Ils allaient si bien ensemble

Casse tete chinois
Séance cinéma d’une fin de dimanche qui remet de la couleur et de la légèreté dans une journée plutôt grise – région parisienne oblige !
Au programme, Casse-tête chinois, ou comment ne pas bouder son plaisir, en retrouvant tous les héros de L’Auberge espagnole et des Poupées russes. Un peu comme renouer avec de bons vieux amis qu’on avait perdus de vue. Et même si vous n’aviez pas vu les deux films précédents, vous entrerez dans les vies de Wendy, Martine et Isabelle, grâce à Xavier, le fil conducteur entre le passé et le présent et entre ces trois toujours délicieuses jeunes femmes.

casse tete chinois Bande annonceDes dialogues parfaits pour travailler son français ! (Et un peu son anglais puisque cette fois, tout ce petit monde se retrouve à New York.)

Cliquez sur l’image pour regarder la bande annonce :

Transcription :
La vie, pour la plupart des gens, c’est d’aller d’un point A à un point B. Tout ça est merveilleusement linéaire. Moi, donc, c’est pas comme ça. Pourquoi ça ressemble à ça, ma vie ?

– Depuis six mois, on est séparés, avec Wendy.
– Ah non, c’est pas vrai ! Vous alliez si bien ensemble !

– Xavier, faut (1) que tu fasses quelque chose (2), parce que tu vires con (3), là !
Pourquoi c’est à ce point-là portnawak (4)?
– Et les enfants ?

– Bonjour maman.
– Bonjour ! I want to live in New York. And I’m taking the children.
– Quoi ?
– Moi, j’ai pas envie d’aller vivre là-bas.
– C’est une super belle (5) ville, New York, je te jure !

Une nouvelle fois, j’ai décidé de partir. Oui, alors, il faut que je raconte les choses dans l’ordre.
Bon avant, je trouvais que ma vie, c’était pas simple, mais là maintenant, je m’en rends compte (6), bah ma vie avant, c’était super simple.

Je suis ici à New York, pour pouvoir vivre à côté de mes enfants, que j’ai eus avec une Anglaise qui s’est installée ici avec un Américain. J’ai un enfant avec deux lesbiennes.
– Tu seras pas obligé d’être un papa au sens classique du terme.
– There are rules and there are rules.
– Faut que tu baises (7). Ah, je te connais par cœur (8). Faut que tu te tapes une meuf (9), là !

– C’est marrant (10) que tu voies ça si compliqué, la vie.
– Ouvre !
– La vie, elle est pas si compliquée ? Enfin regarde la mienne !
– Bah ça se voit que tu as jamais vécu en Chine, hein !

– Maman veut pas qu’on mange au McDo (11) .
– Ah bon ? Pourquoi ?
– Elle dit que c’est pas bon.
– Ah merde (12)! Tu en veux plus, alors !

Quelques détails :
1. faut que = il faut que (style oral et familier)
2. Faut qu(e) tu fass(es) que(l)qu(e) chose : bel exemple de toutes ces syllabes – que j’ai mises entre parenthèses – que nous ne prononçons pas clairement ! (sauf dans le sud de la France)
3. virer con = devenir con, c’est-à-dire devenir stupide, idiot et donc insupportable. (très familier)
4. portnawak = n’importe nawak, qui est la forme en verlan de n’importe quoi, ce qui signifie que sa vie n’est pas rationnelle, pas bien rangée, pas bien en ordre. (familier)
5. Super belle = très belle (familier)
6. je m’en rends compte : je m’aperçois / je comprends
7. baiser : coucher avec quelqu’un. C’est la version non poétique de « faire l’amour ».
8. connaître quelqu’un par cœur : le connaître parfaitement, donc être capable de décrypter toutes ses réactions. Voici une autre expression similaire que nous utilisons : Je te connais comme si je t’avais fait(e).
9. Se taper une meuf : une meuf, c’est une femme en verlan (c’est-à-dire à l’envers, en inversant les syllabes). Et se taper quelqu’un, c’est coucher avec quelqu’un. (très, très familier). Evidemment, cette expression insiste sur le côté uniquement physique. Pas de sentiments !
10. Marrant : drôle, mais dans son sens de bizarre, étrange.
11. Le McDo : c’est l’abréviation que les Français utilisent tout le temps pour parler de McDonald’s. Personne n’utilise le nom complet. On va au McDo, on mange un McDo, etc…
12. Ah merde ! : ici, comme souvent, cette expression signifie qu’on est désolé. Il dit ça d’une façon délicieuse et faussement naïve, alors qu’il n’est pas désolé du tout bien sûr. Et la réaction de la petite fille en fait une jolie petite scène, je trouve ! Pour une fois où ce n’est pas un Français (mais Wendy la maman anglaise) qui critique la gastronomie McDo ! Rigolo.

L’espèce humaine

En 2013, certains continuent à vous traiter de singe si vous avez la peau noire. Cela s’appelle du racisme. C’est ce à quoi a dû récemment faire face Christiane Taubira, notre Garde des Sceaux (c’est-à-dire notre ministre de la Justice), née dans le département français de Guyane.

Le racisme comme réponse aux problèmes économiques et sociaux. Résurgence d’idées malsaines, qui font froid dans le dos parce qu’elles sont la négation de l’appartenance de tous à la même famille humaine, dans laquelle nous naissons, par hasard et sans mérite, blancs, noirs, grands, petits, hommes et femmes.
Voici la réponse sans compromis de C. Taubira:C Taubira

Pour regarder cette interview en entier:

En voici un extrait que j’ai transcrit, parce que tout y est dit avec dignité, détermination et fermeté:Transcription :
Bah, il faut reconnaître qu’effectivement, ce sont des propos (1) d’une extrême violence parce que ces propos prétendent m’expulser de la famille humaine. Ce sont des propos qui dénient… qui me dénient mon appartenance à l’espèce humaine. Donc ils sont violents. Et puis en plus, ils ne sont pas proférés (2) n’importe où : c’est ici, dans ce pays de France, c’est-à-dire cette nation qui s’est construite sur une communauté de destins, sur du droit, sur des lois qui s’appliquent à tous, sur une égalité entre ses citoyens. C’est dans ce pays-là que des personnes s’autorisent à proférer de tels propos. Moi, j’encaisse le choc (3). Simplement, évidemment, c’est violent pour mes enfants, c’est violent pour mes proches (4), c’est violent pour tous ceux qui me ressemblent. Ça l’est pour tous ceux qui ont une différence, mais ça l’est aussi pour ceux qui ressemblent à ceux qui les profèrent, parce qu’on peut se ressembler physiquement mais ne pas avoir la même éthique, ne pas avoir le même idéal. Donc je sais qu’il y a des personnes qui souffrent beaucoup, beaucoup de ces agressions.
C’est à nous de rappeler à tous les Français que le racisme n’est pas une opinion mais un délit puni par la loi de la République.
Comme l’a dit cet après-midi… l’a rappelé cet après-midi le Premier Ministre, ça n’est pas… Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. L’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est un délit. La xénophobie, les discriminations, ce sont des délits punis par la loi. Donc la justice doit passer (5) mais la justice ne peut pas porter toute la charge. La société doit s’interroger. Et c’est ce qui se fait, parce qu’on voit bien que tous ceux qui ne louvoient (6) ni avec les valeurs républicaines, ni avec les principes démocratiques, ils s’expriment là. Toutes ces voix (7) qui s’élèvent rappellent que justement, elles ne louvoient pas avec ces principes et ces valeurs. D’ailleurs, vous avez vu, il y a eu une charte adoptée en… à Rome, par dix-sept pays européens, et la charte dit très clairement : il y a ceux qui sont ouvertement xénophobes. Et puis il y a ceux qui se dissimulent par exemple derrière la préférence nationale (8). Bon, c’est juste de l’hypocrisie, c’est juste de la lâcheté et ça, ça ne me trouble pas. Non, non, il y a un affrontement de valeurs profond. Cet affrontement est tout à fait normal, nous allons livrer bataille parce que nous avons des batailles sémantiques à livrer, nous avons des batailles cuturelles à livrer. Nous avons des conquêtes politiques à refaire et nous sommes bien déterminés à le faire.

Quelques détails :
1. des propos : des paroles
2. proférer des paroles, des propos : prononcer des paroles, des mots. (style soutenu). On utilise aussi ce verbe à propos de menaces : proférer des menaces
3. encaisser un choc : absorber un choc. Donc ici, faire face et réagir.
4. Les proches : la famille et les amis proches
5. la justice doit passer : il doit y avoir un jugement, un procès puisqu’il s’agit de quelque chose d’illégal.
6. louvoyer : prendre des détours. Donc ici, s’arranger avec les règles et les principes, ne pas les respecter.
7. toutes ces voix : elle fait référence à tous ceux qui ont condamné ce racisme, dans la classe politique, chez les intellectuels ou les artistes et chez les citoyens « ordinaires »
8. la préférence nationale : c’est une des idées du Front National et de l’extrême-droite, qui vise à exclure les étrangers.

Et ici, de quoi prendre peur ! Cette personne était candidate Front National à des élections. Et, bien sûr, elle a même des amis qui sont noirs ! Donc elle n’est pas raciste. Un grand classique:

candidate FN

Transcription:
– Mais justement, moi, je voulais juste vous montrer une photo et vous demander ce que vous en pensiez… de cette photo.
– Celle-ci, je l’ai vue. Et honnêtement, je l’ai mise sur mon réseau.
Justement, ouais, je l’ai trouvé effectivement sur votre facebook.
Oui. Bien sûr, bien sûr.
– Qu’est-ce que veut dire ce photo-montage exactement ?
– Bah, tout est dit entre les mots, hein ! Voilà, c’est… c’est… Elle arrive comme ça, elle débarque comme ça, c’est… franchement, c’est une sauvage, quoi. Elle prend tout le monde… Quand on lui parle de quelque chose de grave à la télé, aux informations, n’importe où , elle vous fait un sourire, mais il faut voir, un sourire du diable ! Les personnes qui ont tué, mais c’est pas grave, on va leur mettre leur bracelet, et puis çe sera déjà bien.
– Mais parce que ce genre de comparatif des noirs avec des singes, ça fait partie quand même des… voilà, de toutes les thématiques du racisme primaire.
– Non. En général, un… Non, non, ça, ça n’a rien à voir. Un singe, ça reste un animal. Un noir, c’est un être humain. J’ai des amis qui sont noirs et c’est pas pour ça que je leur dis que c’est des singes.
– Pourtant, là, vous faites ce comparatif-là avec ce genre de montage.
– C’est plus par rapport à une sauvage, que je l’ai fait. Pas par rapport à… au racisme, ou aux noirs, ou aux gris ou n’importe quoi. Là, c’est vraiment une sauvage. C’est une sauvage, voilà. A la limite, moi, je préfère la voir dans un arbre après les branches que de la voir comme ça au gouvernement, hein ! Franchement.