Les parents poules

Les mamans ont tendance à être des mères poules et à couver leurs enfants, comme la poule couve ses oeufs et s’occupe ensuite de ses poussins. (On utilise d’ailleurs ce terme affectueux pour s’adresser à ses enfants : Mon poussin, mon petit poussin)
Et aujourd’hui, les pères ne sont pas en reste et jouent un grand rôle dans l’éducation de leurs enfants, en refusant d’être seulement la traditionnelle figure de l’autorité. D’où ce terme assez amusant de papa poule !

Donc être des parents poules n’est pas surprenant à notre époque. Normalement, ce terme est plutôt sympathique. Mais le risque, c’est bien sûr d’étouffer ses enfants, qui ne peuvent pas s’envoler du nid. Difficile alors pour eux de voler de leurs propres ailes. Dans ce cas, on utilise de plus en plus un terme venu de l’anglais, et moins poétique : les parents hélicoptères, qui tournoient sans cesse au-dessus de leurs enfants pour veiller à ce qu’il ne leur arrive rien, qui surveillent toutes leurs activités en permanence. Cela engendre forcément des tensions dans les familles, notamment entre les parents et les ados !

Voici un tout petit tableau brossé par une journaliste et mère de famille, plutôt rassurant en définitive !
Ce billet m’a été inspiré par mon fils aîné, bientôt 30 ans, qui nous a dit l’autre jour, que nous avions été des parents « cools »! Ce n’est pas toujours l’impression que j’avais eue ! 🙂

Parents parfaits

Transcription
Moi, j’ai travaillé avec les adolescents, avec Phosphore (1) avant, et je me souviens d’un dossier mais (2) qui m’a énormément déculpabilisée en tant que parent, on avait fait un dossier qui était « Rester… »… « Comment rester zen en famille », avec des ados, donc 15-18 ans, pas mal en… pour certains, en mode (3) crise d’ado pour certains et des parents. Et je suis ressortie médusée (4) de ce dossier (5), parce que d’un côté, j’avais des parents, mais (6) certains en larmes au téléphone, déprimés, mais disant : « Mais qu’est-ce que j’ai raté (7)? Il me parle plus (8), il est dans sa chambre, tout ce que je dis, il lève les yeux au ciel (9), il y a rien qui a de l’importance. Qu’est-ce que j’ai loupé (10) ? On n’arrive plus à communiquer. » Et de l’autre côté, j’avais les enfants, hein, des mêmes familles, des ados qui me disaient : « Ouais, moi, mes parents, ils sont chouettes (11), ils sont sympas. » Quand… A la question « Ce serait quoi, un parent idéal ? », tous, y compris un ado, je me souviens, qui était en assez grande tension avec sa mère, c’était compliqué, tous, y compris lui, me dit (12) en gros (13), à un détail près (14), c’était leurs parents ! Donc ça, moi j’avais trouvé extraordinaire, ce dossier, pour ça, de se dire que même quand, en tant que parents, on a l’impression d’avoir loupé quelque chose, d’être un peu à côté de la plaque (15), en fait, ils nous aiment comme étant leurs parents et avec nos gueulantes (16) et nos… et nos coups de colère et nos pétages de plombs (17) des fois !

Quelques explications :
1. Phosphore : c’est le titre d’un magazine pour les grands ados, avec des BD, des reportages, des jeux et des dossiers, des enquêtes sur des thèmes particuliers chaque mois
2. mais qui m’a déculpabilisée : ici, mais n’a pas son sens habituel de contraste, d’opposition. C’est un emploi uniquement oral, qui sert à renforcer ce qu’on dit juste après, à le mettre en valeur. C’est en quelque sorte un synonyme de vraiment, totalement, etc. Ici, elle explique qu’elle s’est sentie totalement déculpabilisée.
3. En mode : expression orale à la mode, qui indique qu’on a adopté une attitude particulière. Ici, ces jeunes ont l’attitude typique des ados en crise d’adolescence, qui ne s’entendent pas avec leurs parents et s’opposent à eux sans cesse.
4. médusé : vraiment très étonné. (Ce terme est très fort.)
5. je suis ressortie de ce dossier : c’est-à-dire quand elle a eu terminé tout son travail d’enquête et de rédaction de ce dossier.
6. Mais certains en larmes : c’est le même emploi de mais que précédemment, pour insister sur le fait que certains parents étaient tellement catastrophés qu’ils en pleuraient.
7. Rater quelque chose : échouer à faire quelque chose.
Mais qu’est-ce que j’ai raté ? = Où est-ce que j’ai commis des erreurs ? / Qu’est-ce que je n’ai pas su faire ?
8. Il me parle plus = Il ne me parle plus. (style oral, avec omission de ne)
9. lever les yeux aux ciel : cela signifie bien regarder vers le ciel, mais pas pour regarder. Cela sert à exprimer l’agacement, à montrer son irritation sans passer par les mots. C’est du langage non-verbal très clair et très impoli évidemment !
10. Louper : rater, manquer. (style familier). Apparemment, ce verbe est en train de devenir neutre et non plus familier car beaucoup de gens l’emploient de façon interchangeable avec rater ou manquer, qui eux ne sont pas familiers.
11. Chouette : bien, sympa, etc. (plutôt familier) On n’entendait plus tellement ce mot et il est en train de revenir à la mode, j’ai l’impression.
12. me dit... : normalement, le sujet de ce verbe est « Tous », donc il faudrait accorder au pluriel : Tous me disent… Mais comme le sujet et le verbe sont loin l’un de l’autre et qu’elle a évoqué entretemps un ado particulier, elle accorde au singulier en pensant juste à lui. Elle a perdu son sujet en route, ce qui est fréquent à l’oral et n’est pas gênant pour la compréhension.
13. En gros : sans entrer dans les détails, dans les nuances.
14. À un détail près : il y a juste un détail qui ne correspond pas, qui ne va pas. Par exemple : Il a trouvé toutes les bonnes réponses, à un détail près. Donc c’est quasiment parfait ! / Tu as pensé à tout, à un détail près !
15. Être à côté de la plaque : ne rien comprendre et donc ne pas faire les choses correctement. (argot)
16. une gueulante : ce nom vient du verbe gueuler, qui signifie crier, se fâcher contre quelqu’un. Donc c’est lorsqu’on exprime sa colère en criant. (très familier)
17. un pétage de plombs : cela vient de l’expression : péter un plomb / péter les plombs, qui signifie qu’on perd totalement son calme parce qu’on est très en colère. (argot) On utilise aussi l’expression synonyme : Péter un câble. (Toujours au singulier.) Mais bizarrement, on n’emploie pas l’expression un pétage de câble.

L’émission entière est ici.

Bon weekend à vous !

En avril 2018

Le mois de mai commence tout juste.
C’est donc l’heure de revenir un peu sur mon mois d’avril, pour compléter ce que j’ai partagé avec vous dans les semaines passées.
Un temps estival, un film marquant où se mêlent plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs époques et un petit tour dans ma vie de prof. Et des expressions, parce que finalement, on en emploie beaucoup spontanément !


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Juste l’enregistrement :
Avril 2018

Transcription
Alors, pour le mois d’avril, je vais commencer par faire un petit petit point météo (1) quand même, parce que, bon il y a un proverbe qui dit : En avril, ne te découvre pas d’un fil. En mai, fais ce qu’il te plaît (2). Et là, en avril, il a fallu se découvrir, c’est-à-dire sortir les vêtements d’été, les vêtements légers, parce qu’il a fait vraiment chaud avant l’heure (3). Alors, à Marseille, on n’est pas très surpris en général d’avoir du beau temps comme ça, et puis d’autant plus que, à cause de la Méditerranée, ça se réchauffe un tout petit peu plus lentement. Mais quand même, il a fait… On est passé d’un coup (4) de l’hiver en quelque sorte à des températures vraiment d’été. Et c’était surtout surprenant dans d’autres régions de France, notamment dans le nord, dans le nord-ouest, parce qu’ils ont eu vraiment des températures très élevées et c’est venu d’un coup, donc tout le monde était très surpris. Et quand c’est comme ça, bah c’est vrai que tout le monde dit : Oh là, là ! On va le payer ! (5) Et c’est vrai que ça peut arriver parce que notamment s’il fait un petit peu chaud et que les… la végétation, les arbres fruitiers démarrent, parfois, après, bah il refait froid derrière (6), et évidemment, c’est pas très bon pour les fruits par exemple, les fleurs qui gèlent, ce genre de choses et… Mais bon, on peut toujours se dire que, après tout, c’est toujours ça de pris ! (7)
Pour passer à un autre sujet, je voulais vous parler d’un film que j’ai vu, début avril, qui s’appelle Razzia et qui est un film marocain, de Nabil Ayouch, qui est vraiment pour moi… enfin qui m’a vraiment beaucoup marquée. Et… La seule chose, c’est que je pense que il faut que chacun voie ce film et se fasse sa propre opinion parce que, après, j’ai lu des critiques qui n’étaient pas bonnes, qui n’étaient pas très, très bonnes, en disant que c’était un film compliqué, où tout se mélangeait, etc., et justement, par définition (8), moi, c’est ce qui m’a beaucoup plu. Donc c’est un film qui se passe au Maroc, dans les années 80, en partie, au départ, dans l’Atlas marocain et avec un instituteur qui fait vraiment aimer l’école à ses élèves et qui subit l’arabisation forcée et qui, bah, ne sait plus très bien comment faire, parce qu’on lui demande d’enseigner d’une manière qui ne lui convient pas. Et ensuite, on suit les destins d’autres personnages, qui sont plus proches de nous, dans les années 2000… enfin en 2015, et… des destins différents. Et en fait, pour moi, ça n’a pas été du tout gênant parce que on suit très, très bien toutes ces histoires, et il y a un point commun, c’est-à-dire entre eux, c’est la… finalement, la lutte pour la liberté, contre l’intolérance, contre le sexisme, contre l’homophobie. Et c’est… Je n’ai pas trouvé… enfin, je pense que c’est très, très réussi, justement, parce que tout s’enchaîne de façon très subtile et très souple. En même temps, les personnages sont quand même liés les uns aux autres de différentes manières et franchement, enfin, c’est un film qui m’a marquée parce que ça montre la condition des femmes au Maroc, la condition des jeunes au Maroc. Et c’est quand même très, très… enfin très politique. Mais en même temps, c’est très, très beau. Si vous avez l’occasion, allez le voir et faites-vous une idée par vous-même (9), parce que je vous dis, j’ai lu des critiques qui étaient très négatives. Mais honnêtement, moi, c’est un des films qui me reste et qui m’a marquée.
A part ça, je voulais vous parler aussi de ce que font les étudiants à la fin de chaque semestre, et là, on arrive à la fin du deuxième semestre bientôt. Donc les étudiants vont avoir à évaluer les enseignements qu’ils reçoivent dans mon IUT. Et ça existe depuis… je sais pas… deux-trois ans peut-être, pour les étudiants de première et deuxième année. Ça existait avant pour les étudiants plus âgés, en licence et en formation continue. Et puis ça s’est étendu donc aux étudiants de première et deuxième année. Et alors, ce qui est vraiment terrible (10)… Donc c’est… Ils sont… Ils doivent donner leur avis sur les différents cours qu’ils ont suivis, et c’est fait de façon anonyme, par internet. Et ensuite, bah chaque prof reçoit les comptes-rendus de ce qu’ils ont dit. Donc bah ils ont à mettre des notes de zéro à cinq, des choses comme ça. Et puis, ils ont aussi la possibilité de laisser des commentaires, d’ajouter des commentaires rédigés. Donc ce qui est terrible, c’est que certains n’ont vraiment qu’un but, c’est de dégommer (11) les profs ! Et tout le monde en prend pour son grade (12), vraiment avec des commentaires très… qui n’ont rien à voir… enfin…. comment dire ? C’est pas ce qu’on attend d’eux. On attend d’eux qu’ils nous donnent leur avis sur ce qui a pu leur manquer, ce qui pourrait être amélioré, etc. Et en fait, ils règlent leurs comptes (13), c’est vraiment un règlement de comptes ! Ils se permettent de faire des réflexions (14) sur certains profs, sur la façon dont ils parlent, la façon… enfin, leur attitude, en disant… je sais pas… D’une collègue par exemple, ils ont dit qu’elle était hautaine (15). Mais quel rapport ? (16) Enfin, alors qu’elle est en plus… elle est très dévouée à ses étudiants. Mais à partir du moment où on les contrarie, en fait, certains, on devient hautain ! On devient inintéressant, méchant. Et en fait, ça fait vraiment penser à ces émissions à la télé, de téléréalité, des choses comme ça, où le seul but, c’est d’être le plus agressif possible, de porter des jugements vraiment définitifs et sans nuance, et puis sans la plus élémentaire courtoisie. Donc dans ces comptes-rendus, en fait, enfin dans les commentaires qu’ils laissent, on lit absolument tout et son contraire, c’est-à-dire que vous pouvez avoir : Ah, j’ai beaucoup aimé ce cours, c’était vraiment très intéressant, le professeur s’intéresse beaucoup à nous, il nous aide à tout comprendre. Et puis, sur le même prof, vous allez avoir quelqu’un qui dit : Ce prof est absolument nul, il s’intéresse pas aux étudiants. Donc c’est vraiment très, très particulier quand on lit ça et il faut être… disons assez détaché pour pas se laisser atteindre parce que par moment, c’est quand même très… Ce sont des attaques personnelles et évidemment, selon que les étudiants aiment la matière, selon les rapports qu’on a pu avoir avoir avec eux, et selon le fait qu’ils sont tout simplement bien ou mal élevés, bien élevés ou mal élevés (17), voilà, on va avoir des avis très, très différents. Et je voulais vous parler de ça parce que en fait, au contraire, à l’opposé de ça, j’ai eu… J’ai terminé un cours avec une licence, des étudiants de licence et une étudiante est venue me voir à la fin, est venue me dire : Voilà, je voulais vous remercier, parce que bon, voilà, votre cours m’a vraiment réconciliée avec l’anglais et c’était vraiment bien, etc. Et c’est vrai que c’est très rare finalement qu’on ait des étudiants, des jeunes qui viennent nous dire si… quand ça leur a apporté quelque chose, et c’est un métier un peu ingrat quand même, quand on est prof, parce que on ne peut jamais vraiment mesurer l’impact qu’on a sur les… sur nos étudiants et puis sur la façon dont ça a pu leur apporter quelque chose. C’est assez compliqué en fait ! Et donc quand certains étudiants ont assez de maturité pour venir remercier, dire les choses, bah je trouve que c’est bien, quoi, ça fait du bien aussi. Voilà, je ne sais pas comment c’est chez vous, dans votre pays ou dans votre propre expérience. Ça m’intéresse de savoir, si vous avez des commentaires à faire et bah, pour le moment, je vais vous laisser parce que sinon, ça va être un petit peu trop long. A bientôt !

Des explications :
1. faire le point : analyser une situation à un moment donné. Cette expression vient du domaine nautique où on fait le point sur un bateau pour savoir où on est exactement.
Par exemple : Je voudrais faire le point avec toi sur ta situation professionnelle.
Ici, faire un point météo, c’est récapituler ce qui s’est passé.
2. Le proverbe : le fil dont il est question évoque le tissu des vêtements, donc les vêtements.
3. Avant l’heure : plus tôt que normal.
Par exemple : On a fêté son anniversaire avant l’heure car ensuite, il partait en voyage.
Ou encore : Tous ces cadeaux ! C’est Noël avant l’heure !
4. D’un coup : brutalement, sans transition, de façon soudaine
5. On va le payer : après une période favorable, on va subir des conséquences négatives.
6. Derrière : ici, ce n’est pas le sens spatial. Cela signifie après.
7. C’est toujours ça de pris ! : expression familière qui signifie que si une situation favorable ne se prolonge pas, il faut en profiter avant.
8. Par définition : précisément
9. se faire une idée (par soi-même) : se faire son opinion, réfléchir personnellement à quelque chose. Par exemple : Je ne veux pas les influencer. J’aimerais qu’ils se fassent une idée par eux-mêmes. / C’est un peu difficile de se faire une idée en lisant juste le résumé de ce livre.
10. Terrible : cet adjectif exprime une idée négative en français. Par exemple : Il y a un vent terrible aujourd’hui.
11. Dégommer : c’est de l’argot, qui signifie abattre, tuer, éliminer. Donc ici, c’est l’idée que certains étudiants s’en prennent verbalement aux enseignants de façon agressive.
12. En prendre pour son grade : être critiqué, subir des critiques. (argot)
13. régler ses comptes (avec quelqu’un) : dire tout ce qu’on pense de négatif sur quelqu’un, se venger d’une situation qu’on a subie.
14. Faire des réflexions (sur quelqu’un) : critiquer cette personne et le dire aux autres.
15. Être hautain(e) : exprimer clairement qu’on se sent supérieur aux autres
16. Mais quel rapport ? = Quel est le lien ? On pose cette question quand on ne voit pas le lien logique entre deux choses.
17. Bien élevé / mal élevé : poli / impoli

Bon, je me rends compte que je dis souvent vraiment, etc. et très, très. Vous pouvez compter ! Ah, ces tics de langage qu’on a !
Bonne journée à vous.

Le parfum du bonheur

Quelques brins de muguet pour vous porter bonheur comme le veut la tradition le 1er mai en France ! Celui-ci a poussé dans notre jardin à Marseille. Il ressort tous les ans, toujours un peu en avance, mais ce n’est jamais l’abondance car le climat méditerranéen n’est pas l’idéal pour les jolies clochettes finement dessinées et parfumées de cette fleur. Juste trois ou quatre brins mais cela suffit à notre bonheur car il sent si bon ! On sait que le printemps est bel et bien là.

Le bonheur… Voici deux autres expressions que nous aimons bien employer:
trouver son bonheur : cette expression indique qu’on a trouvé ce qu’on cherchait ou qu’on ne repart pas les mains vides de quelque part.
As-tu trouvé ton bonheur dans ce vide-grenier ?
Ils ont pas mal de livres ici mais je ne trouve pas mon bonheur !

faire le bonheur de quelqu’un : faire quelque chose qui fait plaisir à cette personne.
Ses trois enfants ont fait son bonheur en venant la voir ensemble le weekend dernier.
Il a fait mon bonheur en m’apportant des fraises de son jardin!
Tu sais, il ne faut pas grand chose pour faire son bonheur. Juste une petite attention, un petit message, un mot gentil de temps en temps.

Et si vous voulez en savoir un peu plus sur le 1er mai – car ce jour férié, ce n’est pas que le muguet – vous pourriez aller écouter ce que nous en disions avec Romain sur France Bienvenue il y a quelques années déjà. Les temps changent mais les traditions sont les traditions !

Je vous souhaite un joli mois de mai.

Prendre, s’y prendre, s’en prendre… Tout comprendre !

Prenez un verbe ordinaire. Aujourd’hui, ce sera le verbe prendre.
Ajoutez-lui en ou y, ces petits mots qui peuvent tout changer au sens d’une expression.
Transformez-le en verbe pronominal, pour compliquer sa conjugaison et sa signification!
Mettez le ton et vous obtenez une palette de sens et de nuances pour des expressions que nous employons très souvent.

Se prendre pour…  :
Quand on estime que quelqu’un outrepasse ses droits et n’a pas une attitude qui convient, on utilise cette question pour exprimer son mécontentement :
Pour qui tu te prends ? Tu ne me parles pas sur ce ton, s’il te plaît.
– Pour qui il se prend, celui-là ? Il traite les gens comme des chiens !
– Je ne sais pas pour qui vous vous prenez ! Gardez vos commentaires pour vous !

(Cette question – directe ou indirecte – n’existe qu’au présent, dans un style plutôt familier.)

1-Pour qui tu te prends
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On peut aussi exprimer sa surprise et sa désapprobation face au comportement de quelqu’un avec une autre question :
Mais qu’est-ce qui te prend ? Pourquoi tu dis ça ?
– Qu’est-ce qui leur a pris ? Ils ont vraiment fait n’importe quoi ! ça ne leur ressemble pas.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Mais tu m’as vraiment énervée. Excuse-moi de t’avoir répondu comme ça. (Au féminin, pour parler de soi, on peut accorder ou pas: Je ne sais pas ce qui m’a prise. Mais personnellement, je trouve ça bizarre.)

2-ce qui m’a pris
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S’en prendre à quelqu’un :
C’est faire des reproches, des critiques à quelqu’un, de façon agressive, ou attaquer à quelqu’un :
Certains enfants à l’école s’en prennent aux plus petits qu’eux pour affirmer leur domination.
– Pourquoi est-ce que tu t’en prends à moi ? Je n’y suis pour rien. Adresse-toi aux vrais responsables.
– Je ne sais pas pourquoi ils s’en sont pris à lui. Il n’avait rien fait de mal pourtant!

(Au féminin, on accorde : Elles s’en sont prises à lui.)

3-s’en prendre
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S’y prendre :
on emploie cette expression pour parler de la façon dont on fait quelque chose.
Je pense que tu t’y prends mal, je vais t’aider. ( = Tu ne fais pas comme il faut)
Moi, je trouve que tu t’y prends très bien. Tu as bien travaillé. Le résultat est parfait!
– Comment tu t’y es pris pour réparer ça ? C’était compliqué, non ?
– Elle s’y est mal prise. Du coup, il faut qu’elle recommence tout.
– Mais comment tu t’y prends ? Pas étonnant que ça ne marche pas !
– Tu t’y prends mal avec lui. Il faut être un peu plus diplomate !
– Elle ne sait plus comment s’y prendre avec son fils depuis qu’il est entré dans l’adolescence !

4-s’y prendre
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Voilà pour le verbe prendre.
A suivre, avec d’autres verbes très courants qui se métamorphosent de la même manière.
De l’art d’exprimer toutes sortes d’émotions avec des mots on ne peut plus ordinaires !

Bon début de semaine !

Des pas ou des mails ?

Il fut un temps où nous n’avions pas d’ordinateurs, ni de smartphones évidemment ! Mais je n’arrive pas à me souvenir comment nous communiquions au travail et à propos du travail, tellement les choses ont changé et en si peu de temps. La seule chose que je me dis, c’est que nous devions être très tranquilles, que les choses devaient prendre plus de temps et que la frontière entre temps de travail et temps personnel devait être plus tranchée, sans que cela gêne personne puisqu’on ne pouvait pas faire autrement.

La plupart de mes collègues – de tous âges – ont fini, il y a deux ou trois ans, par décider de ne plus répondre aux mails professionnels ou d’étudiants pendant le weekend ni après une certaine heure le soir en semaine : « on verra ça demain matin », « on verra ça lundi », ou même parfois, « on verra ça après les vacances ».

Nous avions déjà l’habitude de ne pas séparer de façon nette vie personnelle et vie professionnelle car en tant qu’enseignants, oui, nous avons un temps relativement court de présence devant les étudiants mais avec un temps de préparation, de recherche, de corrections de copies, de réunions qui n’est pas défini et est pris aussi sur les weekends, les soirées, les vacances. Alors répondre aux mails n’importe quand paraissait normal et nécessaire. Mais à un moment donné, certains ont dit trop, c’est trop !

Si je parle de ça aujourd’hui, c’est parce que je suis en vacances. Et que cela me fait beaucoup de bien de ne pas être en contact avec le travail pendant quelques jours – mais j’ai des copies à corriger ! Cela m’a remis en mémoire une émission entendue il y a deux ans, sur ces entreprises qui instituent des demi-journées ou même parfois des journées sans mails pour leurs salariés. C’est ce dont parlait cette jeune femme proche de la trentaine dont j’avais gardé le témoignage sympathique. Toujours d’actualité, d’autant plus à propos de ce qu’elle dit de ses rapports avec son téléphone. Comment ne pas s’y reconnaître ?

Des pas ou des mails

Transcription:
– C’est une hygiène de vie (1). Ça habitue aussi les gens à se dire : Bon bah, il faut peut-être prendre un peu de recul (2) vis-à-vis de tout ça et pour chaque action, il y a pas toujours un email. Un coup de téléphone, ça peut être important et tout simplement, aller voir la personne. Personnellement, j’ai un podomètre qui fait que le vendredi matin sans emails, c’est le moment où je fais le plus de pas !
– Vous avez vraiment un podomètre qui mesure…
– Oui, regardez ! Je vous le montre : par exemple, je suis à 4000 pas et je sais que quand je suis à la journée… la demi-journée sans emails, je suis à au moins, pour la matinée, à 7000 pas. C’est long, hein, Price Minister ! Il faut les traverser, les bureaux ! Moi je travaille à la communication, donc c’est un des services quand même les plus transversaux (3) et donc je vais… je vais encore plus loin ! Je vais voir le SAV (4), je vais voir les commerciaux, en bas, les techniques, enfin vous verrez, c’est… c’est très sportif (5), c’est très sympa.
– Et c’est surtout les gens à qui vous enverriez des mails si vous n’aviez pas cette journée sans emails ?
– C’est plus rapide en fait, pour être tout à fait honnête, c’est plus rapide d’envoyer des emails. Mais c’est dommage (6). Et parfois, en fait, bah on reçoit tellement d’emails, quand vous arrivez le matin, c’est le premier réflexe, je pense, c’est de consulter ses emails. Et ça peut être très stressant. Et en fait, on se dit : Oh là là, mon dieu ! En fait, on voit tout ce qu’on n’a pas fait pendant la soirée, parce que il y a quand même des emails qui sont envoyés pendant la soirée, donc ça peut être assez anxiogène (7) pour certains. C’est important de le dire, c’est en externe (8), on peut pas envoyer d’emails, certains ont même un message d’absence pour dire : « Voilà, bonjour, c’est le vendredi matin sans emails chez Priceminister. Je répondrai à votre email dans l’après-midi. »
– Et est-ce que vous êtes du genre (9), comme beaucoup de personnes, à regarder vos mails le weekend, à ne pas complètement déconnecter ?
– J’avoue que je suis assez aliénée (10) sur ce sujet. En fait, je vais consulter rapidement mes emails tous les soirs et le matin en me réveillant, c’est une habitude, parce que je n’ai pas envie justement d’arriver au bureau et de voir 150 emails de retard. C’est insupportable !
– Donc vous préférez finalement prendre un peu d’avance et déjà les regarder au saut du lit.(11)
– Exactement. Je ne veux pas y répondre parce que je veux quand même faire comprendre aux gens que bah on on a tous une vie, hein, qu’on ait une vie de famille ou une vie sociale un peu développée, on a tous une vie après le travail. Mais c’est vrai que même pendant mes vacances, l’idée de me retrouver avec 700, 800 emails de retard, c’est insupportable. Et en plus de ça, je suis ultra-connectée. Je regarde aussi les tweets et tout ce qui se passe sur Facebook, j’avoue !
– Est-ce que parfois, c’est pfff (12)… ça vous submerge, d’être aussi connectée ?
– Oui. Ça peut vraiment être étouffant, pour être tout à fait honnête. Après, c’est à moi aussi de me l’imposer. Je me force, plutôt que de répondre à un email, d’aller voir la personne, même si c’est hors journée sans emails. J’essaie de faire en sorte que « Ok, viens, on discute, on va essayer de trouver une solution. » Et ça… je pense… ça calme tout le monde, en fait, parce que vous allez voir la personne, en cinq secondes, vous avez réglé le problème. Il faut qu’on continue, il faut que ça se développe et il faut vraiment que ça devienne – je persiste avec ce mot – une hygiène de vie en fait.
– Ça vous est déjà arrivé par exemple de pas avoir (13) de téléphone pendant quelques jours ?
– Vous êtes pas malade ? (14) C’est pas possible !
– Est-ce que ce serait un drame (15) de plus avoir son téléphone un jour, deux jours, trois jours ?
– Je sais que si j’oublie mon téléphone chez une amie, ça peut m’arriver, je suis capable de faire demi-tour (16), vraiment ! C’est mon couteau suisse (17) à moi, j’ai ma vie personnelle, ma vie professionnelle dessus, c’est vrai que si on me le vole… hum…. je vais peut-être pas être de très bonne humeur après, hein ! Mais… Mais oui, on se disait donc ça avec nos amis que ce serait vraiment pas mal (18), pendant quelques jours, on laisse le téléphone. Même en salle de réunion, moi, c’est un conseil que je donnerais, c’est… Bon, il faut avoir confiance, après, vous mettez un panier à l’entrée de la salle de réunion, tout le monde met son téléphone. Je vous assure… Moi, je suis persuadée de ça, en fait, c’est vraiment… On l’a en permanence et donc malgré tout, on porte nos problèmes avec nous.

Quelques explications :
1. une hygiène de vie : avoir une bonne hygiène de vie, c’est-à-dire avoir une vie saine (avec une bonne alimentation et une activité physique entre autres) ou une mauvaise hygiène de vie en fait. Ici, elle veut donc parler d’une vie équilibrée, avec de bonnes habitudes.
2. Prendre du recul : réfléchir avant de faire quelque chose et se détacher de ce qu’on fait de façon automatique.
3. Un service transversal : c’est un département dans une entreprise qui interagit beaucoup avec les autres.
4. Le SAV : le Service après-vente
5. c’est sportif : cela fait faire du sport, puisqu’il faut marcher, monter et descendre des escaliers.
6. C’est dommage : c’est regrettable
7. anxiogène : quelque chose qui crée de l’anxiété
8. c’est en externe : elle veut dire que la cette demi-journée sans emails concerne aussi les relations avec l’extérieur, l’interdiction n’est pas seulement en interne, entre collègues.
9. Être du genre à faire quelque chose : avoir l’habitude de faire quelque chose, avoir tendance à le faire très souvent. (plutôt familier). On dit par exemple : Elle n’est pas du genre à oublier les anniversaires. / Il est du genre à se stresser pour tout.
10. Être aliéné : normalement, c’est être fou. Donc ici, cela signifie qu’elle n’a pas une attitude équilibrée par rapport au téléphone, qu’elle est plutôt dominée par lui que l’inverse, qu’elle n’a plus son libre-arbitre.
11. Au saut du lit : dès qu’on se lève le matin.
12. Pfff : cette onomatopée exprime le découragement face à quelque chose qui paraît insurmontable.
13. De pas avoir : il manque « ne » comme souvent à l’oral = de ne pas avoir…
14. Vous êtes malade ! / Tu es malade ! = vous êtes fou / Tu es fou !
15. Ce serait un drame : ce serait très grave, très embêtant.
16. Faire demi-tour : ici, elle veut dire qu’elle retourne chez la personne chez qui elle a laissé son téléphone.
17. Un couteau suisse : ce couteau a plusieurs lames et d’autres accessoires qui le rendent utile dans de nombreuses situations. Donc on emploie souvent cette image pour décrire quelque chose qui a de multiples fonctions et est très pratique.
18. Ce serait pas mal = ce serait bien (familier)

L’émission entière est ici.
(Ce petit reportage commence vers 9’50)

Peur du noir ?

J’ai trouvé que cette publicité pour nous encourager à lire des romans policiers était bien trouvée, avec sa rime et son jeu de mots sur noir, même si pour les spécialistes, entre littérature policière – les polars – et romans noirs, il y a des différences. (Voici ce qu’en disait Jean-Patrick Manchette, un des maîtres français du roman noir : « Le bon roman noir est un roman social, un roman de critique sociale, qui prend pour anecdote des histoires de crimes, mais qui essaie de donner un portrait de la société.« )

Normalement, on a peur du noir quand on est enfant. Avoir vraiment peur ou jouer à se faire peur dans l’obscurité fait partie de l’enfance, comme le prouve le nombre d’albums pour les enfants, écrits, imaginés et dessinés sur ce thème, avec leurs monstres nocturnes, leurs sorcières inquiétantes, leurs créatures entrevues, leurs loups au coeur de sombres forêts.

Voici un livre que j’ai gardé. Avec mes fils petits, nous avons lu et relu, à l’heure d’aller au lit, cette histoire toute simple et somme toute très terre à terre. Succès durable pour ce livre, feuilleté, manipulé, ouvert, refermé, abimé et réparé plusieurs fois !

Donc n’ayons plus peur du noir et plongeons-nous dans des romans policiers ! Je n’ai lu aucun des titres récents mis en avant par cet éditeur dans sa publicité. Mais me reviennent maintenant à l’esprit les romans de Didier Daeninckx, que j’ai lus dans les années 80-90, notamment Meurtres pour mémoire, vrais romans noirs. En fait, je m’aperçois que j’ai surtout lu des policiers en anglais, d’autres venus du nord – victime de la mode, n’est-ce pas Edelweiss? – et assez peu de policiers français. A explorer donc !

Pour finir, et si je vous lisais Qui a peur du noir, histoire de retourner en enfance !


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Le jeu, répété, c’était de démasquer le géant menaçant, les oiseaux malfaisants et le monstre tapi dans un coin, en regardant les dessins avec un oeil nouveau une fois qu’on était arrivé au bout. Et de dire à propos des parents : Mais qu’est-ce qui leur prend ?, en ajoutant : Ils sont devenus complètement fous !

Ce que je me demande tout d’un coup, c’est s’il s’agit toujours d’une petite fille dans cette série de petits livres sur les peurs ! Nous en avions un autre, sur la peur de l’orage, avec une fille aussi. Les filles, des trouillardes ? 🙂

Une vie raisonnable avec ses vaches

Ce matin à la radio, pendant quelques minutes, on était dans le département des Hautes-Alpes, auprès d’un agriculteur qui parlait de fraises et de tomates, de ses vaches, de son travail et de ses idées sur son métier. Accent du sud-est, pour dire en filigrane les difficultés de ceux qui ne sont pas dans l’agriculture intensive et qui pourtant nous nourrissent et ne veulent plus massacrer le milieu dans lequel nous vivons.

Eleveur dans les Hautes-Alpes

Transcription:
– Votre micro baladeur (1), Hervé Pauchon, eh bien, il s’est posé dans une laiterie.
– Ah, vous entendez les trayeuses (2) ! Eh bah il s’appelle Bruno, il a cinquante et un ans, il est agriculteur dans les Hautes-Alpes et il a trente vaches à lait. On l’écoute !
– Si j’étais, eh beh, invité sur France Inter, ce que j’aimerais dire, c’est qu’en tant qu’agriculteur, aujourd’hui, beaucoup de… La fraise, la tomate, elles ne poussent plus dans la terre ! Alors ils nous font voir des serres où soi-disant (3), il y a pas de pesticides ni rien, mais la plante, elle ne pousse plus avec les oligoéléments du sol ! Souvent, elles prennent les racines dans un tuyau où il va circuler des… je sais pas moi, je pense que c’est plus ou moins des… que des engrais !
– Vous, vous êtes pas du genre à (4) manger des tomates pendant l’hiver, alors ?
– Ah non, pas du tout. Je suis (5) les saisons. Mais l’agriculture, je pense qu’on en a besoin pour entretenir le territoire. Parce que il faut savoir qu’en gros (6), pour produire un litre de lait, il y a… Les vaches vont, en liquide ou en solide, vont faire trois litres d’effluents.
– Pour un litre de lait, c’est trois litres de bouse et de pisse !
– Voilà.
– Il y a quelque temps, on a beaucoup parlé des problèmes de… des producteurs de lait justement comme vous. C’est réglé aujourd’hui ?
– Eh bien pas vraiment. Parce que le lait, à l’automne, il a ré-augmenté, soi-disant on manquait de beurre et tout, le prix du lait a remonté quatre, cinq mois et aujourd’hui, on nous dit qu’on a trop de lait et le prix du lait a rebaissé.
– Alors, il faut savoir qu’aujourd’hui, on lui achète son litre de lait, à Bruno, entre 35 et 38 centimes. Vous avez noté combien de litres de lait pour trois litres de pisse et de bouse, hein ?
– J’ai compris, ouais.
– Un litre de lait. La suite !
– Si j’étais sur France Inter, je suis agriculteur en montagne. Nous avons des contraintes mais on a encore la chance de manger, puis d’avoir un espace de vie.
– C’est quand la dernière fois que vous êtes parti en vacances ?
– Eh beh, j’ai pris trois jours malheureusement en 2014. Et après, depuis, je n’ai plus pris de vacances. Mais après, ce que je veux quand même dire, que je ne découragerai pas un jeune agriculteur de s’installer dans le métier, parce que les gens, il faudra toujours qu’ils mangent. Mais j’ai un conseil à leur donner, c’est de pas investir outre-mesure (7), de faire à son échelle (8), le matériel (9), tout ça, rester raisonnable et pas de se mettre la corde au cou (10) avec le banquier, parce que les banquiers, je dis pas que c’est des voleurs mais après, quand on n’arrive plus à rembourser ce qu’on doit, c’est la fuite en avant (11), l’agrandissement, et on… là, c’est le… le bout. Et il vaut mieux garder une maîtrise.

Des explications :
1. baladeur : qui se balade, qui se promène. (Ce journaliste va à la rencontre des gens sur le terrain.)
2. une trayeuse : un appareil qui permet de traire les vaches.
3. Soi-disant : à ce qu’on prétend. (On trouve souvent la faute d’orthographe : soit-disant)
4. ne pas être du genre à faire quelque chose : ne pas faire quelque chose habituellement. Par exemple : Je ne sais pas pourquoi il n’est pas là ! Il n’est pas du genre à oublier ses rendez-vous pourtant. C’est bizarre.
On peut l’employer à la forme affirmative : Ce que tu me racontes ne m’étonne pas. Il est bien du genre à se montrer grossier !
5. Je suis : du verbe suivre. Ce n’est pas le verbe être ici.
6. En gros : en simplifiant, en généralisant. On n’entre pas dans les détails.
7. Outre mesure : excessivement, trop.
8. Faire à son échelle : faire les choses sans se laisser dépasser, selon ses moyens. Ne pas vouloir grandir à tout prix.
9. Le matériel : c’est le matériel agricole : tracteurs, moissonneuses, etc.
10. se mettre la corde au cou : ne plus être libre. Ici, cela signifie se mettre dans une situation où on est obligé de travailler sans cesse pour rembourser ses emprunts, et donc se mettre dans une situation dangereuse.
11. La fuite en avant : pour sortir des problèmes, on continue dans la même direction, de la même manière, ce qui aggrave les problèmes déjà existants. On est coincé, prisonnier. Il veut dire que pour rembourser leurs dettes, les agriculteurs doivent travailler de plus en plus, grandir et donc emprunter encore pour acheter le matériel nécessaire à une exploitation plus grande. Mais cela ne résout pas les problèmes.

L’émission est ici.


Nos voisines les vaches (dans l’Aveyron ):
Elles font tous les jours le trajet sur la toute petite route entre leur pré et la ferme. On les croise le matin vers 9 heures quand elles partent se mettre au vert pour la journée. Et en fin de journée, elles rentrent à l’étable pour la traite et pour la nuit. J’aime bien savoir qu’elles mangent de la vraie herbe, au calme, entre copines !

La mort dans l’âme

Partout en France, on trouve des maisons de la presse, qui vendent donc des journaux et des magazines. Très souvent, elles ont aussi un rayon papeterie, avec cahiers, stylos, cartes, ainsi qu’un rayon livres, plus ou moins fourni.

Tenir une librairie peut être difficile, à cause de la concurrence des libraires sur internet notamment – vous voyez qui je veux dire ! Alors, pour de plus petites boutiques en ville, vendre aussi des journaux assure théoriquement un revenu régulier. Sauf que parfois, ça ne marche plus aussi bien que ça.

C’était le sujet de ce court reportage à la radio l’autre jour, qui racontait comment Dorine avait décidé de mettre la clé sous la porte après 25 ans, la mort dans l’âme. Je partage avec vous car tout ce qui touche aux livres me touche ! Et parce que je regarde toujours les livres chez un marchand de journaux, même si bien sûr le choix est souvent très maigre, comparé à une librairie. Habitude d’enfance où aller faire un tour à la Maison de la Presse signifiait toujours revenir avec une BD ou un roman jeunesse – merci à mes parents lecteurs, pour qui un livre ne se refusait jamais !

Librairie papeterie presse

Transcription

– Je peux vous suivre ?
– Oui, bien sûr, venez.
– Ce soir, vous faites la fête.
– C’est pas vraiment la fête. Mais on se dit au revoir. On va se réjouir quand même de passer un moment ensemble.
– Vous avez l’air émue.
– Bah oui, c’est un moment… Surtout une librairie, c’est vraiment dur, de se dire qu’elle sera remplacée par un commerce lambda (1).
– Judith, vous êtes venue souvent ici ?
– Oui, je viens régulièrement, parce que j’habite pas loin et je passe quasiment tous les jours devant. Je pense qu’elle a eu des dernières années très difficiles, peu de ventes parce que… une activité qui est un peu en déclin.
– Moi, je peux pas vous expliquer ce qu’elle est pour nous ! Ça fait quarante ans que j’habite là. Tiens, ma chérie, viens. Alors, ça, c’est ton livre d’or (2). Tu le laisses ouvert, jusqu’à la fin.
– Jusqu’à la fermeture.
– Voilà.
– OK.
– Dorine, qu’est-ce que vous ressentez ?
– C’est super difficile de dire combien je suis touchée. Je m’attendais absolument pas à ces réactions. Ce qui me touche le plus, c’est les jeunes.
– Je suis venue pour vous dire au revoir. J’étais obligée, quand mon père m’a appris la nouvelle.
– Tu nous dis ton âge ?
– Vingt-neuf ans.
– Elle avait quatre ans quand je suis arrivée.
– Qu’est-ce que ça représente, la fermeture de cette librairie ?
– Tout le monde achète ses livres à la Fnac ou sur Amazon. Même moi, j’avoue (3), c’est horrible. Mais c’est vrai que… C’est avec l’évolution de notre société, tout avoir tout de suite, voilà.
– Vous avez l’air de faire la queue, sauf que il y a personne à la caisse.
– C’est pas grave, j’attends, il y a pas de problème. J’ai pris Alice au pays des merveilles. J’ai pris aussi des contes et récits tirés de l’Iliade et l’Odyssée, pour me rappeler de (4) l’enfance que j’ai passée ici, que ce soit pour venir acheter des cartes pokemon, Yu-Gi-Oh, en troisième lorsque j’ai fait mon stage (5), ou juste pour faire des simples photocopies. Voilà. En mémoire.
– Lui, il était génial ! (6)
– En même temps, vous avez pas réussi à le convaincre de devenir libraire !
– Mais je crois que j’ai dit à tous mes stagiaires : Jamais de la vie (7) vous faites libraire. Jamais !
– Dorine, on attend ton discours !
– Et pourquoi cette librairie-papeterie ferme-t-elle ?
– Il y a moins de clients : mille par jour il y a vingt-cinq ans et désormais (8), cent cinquante en moyenne.

Dorine dénonce aussi Presstalis, le groupe chargé de la distribution des journaux, un système en crise, rigide et en quasi monopole.
– Là, on est dans l’arrière-boutique de la librairie, où normalement, il y a un stock de papeterie énorme. Mais là, comme on est en train de vider, il y a plus rien. On essaye de faire un peu de rangement dans la comptabilité.
– A partir de quand vous avez pris la décision de vendre ?
– Il y a eu une idée qui m’a traversé l’esprit, c’était de vendre mon appartement et de mettre l’argent dans la librairie. Et là, je me suis dit : Tsitt, tsitt ! (9) C’était vraiment mon appartement, qui fait 40 m2, enfin c’est tout ce que j’ai, quoi. Et j’ai dit : Non, c’est… c’est plus possible ! Il faut arrêter, il faut du coup vendre la librairie. Je ne dégageais rien (10) ! J’avais un salarié qui était payé au SMIC (11), je payais les charges sociales (11), je me payais 890 euros. Depuis toujours, j’ai eu ce salaire-là.
– Vous avez quel âge ?
– Cinquante-huit.
– Qu’est-ce qui vous a perdue ?
– Mais c’est la presse ! La librairie, le chiffre est en train d’augmenter. Moi, je vends des guides, je vends des cartes. Je vous jure que le papier n’est pas mort. C’est le système Presstalis qui est en train de tuer la presse en France. Il faut savoir que j’avais presque
4 000 titres dans mon magasin. Aucun des titres n’était choisi par moi, aucune des quantités n’était choisie par moi. Je subissais du début à la fin. Santé Magazine, j’ai une vente de sept exemplaires par mois. J’en reçois quatre. Impossible d’en avoir trois de plus ! C’est-à-dire que je rate des ventes. En revanche, j’avais 400 titres différents de mots croisés, de mots mêlés ! C’est pas possible ! Je suis à Boulogne-Billancourt, je reçois quatre titres différents sur la pêche à la carpe ! Je ne peux rien dire. Je n’ai pas la main sur ça (13). Dans l’informatique, il y a des revues qui coûtent 12€90, 19€90. Ces revues-là se vendent. La presse écrite n’est pas morte, la presse spécialisée n’est pas morte. Et c’est pour ça que, mais vraiment quand je dis la mort dans l’âme, je vends la mort dans l’âme (14) !

Les locaux (15) vont devenir des bureaux. Dorine, elle, espère rouvrir une librairie. Mais elle ne vendra plus jamais les journaux.

Quelques explications :
1. lambda : quelconque, ordinaire, qui n’a rien de spécial et représente en quelque sort tous les autres. On dit souvent : un citoyen lambda / un étudiant lambda
2. un livre d’or : un cahier dans lequel les gens laissent des commentaires pour remercier quelqu’un ou pour exprimer leur admiration pour un lieu, pour des gens.
3. J’avoue: je dois reconnaître que… / J’admets que…
4. se rappeler : normalement, il n’y a pas de préposition après ce verbe : on se rappelle quelque chose ou quelqu’un. Mais le verbe se souvenir est suivi de la préposition de, ce qui entraîne souvent une confusion : beaucoup de Français disent donc se rappeler de.
5. Faire un stage : à la fin du collège, en troisième, les élèves doivent faire un tout petit stage pour découvrir le monde des entreprises, le monde du travail. C’est essentiellement un stage d’observation car ils sont encore très jeunes (14 ou 15 ans).
6. génial : vraiment très bien, super. (familier)
7. jamais de la vie : cette expression familière est encore plus forte que le simple adverbe jamais. On l’emploie à l’oral uniquement. : Jamais de la vie je n’ai dit ça. / Tu veux venir avec moi ? Jamais de la vie !
8. Désormais : à présent
9. tsitt, tsitt : cette onomatopée signifie : Stop ! Ça suffit.
10. Je ne dégageais rien : elle veut dire qu’elle ne dégageait aucun bénéfice.
11. Payer quelqu’un au smic : lui verser le salaire minimum, pas plus.
12. les charges sociales: ce sont les cotisations qu’un employeur verse pour la sécurité sociale, le chômage, etc. pour ses employés.
13. Avoir la main sur quelque chose : avoir le contrôle, être la personne qui peut prendre les décisions. (c’est une image qui vient des jeux de cartes)
14. faire quelque chose la mort dans l’âme : faire quelque chose avec énormément de regrets, à contrecoeur, en étant malheureux d’avoir à le faire. Par exemple : Il a dû vendre sa maison parce qu’il était trop isolé. Il l’a fait la mort dans l’âme. Cette maison, c’était toute sa vie. / Ils ont décidé la mort dans l’âme de ne plus voir leurs anciens amis devenus très distants.
15. Les locaux : un bâtiment qui sert à l’activité d’une entreprise, d’un commerce.

Bon début de semaine à vous !

A la soupe !

Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Question classique !
Comme le temps n’est pas encore tout à fait printanier, une bonne soupe est encore la bienvenue !
Quand mange-t-on de la soupe en général ? Chez nous, c’est effectivement plutôt le soir, notamment quand il s’agit d’une soupe de légumes. Donc c’est au dîner.

Dîner, souper, déjeuner.
L’emploi de ces mots (aussi bien les verbes que les noms) a varié au fil du temps.
Il n’est pas non plus le même selon les régions en France.
Et pour compliquer les choses, il change aussi en fonction des pays où on parle français.

Alors voici ce qu’on dit chez moi (comme chez beaucoup de Français) en 2018 :
– On déjeune à midi et on dîne le soir.
– On n’emploie jamais le verbe souper, qui était utilisé autrefois et continue à l’être dans certaines régions.
– Mais la soupe reste un plat important !
Quand on est petit, les adultes disent : Mange ta soupe, ça fait grandir.
Pour dire que c’est l’heure de manger (à midi ou le soir), on dit de façon familière : A la soupe !

Cette publicité pour une célèbre marque de soupes toutes prêtes joue donc sur les mots, pour nous inciter à mettre ses préparations à nos menus du soir.

Mais quand même, entre une soupe maison et une soupe industrielle, le choix est vite fait ! C’est tellement facile à faire, une soupe ! Et le parfum de la soupe qui cuit! Il suffit d’avoir pensé à acheter des légumes et d’avoir un peu le temps de la laisser cuire.

Alors, ce soir, nous allons nous régaler avec une soupe encore un peu hivernale, en attendant de passer bientôt aux soupes au pistou ou aux soupes froides et rafraîchissantes de la belle saison :
notre dernière courge butternut et des poireaux, coupés en petits morceaux et revenus dans un peu d’huile d’olive, des gousses d’ail, une ou deux feuilles de laurier et des pois cassés, pour changer des pommes de terre. Que demander de mieux ? 😉

Bon appétit !

Il a déjà été question de soupe sur mon site, ici.

N’oubliez pas de lire les commentaires ajoutés à cet article, pour savoir ce qu’on dit ailleurs ! Merci à La Culturothèque du Masque, en direct de la Belgique et à Anne Jutras, en direct du Québec.

En cuisine

Un château du Moyen-Age, un très vieux pont en pierre, une rivière tranquille, un très beau village. Et un restaurant excellent où on est si bien accueilli. Voici Belcastel, dans l’Aveyron. Nous y avons dîné entre amis l’été dernier car c’est tout près de là où nous avons notre maison aveyronnaise. Nous y retournerons.
Pour vous faire une idée de ce que nous avons dégusté, vous pouvez aller sur le site du restaurant du Vieux Pont.

Mais vous allez aussi vous régaler en regardant l’émission de Julie Andrieu qui est passée à la télévison il y a quelques semaines et consacrée à la cuisine aveyronnaise. Ses émissions, les Carnets de Julie, sont bien agréables car elles mêlent cuisine et visite des régions de France, avec Julie donc, vraiment parfaite dans son rôle de guide et qui sait questionner les cuisiniers, les producteurs et tous les gens qu’elle rencontre et met à l’honneur. C’est vivant et vous entendrez un français absolument naturel, avec des accents différents selon les régions choisies. C’est comme si on accompagnait Julie Andrieu dans ses voyages. Tellement plus agréable que ces émissions de cuisine à la mode où cuisiner est mis en scène et scénarisé comme une compétition, un affrontement entre candidats. Je ne supporte pas!

Là, c’est comme si on partait avec une copine sympathique, à la découverte des belles et bonnes choses de la vie.

L’émission entière est ici.

J’en ai transcrit juste un petit passage qui me plaisait bien, parce que Nicole Fagegaltier y raconte son histoire. Accent aveyronnais pour dire ses débuts et son amour pour son village. Mais tout le reste était bien. (Je suis devenue un peu chauvine!)

Cet extrait commence à 5’20, dans la cuisine de Julie. Mais regardez dès le début quand même pour vous plonger dans l’ambiance ! Et continuez ! 🙂
(Si vous avez des questions sur d’autres passages, n’hésitez pas à me les poser bien sûr)

Voici juste le son, si ça vous rend service:
Nicole Fagegaltier

Transcription :
– Alors Nicole, raconte-moi, donc cet établissement (1), c’est un établissement familial ?
– Tout à fait. C’était ma maman donc qui avait le restaurant avant moi, même ma grand-mère encore avant.
– Ah oui, donc c’est trois générations.
– Oui, voilà, c’est ça. Mon père et mon grand-père avaient aussi la ferme. Donc j’ai grandi dans cet univers de bons produits, d’une bonne cuisine, voilà, où la convivialité (2) …
– Où il y avait les produits de la ferme qui alimentaient le restaurant ?
– Tout à fait. Voilà.
– Et la convivialité, tu disais ?
– Et la convivialité, parce que j’avais un papa qui avait vraiment le goût… le sens de l’accueil et qui aimait recevoir, et notre maison était toujours remplie et toujours ouverte à tout le monde.
– C’est toujours un peu le cas, hein. On a l’impression d’arriver chez quelqu’un quand on arrive chez toi, chez vous.
– Bah oui, c’est notre maison.
– C’est ça. Eh oui, parce que vous habitez à l’étage !
– Voilà, tout à fait. On reçoit chez nous.
– Eh oui !
– Par contre, j’ai besoin d’aide pour allumer le feu.
– Alors, ça, je peux faire. Attends. On allume celui-là ?
– Oui.
– On tourne.
– Parfait.
– Voilà.
– Donc je vais mettre un peu d’huile, faire… laisser chauffer.
– Oui, donc huile d’olive.
– Oui. Peu importe. Oui.
– Je te sens pas à cheval (3). Et tu t’es toujours destinée à la cuisine ?
– Disons qu’au départ, quand, à l’âge de 15-16 ans, quand il faut commencer à prendre une première voie, moi j’ai senti que j’avais envie de rester à Belcastel et donc j’ai dit je sais pas ce que ça va donner (4), mais je veux rester à Belcastel. Et donc j’ai choisi de rentrer à l’école hôtelière.
– D’accord.
– J’étais pas très forte en cuisine, même pas du tout !
– Ah bon !
– Les premiers mois ont été très laborieux, difficiles.
– Ah oui ? C’est vrai ?
– Mais bon, moi, mon souci, c’était de revenir dans mon village. Je savais que la cuisine m’amènerait à y revenir. Et donc c’est ce qui m’a…
– Oui, c’est ça. D’accord.
– … encouragée à rester à l’école hôtelière.
– Je comprends. Quel que soit finalement le moyen, tu voulais en tout cas vivre dans ce cadre (5).
– Voilà, tout à fait.
– Je peux mettre les légumes tout de suite ou il faut faire rissoler les os ?
– J’aurais préféré mettre les os à rissoler. Mais ça fait rien, c’est bon, c’est bon.
– C’est pas grave. Donc je mets pas tous les légumes dedans.
– Non mais là, c’est bien, déjà. Après, tu vois, il y a de la viande aussi comme tu disais.
– Ouais, c’est bien ! C’est bien.
– Bah disons que pour faire un bon jus quand même, il est important d’avoir les os et la viande.
– Alors, moi je te propose qu’on aille visiter ta région ensemble, cette belle région.
Bah c’est avec plaisir.
– Mais oui. Ce sera toi notre guide et voilà. Départ pour l’Aveyron.

– C’est là où je suis née et tous les jours, je suis émerveillée, suivant (6) la lumière, les moments de la journée, tout me plaît ici et je suis contente d’y être restée et d’avoir fait ce choix il y a bien longtemps.

Le château féodal du 9è siècle, autour duquel les maisons se sont construites, constitue l’âme du village. Abandonné par le dernier héritier au 16è siècle, il est tombé en ruine au fil du temps. Il faudra (7) attendre le 20è siècle pour que la citadelle reprenne vie.

– Il y a souvent de la sérénité qui se dégage d’ici hein, de la douceur. La rivière apporte beaucoup. Elle rythme la vie du village aussi. Ce que j’aime bien, c’est qu’ il suffit de se promener, puis on découvre toujours quelque chose à… qu’on peut… qu’on peut cueillir, ou les violettes ou les nombrils de Vénus pour mettre dans les salades. Délicieux ! De la mâche (8), c’est super bon ! Je peux pas m’empêcher quand je me promène, de penser à certaines recettes ou comment je pourrais améliorer tel plat. Voilà comment on construit des fois aussi une assiette. On va aller voir un de nos petits jardins, tout petits jardins. Bon, les herbes (9) sont encore un peu sous terre, mais bon, on a l’oseille quand même, le thym. Hum , ça sent bon, le thym ! Les plantes principales dont on a besoin en cuisine se situent dans ce jardin. Belcastel est comme ça : chacun a sa maison avec un petit bout de terrain, des tout petits jardins, tout petits.

Des explications :
1. un établissement : ici, il s’agit du restaurant de cette cuisinière, donc de son entreprise.
2. La convivialité: le sens de l’accueil.
3. Être à cheval sur quelque chose : estimer que quelque chose est très important et qu’on ne peut pas faire autrement. Par exemple : être à cheval sur la qualité des produits. / être à cheval sur la ponctualité = estimer qu’être ponctuel est essentiel et ne pas accepter que les gens soient en retard. Ici, elle veut dire qu’elle n’a pas l’impression que pour Nicole Fagegaltier, ce soit fondamental d’utiliser de l’huile d’olive.
4. Je ne sais pas ce que ça va donner : je ne sais pas quel sera le résultat.
5. ce cadre: cet environnement, ce lieu
6. suivant la lumière : selon la lumière, en fonction de la lumière
7. il faudra attendre… : il s’agit du futur que, bizarrement, on emploie souvent en français pour raconter des faits historiques ! (Cependant, beaucoup d’historiens critiquent cet usage du futur qu’on appelle futur historique.) En fait, il donne la sensation de l’enchaînement des événements.
8. la mâche : c’est une variété de salade
9. les herbes: il s’agit des herbes aromatiques, qu’on utilise pour parfumer les plats, comme le thym; la sarriette, le persil, etc.

L’été dernier à Belcastel

Les voyages en train

Vous le savez peut-être, ou vous l’avez expérimenté personnellement en début de semaine, les voyages ou les déplacements en train se compliquent en France depuis quelques jours : il y a des grèves dans les trains et les gares, à cause des projets du gouvernement pour réformer la SNCF, sans réelle concertation et dans un sens qui ne satisfait pas une majorité d’employés de la SNCF.

Côté usagers ou voyageurs, les réactions vont du soutien à la condamnation, en fonction des idées politiques de chacun, des clichés que certains ont dans la tête sur les cheminots (qu’ils considèrent comme des « privilégiés »), de leur position sur le service public, du fait qu’ils travaillent dans le public ou le privé. Et aussi pour certains, en fonction du dérangement que la grève leur occasionne, puisque par définition, quand les gens cessent de travailler et de remplir leur mission, cela entraîne des complications !

Voici donc quelques témoignages de gens qui prennent d’habitude le train, pour aller travailler, ainsi que celui du gérant d’un magasin à la gare Saint Charles à Marseille. C’était aux infos à la radio en début de semaine. Positions variées.
(Mais je suis étonnée de ne pas avoir entendu le classique : On est pris en otage ! Choix des journalistes sans doute.)

Jours de grève- Avril 2018

Transcription

Ça va, hein. Ça pourrait être pire. C’est pour ça qu’on s’y prend tôt (1). Hier, ça a été un peu mieux que ce matin. Je sais pas, les gens sont… se sont peut-être un peu moins arrangés (2) aujourd’hui que hier.

– Bah moi, hier, moi, j’ai pris une chambre sur Paris, voilà, tout simplement, parce que c’était… c’est pas possible autrement.
– Là, c’est le deuxième jour. Ça risque de durer (3) jusqu’en juin. Comment vous le sentez ? (4)
– Bah mal, mal. Ça va être difficile. Je sais pas comment je vais faire pour les autres fois. Je vais, bon… Je vais peut-être prendre des jours de congé, enfin je vais me débrouiller, quoi.

Hier matin, j’ai… j’ai trop galéré. J’ai pas pu. J’ai laissé quatre trains passer hier, tellement c’était rempli*.

J’ai pas du tout envie d’être bousculée. Je veux dire, de toute façon, là, on parle de grève mais c’est sans arrêt (5) qu’il y a des problèmes à la SNCF. C’est tous les jours, en fait. Bah faudrait (6) peut-être qu’ils changent un peu leur système. On est dans le changement, faut (6) que tout le monde change en fait.

– Honnêtement, j’avais des gros doutes et… Mais c’est pas mal d’inquiétudes, il faut s’organiser un petit peu, voilà. Pas trop dormir, dormir moins, se lever plus tôt, partir à jeun (7) et puis voilà. Un peu une contrainte, mais enfin, moins pire que je pensais.
– La grève va durer normalement longtemps, jusqu’au mois de juin.
– Oui, c’est ça.
– Vous vous dites que ça va pas être simple ?
– Ça va pas être simple. On a vécu pire, on a vécu des travaux sur les lignes,on a vécu des grèves inopinées (8) suite à des agressions. On va faire avec (9).
– Vous comprenez, la grève ?
– Bah je pense qu’il y a une part de vérité dans ce qui est dit par rapport au statut des cheminots (10) mais il y a surtout du matériel qui est vieillissant, du matériel qui est mal entretenu, des choses qui sont mal organisées. Alors, je comprends la grève. Après, je la comprends aujourd’hui. Dans trois mois, je sais pas si je continuerai à la comprendre.

On est arrivés vers 6 heures 15 et on devait normalement partir à 6h55, sauf que là, bah le train n’est pas là. On joue aux cartes, ouais, on s’amuse. C’est galère (11), mais bon, on fait avec, hein !

Seul au monde. Catastrophe, hein ! D’habitude, c’est par centaines (12) ! Vous savez, avec les trains qui montent à Paris, les Ouigo (13). Et là, bah il y a personne, hein ! Trafic : nul, clients : nul (14). Voilà !

Des explications :
1. s’y prendre tôt : agir en anticipant, ne pas faire les choses au dernier moment.
2. S’arranger : trouver une solution
3. ça risque de durer : cela va peut-être durer. Il y a des chances que cela dure.
4. Comment vous le sentez ? : c’est une façon familière de demander à quelqu’un ce qui va se passer à son avis.
5. Sans arrêt : en permanence / tout le temps / sans cesse
6. faudrait que… / Faut que : à l’oral, il est très courant de ne pas dire : Il faudrait / Il faut. Ou alors, ce Il est juste prononcé « i ».
7. à jeun : sans avoir mangé. Voici des exemples d’emploi : Il faut être / rester à jeun avant une opération ou avant une prise de sang. (Ce mot a une drôle de prononciation !)
8. des grèves inopinées : des grèves qui n’ont pas été annoncées. Normalement, il faut déposer un préavis de grève, c’est-à-dire annoncer officiellement qu’il y aura grève. Mais il arrive que des conducteurs de bus ou de train par exemple cessent le travail par solidarité avec un de leurs collègues qui a été victime d’une agression et en signe de protestation.
9. Faire avec : cela signifie s’accommoder de quelque chose, se débrouiller face à une situation qui nous est imposée. On dit : Il faut faire avec. / On va faire avec. / On fait avec. (familier)
10. les cheminots : c’est ainsi qu’on appelle ceux qui conduisent les trains ou les entretiennent ainsi que les voies et de façon plus générale, les employés de la SNCF, parce qu’ils travaillent pour les chemins de fer.
11. C’est galère : c’est compliqué, il y a des problèmes pour faire ce qu’on avait à faire. (très familier).
12. C’est par centaines : d’habitude, il voit passer des centaines de voyageurs dans son magasin à la gare.
13. Les Ouigo : ce sont des TGV dans lesquels les places sont moins chères que dans les autres TGV.
14. Trafic nul = il n’y a pas ou presque pas de trains en circulation. La conséquence, c’est qu’il y a très peu de voyageurs, donc peu de clients dans les magasins et cafés dans les gares ou aux abords des gares.

* Un peu de français oral – Comment employer Tellement :
La phrase normale, ce serait : Il y avait tellement de monde que je n’ai pas pu monter dans le train.
A l’oral, on tourne souvent cette phrase dans l’autre sens, ce qui suppose quelques petits déplacements des mots :
Je n’ai pas pu monter, tellement il y avait de monde dans le train.

J’étais tellement en retard que je suis rentrée chez moi.
Je suis rentrée chez moi, tellement j’étais en retard.

Il a eu une attitude tellement incompréhensible que j’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement.
J’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement, tellement il a eu une attitude incompréhensible.

La gare est tellement vide qu’on n’a pas l’impression d’être un jour de semaine !
On n’a pas l’impression d’être un jour de semaine, tellement la gare est vide!

Il faisait tellement froid qu’il avait gardé son pull.
Il avait gardé son pull, tellement il faisait froid.

Et pour finir, oui, la France est un pays où on fait grève et où on manifeste dans la rue.

En mars 2018

En mars, j’ai partagé ici un certain nombre de choses avec vous. Mais pas tout ce que je pourrais, bien sûr, faute de temps et également par souci de publier des billets suffisamment « mis en forme ».

Alors, je me suis dit que je pouvais aussi vous parler plus directement, par exemple à la fin de chaque mois, en faisant un petit enregistrement pour vous raconter ça. Personnellement, j’aime beaucoup qu’on me raconte des histoires, écouter les gens raconter leurs histoires, leur histoire, en français et en anglais et j’ai beaucoup appris comme ça, à tous points de vue. Et ça continue. Alors peut-être aurez-vous envie de me suivre dans cette petite expérience – que Svetlana m’avait suggérée il y a longtemps dans un de ses commentaires – et de commenter, si le coeur vous en dit, si ce que je raconte vous parle, si vous avez d’autres façons de voir et aussi si cela vous aide si vous apprenez le français.

Rien d’original, ni de très sophistiqué côté moyens techniques – à améliorer! Mais une façon de m’adresser à vous plus directement. Voici donc une première petite « conversation » improvisée.
Je voulais commencer en janvier – Ah, le symbole des débuts d’année ! – mais j’avais perdu ma voix, en partie retrouvée maintenant. Affaire à suivre.


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Juste l’enregistrement si vous préférez:

mars 2018

Transcription
Alors au mois de mars, il a neigé. Donc rien de surprenant puisque c’est l’hiver, me direz-vous. Mais quand même, dans le sud-est de la France, voir la neige comme ça plusieurs fois en janvier, en février et puis encore en mars, c’est quand même quelque chose d’assez surprenant. Et notamment, autour de la Méditerranée, du côté de Montpellier, il a neigé un jour où nous devions prendre la route pour rentrer du sud-ouest à Marseille et nous avons été obligés de décaler d’une journée pour ne pas nous trouver pris dans les bouchons sur l’autoroute. Et… bah on peut dire qu’on a bien fait parce que en fait, tout était bloqué et bah on aurait été, comme tout le monde, obligés de passer la nuit, peut-être, dans la voiture, ce qui n’est jamais très agréable. Et puis, il a neigé aussi à Marseille le 21 mars, donc juste en quelque sorte au moment du printemps et ça, c’est quand même surprenant parce que Marseille, bon, est quand même protégée par la mer et l’influence de la Méditerranée qui fait qu’en hiver, on a toujours à peu près deux degrés de plus que dans l’intérieur, qu’à Aix-en- Provence par exemple, et donc la neige à Marseille, c’est quand même très, très rare. Et là, bah finalement, il a neigé plusieurs fois à Marseille et… ça n’a pas tenu très longtemps et… Mais voilà, ça a quand même blanchi le sol, la végétation et, bah c’était joli ! Ça changeait.
Alors en mars, j’ai lu aussi des bons livres. J’ai lu une BD qui s’appelle les Carnets d’Esther*, j’ai lu le premier tome – il y a plusieurs tomes parce que ça raconte… enfin, ce sont des petits moments de la vie d’une petite fille, Esther, racontés par Riad Sattouf. Et donc, c’est Esther à dix ans, à onze ans, à douze ans, et ce sont plein de petites histoires vraies de sa vie de tous les jours, avec sa famille, ses copains, ses copines, en classe, etc. Et c’est vraiment très, très drôle, et c’est écrit dans un français évidemment courant, avec aussi des gros mots, des choses comme ça. Donc c’est quelque chose dont je vous reparlerai, mais c’est vraiment… C’est bien parce que ce sont des petites histoires, donc on n’est pas obligé de tout lire d’un coup . Et puis, c’est toujours des petites anecdotes bien vues, bien observées, sur la vie d’une petite fille.
J’ai lu aussi un livre en anglais, qui s’appelle Hidden Lives, de Forster, Margaret Forster, que j’avais depuis très longtemps et que je n’avais jamais lu, sur le… sur sa famille, l’histoire de sa grand-mère, au vingtième siècle, et j’ai beaucoup aimé ce portrait de famille et ce portrait de femmes, plusieurs générations de femmes et qui, disons… enfin, ça montre bien l’évolution quand même des droits des femmes dans l’histoire récente et… mais c’est vu à travers une histoire familiale, donc c’est… ça n’est pas une démonstration, c’est vraiment une histoire à laquelle on s’attache. Et si j’en parle, c’est parce que j’aurais bien aimé l’offrir à mes amies proches – en général, on s’échange des livres, on partage des livres, on partage des titres – et bah là, je peux pas le… je ne peux pas l’offrir parce qu’il n’est pas traduit en français ! Et j’ai été très surprise de découvrir ça. Alors ça n’est pas un livre récent mais apparemment… enfin, je n’ai pas l’impression qu’il ait été traduit en français à un moment ou un autre, et c’est bien dommage, parce que, bah voilà, on ne peut pas donner accès à tout le monde  à ce livre-là.
Et en parlant de livres… disons anglophones, de romans anglophones, j’ai lu… alors cette fois-ci, je l’ai lu en français parce que je l’ai emprunté à la bibliothèque et ils ne l’avaient pas en anglais évidemment, et ça s’appelle A l’orée du verger, de Tracy… je sais pas comment on dit en anglais, Chevalier… enfin, c’est un nom qui sonne bien français mais… voilà. Et ce roman est bien… enfin m’a bien intéressée, j’ai… je l’ai lu très rapidement. Mais ce qui m’a gênée donc dans la traduction en français, c’est la façon dont sont rendus les dialogues. Mais c’est probablement normal, mais ça me fait toujours bizarre. Je veux dire par là que tout ce qui est, disons… familier, est rendu avec des contractions des verbes qui ne s’écrivent jamais en fait, donc des choses du genre : T’as vu, T’es, T’es parti, etc., avec T apostrophe A.S. , T apostrophe E.S. Et bien sûr ça transcrit exactement ce qu’on dit à l’oral, mais franchement, ça me choque toujours de voir ça écrit, parce que ça n’existe pas en fait. Donc je me posais la question de savoir si en écrivant un dialogue dans un roman, on était vraiment obligé de passer par ces formes-là, qui sont un français oralisé et qui est très surprenant, je trouve, à l’écrit. Enfin moi, ça me gêne, ça me gêne de lire ça comme ça. L’absence de négations aussi me gêne dans ce… dans les transcriptions en fait, dans les dialogues qui sont rendus de cette façon-là. Voilà.
Et sinon alors j’ai lu un roman policier français, Alex, de Pierre Lemaître, dont j’avais lu d’autres romans, mais pas du tout ces… ce type d’écrits, et bah j’avoue que je n’ai absolument pas pu lâcher ce bouquin avant de l’avoir fini et c’est vraiment une histoire un peu… terrifiante, très bien racontée et qui vous donne vraiment envie de savoir ce qui va se passer, donc c’était vraiment très bien. Et bah la conséquence, c’est que j’en ai acheté deux autres que j’ai dans ma… près de… de… enfin, sur ma table de nuit, prêts à être lus, parce que… il y a la suite de ce que j’ai lu, là, et puis un autre qu’on m’avait recommandé aussi et…. Voilà, donc côté plaisir de la lecture et voilà. J’en reparlerai aussi mais je pense que ça peut…. ça pourrait vous plaire aussi. Voilà.
Et puis au cinéma, mars, c’est…. On a vu La Belle et la Belle, avec Sandrine Kiberlain. C’est un bon film, sans plus ! C’est… Voilà, je ferai un petit billet dessus, mais ce que je voulais dire aussi c’est que franchement, c’est… Le cinéma où nous sommes allés pour le voir est très cher ! C’était comme… enfin d’ailleurs comme à Marseille, à Rodez dans un multiplex – un multiplex, c’est avec plusieurs salles – et franchement, c’est trop cher ! Parce que c’est un petit film, enfin je veux dire, c’est pas un film inoubliable et c’est pour passer un bon moment, voilà. Mais honnêtement, le prix du cinéma, je trouve que c’est devenu vraiment trop cher, quoi ! Chacun… enfin c’était 9€20 ** par personne et… Non, c’est trop cher pour un film comme ça ! Voilà et puis aussi, le truc, c’est que comme c’est un multiplex, évidemment, le truc à la mode, c’est, dans ces grands cinémas, c’est de vendre du… des grands pots de pop corn. Et ça sent le pop corn partout. Je ne supporte pas l’odeur du pop corn dans les salles de cinéma et en plus, bah il y en a partout, par terre, sous les sièges et tout ça, enfin bon voilà. Moi j’ai pas été habituée, j’ai pas grandi avec des… du pop corn dans les salles de cinéma et les gens qui mangent en même temps qu’ils regardent un film!
Et sinon alors un bon film que j’ai vu à la télévision cette fois-ci, ce qui est rare, c’est Marguerite, dont je reparlerai, sur cette femme qui chantait très, très faux mais qui voulait chanter comme une… enfin voilà, qui était très, très… enfin vraiment passionnée par le chant et l’opéra, etc. et qui malheureusement chantait très faux. Et ce film est vraiment une réussite, je trouve, alors notamment grâce à Catherine Frot, qui est une actrice vraiment remarquable et… Voilà, donc ça, j’en parlerai un peu plus, mais franchement, c’est un film, que je n’avais pas vu au cinéma, et que j’ai vraiment beaucoup aimé !
A bientôt !

* Je n’arrive pas à me mettre dans la tête qu’il s’agit des Cahiers d’Esther, pas des carnets d’Esther ! Un cahier, un carnet, c’est presque pareil !
** A Paris, c’est encore pire, jamais en-dessous de 10€ et souvent plutôt dans les 12€ (si on n’est pas abonné aux grands distributeurs), y compris dans des salles toutes petites. Hors de prix !

Dernière minute : nous avons vu un film magnifique hier soir, Razzia, de Nabil Ayouch (en arabe, en berbère et en français, puisque c’est un film marocain.) Nous avons bien commencé le mois d’avril. On en reparle !

Encore

Une liste qu’on aimerait ne pas avoir encore à lire dans nos journaux. Et pourtant, vendredi matin, un jeune terroriste est passé à l’acte comme on dit maintenant, près de Carcassonne.
Tout a été déjà dit devant tant de gâchis et d’absurdité. J’avais gardé en mémoire un extrait d’un petit reportage de janvier 2015, dans une petite ville de l’Hérault où plusieurs jeunes s’étaient tournés vers cette violence stérile, au nom de la religion. Toujours d’actualité, hélas, même s’il y a de multiples explications à cette façon dont va notre monde.

Encore

Transcription
– Auparavant, il y avait quand même un peu plus de choses pour les jeunes, mais maintenant, c’est vrai que… il y a beaucoup… beaucoup moins, quoi, beaucoup moins. Il y a la MJC (1), mais il y a quelques petits ateliers mais moins, moins, moins qu’avant, quoi. Et là, bon, c’est vrai que les jeunes, ils sont un petit peu livrés à eux-mêmes (2), quoi. Il y a… Il y a pas grand chose, quoi. Voilà, comme les autres quartiers (3), hein, voilà, c’est… C’est… Voilà, quoi.
– Et vous, vous en êtes où ? (4)
– Moi ? Moi, ça va pour moi. L’entreprise, voilà. Bon, j’ai réussi à… à faire ma petite place, quoi ! J’ai fait mon petit chemin (5), comme on dit, voilà. Disons que, au jour d’aujourd’hui (6), bon, moi, j’ai eu la chance quand j’étais un peu plus jeune d’avoir un métier dans les mains, d’apprendre quelque chose, quoi.
– Vous faites quoi ?
– Plaquiste. (7)
– Et les jeunes qui sont morts, les petits jeunes qui sont morts au djihad ?
– Bah ça…. ça nous a quand même touchés, quoi. Des petits jeunes de chez nous, quoi, hein, c’est nos jeunes à nous, quoi, voilà. C’est sûr que ça fait mal (8), quoi, ça fait mal. Bon, ils ont fait ce choix, bon, de partir, bon, après, c’est… voilà, hein. C’est comme du suicide, quoi ! Mais bon, ils sont… Plus, ce qu’il y a, c’est que il y a certaines personnes, ils arrivent à les endoctriner, comme on dit. Voilà, il y a ci, il y a ça, ça va pas bien, tu as vu… . Eux, ils sont un petit peu rejetés de la société. Déjà, ils ont du mal déjà à trouver du boulot et tout, et eux, si vous voulez, ils se foutent (9) dans une bulle. Et une fois, qu’ils se foutent dans une bulle, de là, voilà, ils se… Ils défendent une cause qui est irréelle. Moi, pour moi. Leur place, elle est pas là. Bon, ils ont dix-huit ans, elle est pas dans une asile (10), mais bon, il faut… faut les recadrer (11), quoi, recadrer. C’est irréel. C’est irréel.
– Vous êtes dans le réel, vous ?
– Bah, j’espère quand même, voilà ! Voilà, mes parents, ils m’ont élevés, et voilà, quoi. Il y a beaucoup plus de gens que (12), pour eux, c’est pas ça, la religion. Enfin, moi, les anciens, mon père, ma mère, tout ça, voilà, moi, jamais ils m’ont appris la religion comme ça !
– La religion, elle a rien à voir avec ça. (13) Un musulman, il fait pas ça. Franchement. A ce moment-là, bon, j’ai… ça fait quarante-cinq ans que je suis là, j’ai jamais vu ça. Les jeunes, ils ont trop de la liberté (14) ! Les jeunes ? Ils ont trop de la liberté, par rapport à nous, les anciens, quand on était là. Parce qu’on n’a pas l’autorité sur les enfants. Comme on l’était avec les… avec mes grands-parents, par exemple, ou mes parents. Ils ont toute la liberté, les enfants. Les parents, ils ont pas l’autorité (15).

Quelques explications :
1. une MJC : une Maison des Jeunes et de la Culture.
2. être livré à soi-même : être seul et n’avoir aucune contrainte, aucun frein, être en quelque sorte abandonné alors qu’il faudrait des cadres, des activités, des structures pour ne pas être désoeuvré.
3. Les quartiers : quand on parle des quartiers au pluriel, cela signifie les quartiers pauvres, défavorisés.
4. Vous en êtes où ? : on pose cette question quand on veut savoir dans quelle situation se trouve quelqu’un.
5. J’ai fait mon petit chemin : cette phrase vient de l’expression : faire / suivre son petit bonhomme de chemin, qui signifie qu’on progresse tranquillement, qu’on avance dans la vie de façon régulière et positive.
6. Au jour d’aujourd’hui : cette expression est incorrecte puisqu’elle est redondante. On l’a beaucoup entendue à un moment donné. C’est devenu plus rare maintenant. Question de mode.
7. Un plaquiste : il monte les cloisons dans une maison en construction.
8. Ça fait mal : ça fait de la peine (familier)
9. ils se foutent dans une bulle : ils se mettent dans une bulle. (très familier)
10. un asile : ce mot est normalement masculin. Aujourd’hui, on n’emploie plus ce mot. C’était le lieu où on enfermait ceux qu’on appelait les fous, donc tous ceux qui ont une maladie mentale.
11. Recadrer quelqu’un : donner des cadres à quelqu’un, le remettre dans le droit chemin en lui mettant des limites très claires.
12. Des gens que, pour eux… : style très oral. Normalement, il faut dire : des gens pour qui…
13. elle n’a rien à voir avec ça : il n’y a pas de rapport entre la religion et de tels actes, ce sont deux choses totalement étrangères.
14. Trop de la liberté : il faut dire : trop de liberté.
15. Ils n’ont pas l’autorité : il faut dire : Il n’ont pas d’autorité. Ou alors : Ils n’ont pas l’autorité nécessaire.

L’émission est ici.

La porte ouverte

La radio était allumée, j’écoutais d’une oreille distraite, en faisant autre chose.
Puis je me suis laissée prendre par la voix de la comédienne Elsa Lepoivre – déjà évoquée dans mon précédent billet – et par ce qu’elle racontait de son enfance, de ses espoirs, de sa façon de prendre la vie pour qu’elle soit belle et choisie malgré les embûches.

C’était vivant, à la fois léger et profond, sans doute parce que cette femme sait laisser les portes ouvertes pour tout découvrir et ne jamais s’enfermer.

Voici donc un nouvel extrait de cette émission.

Les gens qui sont des murs

Transcription

– Moi, je viens d’un petit village où… comment dire… les choses ne sont pas dans les mêmes rythmes. Après, moi je sentais que j’avais besoin de faire beaucoup de choses et je suis partie assez tôt faire du théâtre. Bon, ça a été le but évidemment, le moteur était de faire du théâtre, mais après, je savais pas du tout si j’allais en faire mon métier. Enfin, j’avais pas du tout l’ambition de me dire : ça y est, je vais devenir actrice. Pas du tout ! Par contre, ça a été le moteur qui m’a fait partir de Normandie et ce qui m’a poussée à partir, c’est un sentiment, en effet, de… que les choses sont comme elles sont, c’est-à-dire que c’est ces phrases-là qu’il y a dans toutes les familles, pas d’ailleurs particulièrement dans la mienne mais ce truc de : « Il est comme ça. Ah bah, il est comme ça. » Moi, ce genre de phrases, c’est pas possible, c’est-à-dire que oui, chacun est comme il est, mais après, on a justement le libre-arbitre et la liberté de… de… Quand je dis faire bouger les lignes (1), c’est autant pour soi que pour les autres, c’est-à-dire que justement, cette mouvance-là (2), elle est salutaire, elle est heureuse, elle est… Je trouve qu’elle est bénéfique pour vivre correctement. Sinon… Sinon, c’est l’enfer !
– Le confort n’est pas une quête chez vous.
– Alors, le confort…
– D’être rassurée.
– Oui mais le confort ne veut pas dire stagner. Non, c’est vraiment les choses qui sont un peu
dans le marbre (3), c’est-à-dire qu’on sent que…
– Le déterminisme.
– Oui. Puis les gens qui peuvent être enfermés dans des idées. Par exemple, ça peut être : « Bah moi je pense ça. » Bon bah on peut pas discuter en fait. C’est des murs ! (4) C’est-à-dire que c’est des gens qui sont emprisonnés dans un certain type de pensée et qui n’en sortent pas. Ou certains types de tempéraments (5). J’ai eu longtemps ces réflexions-là par rapport à la colère par exemple. J’avais un papa très aimant mais assez colérique, un peu soupe au lait (6). Moi, petite, c’était quelque chose qui pouvait me terrifier parce que les cris, je me disais… Je voyais bien que ça n’était pas dans ma nature. J’ai mes colères. Merci le théâtre, d’ailleurs de me permettre de les expulser. Mais dans ma nature, dans la vie, je ne suis… J’ai des bouffées (7), j’ai des choses qui me font sortir de mes gonds (8) mais ça ne sort jamais par une grande… par une colère, parce que je trouve que c’est quelque chose qui s’impose à l’autre, qui écrase l’autre et qui ne fait pas du dialogue. Bouger les lignes, c’est ça, c’est-à-dire c’est de jamais agresser l’autre en imposant quelque chose, voilà. C’est de laisser toujours la porte ouverte au dialogue.
– Mais c’est une gymnastique (9)… ça nécessite un labeur (10).
– Oui. Un travail sur soi aussi.
– Oh là, là ! Le boulot (11) qui nous attend !
– Oui mais non, ça se fait (12) ! Après, ça devient une philosophie de vie.

Quelques explications :
1. faire bouger les lignes : faire évoluer les choses (C’est une métaphore militaire)
2. cette mouvance : ici, elle veut parler du caractère mouvant, changeant des choses. (terme littéraire)
3. dans le marbre : figé pour toujours, impossible à changer
4. un mur : quand on dit de quelqu’un que c’est un mur, on veut dire que cette personne refuse toute discussion et tout changement.
5. Le tempérament : c’est la nature, le caractère de quelqu’un, la façon dont il prend les choses et les gens en général. Par exemple : Il a un tempérament colérique. / Il a un tempérament joyeux. / Il a le tempérament d’un meneur.
6. Être soupe au lait : se mettre facilement et brusquement en colère. (Mais en général, ça ne dure pas très longtemps.)
7. une bouffée de colère : un accès de colère soudain. C’est lorsque la colère monte brusquement.
8. Sortir de ses gonds : cette expression signifie qu’on perd totalement son calme, qu’on se met vraiment en colère. Par exemple: Il est sorti de ses gonds quand je lui ai dit que je n’étais pas d’accord. / Cette remarque l’a fait sortir de ses gonds. Il n’accepte pas la critique.
9. Une gymnastique : un entraînement. Normalement, c’est de l’exercice physique. Mais on parle aussi de gymnastique de l’esprit, de gymnastique de la mémoire par exemple. On dit : C’est une vraie gymnastique pour se rappeler tous les noms de tous les étudiants.
10. Un labeur : un travail, avec l’idée que c’est difficile, qu’il faut faire des efforts.
11. Le boulot : le travail (familier)
12. ça se fait : on y arrive, c’est possible

J’ai trouvé qu’elle avait bien raison, il y a des gens effrayants de rigidité, qui ferment toutes les portes. C’est comme parler à un mur. Il vaut mieux passer son chemin.

L’émission entière est à écouter ici.
C’était un moment agréable, avec d’autres choses de la vie, bien vues et bien dites.

Le pouvoir de la marche

Randonnée du weekend, dans le Var, entre Six-Fours et Toulon. La mer, la forêt, le ciel bleu, qui s’est couvert dans l’après-midi. On respire !
(Quelques autres photos de cette magnifique nature sur instagram)

Et pour terminer ce dimanche, voici un tout petit extrait d’une interview d’Elsa Lepoivre, comédienne, pour ce qu’elle dit de la marche. Ses mots me parlent ! (A suivre, dans mon prochain billet.)

Elsa Lepoivre Marcher

Transcription

– Vous avez des endroits de prédilection (1) ?
– Oui, bah c’est vrai que cette plage-là, c’est les plages normandes, donc c’est vrai que hors saison (2) par exemple, par pluie, par temps de pluie (3), ça peut arriver que j’arrive sur la plage et qu’il y ait personne, c’est-à-dire que… voilà, avec la mer basse (4) et d’un coup, bah voilà, on part sur Ver-sur-Mer à gauche, on remonte, on longe la côte et puis je me dis : Mais c’est… c’est merveilleux ! Parce que la marche (5) en général, moi, c’est quelque chose que je… que je fais beaucoup parce que… C’était Rousseau, je crois, qui disait ça : C’est un panier à idées qu’on secoue. Donc aussi les moments où dans la tête, il y a trop de choses, quand on marche, au bout d’une heure, en général, les choses, elles se… elles se mettent dans les bonnes cases (6).

Des explications :
1. de prédilection : préféré. (style soutenu) Par exemple : Quels sont tes écrivains de prédilection ? / Je lui ai cuisiné son plat de prédilection.
2. Hors saison : l’hiver, l’automne, c’est-à-dire l’opposé de la pleine saison, qui est la période touristique de l’été.
3. Par temps de pluie : quand il pleut. Pour décrire d’autres conditions météo, il y a quelques autres expressions sur ce modèle : par grand vent / par grand froid / par temps de brouillard / par grand beau temps
4. la mer est basse : en fonction des marées, la mer est basse ou haute. On dit : A marée basse, la plage est immense. / A marée haute, elle se rétrécit.
5. La marche : on dit qu’on fait de la marche / on fait beaucoup de marche.
6. Les choses se mettent dans les bonnes cases : tout est bien rangé, les choses deviennent claires et on reprend le contrôle, on cesse de se sentir stressé, débordé.

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