Pair ou impair ?

Circulation alternée Comm gouv

Il fait très beau sur la France depuis quelque temps. Tout le monde revit ! Mais le revers de la médaille, c’est que ce temps calme et stable laisse la pollution stagner notamment sur les grandes villes. Alors, pour que l’air redevienne plus respirable dans la capitale, les Parisiens ont dû abandonner leur voiture au garage lundi. Mais pas tous, selon le principe de la circulation alternée, en fonction de la plaque d’immatriculation de leur véhicule, terminée par un chiffre pair ou impair.
Personne en France n’est habitué à ce genre de mesure, alors les réactions étaient mitigées, même si les transports en commun étaient gratuits pour tout le monde depuis quelques jours. Voici quelques échos des « privés de voiture ». Il reste du chemin à faire ! (à pied bien sûr !)

Transcription:
– Ça va être difficile pour les Parisiens, pour ceux qui utilisent la voiture tous les jours pour… pour travailler.
– Les entreprises, les camions, on n’a qu’un numéro (1) en fait, nous. On peut pas choisir son côté, quoi.
– Pour moi qui vais de Vanves à Orly, ça va être un peu difficile, quoi, le long de la semaine (2) mais je vais être obligé de prendre les transports. Enfin, si ça dure pas trop longtemps, ça va.
– Bah moi, je travaille à dix minutes de chez moi, donc je peux me débrouiller (3). Mais mon mari, c’est impossible.
– Moi, j’ai une voiture hybride (4) donc ils vont pas m’empêcher de rouler.
– C’est encore une invention à bon compte (5) pour emmerder (6) les gens et montrer qu’ils font quelque chose alors qu’ils font rien depuis deux ans ! (7)
– Là où j’habite, il y a pas de transports en commun, 25 km. C’est la voiture ou je peux pas venir, parce que mes horaires en plus correspondent pas pour l’école de mes enfants. Donc j’ai pas le choix.
– Non, c’est… c’est une très, très mauvaise idée. Bah ça fait perdre du temps, se lever plus tôt, puis marcher. C’est du grand n’importe quoi ! (8)
C’est compliqué juste avant les élections (9) de faire un truc comme ça (10), mais si ils estiment que c’est la seule solution pour que la pollution baisse sur Paris, voilà.
– Vu les seuils de pollution qu’on atteint, oui, ça me paraît être une bonne chose. Ce qu’il aurait fallu, c’est peut-être arrêter le programme des diesels (11) avant ou mettre en place les filtres à particules beaucoup plus tôt. Mais la situation aurait été bien différente si les mesures qui auraient été nécessaires avaient été prises au bon moment.
– Je trouve ça très bien ! On devrait même interdire toutes les voitures personnelles. Ceux qui peuvent prendre les transports devraient prendre les transports. C’est hyper important (12). Je me demande pourquoi on l’a pas fait plus tôt. Moi, je peux plus respirer, quoi ! J’ai des enfants, tout le monde tousse, enfin c’est… c’est insupportable !
Très content aussi, Hicham. Il est chauffeur de taxi.
– La circulation alternée, ça se passe comment pour vous ?
– Pour nous, ça se passe très bien (13). On a… On ressent qu’il y a beaucoup moins de circulation sur Paris (14). J’ai pu faire beaucoup plus de courses (15) ce matin. J’ai commencé à 5 heures, j’ai dû (16) faire sept, huit courses, alors que d’habitude, je suis à quatre, cinq. Mais nous, ça nous arrange (17), hein, faut le dire clairement. Si… si les gens ne peuvent pas circuler, ils prennent… ils prennent le taxi, les transports en commun, etc.

Quelques détails :
1. un numéro : il s’agit du numéro d’immatriculation des véhicules, qui est pair ou impair.
2. Le long de la semaine : normalement, le long de est une expression utilisée pour parler d’un lieu : le long de la rivière / le long de l’autoroute. Ici, il devrait dire : tout au long de la semaine, qui marche pour parler du temps. Par exemple : tout au long de l’année / tout au long de la vie.
3. Je peux me débrouiller = je n’aurai pas trop de problèmes, je vais trouver une solution, donc c’est faisable.
4. Les voitures hybrides (électriques et à essence en même temps, comme les Toyota Prius) avaient le droit de circuler car moins polluantes.
5. À bon compte : qui ne vaut pas grand chose. Il veut dire que ça n’est pas compliqué pour le gouvernement de prendre cette décision, que ça les dispense de vraiment réfléchir au problème en profondeur.
6. Emmerder : poser des problèmes aux gens, les embêter. (plutôt vulgaire)
7. depuis deux ans : il fait allusion à la date de l’élection de l’actuel gouvernement il y a deux ans. Il n’a pas dû voter pour eux, ou en tout cas, il ne votera pas pour eux aux prochaines élections !
8. C’est du grand n’importe quoi : c’est vraiment nul, ça n’a aucun sens. (familier) D’habitude, on dit juste : C’est n’importe quoi / N’importe quoi. Donc là, c’est encore plus fort.
9. Les élections : dimanche, ce sont les élections municipales, pour choisir les conseils municipaux et les maires de toutes les communes de France.
10. Un truc comme ça : quelque chose comme ça (familier)
11. le programme des diesels : les Français ont beaucoup de voitures diesel, encouragés par les différences de prix entre l’essence et le gasoil pendant longtemps. (Mais l’écart de prix est devenu plus faible récemment.)
12. hyper important : c’est encore plus fort que super important. (oral uniquement)
13. ça se passe très bien  = tout va très bien.
14. Sur Paris : encore cet emploi bizarre mais qui devient ordinaire de « sur » devant le nom des villes. On doit dire : à Paris. Je ne comprends toujours pas quelle nuance cela apporte et pourquoi tout le monde dit ça !
15. Faire des courses : le déplacement d’un taxi pour transporter un client s’appelle une course.
16. J’ai dû : ici, le verbe devoir n’exprime pas l’obligation mais la supposition. Il n’est pas tout à fait sûr du nombre exact.
17. Ça nous arrange = c’est pratique et positif pour nous (les chauffeurs de taxis)

Ministère de l ecologie
Et pour tout savoir, voici les infos données par le Ministère du Développement Durable en cliquant ici.

Désillusions

Dimanche prochain aura lieu le premier tour des élections municipales, au terme desquelles seront nommés les maires de toutes les communes de France – petits villages, villes moyennes, grandes villes. Election de proximité, importante pour notre vie quotidienne. Mais certains annoncent une augmentation de l’abstention, notamment chez les jeunes.
Alors tous les moyens sont bons pour les encourager à voter, y compris leur parler dans un langage qui est soi-disant le leur. Et bien sûr, hors les réseaux sociaux, point de salut !
Voici donc ce qu’on lit sur la page qui s’affiche quand on se déconnecte de Facebook:

oui je vote page facebook accès

Et ailleurs sur internet:

Oui je vote c'est tweeter liker

Alors, les Français vont-ils liker, tweeter et aller voter ?
Si on écoute la petite conversation qui suit, pas sûr que les campagnes de communication du gouvernement soient très efficaces ! Transcription :
– Au début, on fait… Ils font de la lèche (1), ils font de la lèche pour qu’on vote pour eux. Et dès qu’ils ont obtenu ce qu’ils veulent, bah on peut plus rien faire, c’est fini. J’ai plus confiance.
– Vous aussi (2), vous ne voterez pas ?
– Non, je voterai pas non plus. Je voterai pas parce que pour moi, c’est un peu… c’est un peu des charlatans (3), en fait. Moi, quand je vois, c’est hallucinant, ce qu’ils mettent dans les décorations de Noël (4), ou même juste le feu d’artifice (5), vous imaginez pas combien ça coûte ! Et il y a plein de gens qui sont dans le besoin (6) et il y a personne pour les aider.
Pour moi, je dis, il faut qu’ils aillent sur le terrain (7).
– Parce que c’est sûr, on a des jolis espaces verts (8), mais après, il y a pas que l’environnement.
– Qu’est-ce que vous attendriez par exemple ?
– Bah… qu’ils fassent vraiment des choses pour les jeunes.
– Déjà pour les logements, il y a pas assez de logements sociaux (9). Si c’est pour donner un logement au bout de trente ans (10), où est l’intérêt ? C’est-à-dire pendant 30 ans, on attend un logement avant d’avancer dans la vie.
– Moi, je vois mon cas, moi j’ai fait une demande depuis super longtemps (11), sous prétexte qu’ils me disent : Vous n’avez pas d’enfant, vous n’êtes pas prioritaire. Et pourtant, je… je gagne un salaire, je paye mes impôts, et ils ont donné le logement à quelqu’un qui est au chômage mais qui a son parent qui travaille pour la mairie. On est mis de côté (12), en fait. On est mis de côté, on fait partie des habitants mais en même temps, on en fait partie quand ils ont besoin de nos voix (13), mais une fois que les élections sont passées…
– Clairement, on est pris pour des cons (14), hein !
– Par la politique ou par les politiques (15) ?
– Bah il y a encore des politiciens qui sont bien, faut dire ce qui est (16). Mais le problème, c’est qu’ils sont peu par rapport à tous les connards (17) qu’il y a ! C’est ça le problème. La politique en elle-même, il en faut. Dans tous les pays, c’est grâce à la politique qu’on a avancé. C’est normal. Mais maintenant, aujourd’hui, les politiciens, ils pensent qu’à leur gueule (18), ils pensent qu’à leur gueule.

Des explications :
1. faire de la lèche (à quelqu’un) : flatter servilement quelqu’un pour obtenir des avantages. (argot) Cela donne aussi l’expression : être lèche-bottes, ou lèche-cul.
2. vous aussi : ici, elle devrait dire : Vous non plus, vous ne voterez pas ?, car la suite est négative. Ça aurait été correct si elle avait dit : Vous aussi, vous vous abstiendrez.
3. Un charlatan : quelqu’un qui raconte n’importe quoi, en faisant croire qu’il a des connaissances dans un domaine. Cela signifie donc ici que ce sont des gens dont les discours ne sont que des mensonges.
4. Les décorations de Noël : au moment des fêtes de fin d’année, toutes les villes illuminent et décorent les rues. Donc c’est un budget pour une commune. Cette jeune femme trouve que c’est de l’argent gaspillé et qu’il y a d’autres priorités.
5. Le feu d’artifice : le 14 juillet, jour de la fête nationale, un feu d’artifice est tiré dans la plupart des communes. Et ça aussi, ça coûte cher.
6. Être dans le besoin : ne pas avoir assez d’argent pour vivre correctement. C’est une autre manière de dire qu’on est pauvre.
7. Aller sur le terrain : aller voir comment les gens ordinaires vivent vraiment.
8. Les espaces verts : c’est l’expression utilisée pour désigner tous les jardins publics et tous les massifs fleuris d’une ville.
9. Les logements sociaux : c’est ainsi qu’on appelle des logements accessibles et reservés à tous ceux qui ont des petits salaires et qui ne peuvent pas payer un loyer élevé à un propriétaire. Il y a des conditions de ressources. Le problème des loyers est devenu très sensible car ils ont beaucoup augmenté.
10. Trente ans : il veut dire par là que la liste d’attente est longue et donc que cela prend beaucoup trop de temps pour obtenir un appartement. En fait, il n’y a pas assez de logements sociaux.
11. Super longtemps = très longtemps (familier)
12. on est mis de côté = on est négligé, personne ne s’occupe de nous.
13. Nos voix : dans le domaine des élections, les voix sont les votes exprimés par les électeurs pour les candidats. On donne les résultats en nombre de voix.
14. On est pris pour des cons = on nous prend pour des imbéciles, on se moque de nous. (très familier). On pourrait dire aussi, avec le même niveau de langue: Ils se foutent de notre gueule.
15. les politiques = les hommes politiques et les femmes, mais on ne dit pas les femmes politiques – ce qui reflète la place peu importante des femmes en politique pendant longtemps. Donc on entend de plus en plus « les politiques », qui englobe les hommes et les femmes.
16. Il faut dire ce qui est : cette expression toute faite signifie qu’il faut reconnaître quelque chose, qu’on ne peut pas le nier. (plutôt oral)
17. un connard : c’est un terme insultant, très péjoratif, plus fort et vulgaire que « un con ».
18. ils pensent qu’à leur gueule = ils ne pensent qu’à eux-mêmes, ils ne sont guidés que par leur intérêt personnel. (très familier, quasi vulgaire).

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