Il y a des milliers d’années

DSC_5484

En 1994, des spéléologues ont découvert une grotte ornée fabuleuse en Ardèche, à Vallon Pont d’Arc. Sur ses parois, des dessins d’animaux d’une immense beauté, protégés depuis 30 000 ans par l’obscurité et l’isolement de ce lieu magique. Elle ne sera jamais ouverte au public, pour ne pas l’endommager comme la grotte de Lascaux. Alors à quelques kilomètres de là a été conçue une réplique. Des centaines de techniciens, d’artistes, de préhistoriens y ont travaillé. Une oeuvre incroyable aux dires de ceux qui l’ont vue se développer, en tout point conforme à la grotte elle-même et qui sera accessible dans quelques jours. J’ai hâte d’y aller. Manquera-t-il néanmoins l’émotion du lieu réel, celle qu’ont éprouvée tous ceux qui y ont pénétré ? Voici l’un d’eux, le préhistorien Jean Clottes, qui a vécu cette aventure avec passion.

La grotte Chauvet

Transcription :
– Vous imaginiez que ces peintures avaient plus de 30 000 ans ? (1)
– Non, à l’époque (2), je l’ai pas imaginé du tout. Quand j’ai fait l’expertise (3), non. Vous savez, quand on fait une expertise, on le fait toujours en fonction d’une expérience. Or on n’avait aucune peinture d’une telle qualité à plus de 30 000, aucune ! Donc moi, je l’ai pas imaginé un quart de seconde (4) ! Je pensais qu’il y avait deux périodes. Et il y avait une période où il y avait les mains négatives par exemple, je me disais ça, ça peut aller chercher 26 – 27 000. Quant aux chevaux (5) par exemple, moi, je les voyais entre 20 – 22 000, vous voyez, peut-être un choix comme ça, c’est-à-dire à peu près les mêmes dates que Lascaux (6). Et je me disais, ça, c’est de la même qualité que Lascaux, c’est pas très récent – enfin… très récent… ça n’a pas 12 000, 14 000 ans, c’est pas les périodes les plus récentes de l’art préhistorique, parce que par exemple, les bisons avaient les cornes en perspective… ce qu’on appelle en perspective tordue : la tête vue de face et le corps vu de profil. Et ça, c’est un caractère qu’on trouve pour les peintures assez anciennes, vous voyez. On les trouve pas au Magdalenien, on le trouve pas il y a 13 -14 – 15 000 ans. Alors je me suis dit : ça a plus de 20 000 ans, dans mon rapport, ça voulait dire peut-être 22, 23, vous voyez. Jamais j’aurais pensé que ce soit à plus de 30 000 !

Quelques détails :
1. 30 000 : trente mille
2. à l’époque : à ce moment-là. Mais pour utiliser cette expression, il faut quand même qu’elle nous paraisse un peu éloignée, comme appartenant à une période bien révolue.
3. Faire une expertise : ils ont expertisé les peintures, c’est-à-dire qu’ils ont déterminé leur âge.
4. Pas un quart de seconde : il n’y a donc absolument pas pensé. Cette idée ne lui a même pas effleuré l’esprit, tellement cela lui paraissait impossible.
5. Quant aux chevaux : en ce qui concerne les chevaux. Quant à / au / aux montre qu’on passe à un autre élément, après avoir en avoir décrit un premier.
6. Lascaux : la grotte ornée de Lascaux, en Dordogne, très célèbre aussi pour ses peintures rupestres.

DSC_5488

Vocation préhistorien, Jean Clottes

Transcription :
– Oui, quand j’étais jeune, j’aurais jamais pensé qu’il était possible de devenir préhistorien professionnel ! Ça n’existait pas à l’époque. Il y avait des préhistoriens, certes (1), mais en général, c’était des amateurs. Et par exemple, le Directeur des Antiquités Préhistoriques de la Région Midi-Pyrénées, bah c’était un juge à la Cour d’Appel de Toulouse, vous voyez, qui faisait ça en supplément. Ça ne m’était pas venu à l’idée (2). Bon. Donc…
– Ça vous intéressait un petit peu quand même !
– Oui, la préhistoire me fascinait un peu parce que toute ma vie, j’ai fait de la spéléologie (3). Mon père a fait de la spéléologie avant la seconde guerre mondiale, à une époque où il y avait très peu de gens qui en faisaient. Et mon frère, ma sœur et moi, il nous amenait dans les grottes. Et alors quelquefois, ça nous arrivait de trouver par exemple des tessons (4) de poteries cassées. Et on se dit : « Tiens, de quand ça date ? » Vous voyez, on aurait aimé en savoir un petit peu plus. Donc j’avais une certaine curiosité à cet égard (5). Mais je savais pas comment faire. Il fallait qu’on gagne notre vie (6), donc moi, je suis devenu professeur d’anglais, j’ai fait des études d’anglais, je suis devenu professeur d’anglais. Bon.
– Et vous avez exercé (7) jusqu’à l’âge de 42 ans, ce métier de prof d’anglais.
– Oui, oui,oui. Eh oui, c’est ça, oui, oui, j’ai exercé longtemps, oui, bien sûr. Et en plus, j’étais un professeur heureux, je m’entendais bien avec les élèves. Mon premier poste, ça a été au lycée de Foix, dans l’Ariège et j’ai eu un an avant de partir au service militaire, vous voyez, qui était à l’époque de deux ans et demi, hein, la guerre d’Algérie (8), quoi. Et alors, j’ai eu un an. Et cette année-là, je me suis dit : Non , je continue pas sur l’Agrégation (9), c’est trop de travail. Et je vais m’inscrire à Toulouse parce que j’avais vu qu’il y avait un enseignement de la préhistoire à Toulouse. A l’époque, il y avait trois universités, il y avait Toulouse, Bordeaux et Paris, où il y avait un enseignement de la préhistoire. Donc c’est un coup de chance. Et je me suis inscrit à ce cours, vous voyez.
– Tout en continuant (10) vos cours d’anglais.
– Ah bah bien sûr ! Bien sûr ! J’avais mes cours au lycée. Et j’ai fait ça en plus. Donc j’ai passé l’examen à la fin de l’année, très bien, bon. Le professeur m’a écrit… me dit : Ecoutez, j’ai vu que vous étiez intéressé au cours, je vous conseille de faire… je sais pas… une thèse de troisième cycle, voyez, un truc comme ça. Alors j’ai dit oui. Et j’ai commencé à y travailler, d’ailleurs au départ pour pas faire mon service militaire. J’ai vu la bibliographie. Et puis au fil des ans – j’enseignais toujours, hein – mais ça a pris de l’ampleur (11), j’ai fait des fouilles – de dolmens – et puis, c’est les dolmens…
– Vous avez été mordu. (12)
– Exactement, j’ai été mordu. Et petit à petit, ça a pris une place dans ma vie assez considérable. Et j’ai fait une thèse, un doctorat d’Etat. Et puis, comme j’avais fait des articles, etc., je suis devenu un peu connu. Et lorsqu’il y a eu ce poste de Directeur des Antiquités Préhistoriques de la Région Midi-Pyrénées, j’ai postulé et c’est moi qui l’ai eu !
– Et ça a commencé comme ça en fait.
– Eh oui ! Ça a continué, parce que j’avais commencé à faire du travail un certain nombre d’années auparavant.

Quelques explications :
1. certes : bien sûr, c’est vrai.
2. Ça ne m’était pas venu à l’idée : cette expression signifie qu’il n’y avait pas pensé du tout.
3. Faire de la spéléologie : explorer les grottes.
4. Un tesson : un morceau cassé
5. à cet égard : dans ce domaine
6. gagner sa vie : avoir un travail et donc un salire pour vivre
7. exercer un métier : avoir un métier. On dit : il a exercé le métier de professeur d’anglais. / Il a exercé comme professeur d’anglais. On peut aussi l’employer seul, si on sait de quel métier il s’agit : Il était prof d’anglais. Mais maintenant, il n’exerce plus.
8. La guerre d’Algérie : c’est la période de conflit qui a abouti à l’indépendance de l’Algérie, qui avait été colonisée par les Français.
9. L’Agrégation : c’est un des grades qui permet d’être professeur.
10. Tout en continuant : en continuant en même temps / simultanément
11. prendre de l’ampleur : devenir de plus en plus important.
12. Être mordu : être passionné

L’émission entière est ici.

Et aussi le site de la grotte Chauvet.

DSC_5490

Touche-à-tout

DSC_5229Des avions qui s’écrasent, des extrémistes qui massacrent des hommes et des femmes… L’actualité n’est pas joyeuse. Alors pour se redonner le moral, voici la petite histoire d’un jeune homme ordinaire, qui aime les chiens et qui essaie de mener sa vie tranquillement, avec humanité. Il m’a bien plu pour son envie de se mettre au service des autres et aussi parce qu’il rappelle à tous les parents du monde que les enfants ne font pas toujours ce qu’on avait imaginé pour eux !

Infirmier ou dresseur de chiens

Transcription :
– Elle est bien dressée. Végas ! Assis ! Assis ! Pas bouger (1). Pan, pan pan, pan (2). Je lui fais avec ma main comme si c’était un pistolet et elle se couche.
– C’est vous qui l’avez dressée comme ça ?
– Ouais. A la récompense (3), elle se couche et elle s’assoit. Elle cherche la truffe (4). J’en ai pas trouvé. Bon après, je suis pas un spécialiste non plus, mais qui ne tente rien n’a rien (5), hein ! C’est pas facile de dresser un chien quand même.
– Et vous, vous vous levez ? Vous vous couchez ?
– Oui. Je mange, je bois.
– Vous êtes bien dressé !
– Bah, le mot dressé, j’aime pas trop. C’est plutôt éduqué, on va dire. J’ai eu une bonne éducation. Oui, je sais pas, moi.
– C’est quoi, une bonne éducation ?
– Bah c’est d’essayer d’être épanoui (6), d’être heureux dans sa vie.
– Vous y arrivez ?
– J’essaye, on va dire. Donc c’est pour ça que j’ai fait plusieurs métiers. Moi j’ai touché un peu à tout (7). J’ai fait de la manutention (8), j’ai fait du jardinage, là, je vais travailler dans un centre d’handicapés, j’essaie de devenir infirmier. Moi, j’ai juste le bac, donc je fais une prépa (9) infirmier, pour me donner toutes les chances de réussir mon diplôme. Bon quand on est jeune et que on fait un peu ce qu’on a envie, les parents, souvent, on les écoute pas. Donc…
– Ils font quoi, vos parents ?
– Mes parents sont médecins. Donc bon, ils m’ont conseillé de faire des études mais quand j’ai passé le bac, après, j’ai eu envie de travailler. Mais bon, je vous cache pas que (10) ça leur aurait fait plaisir que je sois médecin. Faut avoir des capacités intellectuelles vraiment élevées. Je pense pas les avoir. Je pense plutôt qu’infirmier, ça me conviendrait parce que c’est vraiment un métier de communication, c’est-à-dire on est très proche des patients, mais en même temps, on fait des gestes techniques, c’est pas un métier anodin (11). Et vraiment c’est quelque chose qui m’a plu d’être proche des patients. Moi, j’ai toujours eu ce besoin de parler avec les gens. Donc je pense que c’est un métier qui me plairait. Et si j’y arrive pas, je ferai dresseur de chiens !

Quelques détails :
1. Pas bouger : ce genre d’ordre n’est pas utilisé, à part pour les chiens (ou les animaux qu’on peut dresser.) C’est en quelque sorte une phrase minimale, compréhensible par un animal.
2. Pan, pan, pan : c’est l’onomatopée qu’on utilise à propos des coups de feu. (donc avec une arme à feu). On la trouve par exemple dans les bandes dessinées.
3. A la récompense : sa chienne a appris à obéir car elle est récompensée (par un biscuit par exemple) si elle comprend les ordres de son maître.
4. Les truffes : ce sont des champignons qui poussent dans la terre et qui dégagent une odeur que les chiens dressés pour ça détectent. Ils grattent alors le sol et leur maître peut cueillir les truffes. Les truffes se vendent très cher !
5. Qui ne tente rien n’a rien : c’est un proverbe qui signifie qu’il faut oser essayer et ensuite, on verra le résultat.
6. Être épanoui : c’est lorsqu’on est parfaitement satisfait de sa vie et en équilibre.
7. Toucher à tout : faire des choses différentes, ne pas être spécialisé dans un domaine précis.
8. Faire de la manutention : transporter des marchandises dans un dépôt ou dans un supermarché par exemple.
9. Une prépa infirmier : c’est une formation qui prépare au concours pour devenir infirmier. Comme cet examen est sélectif, il est nécessaire de bien s’y préparer en s’entraînant exactement aux épreuves qu’on doit passer.
10. Je ne vous cache pas que… : C’est certain que…
11. anodin : ordinaire et sans grande importance.

C’était ici à la radio un matin.