Mauvais joueurs !

 Vous connaissez Loulou et Chouchou – ou Jean et Alex.
Vous connaissez aussi le Monopoly, ce bon vieux jeu de société auquel nous avons tous joué.
Eh bien, apparemment, le Monopoly, ce n’est pas pour la paix des ménages, ni pour la sérénité des amitiés ! Petite illustration avec cet épisode d’ Un gars, une fille, où tout le monde parle à 100 à l’heure. Joli catalogue d’expressions familières et très courantes. (Et on ne se décourage pas, ce n’est pas facile de les suivre ces deux-là !)

Petit détail : le Monopoly existe depuis longtemps et a survécu à tout en s’adaptant aux différents pays et à leurs monnaies. Il est donc lui aussi passé à l’euro. Mais nous sommes encore très nombreux à avoir la version en franc, comme dans cette vidéo.

Cette vidéo n’est plus disponible sur le compte YouTube où je l’avais trouvée. Tant pis ! Je laisse ce billet parce que vous aurez peut-être la possibilité de voir le DVD, en l’empruntant dans une bibliothèque par exemple…


Transcription:
-Six, sept, huit, neuf, dix. Attends, Roger.
– Hop, hop, hop hop hop ! Dix, c’est avenue Mozart. C’est un hôtel. Et tu me dois 95 000 francs.
– Non, Loulou, regarde ! Déjà, j’ai pas grand-chose…
– Oh la pauvre ! Il te reste que 50 000 francs ?
– Oui.
– Oh bah je les garde, alors.
– Loulou, regarde, j’ai plus rien maintenant, je peux plus jouer !
– Mais c’est pour ça, Alex. Sois pas ridicule. Abandonne. J’ai tout. J’ai la main sur la ville. Regarde, j’ai les hôtels, les baraques (1), j’ai la thune (2). Tu as tout hypothéqué. Tu es ridicule ! Abandonne !
– Alors là, jamais ! Avec le ton que tu prends, certainement pas ! Je m’en fous (3), je me battrai jusqu’au bout.
– Alors, ça c’est vrai, hein. Parce que tu as quand même la victoire un petit peu agressive, Jean.
– Oh, ça va… (4)
– Ah si, si.
– Oh, je déconne (5). Je veux pas te froisser, Chouchou, ça va, c’est bon.
– Mais Jean, faut… faut pas être trop sérieux, quoi. C’est qu’un jeu.
– Oh non.
– Oh beh, je sais. J’y… j’y peux rien si je suis… si je gagne, si je suis bon. Bon, ça va. – Excusez-moi. Excusez-moi.
– Bon bah alors, prête-moi 200 000.
– Oh, pas 200 000, hein, hé oh !
– Allez ! Prête-moi 200 000. Regarde, tu as plein de sous (6)!
– 200 000, oh !
– Allez, prête-lui 200 000, Jean.
– On va pas s’arrêter là.
– Allez Loulou !
– Bon OK, allez, tiens, 200 000. Parce que je suis prince. Pour t’acheter des fringues (7).
– Merci Loulou. OK. Alors, à partir de maintenant, je vais t’écraser comme une pauvre merde !
– Ah oui, on va t’écraser. On va te plumer (8). On va te plumer !
– Bon joue. Ecrase-le.
– Exactement, je vais te les faire péter, tes hôtels… Je vais…

– Trois, quatre, cinq, six, sept. Caisse de Communauté. Entre ( ?) les hôtels.
– Ouais. Tu as du bol (9), toi, hein.
– Je veux, ouais. (10)
– Alors, « payez 1 000 francs ou tirez une carte Chance ». Bon, je crois que c’est clair, hein.
– Tire pas la carte Rue de la Paix, hein. Alex a un hôtel.
– Oui, c’est vrai. 200 000, hein, attention !
– T’inquiète pas, j’ai le feu sacré, moi.
– Alors… « C’est votre anniversaire, chaque joueur vous doit… 20 000 francs ». Ouais.
– Ça… ça existe, Jean ?
– Ah c’est pas moi qui fais les règles, hein Jeannette.
– Attends –tends –tends…. Fais voir la carte, là.
– Quoi, Qu’est-ce que… ? Tu me crois pas ?
– Non, je te crois pas, non.
– Tu me fais pas confiance ?
– Non, je te fais pas confiance, non.
– Devant Jeannette et Roger, tu me fais pas confiance ?
– Non. Fais voir la carte .
– Tu veux la carte ?
– Ouais, ouais, ouais.
– Voilà. Gardez-les, vos 1000 francs. M’en fous, hein.
– Jean ! Alors là, tu vas me la rendre tout de suite parce que je suis sûre qu’il y a la Rue de la Paix là-dedans. Tu me rends ça, Jean !

– Un, deux , trois, quatre, cinq, six, sept. Merde !
– Tu es sur ma propriété. Quatre maisons : 170 000 francs.
– Ouais, bah, je les ai pas. Je suis désolé, j’ai rien, là.
– Bah, tu hypothèques tes terrains, hein.
– Ah bah voilà, ça, c’est bien des paroles de banquier, ça ! Tu hypothèques tes terrains. Il vient de me faire un prêt, lui, faut que j’hypothèque le peu que j’ai. Allez tiens, prends tout, là. On prête qu’aux riches. Ça me bouffe, ça !(11)
– Oh le pauvre, il a plus rien maintenant.
– Ah bah, c’est le jeu.
– Allez… Alors… Chance ! « Vous venez de gagner le premier prix du concours de beauté . Chaque joueur doit vous verser 20 000. »
– Non c’est pas vrai ! Ils ont une chance de cocu, ces deux-là, merde (12) ! Ils ont tout, là, regarde !
– Oh attends, moi, j’en ai marre (13) de me faire insulter depuis trois heures. Ça va maintenant. (14)
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– C’est qu’un jeu, hein.
– Quoi ?
– Jeannnette.
– Oh ça va, maintenant.
– Mauvais joueur.
– Non mais arrêtez, je rigolais (15), là, oh !
– Mais il rigolait, oh !
– Qu’est-ce qu’ils ont ?
– Qu’est-ce qu’ils ont ?
– Mais quoi ?
– Ils sont mauvais joueurs ! Puis tu l’as vu, lui, tout de suite là ? Alors quatre maisons sur ma propriété, 170 000, attends, mais il se croit où, lui !…
– Tocard !(16) T’as vu comment il se la joue (17)! Et elle, et elle, « vous avez gagné le premier prix de beauté » ! Elle ! Mais pour qui elle se prend, là, non mais oh !
– Je te jure !
– Ça rend con (18), le fric (19), je te dis !

Quelques explications
1. une baraque : une maison (argot)
2. la thune : l’argent (argot)
3. je m’en fous : ça m’est égal (très familier)
4. ça va : on le dit comme ça pour calmer les gens.
5. déconner : dire ou faire n’importe quoi. (dire ou faire des conneries) (très familier)
6. des sous : de l’argent (familier)
7. des fringues : des habits, des vêtements. (familier)
8. plumer quelqu’un : lui prendre tout son argent. (familier)
9. avoir du bol : avoir de la chance (familier)
10. Je veux ! : c’est sûr. (familier) Souvent, on dit : « Je veux, mon neveu », pour la rime !
11. ça me bouffe ! : ça me rend malade. (très familier)
12. merde : Exclamation de colère. Plus poliment, on peut dire « Zut ».
13.en avoir marre (de…) : en avoir assez de (familier)
14. ça va, maintenant : ça suffit maintenant.
15. rigoler : rire, plaisanter. Je rigole = je ne suis pas sérieux, c’est pour rire.
16. tocard : idiot, incapable, débile (insulte)
17. se la jouer : c’est comme « se la péter » = faire le prétentieux. Se croire supérieur aux autres et le leur faire sentir.
18. con : bête, stupide, idiot. (très familier)
19. le fric : l’argent (très familier)

Elle joue. Et elle danse.

Juliette Binoche a remporté le Prix d’Interprétation Féminine à Cannes pour son rôle dans le film « Copie Conforme ». (dont la bande annonce est plus que succincte! Pas grand-chose à en tirer !)

Actrice.
En 1995, elle était Pauline de Theus dans Le Hussard sur le Toit.
Une très belle histoire adaptée du roman de Jean Giono, dans les paysages somptueux des Alpes de Haute Provence, vers 1830, quand une terrible épidémie de choléra ravageait le sud-est de la France.

Transcription :
Ma chère mère,
Cette lettre vous parviendra-t-elle ? Le choléra s’est abattu sur ce pays. Il n’y a plus ici ni courrier ni voiture de poste. Les routes sont barrées.
[Le voilà] Peut-être que Dieu a décidé d’en finir une fois pour toutes.*
Il est là ! Je le vois !

– Que faites-vous derrière cette pendule ?
– Rien. Je… C’est un peu compliqué.
– Vous êtes toujours comme ça, aussi cérémonieux ?
– Vous trouvez ça ridicule ?
– Au contraire, c’est très rassurant de rencontrer quelqu’un comme vous, dans les circonstances où nous sommes.
– Vous croyez qu’ils nous cherchent ?
– Peut-être.
– Vous parlez comme un officier.
– Je suis colonel.
– Colonel ? Ça existe, les colonels de votre âge ?
– Oui, en Italie.
– Merci de votre aide. C’est une chance de vous avoir rencontré. Sans vous, je serais encore qui sait où.
Vous n’êtes pas responsable de ma vie.
– Vous n’avez aucune chance, aucune, ni d’arriver à Manosque, ni de trouver votre mari.
– On voit que vous n’avez jamais aimé personne… Je ne connais même pas votre nom.
(* une fois pour toutes : d’une manière définitive)

Actrice.
Et danseuse aussi.