
– Bah oui, c’est notre maison.
– C’est ça. Eh oui, parce que vous habitez à l’étage !
– Voilà, tout à fait. On reçoit chez nous.
– Eh oui !
– Par contre, j’ai besoin d’aide pour allumer le feu.
– Alors, ça, je peux faire. Attends. On allume celui-là ?
– Oui.
– On tourne.
– Parfait.
– Voilà.
– Donc je vais mettre un peu d’huile, faire… laisser chauffer.
– Oui, donc huile d’olive.
– Oui. Peu importe. Oui.
– Je te sens pas à cheval (3). Et tu t’es toujours destinée à la cuisine ?
– Disons qu’au départ, quand, à l’âge de 15-16 ans, quand il faut commencer à prendre une première voie, moi j’ai senti que j’avais envie de rester à Belcastel et donc j’ai dit je sais pas ce que ça va donner (4), mais je veux rester à Belcastel. Et donc j’ai choisi de rentrer à l’école hôtelière.
– D’accord.
– J’étais pas très forte en cuisine, même pas du tout !
– Ah bon !
– Les premiers mois ont été très laborieux, difficiles.
– Ah oui ? C’est vrai ?
– Mais bon, moi, mon souci, c’était de revenir dans mon village. Je savais que la cuisine m’amènerait à y revenir. Et donc c’est ce qui m’a…
– Oui, c’est ça. D’accord.
– … encouragée à rester à l’école hôtelière.
– Je comprends. Quel que soit finalement le moyen, tu voulais en tout cas vivre dans ce cadre (5).
– Voilà, tout à fait.
– Je peux mettre les légumes tout de suite ou il faut faire rissoler les os ?
– J’aurais préféré mettre les os à rissoler. Mais ça fait rien, c’est bon, c’est bon.
– C’est pas grave. Donc je mets pas tous les légumes dedans.
– Non mais là, c’est bien, déjà. Après, tu vois, il y a de la viande aussi comme tu disais.
– Ouais, c’est bien ! C’est bien.
– Bah disons que pour faire un bon jus quand même, il est important d’avoir les os et la viande.
– Alors, moi je te propose qu’on aille visiter ta région ensemble, cette belle région.
Bah c’est avec plaisir.
– Mais oui. Ce sera toi notre guide et voilà. Départ pour l’Aveyron.

– C’est là où je suis née et tous les jours, je suis émerveillée, suivant (6) la lumière, les moments de la journée, tout me plaît ici et je suis contente d’y être restée et d’avoir fait ce choix il y a bien longtemps.

Le château féodal du 9è siècle, autour duquel les maisons se sont construites, constitue l’âme du village. Abandonné par le dernier héritier au 16è siècle, il est tombé en ruine au fil du temps. Il faudra (7) attendre le 20è siècle pour que la citadelle reprenne vie.

– Il y a souvent de la sérénité qui se dégage d’ici hein, de la douceur. La rivière apporte beaucoup. Elle rythme la vie du village aussi. Ce que j’aime bien, c’est qu’ il suffit de se promener, puis on découvre toujours quelque chose à… qu’on peut… qu’on peut cueillir, ou les violettes ou les nombrils de Vénus pour mettre dans les salades. Délicieux ! De la mâche (8), c’est super bon ! Je peux pas m’empêcher quand je me promène, de penser à certaines recettes ou comment je pourrais améliorer tel plat. Voilà comment on construit des fois aussi une assiette. On va aller voir un de nos petits jardins, tout petits jardins. Bon, les herbes (9) sont encore un peu sous terre, mais bon, on a l’oseille quand même, le thym. Hum , ça sent bon, le thym ! Les plantes principales dont on a besoin en cuisine se situent dans ce jardin. Belcastel est comme ça : chacun a sa maison avec un petit bout de terrain, des tout petits jardins, tout petits.

Des explications :
1. un établissement : ici, il s’agit du restaurant de cette cuisinière, donc de son entreprise.
2. La convivialité: le sens de l’accueil.
3. Être à cheval sur quelque chose : estimer que quelque chose est très important et qu’on ne peut pas faire autrement. Par exemple : être à cheval sur la qualité des produits. / être à cheval sur la ponctualité = estimer qu’être ponctuel est essentiel et ne pas accepter que les gens soient en retard. Ici, elle veut dire qu’elle n’a pas l’impression que pour Nicole Fagegaltier, ce soit fondamental d’utiliser de l’huile d’olive.
4. Je ne sais pas ce que ça va donner : je ne sais pas quel sera le résultat.
5. ce cadre: cet environnement, ce lieu
6. suivant la lumière : selon la lumière, en fonction de la lumière
7. il faudra attendre… : il s’agit du futur que, bizarrement, on emploie souvent en français pour raconter des faits historiques ! (Cependant, beaucoup d’historiens critiquent cet usage du futur qu’on appelle futur historique.) En fait, il donne la sensation de l’enchaînement des événements.
8. la mâche : c’est une variété de salade
9. les herbes: il s’agit des herbes aromatiques, qu’on utilise pour parfumer les plats, comme le thym; la sarriette, le persil, etc.

L’été dernier à Belcastel

Un coup de coeur pour commencer l’année ensemble

Il paraît qu’on a jusqu’à la fin du mois de janvier pour présenter ses voeux ! Tant mieux car cela me permet de vous souhaiter une très bonne année 2018 alors qu’elle est déjà entamée. Je vous la souhaite harmonieuse et riche de belles relations avec vos proches, riche de profondes amitiés, riche de toutes ces belles découvertes qui remplissent la vie.

Voici donc aujourd’hui un premier coup de coeur à partager avec vous: Carré 35.
J’ai vu ce très beau film la semaine dernière, à Paris car je l’avais manqué lors de son bref passage à Marseille. Histoire vraie du réalisateur Eric Caravaca. Il filme au plus près ses parents qui ont fini par accepter de lui parler, ainsi qu’à son frère, d’une petite soeur née et disparue avant eux. Une autre histoire, comme une autre vie, dont il avait tout ignoré jusqu’à l’âge de quarante ans. Ce film est le récit de son enquête. Il résonne comme la réparation de l’injustice faite à cette petite fille enveloppée dans un silence dont on comprend peu à peu les raisons. Il est aussi le récit intime d’une histoire de famille qui a fait de lui ce qu’il est, un récit qui nous touche profondément parce qu’il raconte aussi une histoire de la France et de ses liens avec l’Algérie et le Maroc au temps de la colonisation puis de la décolonisation. Tout s’enchaîne avec une grande fluidité, entre dialogues, commentaires et silences sur des images personnelles et d’archives. Une histoire d’une profonde richesse, où tous les mots et toutes les images comptent.
(Petit conseil: ne regardez pas ou ne lisez pas trop de choses sur internet à propos de ce film avant de l’avoir vu. Laissez-vous porter là où Eric Caravaca nous emmène. Mais ensuite, il y a quelques belles interviews à regarder.)

La bande annonce est à regarder ici. Elle donne parfaitement le ton général du film.

Transcription
Fin des années 50 (1), mes parents se marient, à Casablanca. Sur ces images, je ne peux qu’observer les allures d’un homme et d’une femme auxquels doit arriver une grande douleur et qui ne le savent pas encore.
– On n’en a pas parlé beaucoup de cette enfant (2).
– Non, mais je… je…
– Moi, j’ai longtemps cru qu’on était quatre, deux… que deux enfants. […]
– Non.
– Elle parlait de qui ?
– De notre petite fille qui est décédée (3), à… toute jeune (4).
– C’est quand même (5) étrange de tout brûler. Quand on a un enfant, on garde toujours une photo.
– Oui. Mais pas… pas moi. J’aime pas aller en arrière. Qu’est-ce que tu veux faire avec une photo ? Pleurer ?
– Je vis, nous vivons avec un fantôme.
– Elle était mignonne comme tous (6) les belles petites filles et les beaux petits garçons. Ma fille.
L’enfant que j’étais n’osait pas questionner. Ma mère a voulu oublier son enfant, tout comme (7) elle a voulu oublier la terre d’Afrique du Nord, sans jamais plus (8) y revenir. Je sais peu de choses. Je sais que l’histoire se situe ici, à Casablanca.

Quelques détails
1. fin des années cinquante : on peut dire aussi bien sûr : à la fin des années 50. L’expression plus courte donne un côté reportage au récit.
2. Cette enfant : j’ai écrit cette au féminin car je sais qu’il est question d’une petite fille. Mais quand on entend juste ces deux mots, on ne peut pas savoir s’il s’agit de cet enfant (masculin) ou de cette enfant (féminin). La prononciation est exactement la même, puisqu’au masculin on est obligé d’utiliser cet pour faire la liaison.
3. Décédée : on emploie souvent ce mot pour ne pas employer le mot mort / morte qui paraît plus brutal.
4. Tout(e) jeune : ici, tout(e) est synonyme de très. C’est très fréquent comme emploi dans cette expression.
5. Quand même : ici, c’est synonyme de malgré tout. Le fils veut dire à sa mère qu’il a vraiment du mal à comprendre son attitude.
6. Tous : elle devrait bien sûr dire « toutes », en accordant avec le mot filles. Mais on entend bien « tous », sans doute parce qu’elle pense déjà à la suite, qui est au masculin (les petits garçons)
7. tout comme : exactement comme / de même que. Tout renforce la comparaison, accentue l’idée de similitude.
8. Sans jamais plus y revenir = en n’y retournant jamais plus. Cette tournure avec sans donne un côté encore plus fort et définitif à cette phrase.

Une belle interview ici, pour après !

Et une autre, plus courte, ici.

A bientôt !

Mariage incandescent

C’est l’hiver, il fait froid, les jours sont courts. Il y a même des gens qui perdent leur voix et ont beaucoup de mal à la retrouver. 😉
Alors dopons-nous un peu ! Vitamines mais aussi de quoi emmagasiner de l’énergie. Et cette énergie bénéfique, elle peut nous venir du 18è siècle, avec ce passage bien connu des Indes Galantes, qui me fait toujours le même effet depuis que mon institutrice nous l’avait fait découvrir. J’avais dix ans. Combinée à l’énergie de danseurs du 21è siècle, voici ce que ça donne dans une vidéo réalisée par Clément Cogitore, pour l’Opéra de Paris, présentée ainsi sur leur site:
« Clément Cogitore adapte une courte partie de ballet des « Indes galantes » de Jean-Philippe Rameau, avec le concours d’un groupe de danseurs de Krump, et de trois chorégraphes : Bintou Dembele, Grichka et Brahim Rachiki. Le Krump est une danse née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 90. Sa naissance résulte des émeutes et de la répression policière brutale qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King. »

Ce film de Clément Cogitore est à regarder ici.
Plein les yeux, plein les oreilles.

Et ensuite, il faut écouter ce qu’il dit de son travail. Passionnant.
L’entretien entier est à regarder en cliquant ici.


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Clément Cogitore – Les Indes Galantes – Extrait

J’ai transcrit cet entretien à partir de 5’35, et presque jusqu’à la fin. (Les sous-titres automatiques en français comportent pas mal d’erreurs.) La première partie est très intéressante aussi mais ça faisait un peu long et cette deuxième partie me parlait encore plus.

Transcription:
Moi, je pense que la création, de manière générale, l’art, ce qui m’intéresse, moi, dans toute forme de pratique artistique, c’est des mondes qui se rencontrent, hein, qui cohabitent, qui se confrontent, qui essayent (1) de vivre ensemble. Avec cette vidéo, c’est ce que j’ai essayé de faire, d’une certaine manière, c’est-à-dire de travailler avec ces danseurs, sur cette scène-là* à laquelle eux (2) sont pas habitués, et sur cette musique à laquelle ils sont pas habitués, et inversement, voilà, cette musique-là est pas habituée non plus à accueillir ces danseurs-là, c’est-à-dire que tout d’un coup, de créer un court-circuit (3) entre des mondes qui se rencontrent pas. Et que forcément, ça change, ça modifie les paramètres. C’est dans ces rencontres-là que je cherche l’émotion.
En imaginant ça d’abord, je m’étais dit : Voilà, il faut le faire sur ces parkings ou ces endroits où d’habitude, cette danse-là se fait puisque elle a vocation (4)… enfin, elle cherche souvent à rester clandestine en fait, à pas exister sur les gros… sur les grosses scènes hip-hop par exemple, se détacher de… parce que le hip hop est devenu un peu mainstream (5) pour les danseurs de krump, donc ils cherchent à échapper à ça, pour avoir une danse plus radicale, qui soit moins un spectacle, mais plus quelque chose de… ouais, de confidentiel (6). Et en fait, en commençant à réfléchir à ça, je me suis dit : c’est trop dommage, en fait, on a les clés de l’Opéra, on a cette scène, il faut leur donner en fait. Et ça, ça a tout changé parce que du coup, ça a donné une… Je pense ça a donné une énergie à tout le monde, moi y compris, c’est-à-dire que tout d’un coup, cette scène, elle a une valeur symbolique qui est énorme – c’est une des plus grandes scènes du monde – et c’est comme si elle… il y avait une énergie qui irriguait (7) de la scène chez les danseurs en fait. Entre les répétitions et le moment où ils se sont mis à danser sur la scène de Bastille, ça avait plus rien à voir (8), quoi. Tout d’un coup, les choses prenaient une envergure, une dimension et je pense que le lieu, l’aura du lieu fait énormément pour ça. Et ça, symboliquement, c’était très fort pour moi, pour les danseurs et les chorégraphes de se dire : c’est le krump qui monte sur la scène de l’Opéra-Bastille. C’est une pièce qui est plus ou moins perscussive suivant les interprétations, mais là, j’ai fait travailler des compositeurs pour ajouter une base de percussions un peu plus forte, pour que les danseurs soient pas complètement perdus, parce que c’est dans les codes du krump de réagir vaiment au rythme, à la percussion. Et donc en gros (9), le travail, c’était plutôt de retenir les danseurs qui allaient en fait très vite trop loin, qui dépassaient trop vite la musique, pour pas qu’il y ait trop de décalage entre les deux, c’est-à-dire de les retenir pour que petit à petit (10), ça monte et que ça… voilà, que ça devienne incandescent. Parce que pour moi, les Indes Galantes, c’est l’histoire de jeunes gens qui dansent au-dessus d’un volcan, quoi. Un volcan qui est.. qui en fait est écrit dans le livret de l’Opéra et qui je pense, en 1735, au moment de la création, était une sorte de volcan factice ou inoffensif et qui, quand on relit la pièce trois siècles plus tard, c’est un volcan qui est beaucoup plus actif, quoi, beaucoup plus… qui est au bord de l’explosion, quoi. Et évidemment, cette explosion-là, elle est d’une certaine manière politique, elle raconte des interactions entre des hommes et des femmes des quatre coins du monde qui, avec l’histoire, sont devenues de plus en plus conflictuelles. Et ça raconte d’une certaine manière la naissance d’un malentendu entre l’homme occidental et le reste du monde. Je pense et j’espère que la musique, que la scène, que l’art d’une manière générale, est une manière d’aider à comprendre ces malentendus en fait, ou à les dépasser. Même si c’est un tout petit film très court, on envoie dans le monde, on sait pas du tout comment il va vivre, comment il va être reçu ou pas, mais en tout cas, moi en le faisant, il y a quelque chose d’assez addictif, c’est-à-dire que même quand on montait (11) et qu’on le voyait beaucoup, je me lasse jamais (12) de le revoir, parce que les danseurs m’hypnotisent en fait. Et j’espère que ça provoquera ça aussi chez le spectateur, qu’il découvrira une espèce de… de se dire : j’ai envie de le revoir. Et j’espère aussi que malgré sa durée, qu’ il y ait quelque chose de libérateur en fait, et qui vient de la danse et de la musique, comme si ça chassait des tensions en fait. Et le krump, c’est ça, c’est aussi une manière d’évacuer les tensions. Et j’ai l’impression que c’est tellement contagieux que même dans six minutes de vidéo, les danseurs arrivent, ça, non seulement… à le faire non seulement pour eux-mêmes, pour la caméra mais pour celui qui les regarde. Et moi, je l’ai ressenti vraiment fortement au tournage (13), c’est-à-dire qu’il y a quelque chose de profondément libérateur quand on est dans cette danse-là, qu’elle évacue, elle chasse complètement les tensions, intellectuelles, psychiques, physiques. Il y a quelque chose de libérateur, et bah j’aimerais que le spectateur se… en regardant cette vidéo, ait cette sensation-là, que le spectacle aspire des nœuds, quoi, des tensions, allez pfff… les chasse comme ça.

Des explications :
1. qui essayent = qui essaient. Les deux formes sont équivalentes.
2. À laquelle eux ne sont pas habitués : on pourrait bien sûr dire : à laquelle ils ne sont pas habitués. Eux reprend « ces danseurs-là », en les mettant ainsi davantage en valeur.
3. Un court-circuit : c’est le phénomène électrique qui se produit quand deux fils électriques sont mis en contact, ce qui conduit à une trop forte augmentation de l’intensité du courant.
4. Elle a vocation à + infinitif : elle est faite pour quelque chose de bien particulier, c’est son rôle, son objectif. On l’emploie aussi très souvent à la forme négative :
Cette association n’a pas vocation à aider les enfants.
Cette école n’a pas vocation à former des techniciens.
5. Mainstream : anglicisme qui est passé en français, mais seulement dans certains milieux, à propos d’art, d’idées, de courant de pensée en général. Quand des idées deviennent mainstream, cela signifie qu’elles sont moins radicales, plus acceptées qu’avant et donc désormais adoptées, appréciées par une majorité de gens.
6. Confidentiel : ici, cet adjectif a son sens figuré de réservé à un petit groupe de personnes, connu par une petite minorité de gens. (qui sont en quelque sorte dans la confidence, c’est-à-dire qui savent que c’est bien.)
7. irriguer : ce qu’il dit n’est pas prononcé très clairement. On dirait qu’il y a téléscopage dans sa tête entre le verbe irriguer (amener de l’eau sur un territoire) et le verbe irradier. (resplendir de lumière, etc.)
8. ça n’avait plus rien à voir : ça avait complètement changé, au point qu’on ne reconnaissait plus ce qui avait été fait avant. C’était devenu totalement différent.
9. En gros : sans entrer dans les détails / pour résumer
10. Petit à petit = peu à peu. Pas de différence d’emploi entre les deux. On prononce souvent juste : p’tit à p’tit, en mangeant les syllabes et en faisant bien la liaison entre petit et à.
11. Quand on montait : quand on faisait le montage des images, du son, etc. pour un film, une vidéo. (Avant, il y a le tournage.)
12. Je ne me lasse pas de (faire quelque chose) : mon intérêt pour cette activité est toujours aussi grand qu’au début et je referai cette activité plus tard, sans lassitude.
13. Au tournage : pendant le tournage, pendant qu’on tournait le film / la vidéo.

Un peu plus de français : Cette musique-là, cette danse-là, cette vidéo-là, ou le problème des démonstratifs composés.
Je me suis rendu compte que ce n’était peut-être pas très simple ! Voici quelques pistes pour vous aider à savoir ce qui se dit et dans quel contexte :

– On peut bien sûr dire simplement : cette musique, cette danse, cette vidéo, avec juste un adjectif démonstratif. La nuance est infime. Rajouter met un peu plus en valeur ce dont on parle : c’est cette musique-là, pas une autre.
– ça marche aussi avec des noms masculins et des noms au pluriel : ce chorégraphe-là, ce cinéaste-là, ces danseurs-là.

Dans les expressions de temps, le sens de la phrase varie si on met , si on ne le met pas, si on met -ci:
ce jour-là : on ne peut jamais dire juste ce jour quand on évoque un jour dans le passé, ou dans le futur:
Je me souviens bien de ce que je faisais ce jour-là. (passé).
Je viens le 30. On se verra ce jour-là si tu veux. (avenir)
cette année-là. Si on dit juste cette année, il s’agit de l’année en cours, alors que cette année-là renvoie toujours au passé. C’est la même chose pour cette semaine-là et cette semaine.
Cette année-là, il a fait très chaud en été. Je m’en souviens très bien.C’était l’année de mes 16 ans.
Cette année, il a fait très chaud en août. (On est encore dans l’année en question.)
ce mois-là ne me semble pas aussi fréquent mais existe. Mais pour parler du mois en cours ou qui vient juste de commencer, on dit toujours : ce mois-ci.
Il a décidé de remettre au sport ce mois-ci.
cette fois-là : on évoque le passé. Cette fois-ci ou Cette fois : on évoque le présent ou un futur tout proche.
Tu te souviens, on avait eu un peu peur cette fois-là.
Bon, cette fois-ci, je vais faire attention.
Cette fois, je crois qu’on tient la solution.

A bientôt !
Et mettons de la beauté, de la générosité et de la gentillesse dans nos vies.

C’est pas beau de mentir !

Grâce à une question de Svetlana qui « m’accompagne » sur ce blog depuis longtemps maintenant, j’ai découvert une émission humoristique où les enfants sont amenés à mentir ! Et à dire des gros mots. Cela donne des échanges plutôt drôles, avec des surprises. Et c’est bien d’écouter parler ces petits ! Certains réagissent avec beaucoup d’humour et répondent du tac au tac, avec un naturel désarmant. D’autres prennent les choses très au sérieux et trouvent injuste qu’on les accuse de mentir. (Cela met parfois un peu mal à l’aise, je trouve.)
J’ai regardé plusieurs de ces petites vidéos. Il y a l’embarras du choix ! Voici donc Louna, parce qu’elle fait des réponses un peu loufoques, parce qu’elle « trahit » sa maman qui est donc démasquée et parce qu’elle sait déjà la valeur des mots.
(J’ai repéré un ou deux autres épisodes, que je commenterai dans un autre billet. On a beaucoup à apprendre de ces petits !)

La vidéo est à regarder ici.

Voici aussi juste le son, mais c’est mieux de regarder les mimiques de chacun!
Détecteur de mensonges – Louna

Transcription :
– Bonjour mademoiselle.
– Bonjour.
– Ça va ?
– Hmm/
– Oui ? Comment t’appelles-tu ?
– Je m’appelle Louna.
– Je m’appelle Détective Benoît. Je te présente la Fée de la Vérité. Ça va ? Tu es contente d’être avec nous, Louna ?
– Oui.
– Alors, regarde, il y a un joli casque. Hop (1), sur la tête. En fait, à chaque fois que tu vas dire quelque chose, si tu dis quelque chose qui est pas vrai, il sonne. Est-ce que tu as un amoureux ?
– Non, je…
(sonnerie)
– Houp houp houp… (2)
– Tu as un amoureux ? (3)
– Oui.
– Ah ! Alors, comment il s’appelle, ton amoureux ?
– Il s’appelle Fernando.
– Ah !
– Et est-ce que tu vas te marier avec Fernando ?
– Oui, mais il peut pas.
– Mais tu vas te marier quand ?
– A 10 heures. (4)
– A dix heures ?
– Hmm.
– Et il est grand, ton amoureux, ou il est petit ?
– Il est grand et petit.
– Il mesure combien ?
– Il peut pas attraper des ballons.
– Il peut pas attraper des ballons ?
– Oui.
– Et quand il est grand, il mesure combien ?
– J’en sais rien. Il…
– Un mètre ? Deux mètres ?
– De quelle heure ? (5)
– Hein ? Ah, de quelle heure ?
– Oui.
– Eh bah dix mètres de huit heures. (6)
– Bah moi, j’aime bien manger des saucisses avec des légumes.
– Bah moi aussi, je trouve ça normal, surtout à huit heures moins dix mètres. Et c’est un légume, la saucisse ?
– Non. C’est…
(sonnerie)
– Ça pousse dans les arbres, les saucisses ?
– … Oui.
– Oui ? Comment ça s’appelle, l’arbre à saucisses ?
– Saucissier. (7)
– Un saucissier ?
– Oui. Et il y en a beaucoup dans le… dans ton jardin, des saucissiers ?
– Oui.
– Ça doit être très joli, un saucissier, non ?
– Oui.
– Et toi, parfois, tu dis des gros mots ? (8)
– Non, je dis : Punaise. (9)
(sonnerie)
– Tu dis des gros mots ?
– Non !
(sonnerie)
– Oh !
– C’est quoi le pire des gros mots ?
– Bah… C’est : Ta gueule ! (10)
– Ah, c’est pas mal !
– Oui, ta gueule, maman, elle dit ça.
– Ah, elle dit ça à qui ?
– Bah, aux monsieurs quand on est dans la voiture. Pour aller à l’école. Elle dit : Ta gueule !
– Et elle dit quoi encore ?
– Bah, elle dit : Je vais t’arracher les yeux, tête du cul ! (11)
– Ah ouais ! Et c’est bien de dire ça ?
– Non.
– Non ? Et tu lui as dit à maman que c’était pas bien de dire ça ?
– Euh… N[…] Oui.
– Oui ? Et qu’est-ce qu’elle dit ?
– Elle dit : Je vais t’arracher les yeux.
– Ah ouais ! D’accord. Elle aime bien arracher les yeux, ta maman.
– Bah oui.
– Est-ce que tu sais chanter des chansons ?
– Oui.
– Ouah !
– Tu veux bien me chanter une chanson, s’il te plaît ? Vas-y.
– Elle s’appelle : (?) (Elle chante)
– Bravo !
– Et c’est en français ou en anglais ?
– C’est en anglais.
– Et tu sais parler l’anglais ?
– Euh oui.
– C’est génial ! (12)
– Ça, c’est en anglais.
– Ça, c’est en anglais. Bah écoute, moi, je trouve que tu chantes très, très bien.
– Oui.
– Tu voudrais pas être chanteuse quand tu seras grande…
– Non, je voudrais être une star.
– Comme qui par exemple ?
– Bah, comme Les Winks / les Wings. (?)
– Comme les Wings.
– Oui.
– Bah évidemment. Bon, est-ce que tu t’es bien amusée avec nous ?
– Oui.
– Est-ce que tu penses que cette machine, c’est une vraie machine ou que c’est une machine qui est faite pour te faire dire des bêtises ?
– Bah c’est une bien. (13)
– D’accord. Merci beaucoup, mademoiselle. Au revoir. Tu viens me faire un bisou (15) quand même !

Quelques détails :
1. Hop : c’est une onomatopée, qui sert dans différentes situations. Ici, elle sert à accompagner un geste. (quand il met la passoire-casque sur la tête de Louna).
2. Houp houp houp : autre onomatopée, qui permet ici de « critiquer » la réponse de la petite fille. Cela signifie en quelque sorte : Attends, il y a un petit problème…
3. Un amoureux / une amoureuse : c’est souvent le nom employé entre les petits à propos des relations plus fortes qu’avec de simples amis, sous l’influence des adultes. Chez les petits, on entend aussi le nom : fiancé(e): Tu as un fiancé ?
4. A 10 heures : réponse plutôt surprenante évidemment ! Elle veut peut-être faire allusion à l’heure de la récréation du matin à l’école, pendant laquelle toutes ces histoires entre enfants se jouent. C’est mon interprétation !
5. De quelle heure : cette question est totalement inattendue ! Je ne sais vraiment pas ce que Louna veut dire.
6. Dix mètres : comme il est lui aussi un peu perdu pour suivre la logique de cet échange, il enchaîne de façon aussi peu rationnelle !
7. Un saucissier : pour inventer ce mot, elle a tout compris de la façon dont sont formés les vrais noms d’arbres. (Un prunier, un pommier, un poirier, un figuier, etc.)
8. un gros mot : un mot très impoli, vulgaire, ou une insulte.
9. Punaise : elle a tout compris aussi sur les niveaux de langue! Punaise est la façon plus polie de dire Putain, qu’on emploie pour réagir à une situation. (pour exprimer sa surprise, sa colère, sa déception, etc.) Il y a une sorte d’auto-censure car Putain est grossier, même si certains l’emploient très souvent.
10. Ta gueule ! : elle a raison, c’est une insulte vulgaire et agressive.
11. Tête de cul : je pense que c’est plutôt Tête de con, mais que Louna entend ça.
12. C’est génial = c’est super.
13. C’est une bien : cette phrase n’est pas correcte, mais elle veut dire que c’est une machine qui marche bien, une vraie machine.
14. Un bisou : c’est le mot plus familier synonyme de une bise. Les enfants l’emploient beaucoup parce qu’on l’emploie en général avec eux. Et ensuite, adulte, on l’emploie avec les amis proches, la famille.

A la fin d’un message, d’un mail : Bise(s) / Bisou(s) Bref rappel sur les nuances.
– Avec quelqu’un que vous connaissez plutôt bien, y compris un ou une collègue, on peut terminer un message, un mail par : Bise(s). Cela repose sur le fait qu’en France, on se fait assez facilement la bise pour se dire bonjour ou au revoir.
– Si vous ajoutez Grosse(s) bises, ça devient réservé à vos proches, à la famille.
– Bisous est plus familier, donc utilisé avec les amis proches et la famille. (Mais j’ai une collègue qui l’emploie avec certains d’entre nous.)
– Gros bisou(s): familier et affectueux, donc réservé à vos très proches.

Avec les gens que vous n’embrassez pas dans la vie, il faut utiliser autre chose bien sûr. Aujourd’hui, on lit beaucoup dans les mails:
Cordialement
– Bien cordialement.

Histoire personnelle: j’ai aussi choisi cette vidéo pour ce qu’elle dit de nos comportements au volant !
Vous ai-je déjà raconté l’histoire de mon plus jeune fils et des gros mots quand il jouait avec ses petites voitures ? Je ne sais plus ! Il faut que je vérifie avant de radoter !

Je vous laisse pour aujourd’hui.
A venir, pour d’autres partages avec vous :
– de la danse encore.
– deux BD
– deux ou trois livres que j’ai vraiment aimés
– des publicités
– du cinéma
– le féminin et le masculin
– le familier et le « normal », etc.
Du pain sur la planche donc ! A bientôt.

Des lacunes en légumes

Un peu d’humour, avec cette publicité pour une chaîne de supermarchés. (qui comme tous les vendeurs ne perd pas une occasion de tirer parti des tendances de notre société.)
En même temps, on voit qu’il y a un peu de travail à faire pour revenir à une alimentation moins industrielle ! Et que ça commence petit.
Et que c’est bien gentil de parler d’alimentation saine, si on continue à produire et vendre de la m*** et à servir ça dans la plupart des cantines de nos enfants !

Cette publicité est ici. (Avec un peu de chance, il n’y a pas de pub avant !)

Transcription
Eléphant.
Eléphant.
Et ça, qu’est-ce que c’est ?
Un crocrodile*. (1)
Un ninoré… Un ninocéros*. (2)
Et est-ce que vous connaissez ça ? Vous avez pas d’idées ?
Une asperge.
Non, un artichaut.
Ça peut être des oignons.
Ah ! Ça sent l’ail !
On le trouve où, ça ?
Dans les magasins.
Ça peut pousser où ?
Dans les arbres.
Et ça, c’est un concombre. Et ça, c’est un concombre.
Courgette.
Concombre.
Bah sinon, ça c’est grand, le concombre, et celui-là, il est petit.
Courgette ! C’est une courgette, voyons !
Bah oui, c’est un chou-fleur. J’ai envie de manger.
C’est un chou-fleur, ça ?
Oh mais… Oh mais c’est pas cuit.
Une asperge. Non.
Bah une asperge, c’est pas comme ça.
Vous connaissez les patates douces ?
Bah oui, c’est des patates. Douces. Ça, c’est pas doux, hein !
Ça, c’est quoi ?
C’est des frites.
C’est des frites ?
Ouais.
C’est du céleri.
Mais non !
Pour faire les frites, c’est avec de la patate (3) !
Ah, touche ! Ça, c’est une patate douce.
C’est de l’oignon.
C’est une courgette.
Ah, du poireau.
Je sais vraiment pas. Mais c’est très beau.
C’est un panais. Vous avez déjà entendu parler du panais ?
Non.
Jamais ?
A part le poisson pané. (4)

Quelques détails :
1. un crocrodile : beaucoup d’enfants ont du mal à dire un crocodile !
2. Un ninocéros : je n’avais jamais entendu ça pour dire un rhinocéros ! Très mignon.
3. Une patate : c’est l’autre mot qu’on emploie pour les pommes de terre. (un peu plus familier)
4. un panais / pané : il y a encore beaucoup de gens, sans parler des enfants, qui ne connaissent pas les panais. C’est redevenu à la mode assez récemment en fait. Evidemment, ce petit garçon rapporte ce mot à son expérience : il a mangé plus de poisson pané que de panais ! Mais dans beaucoup de régions, on ne prononce pas ces deux mots de la même façon. Le son « ai » n’est pas comme le « é » en fin de mot, sauf pour les gens du sud par exemple.

Ils sont marrants, ces petits ! Et pleins de fraîcheur.
Il faudrait juste qu’ils aillent plus souvent faire le marché avec leurs parents ou jardiner !

A propos du rôle des parents justement, il faut regarder la petite vidéo de Camille Lellouche, humoriste ! Je suis tombée dessus par hasard aujourd’hui. Heureuse coïncidence !
.
C’est ici. Elle prend tous les rôles et c’est plus vrai que nature !

Transcription:
Ils ont fait une pub, tu sais, avec les gosses (1) qui doivent deviner différents légumes. Et donc tu as quelqu’un qui leur montre, tu vois, des courgettes, du céleri, etc. Et les mômes (1), ils connaissent rien, quoi ! Ils sont débiles (2) ! Vraiment, c’est des tebes (3) ! Mais la faute à qui ?
Toi, tu es parent. Tu regardes le casting, tu dis : « Alors on cherche abruti (4) qui connaît pas les légumes à 12 ans. » C’est bon, c’est mon fils !
Ça veut dire que toi, en tant que parent, tu sais que ton fils ne connaît pas les légumes. A cause de toi. Bah tu es un peu con, con (5), hein ! Ouais. C’est horrible, tu sais que ton fils est bête. Genre (6) dès que tu arrives, tu vois le directeur du casting : « Alors, il est vraiment stupide, mon fils ! Si il connaît les courgettes ? Ah non, il croit que c’est du chou-fleur. J’ai tout inversé… tout inversé à la naissance. Ouais ouais, c’est… il est complètement tebe, ouais. »
Pauvres enfants ! Il y a des parents, au niveau de la têtasse (7), vous êtes un peu… un peu cucul (8). Ouais. Je suis complètement dépitée (9). Merde, le môme, à un an, deux ans, fais-lui goûter, là ! Fais-lui des purées ! Normalement, à trois, quatre ans, le môme, si tu lui as montré un peu les légumes, tu vois, un peu le marché, les trucs, bah il reconnaît, quoi ! Pauvre gosse !
Je lui fais manger que de la merde (10), hein : Moi, c’est frites, patates ou rien, hein ! Et tout surgelé, congelé, ouais. Si je sais ce que c’est une courgette ? Ah non ! Non, non. C’est un féculent ?

Quelques explications :
1. les gosses / les mômes : les enfants. Môme est un peu plus familier que gosse.
2. débile : idiot, stupide. Traiter quelqu’un de débile est une insulte.
3. Tebé : c’est du verlan, c’est-à-dire les mots dits à l’envers. Ici, c’est donc le mot : bête, synonyme de débile, idiot, stupide.
4. Abruti : un abruti est quelqu’un qui est complètement stupide. C’est une insulte.
5. Con : stupide, idiot. Terme vulgaire.
6. Genre : on emploie ce mot pour donner un exemple de situation. (familier)
7. la têtasse : la tête. Ce mot n’existe pas, mais le fait de rajouter -asse au bout donne un côté péjoratif. Elle veut dire qu’ils n’ont pas de tête, pas d’intelligence.
8. Cucul : pas très intelligent. (familier) C’est comme dire : « con con » en fait, mais en moins vulgaire. A propos de « con con », le fait de répéter ce mot l’adoucit un tout petit peu. C’est un peu moins brutal de dire : Il est con con, que de dire : Il est con. On fait un peu la même chose avec : Il est bête et Il est bebête (un peu moins méchant).
9. Dépité : abattu, très déçu
10. de la merde : des choses pas bonnes du tout (vulgaire)

Le sens de la répartie

Une comédie, avec pour cadre un mariage et ses préparatifs. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu et apparemment – je ne l’ai pas vu – c’est un tourbillon mené tambour battant. En tout cas, la bande annonce va vite ! Voici Le Sens de la fête, pour commencer la semaine avec légèreté !
Et avec Jean-Pierre Bacri, ce qui ne se refuse pas.

Voici la bande annonce en cliquant ici.

Transcription
– Je vous le redis, là, une bonne fois pour toutes (1), on est dans un château du 17è siècle. Donc on est forcément limité en puissance électrique. A l’époque, ils avaient pas prévu les ponts de lumières et les sonos de 4 000 W. Bon, donc on ne tire pas tous ensemble sur les lignes. On se coordonne, on échange, hein, on partage. Bon, puis pour finir, j’aimerais bien qu’on évite les tensions.
– Tu es bouché (2) ou quoi ! Tu es dans le passage (3) ! Tu vois bien que tu gênes !
– On garde son calme.
– Mais toi, tu vas me regarder ! Mais vas-y, viens, mais je t’attends !
– Ça te va pas d’être vulgaire.
– Eh, me casse pas les couilles ! (4)
– Votre comportement, votre politesse, c’est la vitrine de la réception.
– Non, non, je veux personne dans le champ (5) . Regarde, il y a une vieille dans le champ.
– La vieille, c’est ma mère, hein.
– Je vous ai dit que je voulais un truc sobre, chic et élégant.
– Oui, c’est complètement l’esprit. (6)
– Ce soir, c’est une soirée agréable qui nous attend, une soirée chic et sobre, et hop, et hop ! Aouh !
– Il me fait peur (7), lui , là !
– Je veux voir toutes les mains en l’air. Tout le monde, les mains en l’air ! Everybody !
– Dis-moi…
– Je peux vous faire apparaître un truc énorme. Alors, c’est pas un oiseau, mais c’est de la famille des volatiles (8). Attention, trois, deux, un… Un poulet (9) !
– On a un client important qui nous a fait confiance, hein, pour qu’on lui organise un mariage clé en mains.
– Je vais vous préciser quand même que je suis pas un grand orateur.
– Eh bah, ferme ta gueule (10), alors ! Ça sera plus simple.
– Donc je compte sur vous pour que ce soit particulièrement… on fasse une belle soirée.
– Excuse-moi, tu prends le plateau, là, faut que j’aille dans la cuisine.
– Comment ?
– Ah, pardon !
– Samy, tu es sûr de toi, là, pour les feux d’artifice ?
– Qu’est-ce que je vous ai dit ? J’ai dit on se coordonne. Il y a personne qui comprend que je joue ma vie, moi ? A chaque soirée, je joue ma vie !
– Quel moment magnifique !
– Les gars, là, ce soir, qui n’est pas déclaré (11) ?
– Ne levez pas la main comme ça. Levez la main juste comme ça. Voilà, le maximum.
Ah oui, quand même… (12)

Quelques explications :
1. une bonne fois pour toutes : cette expression indique que c’est la dernière fois, qu’on ne veut pas avoir à redire ou demander quelque chose par exemple. Par exemple : Une bonne fois pour toutes, tu peux arriver à l’heure ? / Je lui ai expliqué une bonne fois pour toutes ce qu’il doit faire. J’espère qu’il a compris.
2. Tu es bouché : tu es stupide, tu ne comprends rien. (familier)
3. être dans le passage : être là où les gens passent, donc gêner. Il faut donc se pousser pour laisser passer les gens.
4. Ne me casse pas les couilles ! : Ne m’énerve pas. (vulgaire) La version plus « polie », mais familière quand même = Ne me casse pas les pieds.
5. Dans le champ : dans le champ de l’appareil photo, dans ce que cadre l’objectif de l’appareil photo.
6. C’est dans l’esprit : cela signifie que cela correspond à ce qui est attendu, à l’atmosphère qui est souhaitée par le marié.
7. Il me fait peur, lui ! : Il m’inquiète. Le marié n’a pas confiance du tout !
8. Un volatile : un oiseau.
9. Un poulet : en argot, c’est un policier, d’où le jeu de mots.
10. Ferme ta gueule : Tais-toi. (vulgaire et donc agressif)
11. ne pas être déclaré : une personne non déclarée travaille au noir.
12. Ah oui, quand même : il se rend compte que finalement, beaucoup travaillent au noir. C’est ce qu’on dit quand on comprend que quelque chose dépasse vraiment ce à quoi on s’attendait. (avec l’idée que c’est négatif, excessif, pas dans la norme, etc.)

Et un autre extrait
Cliquez ici pour regarder.

Transcription :
– Là, il nous manque un serveur.
– Bah, c’est ce que je me suis dit. Donc j’ai appelé quelqu’un pour le remplacer.
– Bon, mais dis-moi quand il est là, que je le vois (1).
– Surtout, tu te démontes pas (2), d’accord ? Parce que j’ai dit que tu avais de l’expérience, OK ?
– Vous savez découper une sole, un loup ?
– Un loup ?
– Bah un turbot.
– J’ai des notions de mécanique mais…
– […] tu connais rien, tu sais même pas que le turbot, c’est du poisson !
– Ah ouais. Parce que je me disais, quel rapport avec serveur ?
– Bah, c’est comme la sole et le loup, c’est un poisson.
– Le loup, c’est un poisson ?
– Faut aller chercher les chèvres (3) dans le camion.
– Il y a des chèvres dans le camion ?
– Ah, va me chercher des flûtes. (4)
– Des flûtes ?
– Tu fais quoi, là ?
– Il y a que ça comme flûtes ?
– Tu viens avec moi ?
– Non mais souvent, on a des problèmes, on les comprend pas, vos textos  (5)!
– Bah pas du tout, je suis pas…
– Tenez, regardez, si vous voulez.
– Pourquoi il (6) a écrit ça ?
– Bah l’autre jour, vous m’avez envoyé : Merci Seb (7) pour ton gentil massage (8).
– Tu vois, c’est… Voilà, c’est ce putain (9) de correcteur !
– En plus, je trouve pas les ponctuations (10). Je me retrouve avec des… des trucs débiles (11), là, ces ronds jaunes, qui tirent la langue, avec des lunettes de soleil.
C’est des smileys, ça.
Ouais, voilà, les… ça, là, oui.
Dès que la surprise du marié est terminée, on envoie. D’ailleurs, garde un peu ton portable à la main. Comme ça, moi je t’appelle et je te dis Go.
Ou juste un texto, hein.
– Non !
– C’est trop risqué.
– Eh oui, voilà, bien sûr, bien sûr, d’accord.
– Vous aviez reçu mon texto ?
– Ah oui, mais je vous avais répondu d’ailleurs.
– Oui, vous m’avez écrit : Dès que vous arrivez, vous me demandez, et puis je viendrai vous lécher (12) tout de suite.
– Non !
– Si !
– Oh, putain, quelle catastrophe ! Ça, c’est mon correcteur.
– Ah, c’est ce que j’ai pensé, comme on se connaît pas bien…
– Mais non, on se connaît pas bien.

Quelques explications :
1. que je le vois : pour que je le vois. (tournure orale)
2. se démonter : se laisser perturber par quelque chose et donc ne plus savoir quoi dire ou faire. (familier)
3. un chèvre : un fromage de chèvre. ( Ne pas confondre avec l’animal : une chèvre)
4. une flûte : un verre dans lequel on boit le champagne.
5. Un texto : un SMS.
6. Il : son téléphone
7. Seb : diminutif de Sébastien
8. massage : il voulait bien sûr taper message.
9. Ce putain de correcteur : très familier, voire vulgaire.
10. Les ponctuations : on dit plutôt : les signes de ponctuation ( les points, les virgules, les points d’interrogation, etc.)
11. débile : idiot, complètement stupide
12. lécher : il voulait taper le verbe chercher. (Humour léger !)

Jean-Pierre Bacri encore, dans un autre film dont j’avais parlé, ici et dans un autre billet ici.

Le paradis à pied

Encore une fois, j’ai regardé un documentaire de façon imprévue. Ce n’est presque jamais moi qui allume la télé mais le hasard fait bien les choses et je découvre des émissions ou des films auxquels en général, je ne m’attendais pas.

Trois ingrédients m’ont fait le regarder jusqu’à la fin :
– Tahiti, mais pas sur les plages.
– Des marcheurs, heureux d’être dans cette nature magnifique qui est leur terre.
– Et leur accent tahitien, qui ralentit la cadence des phrases et adoucit tous les R. Ecoutez leurs R !

Et j’ai pensé au commentaire laissé à la suite de mon billet précédent par Elena à propos de son accent. Finalement, je me demande où est la frontière entre ce que j’avais appelé un accent étranger et tous les autres accents français si variés !

Ce documentaire est à regarder pendant encore deux ou trois jours. Cliquez ici.

Faites vite si vous voulez (et pouvez) le voir !

On y découvre Tahiti autrement. Avec des oranges perchées dans la montagne !
C’était beau.

* Mise à jour : Merci à Meelis qui a donné le lien pour regarder ce documentaire ici aussi !

En voici un petit aperçu sonore:

Le paradis en marchant

Transcription
J’ai découvert mon pays et depuis, je suis tombée amoureuse des randonnées. La plupart des Polynésiens pensent que c’est difficile, faut être super sportif. Mais non ! Moi, j’y arrive (1), donc tout le monde peut y arriver.

Je pense que des fois, ils voient des photos d’ici et ils posent la question : Où c’est ? C’est où, cet endroit ? Et nous, on répond : C’est à M[…], chez toi. Mais c’est au fond dans la vallée. Et eux, ils sont surpris : Ah OK, c’est juste là en haut ! Je dis : Ouais, mais après, faut aller (2), faut vouloir aller aussi.

– J’ai pas envie de passer mes journées devant un ordinateur, être secrétaire, et tout (3). Je préfère être dans mon bureau, la nature. Tu vois cette forêt de bambous, là ? En plus, avec vue de la cascade et tout, ça, c’est formidable (4) ! Tu n’as pas le téléphone qui sonne, tu n’as pas le stress de l’ordinateur à répondre, et tout, quoi !
– C’est un plaisir ?
– Un grand plaisir. Tu es pas content d’être ici, toi ? C’est une randonnée familiale, et puis des enfants à partir de cinq ans, six ans, ils suivent tranquillement les parents, même il y en a qui sont dans les porte-bébés et tout, hein. Et ce qu’ils recherchent, c’est que il faut qu’il y ait une baignade (5) à la fin. Voilà, c’est surtout ça. Nous, on se baigne tout le temps. C’est… peu importe dans la journée (6) et tout, il faut qu’on se baigne à chaque fois, matin, midi, soir s’il le faut.

Non, j’ai pas de façon de marcher. C’est simplement qu’il faut pas oublier d’expirer le plus possible pour expulser les toxines et le gaz carbonique. Sinon, j’ai pas de marche particulière. Je peine (7) comme tout le monde, hein ! Oh, c’est dur ! (8)

– En compagnie des… du groupe, c’est sympa.
– Et bon, un bon moyen de découvrir…
– La nature.
– … Votre pays.
– C’est… Faut pas le dire ! Et la plupart du temps, nos guides (9), ce sont des popa’a.
– Des Popa’a, c’est… ?
– Pour nous, popa’a, c’est… bah c’est vous ! Nos guides, ce sont des popa’a (10). Honte à nous ! C’est eux qui nous font découvrir nos vallées. C’est un comble (11), hein !
– Et c’est pas bien, ça ?
– Non ! Bah non, c’est pas bien !
– Peu importe qui…
– Il faut que ce soit les Tahitiens qui nous font (12) découvrir les vallées !
– Oui, mais…

La joie de…, on se sent bien. On est légère, on pense à rien. Voilà. On admire et c’est tout. C’est ça, hein ? C’est ça.
On ne peut pas être insensible à tout ce qui nous entoure. C’est trop beau, c’est trop magnifique ! On est au paradis. On est au paradis.

Quelques explications :
1. J’y arrive : je réussis à faire ce que j’ai entrepris, j’en suis capable.Pour encourager quelqu’un par exemple, on peut lui dire : Mais oui, tu vas y arriver ! Si on a des doutes sur ses chances de succès, on peut dire: J’ai peur de ne pas y arriver.
2. Faut aller : ce serait mieux de dire : Il faut y aller. (Y remplace le mot vallée.)
3. et tout : c’est de l’oral, pour indiquer qu’on pourrait donner plus de détails.
4. C’est formidable : c’est super (plus familier) / c’est merveilleux.
5. Une baignade : le fait de se baigner. C’est aussi un endroit où il est possible de se baigner.
6. Peu importe dans la journée : peu importe quand. Le moment n’a pas d’importance.
7. Peiner : avoir du mal à faire quelque chose. Cela peut être physique ou intellectuel. Par exemple, on peut peiner sur un exercice de français.
8. C’est dur : c’est difficile.
9. un guide : celui ou celle qui emmène d’autres personnes en randonnée.
10. Un popa’a : un étranger, en tahitien. Ici, ce sont les Français venus de métropole dans ce département d’outre-mer.
11. C’est un comble : ça ne paraît pas croyable et il y a une sorte de paradoxe : ce sont les popa’a, les étrangers, ceux qui ne sont pas vraiment de Tahiti qui connaissent ces vallées et guident les Tahitiens.
12. qui nous font : normalement il faudrait dire : qui nous fassent (au subjonctif)

Auto-portrait dans l’auto

Je suis tombée sur cette campagne de prévention sur le danger des selfies au volant. 😦
C’est l’occasion de se retrouver une fois de plus confronté à la force de cet appareil qui a envahi nos vies au point qu’il faille diffuser ce genre de message. Et bien sûr, c’est aussi l’occasion de parler du français et de la prononciation de notre langue. Et donc de remettre en route mon blog, quelque peu délaissé ces derniers mois ! Etes-vous toujours là ? J’espère !

Ceux qui ont rédigé ce message jouent avec les mots, pour lui donner la force d’un slogan facile à retenir: L’auto-portrait, oui. Dans l’auto, non.
J’avais presque oublié le mot auto-portrait, à force d’entendre le mot selfie en permanence. C’est vrai que selfie ne désigne que les auto-portraits pris avec un téléphone portable.
Et nous n’employons presque jamais le mot auto dans la vie quotidienne : nous n’achetons pas une auto (ni une automobile) mais une voiture. Nous avons des petites ou des grosses voitures. Certaines villes essaient de limiter la place de la voiture. Nous nous déplaçons en voiture. Jamais en auto. (En revanche, on peut aller au Salon de l’Automobile, pas de la voiture.)

.
La vidéo est à regarder ici.

Transcription:
Allez !
Toi, ça va !
Oh, selfie !
[…] les gars !
Attention !

.
Près de 7 jeunes sur 10 ont déjà pris un selfie en conduisant.
Malgré les apparences, le danger est bien réel.
Ne laissez pas ce selfie être le dernier.
La route ! La route !

Par curiosité, j’ai mis les sous-titres en regardant la vidéo. Cherchez l’erreur ! Ou plutôt les erreurs.

Première erreur :


– Le système automatique ne reconnaît pas le mot selfie, qui pourtant fait partie du langage de tous désormais, et le transforme en sale fille ! (et en plus avec un devant, incompatible avec le mot fille.)
Ou encore en ce qu’elle fit, ce qui serait vraiment très bizarre puisqu’il s’agit du passé simple du verbe faire, employé aujourd’hui seulement à l’écrit.

Deuxième erreur :

– Il n’entend pas tous les mots, comme le verbe être, oublié ici, sans doute à cause du mot qui précède: le danger est bien réel. C’est vrai que lorsque nous parlons, les deux sons (-er et est) s’enchaînent en général sans pause entre les deux mots.

Ecoutez la différence (infime) lorsqu’il y a une toute petite coupure entre les mots ou pas:

.

Troisième erreur :

– Il ne perçoit pas la différence entre est et être: Ne laissez pas ce [selfie] être le dernier. (et non pas est). Bref, il ne connaît pas la grammaire bien sûr. Et il se laisse tromper par un accent très courant dans la majorité des régions de France.
Peut-être se débrouillerait-il mieux avec un accent du sud, dans lequel toutes les syllabes sont prononcées plus distinctement.

Ecoutez la petite différence:

.

Les deux dernières erreurs :

– Il entend aptitude au lieu d’attitude.
– Il ne transcrit pas correctement le slogan et confond Donnons et d’un nom, contrairement à une oreille française qui entend bien la différence et sait aussi décider ce qui a du sens ou pas.

Bonne journée ! Et gardez bien les yeux sur la route.

Pour écouter ou ré-écouter comment nous « mangeons » les syllabes et les mots, c’est ici.

A ne manquer sous aucun prétexte

Je ne devais pas me trouver à Privas ce jour-là. Je n’avais pas de place pour ce spectacle-là. Il n’y avait d’ailleurs plus de places à vendre. Alors merci à la dame qui à la dernière minute ne pouvait pas y assister et cherchait à revendre sa place !

J’ai donc enfin vu Pixel.

Et j’y retournerai dès que l’occasion se présentera, comme pour Boxe Boxe dont je vous ai déjà parlé. Même beauté, même bonheur, même immense plaisir. On ressort des spectacles de Mourad Merzouki émerveillé, léger et heureux. Courez-y si sa compagnie danse dans votre ville ou votre pays un jour.

Regardez ici comme c’est beau !

Et comme c’est un grand monsieur, l’écouter fait du bien. Voici un autre extrait d’un entretien enregistré lors d’un festival de danse en Suisse. Créer, explorer, partager, mélanger, offrir. Telle est sa danse, portée par des danseurs magnifiques de légèreté, de fluidité et d’énergie. Telle est la danse. Comment certains peuvent-ils imaginer interdire aux hommes de danser ?

Mourad Merzouki

Transcription

– J’ai eu la chance de rencontrer le hip hop au bon moment, il était dans la rue, il restait dans la rue et à ce moment-là, j’ai eu envie de l’emmener ailleurs, sur scène, et de toucher un public plus large. Donc je crois que c’est pour ça que j’ai peut-être été remarqué à ce moment-là, le fait de mélanger le hip hop avec d’autres formes artistiques et de l’emmener vers… vers un public nouveau. Ce que j’ai fait pendant plusieurs années, jusqu’à Yo Gee Ti, ce projet avec les Taïwanais, où dans cette… ce désir de vouloir aller ailleurs, ce désir de mélanger, bah j’ai créé un spectacle qui mélange le hip hop avec la danse contemporaine et la danse classique, qui mélange le hip hop français, qui mélange l’histoire des danseurs français avec la danse taïwanaise. Donc ce que j’ai fait dans ce spectacle-là, c’est d’essayer de trouver des points communs, d’essayer de trouver un dialogue entre ces corps, entre cette énergie, entre… pour en faire un spectacle. J’avais pas envie de faire une espèce de collage, j’avais pas envie que le contemporain soit d’un côté, le hip hop de l’autre et que le spectateur, une fois, il voit du contemporain, une fois, il voit du hip hop. Non, le pari, c’était de pouvoir faire en sorte que les danseurs, les dix, puissent voyager entre, voilà, une gestuelle, qui peut être parfois contemporain (1), parfois hip hop, avec des énergies différentes.
– Est-ce que tu parles du mandarin (2), toi ?
– J’aimerais bien ! Malheureusement, non.
– Non. Donc comment tu as communiqué avec les danseurs taïwanais ?
– Bah l’avantage avec la danse, c’est que je pratique un langage universel. C’est d’ailleurs pour ça que j’arrive à… aujourd’hui à faire les projets avec des danseurs du monde entier, parce que justement, il y a pas cette barrière-là. Donc il y a une espèce de… d’évidence (3) qui se met en place avec les artistes, et voilà, le corps parle de lui-même (4) et on n’a pas besoin de… d’un alphabet pour se comprendre. Donc ça, c’est un avantage pour le danseur, pour le chorégraphe, pour justement arriver comme ça à faire des projets à l’international.
Alors je me suis appuyé sur l’univers de ce styliste Johan Ku qui lui, travaille à partir de laine. Quand je le regardais travailler, il partait de la laine en état … comment dire. ?… en l’état de base. J’ai pas le terme (5), c’est-à-dire qu’il a la laine qui ressemble à rien (6) au départ. Et puis ensuite, il va la façonner, il va la… il va faire des tresses (7), il va la… Et tout ce travail-là nous amène petit à petit (8) à un pull, un pantalon, un bonnet, etc. Et finalement, je peux reproduire exactement son… sa démarche (9), son… son approche à la laine dans la danse. C’est-à-dire qu’on part de quelque chose de totalement brut qui veut rien dire et petit à petit, on mélange, on structure pour en faire un spectacle J’aimais bien aussi ce lien-là. Parce que encore une fois, je viens pas du Conservatoire (10). Pour moi, il y a vingt ans, la danse était… était un autre monde, inaccessible, et donc je me bats tous les jours pour que, justement, dans mes spectacles, je puisse ouvrir la danse au plus grand nombre (11), ceux qui ne connaissent pas la danse, ou ceux qui connaissent la danse mais qui vont découvrir une gestuelle nouvelle, celle du hip hop. Et c’est tout ça qui me plaît. Donc mettre une casquette (12) dans mon travail, généralement, j’aime pas trop. J’aime bien dire que c’est de la danse. Après tout, la définition de la danse, c’est un corps en mouvement. Il y a trente ans, on disait encore du hip hop que ça allait pas durer, que c’était un effet de mode (13), que c’était éphémère. Et moi, j’adore dire : bah, ça fait trente ans et le hip hop est encore là, et continue son histoire, continue à grandir.
– Est-ce qu’on pourrait dire que les réactions du public, ce sont plus ou moins les mêmes en Europe ou bien en Taïwan  (14)? Est-ce qu’ils réagissent sur quelque chose qui se passe concrètement sur scène et qui leur touche (15) ?
– Alors, de manière générale, les réactions sont identiques, c’est-à-dire que la plupart de mes spectacles sont quand même beaucoup axés sur le divertissement, c’est-à-dire qu’il y a, malgré tout… Moi, je suis pas dans le propos (16), dans le cérébral. Je raconte pas des choses liées à la société où je revendique je ne sais quoi. Je ne saurais pas faire, je pense. Par contre, j’essaye dans mes spectacles de donner des images, de faire paraître des émotions, de rester aussi d’une certaine manière avec la générosité du hip hop. Et donc, que ce soit à Taïwan ou en Europe, de manière générale, il y a comme ça une réaction du public qui est une réaction plutôt de plaisir. Le public repart pas en se posant cinquante questions sur : qu’est-ce qu’il a voulu lui dire, comment, pourquoi. Donc ça c’est un peu général. Après, évidemment, il y a des moments, peut-être pas trop dans Yo Gee Ti mais dans des spectacles où il y a un peu d’humour – alors, c’est drôle parce que suivant les pays, on va rire à des endroits totalement différents. Il y a des réactions qui parfois… Je comprends pas pourquoi ils rigolent (17) à cet endroit et pas à un autre. Voilà. Donc ça reste quand même infime. Mais de manière générale, la réaction des publics à travers le monde, sont (18)… je touche du bois ! (19) – sont unanimes, parce que… parce que mes spectacles renvoient… renvoient cette générosité, je pense.

Quelques détails :
1. contemporain : normalement, on s’attend à du féminin après le mot « la gestuelle ». Mais en fait, il n’accorde pas, il emploie le nom de cette catégorie de la danse, le contemporain.
2. Parler du mandarin : elle veut dire parler le mandarin.
3. Il y a une évidence : c’est très simple et immédiat, il n’y a pas de problème du tout.
4. Le corps qui parle de lui-même : le corps a son langage et n’a pas besoin d’autre chose pour s’exprimer et se faire comprendre.
5. J’ai pas le terme = je ne trouve pas le mot.
6. Ça ne ressemble à rien : on ne comprend pas à quoi ça sert, ce que c’est.
7. Une tresse : c’est lorsqu’on coiffe les cheveux en les entrelaçant.
8. Petit à petit : peu à peu, progressivement
9. sa démarche : son projet et sa façon de travailler
10. le conservatoire : il s’agit du conservatoire de danse, cette institution par où passent les danseurs, avec ses classes, ses examens, etc. Il y a des conservatoires de différents niveaux dans les différentes villes de France. (C’est la même chose pour la musique). Mourad Merzouki n’a donc pas eu un parcours traditionnel de danseur et de chorégraphe.
11. Ouvrir quelque chose au plus grand nombre : donner accès à quelque chose à une majorité de gens, aux gens ordinaires.
12. Mettre une casquette : cette expression signifie qu’il y a des genres différents, des catégories différentes et qu’on peut tout classer dans des cases bien définies. Mourad Merzouki, lui, ne veut pas porter une casquette particulière, c’est-à-dire se voir attribuer une étiquette bien précise et trop limitative selon lui.
13. Un effet de mode : une mode passagère
14. en Taïwan : on dit à Taïwan.
15. Leur touche : ce n’est pas correct. Il faut dire qui les touche, car c’est le verbe toucher quelqu’un, sans préposition. On emploie leur si le verbe est suivi de la préposition à: Le hip hop parle aux spectateurs => ça leur parle.
16. Je ne suis pas dans le propos = je ne cherche pas à démontrer quelque chose, à faire réfléchir sur un problème, ou dénoncer une situation, etc.
17. rigoler = rire (style familier)
18. Problème d’accord sujet-verbe : le sujet est singulier et le verbe est pluriel. Donc il faudrait dire : Les réactions du public sont… (Comme souvent à l’oral, on commence la phrase d’une manière et en cours de route, on change et ce n’est pas toujours parfaitement logique, mais ce n’est pas vraiment grave.)
19. je touche du bois : cette expression indique qu’on espère que quelque chose de positif va continuer. Par superstition, on touche du bois, réellement si on peut ! (On joint le geste à la parole).

L’interview entière est à regarder ici.

Pour tout savoir sur les spectacles de Mourad Merzouki et sa compagnie, allez sur leur site..

L’air de rien

Ce film a fait l’ouverture du festival de Cannes mercredi. Une bande annonce qui le rend tentant, avec ses petits bouts de dialogues qui s’enchaînent pour esquisser une histoire qu’on devine étrange. Et des interviews du cinéaste et de ses actrices partout. Voici des extraits d’une émission écoutée à la radio. Autant les dialogues du film peuvent, je pense, être un peu difficiles à suivre pour un non francophone, autant les actrices prennent leur temps dans cet entretien pour choisir les mots qu’elles mettent sur leurs pensées, avec humilité. Et un cinéaste comblé et reconnaissant. Bonne écoute !

Ismael

Transcription
– Comment on entre… Comment on entre dans l’univers d’un nouveau metteur en scène ? Par ses films ? En discutant avec lui ? Ou juste le scénario et le rôle ?
– Moi, je me mettais pas mal de pression (1). Le fait qu’il… qu’il nous mâche autant le travail (2) – parce que il prépare énormément, et il joue les scènes…
– Bien ?
– On le voit pas. Mais on sait… Il nous dit. Donc on sait qu’il a déjà tout… enfin, c’est normal pour un metteur en scène de réfléchir à sa journée et à ses scènes. Mais là, il le fait vraiment très en détail. Donc on se… Moi, je sentais que je passais après (3). Il fallait… J’espérais le surprendre suffisamment pour que ça vaille le coup (4) de… enfin d’être là et de… C’était pas que le satisfaire, c’était aussi le… tenter de le surprendre. Donc là, j’ai fait la démarche (5) de l’appeler… enfin, de lui écrire. Et je trouvais que le temps passait et que on s’était toujours pas trouvé sur un film, donc… Et il m’a dit : Bah je viens d’écrire un rôle qui est… enfin, voilà, qui est… Je sais pas si il m’a dit qu’il l’avait écrit… Je suis pas sûre qu’il l’ait écrit pour moi, mais il m’a dit que il avait un rôle pour moi en tout cas.
– Qu’est-ce qui vous a… Je suppose que vous faites pas souvent ce genre de démarche d’écrire à des metteurs en scène.
– Non. Jamais.
– Alors, ouais, pourquoi lui ?
– Parce que je trouvais que depuis Esther Kahn, on s’était raté à plusieurs… (6) Alors, Esther Kahn, il m’a… On s’est rencontré et il m’a pas choisie. Donc j’étais hyper déçue. Et après, il m’a proposé d’autres rôles et… que j’ai pas pu faire. Donc il y a eu plein de rendez-vous manqués (7) un peu, enfin manqués pas… pour moi, hein ! Donc je trouvais ça normal de… de lui faire signe.(8)

– Il y a toujours eu quelque chose d’assez théâtral dans son cinéma qui… Et moi, c’est ça qui me touche dans son cinéma, c’est-à-dire qu’on arrive à s’identifier à des personnages qui parlent parfois super bizarrement, qui parlent parfois de manière théâtrale, mais il y a quelque chose qui passe (9) parce que… parce qu’il a créé ça dans son univers, il a inventé une forme de cinéma qui est la sienne. Voilà.
– Avec quand même une constante, c’est les femmes sont fortes et les hommes sont quand même faibles, hein, globalement (10).
– C’est bien, ça change ! Oui, il y a une… Il y a une fascination de la femme chez Desplechin, qui est… bah qui offre aux actrices des rôles absolument sublimes et aux acteurs des rôles absolument sublimes, parce que dévoiler la faille, disons plutôt que la faiblesse, de l’homme, c’est très beau.
– Après, vous ne regrettez pas d’être venu ce matin, Arnaud Desplechin !
– J’ai mes oreilles… C’est du miel dans mes oreilles ! Non mais c’est pas que ça. C’est d’entendre ces femmes penser. Ça m’intéresse la pensée… leur pensée de… la pensée qu’elles ont de leur art.

– D’avoir Arnaud comme chef d’orchestre, c’est pas rien ! (11) Donc je pense qu’il… il sait ce qu’il fait. Et c’est… Je trouve qu’il y a… J’aime bien me… me… avoir confiance et pouvoir avoir confiance dans des metteurs en scène qui sont aussi talentueux évidemment, parce que c’est l’air de rien (12), en fait. Donc voilà, il y a des choses qui se font sans… sans qu’on fasse gaffe (13) et ça s’opère tout seul.

– Vous l’avez écoutée alors.
– Ouais, ça me bouleverse. Ça me bouleverse. Je pense mais quelle chance j’ai ! Mais (14) quelle chance j’ai ! Quelle chance j’ai eue, vous vous rendez compte ! (15)
– C’est aussi un cocktail d’actrices, hein.
– C’est les deux… C’est ces deux femmes qui sont les deux stars… enfin, c’est pas les deux seules – je pense à Isabelle Huppert, à d’autres actrices ô combien, mais enfin les deux stars internationales comme ça, françaises. Et chacune a son art à un endroit tellement différent de l’autre, et les avoir les deux dans le même cadre ! Voyez, j’entendais l’extrait où elles se disputent (16) comme ça sur ce… devant le paysage de Noirmoutiers qui est magnifique comme ça, je me dis : J’ai eu la chance de diriger ces deux-là en même temps ! Je… J’en reviens pas encore ! (17)

Des explications :
1. pas mal de pression = ce n’est pas tout à fait beaucoup de pression, mais juste en-dessous en fait ! (plutôt familier)
2. Mâcher le travail à quelqu’un : tout simplifier pour que ce travail devienne très facile et que la personne n’ait pas à réfléchir à ce qu’elle doit faire.
3. Passer après : c’est ne pas être la priorité. On peut employer cette expression à propos de quelqu’un : Ses amis passent après sa passion pour son sport. On peut aussi l’employer à propos de quelque chose : Il est très ambitieux donc son travail est tout pour lui et sa vie personnelle passe après.
4. Pour que ça vaille le coup : pour que ça serve à quelque chose, que ça apporte quelque chose. C’est le verbe valoir au subjonctif présent. Valoir le coup est synonyme de valoir la peine mais mais dans un style plus familier.
5. Faire la démarche (de faire quelque chose) : cela signifie qu’on prend l’initiative de faire quelque chose. Par exemple : Si tu veux que les choses changent entre vous, c’est à toi de faire la démarche. / de faire la démarche de lui en parler. C’est différent de l’emploi au pluriel de ce mot : faire des démarches, c’est faire ce qui est nécessaire administrativement pour obtenir quelque chose. Par exemple: Il est en train de faire les démarches pour partir vivre un an en Australie.
6. = À plusieurs reprises : plusieurs fois. Elle s’interrompt au milieu de l’expression.
7. des rendez-vous manqués : au sens figuré, ce sont des occasions manquées.
8. Faire signe à quelqu’un : au sens figuré, c’est contacter quelqu’un. Par exemple : Fais-moi signe quand tu auras décidé quelque chose.
9. Il y a quelque chose qui passe = ça marche. Ce style touche les gens.
10. Globalement : sans entrer dans les détails. C’est comme en gros (qui est un peu plus familier)
11. C’est pas rien ! : cette expression signifie justement que c’est beaucoup, que c’est très important. Par exemple : Il est allé les voir et les a écoutés. Et ça, c’est pas rien !
12. L’air de rien : en apparence sans effort. Par exemple : L’air de rien, on a beaucoup avancé dans notre travail aujourd’hui.
13. Sans qu’on fasse gaffe : sans s’en rendre compte, sans qu’on y prête attention. Faire gaffe à quelque chose, c’est faire attention à quelque chose. (très familier). Par exemple : Fais gaffe, tu vas tomber !
14. Mais quelle chance ! : « Mais » ici (à l’oral) sert à renforcer l’exclamation. Par exemple : Mais quel beau film ! Mais quelle actrice !
15. Vous vous rendez compte ! : cette exclamation sert à renforcer ce qu’on vient de dire, à mettre en valeur une situation, à dire que c’est incroyable. Par exemple : Il a quitté son travail comme ça, du jour au lendemain. Non mais tu te rends compte !
16. Se disputer : se quereller (mais se quereller est d’un niveau de langue très soutenu). Par exemple : Leurs deux enfants ne s’entendent pas du tout. Ils passent leur à se disputer.
17. J’en reviens pas encore = Je n’en reviens pas. / Je n’en reviens toujours pas, ce qui signifie qu’il n’y croit toujours pas en quelque sorte, que ça continue à le surprendre. (familier) Par exemple : Il ne m’a même pas dit qu’il partait. Je n’en reviens pas !

L’émission entière est à écouter ici.

Transcription de la bande annonce, qui est à regarder ici :
Il y a deux ans, j’ai rencontré Ismaël.
Vous n’avez pas d’enfants ?
J’ai aimé des hommes mariés.
Ah ! Bon, en ce moment je suis célibataire, donc ça ne nous laisse pas beaucoup de chances, je crois.
Ah bah non, aucune.
On racontait qu’il avait perdu une femme.
C’est votre femme ?
Oui. Carlotta. Un jour, elle est partie.
Où ça ?
Je l’ai jamais su.
Toi, tu y penses ?
Ça fait vingt ans, ma chérie. Ne sois pas jalouse d’un fantôme.
Vous êtes Sylvia, la compagne d’Isamël ?
Oui.
Je suis sa femme. Carlotta.
Je crois que j’ai vu Carlotta.
Ne me parle pas de Carlotta. Je veux plus entendre parler d’elle.
Elle est en vie. Elle t’attend en bas.
C’est moi.
Oui.
Ça fait combien de temps ?
Vingt et un ans, huit mois et six jours.
J’aurais préféré qu’elle soit morte.
Tu existes plus !
J’ai besoin de toi.
Moi j’ai pas besoin de toi.
Qu’est-ce que tu es venue faire ici ?
Oh, je crois que tu le sais.
Je te plais quand même.
Quand même.
Tu vas y arriver.
Je suis terrifié.
Je veux pas que tu aies peur. Je veux pas que tu aies peur, mon amour.
Je vais arracher ton masque et je ferai de toi un prince.
Vous devez aller au Ministère Public. Ils annuleront le jugement. Vous pourrez récupérer votre patrimoine.
Est-ce que je peux récupérer mon mari ?

Elle, avec les autres

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D’abord, il faut regarder et écouter. (Cliquez sur la photo)
Puis il faut écouter Marie-Agnès Gillot en parler.
C’est vraiment une belle interview, ces deux voix qui se répondent, si naturellement, sans bavardage, l’une qui suscite l’autre. Juste les mots nécessaires, pour dire la danse, l’enfance, le travail passionné. Il y a de l’intensité dans cet échange.

Marie-Agnès Gillot

Transcription:
– Ce qui est fascinant, Marie-Agnès Gillot, dans cette chorégraphie, et ce qui participe aussi de l’impact émotionnel, c’est quand même le nombre de danseurs, il faut dire près d’une cinquantaine, je crois.
– Cinquante-quatre, ouais.
– Qui forment un ensemble ?
– Une masse qui est…
– Organique ?
– Organique. Et j’ai rarement senti une émotion pareille (1) en… sur scène. Le groupe fait la force, c’est vraiment ça, quoi.
– Qu’est-ce qui se passe entre tous ces corps ?
– Une harmonie.
– Et en même temps, c’est un été très sombre.
– Oui… Nous, on le… Je me rends moins compte de ça parce que j’ai pas vu la pièce. Mais c’est… c’est surtout des états de corps qui sont très crispés en fait et je pense que c’est ça qui rend (2) la tension, et peut-être le déluge mais…
– Quelque chose de l’ordre de (3) la communion aussi entre vous… tous ?
– Ouais.
– On pourrait presque parler d’une communauté en fait, une communauté de corps.
– Exactement.
– Pourtant c’est un monde très hiérarchisé (4).
– Oui, mais c’est ça qui est beau justement, c’est que… c’est qu’on nous mette tous ensemble parce qu’en fait, c’est ce qu’on aime.
– On pourrait croire que l’Etoile de l’Opéra est là pour être mise en valeur (5), de manière ostentatoire.
– Oh, je l’ai été et je le serai encore. Mais…
– C’est pas le cas en tout cas dans cette chorégraphie.
– Non.
– C’est pas pour ça qu’on est au centre, qu’on devient étoile justement, pour qu’on nous voie ?
– On nous voit toujours, mais je pense que… ça fait tellement de bien de danser avec… avec des… avec des corps. Mais vraiment avec soi, c’est-à-dire pas sur le côté à vous regarder mais dans le même état que vous.
– Vous avez l’air émue.
– Non, mais j’adore, quoi ! Ça me… Je regrette (6) mes années Corps de ballet. J’ai adoré faire Corps… le Corps de ballet. C’est bien d’être Etoile, mais on est tout le temps seule, quoi ! Et là, c’est de nouveau une communion comme vous disiez. Et ça, c’est chouette (7), quoi ! Ça arrive pas souvent.
– C’est qui, votre étoile à vous, Marie-Agnès Gillot ?
– C’est… je sais pas, j’allais dire une bêtise ! (8)
– C’est ma mère !
– J’allais dire : C’est mon chien ! N’importe quoi ! (9)
– Celle qui vous a fait rêver, celle qui…
– Ah, c’est hyper dur parce que… Je sais pas du tout.
– Quand vous étiez petite ?
– Ah bah, moi, je connaissais pas les danseuses quand j’étais petite !
– Ah, c’est vrai ?
– Non, non, j’ai jamais… Moi, j’avais des posters de chiens dans ma chambre ! J’avais pas des posters de danseuses !
– Donc c’est venu complètement…
– Ah oui, c’est pas du tout une passion de… enfin que la mère a transmis (10) sur la petite fille, je dirais.
– Et c’est vous qui avez décidé de faire de la danse quand vous étiez toute petite ? Vous avez demandé de faire de la danse ?
– Non. Je crois qu’on m’a… Non , je crois que c’est parce que je levais les jambes déjà ! Et je mettais les jambes sur les tables, donc on m’a dit : Il y a un endroit pour faire ça.
– Tout de suite, on s’est rendu compte que vous aviez quelque chose (11)…
– Ouais, ouais.
– Quel âge ?
– Sept ans.
– Et ça veut dire quoi ?
– Ça veut dire que… bah, c’est un peu tracé (12) quand même !
– Ça veut dire que ce sacrifice – parce que c’est aussi un sacrifice, je suppose, quand même – vous avez su très tôt que vous alliez le faire ?
– Ouais. Mais c’est pas un sacrifice parce que quand c’est une passion en fait, on… on supporte beaucoup de choses en fait. Je pense que si ça ne… si c’était pas sincère, je pense que j’aurais encore plus… En tout cas, je me souviendrais peut-être de la douleur. Mais je m’en souviens pas trop en fait.
– Jamais ?
– Non.
– Et pourtant, on souffre.
– Ouais, quelquefois mais…
– Au quotidien ?
– Non. Non, non. C’est quand même un plaisir. On a des courbatures (13) mais c’est pas de la souffrance.
– Ça veut dire quoi ? Ça veut dire énormément de travail après chaque spectacle, de… d’étirements, de… C’est un sport…
– Non. Mais plus on grandit, plus on connaît absolument bien son corps. C’est-à-dire que à vingt ans, on y va à fond (14). A trente ans, on commence à se découvrir. Quarante ans, on se connaît vraiment.
– Vous disiez : Je vais partir.
– Ouais.
– Vous allez partir quand ?
– Le 6 avril 2018.
– Vous l’appréhendez (15), ce moment ?
– Non, je l’attends en fait.
– Et vous allez faire quoi ? C’est un spectacle, un dernier spectacle ?
– Je vais danser Orphée et Eurydice de Pina Bausch. Et donc c’est… Je trouve ça super de quitter la scène avec un ballet pareil. Et c’est une pièce où je ne suis pas regardée, parce que c’est l’histoire d’Orphée et Eurydice. Donc c’est aussi… Je trouve que c’est un clin d’oeil (16) à… à ne plus être regardée.
– Vous avez déjà commencé… à travailler ?
– J’essaye (17) de trouver une interprétation différente pour ma dernière… enfin, sans jamais changer ce que Pina voulait de moi, mais j’essaye de trouver des concordances avec ma… ma dernière scène, ma dernière vie, sur scène.
– Et ça sera quoi ?
– Je peux pas vous dire encore, j’ai un an et demi pour y réfléchir. Je vais bosser (18) en tout cas !
– Vous aimeriez que ce soit quoi ?
– Un… Un rêve.
– Merci, Marie-Agnès Gillot d’être venue faire un tour (19) dans Boomerang.

Quelques détails :
1. une émotion pareille : une émotion comme celle-ci, une telle émotion.
2. Rendre: ici, cela signifie exprimer.
3. c’est de l’ordre de la communion : cela ressemble à une communion, cela s’apparente à une communion.
4. Un monde très hiérarchisé : il s’agit du monde du Ballet de l’Opéra, où les danseurs et les danseuses font partie d’une hiérarchie, où chacun essaie de progresser de de gravir des échelons, jusqu’au grade d’Etoile de l’Opéra, et où on doit respecter cet ordre.
5. Mettre en valeur (quelque chose ou quelqu’un) : rendre quelque chose ou quelqu’un très visible, de manière positive.
6. regretter une époque, une période : avoir la nostalgie de cette époque et donc vouloir y être encore.
7. C’est chouette : c’est super, c’est vraiment bien. (familier)
8. dire une bêtise : dire quelque chose de faux, ou de stupide.
9. N’importe quoi ! : on utilise cette expression pour porter un jugement négatif sur quelque chose (une action, une pensée, une idée, etc.) qu’on trouve stupide. (familier)
10. il faudrait accorder le participé passé avec « une passion » et dire : Une passion que la mère a transmise
11. avoir quelque chose : avoir des qualités particulières, qui prédisposent à faire quelque chose de spécial et qui différencient des autres.
12. C’est tracé = c’est un destin tout tracé. Ce choix fait dans son enfance a déterminé tout le reste, sans surprise, car c’est le même parcours pour tous ceux qui choisissent cette voie.
13. Avoir des courbatures : avoir mal musculairement après des efforts physiques
14. y aller à fond : faire les choses sans retenue, sans se ménager, au maximum.
15. Appréhender quelque chose : en avoir peur par avance, avoir des inquiétudes avant quelque chose. Si on l’emploie avec un verbe, il faut dire : appréhender de faire quelque chose. Par exemple : Il appréhende sa retraite. / Il appréhende de se retrouver à la retraite.
16. C’est un clin d’oeil : cela renvoie symboliquement à autre chose, à une autre idée, etc.
17. J’essaye = j’essaie. Ce verbe a deux formes équivalentes.
18. Bosser : travailler (familier)
19. venir faire un tour quelque part : venir quelque part, pas trop longtemps. On l’emploie aussi avec le verbe aller : J’ai envie d’aller faire un tour en ville cet après-midi.

L’émission entière est ici.

Ce ballet est de nouveau programmé en mai 2018.
Bien tentant… Paris n’est pas loin en TGV !
Je l’avoue, je n’aime pas tellement les ballets classiques mais j’aime vraiment voir les danseurs classiques dans d’autres chorégraphies car ils y apportent la rigueur et la perfection incomparables de leur travail et l’harmonie de leurs corps capables de tout.

Et puisqu’on est dans la danse, vous vous souvenez, je vous avais parlé de ce film La Relève que j’avais vu au cinéma il y a quelques mois.
On le trouve maintenant en DVD ! Faites-vous plaisir !

Mercenaire

mercenaire

Quel bon film !
Le titre ne m’avait pas accrochée, il n’évoquait pas grand chose pour moi. Et ensuite, à cause de la vague idée que cela se passait dans le milieu du rugby, j’allais laisser passer l’occasion de voir ce très beau film !

Il y a donc des mercenaires dans le milieu du rugby: ce sont les jeunes Wallisiens ou Calédoniens venus de ces morceaux de France perdus à l’autre bout du monde, ces garçons achetés par les petits clubs de métropole et qui rêvent de faire une belle carrière ici.
C’est une histoire de famille et de traditions où les fils se déchirent avec leur père, une histoire de sport avec ses grands moments d’exaltation et ses petitesses sordides, une histoire de déracinement, de solitude et parfois de racisme.

C’est le récit du voyage de Soane, qui le mène et le malmène de la Nouvelle Calédonie au sud-ouest de la France et qui le fait entrer dans l’âge adulte, au prix d’épreuves qu’il n’imaginait pas en quittant sa terre natale et les siens.

La Nouvelle Calédonie n’y est pas l’habituelle carte postale aux plages parfaites et exotiques. Elle est rude, pauvre et belle. Les petits clubs de rugby, avec leurs vestiaires vétustes et leurs problèmes d’argent, n’y font pas rêver tous les jours de grande épopée sportive. On est dans la mêlée, dans la réalité, ici et là-bas, en français et en wallisien. On sort plus riche de cette découverte. (Et j’ai pensé à nos quelques étudiants calédoniens qui atterrissent chaque année à l’aéroport de Marseille pour étudier ici deux ans ou plus.)

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Regardez la bande annonce ici.

Transcription:
– Elles sont où, tes valises ? (1)
– J’en ai pas.
– Abraham, ton pilier (2) de 140 kilos, là, qui en a perdu vingt (3) dans l’avion, en tongs (4), en short, qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ?
– Tu crois quoi ? (5) Que je vais te trouver un contrat comme ça, en claquant des doigts (6) ? Pourquoi tu es pas rentré au pays  (7)?
– Tu es un All Black ?
– Je suis français. Wallis (8), c’est la France.
– Qu’il vienne me chercher ! Moi, je l’attends ! Il croit que j’ai peur de lui ?
– Tu connais pas l’histoire de ma famille. Si je pouvais, je l’effacerais.
– Soane, c’est qui, ces mecs  (9)?
– C’est tout ce que j’ai.

Quelques explications
1. Elles sont où, tes valises ? : cette question est uniquement orale, avec avec le pronom (elles) placé avant le nom (valises) qu’il remplace avec cette répétition du sujet et avec cet ordre des mots. (pas d’inversion du sujet et du verbe).
2. Un pilier : c’est l’un des postes dans une équipe de rugby, pour lequel on a besoin de joueurs très puissants et donc lourds.
3. Qui en a perdu 20 dans l’avion : c’est ironique. Soane vient de répondre au responsable du club de rugby qu’il pèse 120 kilos alors qu’Abraham leur avait promis un joueur de 140 kilos. Donc le responsable se sent trompé sur la marchandise !
4. Des tongs : ce sont des sandales en plastique très sommaires qu’on porte l’été.
5. Tu crois quoi ? : Autre question orale et très familière. La version plus standard = Qu’est-ce que tu crois ? Dans les deux cas, c’est ce qu’on dit quand on est en colère contre quelqu’un, quand on reproche à quelqu’un de ne pas voir la réalité. (Cette question ne sert jamais à demander à quelqu’un ce qu’il pense.)
6. En claquant des doigts : comme par magie, sans faire d’effort particulier.
7. Rentrer au pays : c’est retourner dans sa région d’origine.
8. Wallis : c’est un territoire d’outre-mer français, au nord de la Nouvelle Calédonie.
9. Ces mecs : ces hommes (très familier) Et en général, quand on pose cette question, on exprime un sentiment d’hostilité.

Dans les sous-titres du wallisien :
1. Tu te démerdes : tu te débrouilles, tu trouves une solution par toi-même. (très familier, plutôt vulgaire) C’est un ordre, comme Démerde-toi, mais encore plus abrupt.
2. Tu as beau te cacher : même si tu te caches…

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