Une vie à pêcher

Marin pêcheur

En allumant la radio un midi de la semaine dernière, je suis tombée sur ces enfants qui posaient des questions à un marin pêcheur, avec le naturel et le sérieux des petits que tout intéresse. J’ai compris ensuite qu’il s’agissait d’un extrait d’un film qui raconte la vraie histoire d’une vraie famille, jouée par les membres de cette famille eux-mêmes.

Marin pêcheur – Tempête

Transcription:
– Est-ce que ça vous arrive de vous blesser en mer ?
– Alors, oui. Oh, ça m’est arrivé, hein ! J’ai… Parce que c’est quand même… Un bateau, ça bouge tout le temps. C’est toujours en train de bouger. Et notre outil de travail, c’est un couteau. Donc c’est quand même très dangereux, quand vous êtes comme ça, comme ça. Le bateau, il fait hop, hop, hop ! (1) Quand on est en train de travailler, on se loupe (2). Voyez, moi, j’ai des cicatrices plein les doigts (3), j’en ai… Je me suis mis un coup de couteau là, je me suis mis un autre coup de couteau ici. C’est très, très dangereux. Vaut mieux (4), des fois (5), quand on voit qu’on tombe, moi, je sais que je jette mon couteau par terre. Je préfère perdre mon couteau que me couper un bras, quoi. Donc faut faire… Faut faire gaffe (6). Eh oui, ça arrive souvent.
– Est-ce que ça vous est déjà arrivé de… de penser que vous allez mourir, dans une tempête ?
– Ça m’est déjà arrivé, oui, pendant des grosses tempêtes, bah où, tu vois, la vague, elle est très, très haute, elle nous pousse et le bateau, il surfe, comme ça. Donc bah, tu as un peu peur que le bateau, il se mette sur le côté, puis qu’il chavire, comme ça. Mais donc oui, ça m’est arrivé plein de fois (7). Dans les tempêtes, à partir du moment que (8) le vent, il y a plus de 90 km/h, on commence à avoir un peu peur. Faut (9) simplement avoir vraiment confiance dans le bateau, quoi ! Tu vois.
– Mais c’est que vers quel âge, vous avez aimé… bah… pêcher ?
– Oh, je crois que j’ai toujours aimé pêcher. Quand j’étais tout petit, j’étais déjà avec ma canne à pêche. Avant, j’étais déjà avec mon épuisette en train de pêcher des petites crevettes. Après, je suis passé avec ma canne à pêche pour pêcher des plus gros poissons. Et après, je voulais absolument aller à la pêche avec mon papa (10), et du coup, je suis parti. J’ai toujours aimé la pêche. Toujours, toujours !

Quelques détails :
1. le bateau fait hop, hop, hop : cette onomatopée exprime l’idée de sauter. Donc il mime le bateau en train de sauter à cause des vagues.
2. Se louper : rater ce qu’on veut faire, ne pas le faire correctement. (argot) Louper quelque chose signifie manquer quelque chose ou rater ce qu’on fait.
3. Plein les doigts = partout sur les doigts
4. vaut mieux = il vaut mieux (style oral)
5. des fois = parfois, quelquefois. Des fois est plus familier, plus oral.
6. faire gaffe : faire attention (argot)
7. plein de fois = très souvent (familier, style oral)
8. à partir du moment que : il faut normalement dire : à partir du moment où (= si)
9. Faut = il faut (style oral)
10. mon papa : normalement, on dit « avec mon père ». Mais comme il s’adresse à des enfants, il utilise le terme qu’ils emploient.

L’émission entière est à écouter ici, avec le réalisateur qui explique comment il a travaillé.

Tempête bande annonce

La bande annonce du film est à regarder ici.
Histoire de famille. Histoire de divorce et de garde d’enfants.
Histoire de mer.
Histoire vécue et rejouée par ses protagonistes.
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Transcription:
– Tu restes combien de temps ?
– Quarante-huit heures. Je repars lundi matin.
– OK, super…
– Je croyais que tu avais changé de bateau et que tu allais rentrer tous les soirs.
– Bon, arrête tes conneries ! C’est moi qui ai la garde. Tu vas me la chercher, la gamine, avec ses affaires !
– Elle va nulle part ! Chez toi, elle est toujours toute seule !
– Moi, j’ai pas le choix ! Je vais à la mer. Tu vas me chercher la gamine, elle revient avec moi.
– Laisse-moi, tu me fais chier !
– Tu me fais quoi, là !
– Ah mais je suis pas sûre que le juge, cette fois-ci, aille dans votre sens, si vous ne changez pas votre organisation au niveau du travail.
– Non mais c’est vraiment important, faut vraiment que je reste à terre.
– Si tu viens pas, c’est pas la peine de revenir. Je prends quelqu’un d’autre.
– Si je dois m’acheter quelque chose, je vais m’acheter un petit bateau, pour justement être là tous les jours, avec mon gars, avoir un minimum de vie de famille.
– Il faut que tu le fasses. Il faut que tu te motives pour le faire bien comme il faut.
– Tu me fais confiance ?
– Oui.

Un beau dimanche

Nouvelle séance de rattrapage cinéma ! Je préfère l’ambiance d’une salle de cinéma, comme un moment vraiment suspendu, mais les DVD ont du bon aussi. J’ai donc regardé ce beau film de Un beau dimanche DVDNicole Garcia.
Un enfant ballotté entre ses parents séparés, pas très installés dans la vie ni très parents, un jeune instituteur qui ne s’enracine nulle part et dont on devine des fragilités, une jeune femme qui ne sait pas toujours bien où elle en est mais poursuit son chemin coûte que coûte.

Nicole Garcia nous emmène là où on ne s’y attend pas et déroule peu à peu une histoire de famille racontée avec une grande poésie, dans une belle lumière, celle du sud de la France, avec des acteurs qui jouent vraiment bien. Il n’y a rien de trop, c’est simple mais profond, délicat mais implacable.
Et ce qui est bien aussi pour vous qui apprenez le français, ce sont les différentes façons de parler, qui reflètent bien les personnalités et les milieux d’où viennent les personnages de ce film. Baptiste et sa mère, Sandra et son fils, autant de dictions différentes.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription:
– Alors, vous faites des saisons (1).
– Je suis tombée dedans (2) quand j’étais petite. Mes parents, ils avaient une roulotte (3) de bouffe (4), ils faisaient des pizzas, des crêpes.
– Moi aussi, je fais des saisons. Je reste un trimestre, voire (5) deux à un poste. Après, je vais ailleurs.
– Pourquoi vous restez pas plus longtemps ?
– Une liberté.
– Il y a des hommes qui sont passés tout à l’heure. Ils vous cherchaient.
– Vous leur avez pas dit où je travaillais !
– Qu’est-ce que tu fous (6) sur les plages en France ? Tu devais pas ouvrir un restau à Saint Barth ?(7)
– Franchement, les gars (8), c’est pas le moment, là.
– Je dois de l’argent.
– Et tu dois combien ? Tu sais que je peux pas t’aider, là.
– Ramène-le à son père.
– Je te promets rien. (9)
– Tu me promets quoi ? (10)
– On part.
– Maman !
– Aux gens qui me demandent de tes nouvelles, je leur dis que tu habites en Suède, et ça arrête les questions.

Quelques explications :
1. faire des saisons : par exemple, travailler sur les plages l’été et dans des stations de ski l’hiver. Les gens qui travaillent comme ça sont des saisonniers.
2. je suis tombé dedans quand j’étais petit / enfant : on emploie cette expression familière pour indiquer qu’on a commencé à se passionner pour quelque chose à un moment donné. On l’utilise toujours au passé composé. Elle fait en fait référence à Astérix et Obélix, ces BD bien connues de tous les Français. Obélix le Gaulois ne prend jamais de potion magique (pour être fort avant les combats contre les Romains) car enfant, il est tombé accidentellement dans le chaudron de potion. Depuis, il est très fort.
J’en ai déjà parlé dans ce billet de septembre dernier.
3. Une roulotte : c’est une sorte de caravane
4. la bouffe : la nourriture ( familier)
5. voire = ou même
6. qu’est-ce que tu fous ? = qu’est-ce que tu fais ? Style très familier, et plutôt négatif ou agressif en général : c’est un moyen d’exprimer sa désapprobation à l’oral. Par exemple, quand on trouve que quelqu’un traîne trop ou ne fait pas bien les choses, on peut lui dire :
Mais qu’est-ce que tu fous ? Dépêche-toi !
Qu’est-ce que tu fous ? Ça marche toujours pas ! Je croyais que tu savais tout réparer.

On peut aussi dire ça à quelqu’un qu’on ne veut pas voir :
Qu’est-ce que tu fous là ? Je t’avais dit de pas venir.
7. Saint Barth = Saint Barthélémy : une des îles des Antilles françaises.
8. Les gars : façon familière de s’adresser à des hommes.
9. Je te promets rien : c’est ce qu’on dit quand on va essayer de faire quelque chose, par exemple pour aider quelqu’un, mais qu’on n’est pas sûr de réussir. Par exemple : Je vais essayer de le faire changer d’avis, mais je te promets rien. Il est très têtu.
10. Tu me promets quoi ? : cette question peut paraître paradoxale puisqu’il vient de lui dire « Je te promets rien ». Mais c’est justement parce qu’on dit « je te promets rien » lorsqu’on s’engage à essayer de faire quelque chose, sans être sûr du résultat. Or dans le film, il ne lui a pas expliqué du tout ce qu’il va faire. Il vient juste de prendre la décision de l’aider mais ne lui a encore rien dit. D’où cette question qu’elle lui pose.

L’imparfait :
Ils avaient une roulotte, ils faisaient des pizzas : l’imparfait sert à raconter comment c’était avant et souvent à décrire des habitudes dans le passé.
Des hommes sont passés. Ils vous cherchaient : cet imparfait sert à décrire ces hommes, à décrire la situation, la scène. Ils la cherchaient, ils voulaient lui parler.
Tu ne devais pas ouvrir un restau ? : ici, le verbe devoir à l’imparfait exprime l’idée que c’était prévu. Donc cette question interro-négative sert à exprimer la surprise (réelle ou feinte) et aussi très souvent la désapprobation. Par exemple :
A: Tu ne devais pas les appeler aujourd’hui ? B: Si, si, mais j’ai oublié. Je le fais demain matin. Promis.
A: Ils ne devaient pas venir nous aider ? B: Oui, mais finalement, ils n’étaient pas libres. On va se débrouiller sans eux.

Pour finir, peut-être aurez-vous envie de lire un article qui rend plutôt bien justice à l’atmosphère de ce film.