C’est mieux qu’à la cantine

Les écoles, les collèges et les lycées ont tous leur cantine. Ensuite, quand on va à l’université, on peut manger au resto U. On y fait des repas complets pour environ 3€. Mais la grande mode aujourd’hui, c’est de délaisser ces cantines collectives. Certes, il y en a où ce n’est pas excellent, mais l’autre raison, c’est qu’aujourd’hui, tout le monde veut choisir, ou se donner l’illusion du choix. Et quand on est ado, sortir du lycée et ne pas déjeuner à la cantine, c’est le signe d’une émancipation certaine !

Alors, où mange-t-on ? Au McDo ? Au Quick ? Pas forcément ! Les hamburgers – finalement assez chers en France – sont fortement concurrencés par les pizzas, par les bons vieux sandwiches jambon-beurre agrémentés d’une feuille de salade et d’une rondelle de tomate et par les kebabs.
Ambiance sonore dans un de ces kebabs proche d’un lycée à l’heure du déjeuner. Evidemment, question diététique, c’est moyen !

Transcription:
– Bonjour. Vous avez choisi ? (1)
– Oui.
– Sept kebabs.
– Sept kebabs ?
– Et en sauces… (2)
– Moi, je (3) voudrais de la mayonnaise.
– Mayonnaise ?
– Ouais.
– Complets ?
– Sans oignons.
– Mayonnaise sans oignons.
– Merci.
– Merci.
– C’est bon, tu grossiras encore plus.
– Regarde, regarde. Y en a beaucoup, de mayonnaise. (4)
– Tout pour maigrir !
– Voilà, c’est un truc (5) hyper calorique !
– Pourquoi c’est mieux qu’à la cantine, là ?
– Parce que là, c’est nous qui choisissons ce qu’on mange (6).
– Bah oui, mais hier, c’était des frites aussi ?
– Ouais, mais celles-là, elles sont meilleures que celles… que celles de la cantine. Manger trop souvent à la cantine, après, ça devient lassant. Donc on vient ici. Et puis c’est plus… C’est mieux, histoire de (7) discuter et tout. Il y a moins de monde, on n’a pas besoin de… de faire la queue. Et… et de lutter en fait pour trouver des places.
– Bah, je sais pas, c’est pas le régime scolaire (8). On se sent un peu libres, déjà. (9)

Quelques explications :
1. Vous avez choisi ? : c’est la phrase type des serveurs dans les restaurants pour prendre votre commande.
2. en sauces : et comme sauce. (il faut qu’ils choisissent quelle sauce ils veulent dans leur kebab.)
3. Moi, je voudrais… : c’est très naturel de dire « Moi, je… », quand on est en groupe comme ça.
4. Y en a beaucoup,  de mayonnaise : cette phrase est très orale. La phrase correcte serait : Il y a beaucoup de mayonnaise. A l’oral, on annonce souvent ce qu’on va dire par un pronom. Normalement, il devrait être employé une fois qu’on a utilisé le nom qu’il doit remplacer. Mais à l’oral, on le met avant : « en » remplace « de mayonnaise » mais est dit avant. C’est bien sûr un style familier.
5. un truc : quelque chose
6. C’est nous qui choisissons ce qu’on mange : encore quelque chose de très oral. Très correctement, il faudrait dire : « C’est nous qui choisissons ce que nous mangeons« , et ne pas employer « on ». Mais « on » est très fréquent dans un style familier. En fait, si on commence la phrase par « C’est… », on ne peut dire que « C’est nous qui… ». Avec « on« , c’est impossible. Mais ensuite, cette jeune fille revient à « on » parce que c’est très naturel.
7. histoire de + verbe : pour + verbe
8. c’est pas le régime scolaire : il veut dire qu’il n’y a pas les contraintes et les régles qui sont imposées à l’intérieur du lycée.
9. déjà : la première raison, c’est que…

J’ai une fringale !

Est-ce que ça vous arrive de sauter le petit déjeuner ? C’est ce que font beaucoup de lycéens, paraît-il. Ah, pourtant, ce n’est pas faute* d’avoir reçu toute une éducation là-dessus à l’école primaire ou au collège ! Ils savent tout sur les bienfaits d’un petit déjeuner équilibré !

Mais si on n’arrive pas à sortir du lit, si on passe beaucoup de temps dans la salle de bains à se préparer, si par dessus le marché*, on a l’impression qu’on ne peut rien avaler parce que c’est vraiment trop tôt, alors on quitte la maison le ventre vide. Et bien sûr, quelques heures plus tard, on a un petit creux* !


Ecoutez ce que ça donne dans un lycée, par un matin ordinaire:

Transcription:
Un professeur :
Deux attitudes complètement opposées, hein : ou c’est l’endormissement, on est absent mentalement. Ou alors, c’est l’agitation. L’absence du petit dejeuner chez beaucoup, alors ça, c’est…c’est caractéristique : on n’a pas le temps, on n’a pas chronométré son… voyez… son… son lever par rapport au petit déjeuner, hein, on l’a pas inclus forcément. Bon alors après, c’est onze heures, ça commence un petit peu, là, la faim. Certains même, c’est franchement l’hypoglycémie (1).

L’infirmière scolaire et une élève qui ne se sent pas bien :
– Tu n’as pas mangé du tout ?
– Non.
– Non !
– Depuis hier soir.
– Tu finis à quelle heure, là ?
– 13 heures. (2)
– 13 heures ? Je te donne deux paquets ? (3)
– D’accord.
– Hein, tu as rien mangé du tout. Je pense que 13 heures, ça va faire long. Je te donne un verre d’eau aussi ?

L’infirmière :
Assez souvent, les élèves qui ne déjeunent pas le matin ont un petit malaise (4) comme ça au cours de la matinée. Donc ils viennent nous voir. Et on leur donne un petit réconfort (5) afin de… de finir la matinée.

A la pause de 10 heures, au distributeur de boissons, de gâteaux ou de barres de céréales :
– Et pourquoi tu as faim à cette heure-là ?
– Bah parce que le matin, je mange à six heures et demie et le… le midi (6), on mange à une heure. Donc on a… on a faim, quoi, vers 11 heures, midi, on commence à avoir faim. Donc même à la récré (7) de 10 heures, on vient prendre quelque chose à manger, quoi.
– Et du coup (8) en cours, vous avez des moments où vous êtes pas trop bien parce que vous avez faim ou vous êtes fatigués ?
– Ouais.
– On bosse (9) pas, quoi, on va dire (10), parce que on a tellement faim que… qu’on dort, quoi, à moitié (11), en cours.

Quelques explications :
1. l’hypoglycémie : c’est quand on manque de sucre dans le sang et donc on se sent faible parce qu’on a faim.
2. 13 heures : on dit indifféremment une heure ou treize heure.
3. deux paquets : l’infirmière donne deux petits paquets de gâteaux à cette élève en hypoglycémie.
4. avoir un malaise : c’est quand on ne se sent pas bien du tout. On est obligé de s’asseoir ou de s’allonger.
5. un réconfort : d’habitude, c’est quelque chose de psychologique, quand on essaie de soutenir quelqu’un qui n’a pas le moral. Mais ça peut désigner aussi quelque chose à manger, qui va vous aider à tenir physiquement.
6. le midi : ce terme désigne l’heure du déjeuner, même si cette pause a lieu un peu plus tard.
7. la récré : c’est l’abréviation de « la récréation », c’est-à-dire la pause dans la matinée où les élèves  peuvent se détendre un peu.
8. du coup : par conséquent / donc. (Mais par conséquent est trop soutenu pour être employé dans une conversation ordinaire.)
9. bosser : travailler (familier)
10. on va dire : cette expression est une sorte de tic de langage que certains emploient beaucoup.
11. on dort à moitié = on n’est pas concentré du tout, on n’écoute pas.

* avoir une fringale : avoir faim, tout d’un coup.
* avoir un petit creux : c’est un synonyme un peu plus familier de avoir une fringale.
* ce n’est pas faute de… : ce n’est pas par manque de…
* par dessus le marché : en plus de tout ça (familier)