Mon lapin !

Lapin :
1- petit mammifère à longues oreilles. Sa femelle est la lapine et son petit, le lapereau.
2- terme affectueux utilisé pour les enfants ou les adultes qui vous sont chers: Mon petit lapin / Mon lapin
3- la viande cuisinée de cette animal.

Eh oui, les Français mangent du lapin, contrairement à d’autres pays. On trouve toutes sortes de recettes dans nos livres de cuisine. Bien sûr, il y a des Français qui, sans être végétariens, ne veulent pas manger de ce joli petit animal. Mais pourquoi plus de réticences que pour le veau ou toute autre viande au fond ?

Personnellement, je ne mange pas de grenouilles ni d’escargots, mais j’avoue que j’aime beaucoup le lapin…


Transcription:
– Les Français mangent de moins en moins de lapin. Juste pour vous donner une idée : au début des années 70, on consommait dans notre pays environ 4 kg de lapin par personne et par an. Aujourd’hui, on est tombé à seulement 1kg, 1,5kg par personne.
– Bon, le lapin à la moutarde, c’est quand même très bon !
– Ah, vous me rassurez !
– Comment s’explique cette perte de vitesse, François-Régis, de la consommation de lapin ?
– D’abord la diminution de ce qu’on appelle l’élevage familial. Il y a 20 ou 30 ans, on avait toujours des proches qui possèdaient une ferme à la campagne avec quelques clapiers (1), on sortait tordre le cou à lapinou (2), on le préparait en gibelotte et toute la famille se lèchait les babines (3) le dimanche au déjeuner. On le… l’élevait aussi dans les jardins ouvriers (4). Bref, le lapin était au menu partout. Le problème, c’est que cette France sépia (5) des années 50 a quasiment disparu. Et puis il y a une autre explication, d’ordre affective (6) :

De plus en plus d’enfants ayant des petits lapins nains à la maison, domestiques, qui sont charmants, qui sont des animaux charmants, d’ailleurs peu comestibles tellement ils sont petits, et puis il y a … il y a toute cette tradition du lapin dans la bande dessinée, du lapin dans le…dans les films pour enfants, Walt… depuis Walt Disney. Donc dans l’esprit de beaucoup de jeunes Français, le lapin est associé à un animal tellement mignon que c’est cruel de le manger. Et donc du coup, les parents, pour ne pas faire de déplaisir aux enfants et surtout pour que les enfants ne laissent pas leur assiette pleine, bah en mangent… en mangent moins. Je le regrette beaucoup parce que je trouve c’est une viande qui est extrêmement saine, qui est facile à cuisiner, qui est facile à digérer, qui est donc diététique. C’est pas une viande grasse, ça a beaucoup de goût une fois qu’on l’a bien cuisinée. Et donc je… je regrette qu’on abandonne cet élément de notre patrimoine gastronomique, d’autant plus que le lapin a un autre avantage, c’est qu’il a… il se cuisine de plein de façons : en sauce, rôti à la moutarde, en terrines (7) qui sont faciles à faire, qui mélangé à… par exemple avec de… à… à de la gorge de porc hâchée donne des pâtés absolument délicieux. Encore un autre… autre avantage du lapin, c’est que c’est une viande bon marché. Donc ça fait beaucoup d’avantages. Et je trouve dommage qu’on laisse tomber (8) cet… cet élément de notre… de notre cuisine.

– C’est donc à cause du lapin blanc d’Alice et de Bugs Bunny que cet animal est devenu prsque aussi sacré que les vaches indiennes. Saviez-vous que les pays anglo-saxons (9) sont totalement réfractaires (10) à l’idée de croquer du « rabbit » (11) mais que l’Espagne, l’Italie et la France en mangent depuis des temps immémoriaux. La tradition, voilà qui devrait vous donner envie. Rien que (12) dans notre pays, chaque région a sa recette paysanne : lapin à la barigoule (13) en Provence, lapin au cidre en Bretagne, lapin au genièvre dans le nord. Alors ça vous dit (14), le lapin, Audrey ?
– Ouais, enfin jusqu’à maintenant, c’est… On m’a plutôt posé des lapins (15) ! Mais cuisiner un lapin, pourquoi pas !
– Eh bah écoutez, je vous inviterai, Audrey, à venir goûter ma fantastique terrine de lapin aux noisettes, et je vous promets, vous allez voir le lapin autrement.
– J’en doute pas un seul instant, François-Régis !

Quelques détails :
1. un clapier : la cage où on élève des lapins dans une ferme.
2. lapinou : c’est le nom affectueux qu’on donne aux lapins. Dans les livres pour enfants, les lapins s’appellent souvent « Lapinou ».
3. se lécher les babines : c’est ce que font les animaux quand ils mangent : ils se lèchent « les lèvres ». Au sens figuré, pour les humains, ça veut dire qu’on se régale, qu’on apprécie ce qu’on mange.
4. les jardins ouvriers : ce sont des jardins que les villes mettaient à la disposition des ouvriers pour qu’ils se fassent un potager notamment.
5. la France sépia : sépia, c’est la couleur des vieilles photos. Donc cette image fait référence à la France du passé.
6. d’ordre affective : normalement, il faudrait accorder l’adjectif avec « ordre » qui est masculin et dire « d’ordre affectif ».
7. une terrine : c’est le plat dans lequel on cuit les pâtés, qu’on appelle donc aussi des terrines.
8. laisser tomber : abandonner
9. les pays anglo-saxons : les Français appellent comme ça les pays où on parle anglais. Mais c’est un terme un peu vague et tout le monde n’est pas d’accord sur les pays auxquel il fait référence.
10. être réfractaire à quelque chose : être hostile à quelque chose, être totalement opposé à quelque chose
11. rabbit : c’est le mot anglais, qu’on utilise jamais en français. Le journaliste l’emploie ici car il vient de parler des pays anglo-saxons.
12. rien que dans notre pays : pour ne prendre que l’exemple de la France, sans même mentionner les autres pays.
13. à la barigoule : c’est une recette provençale, avec des artichauts.
14. ça vous dit, du lapin ? = Vous avez envie de manger du lapin ?
On peut aussi employer cette expression de la manière suivante : « ça vous dit de manger du lapin ? » Et on peut répondre : « Non, ça ne me dit pas / ça ne me dit pas trop. Ou l’inverse : Oui, ça me dit / ça me dit bien. »
15. poser un lapin : c’est une expression qui veut dire que quelqu’un vous a donné rendez-vous quelque part et n’est pas venu, sans vous prévenir.

C’est mieux qu’à la cantine

Les écoles, les collèges et les lycées ont tous leur cantine. Ensuite, quand on va à l’université, on peut manger au resto U. On y fait des repas complets pour environ 3€. Mais la grande mode aujourd’hui, c’est de délaisser ces cantines collectives. Certes, il y en a où ce n’est pas excellent, mais l’autre raison, c’est qu’aujourd’hui, tout le monde veut choisir, ou se donner l’illusion du choix. Et quand on est ado, sortir du lycée et ne pas déjeuner à la cantine, c’est le signe d’une émancipation certaine !

Alors, où mange-t-on ? Au McDo ? Au Quick ? Pas forcément ! Les hamburgers – finalement assez chers en France – sont fortement concurrencés par les pizzas, par les bons vieux sandwiches jambon-beurre agrémentés d’une feuille de salade et d’une rondelle de tomate et par les kebabs.
Ambiance sonore dans un de ces kebabs proche d’un lycée à l’heure du déjeuner. Evidemment, question diététique, c’est moyen !

Transcription:
– Bonjour. Vous avez choisi ? (1)
– Oui.
– Sept kebabs.
– Sept kebabs ?
– Et en sauces… (2)
– Moi, je (3) voudrais de la mayonnaise.
– Mayonnaise ?
– Ouais.
– Complets ?
– Sans oignons.
– Mayonnaise sans oignons.
– Merci.
– Merci.
– C’est bon, tu grossiras encore plus.
– Regarde, regarde. Y en a beaucoup, de mayonnaise. (4)
– Tout pour maigrir !
– Voilà, c’est un truc (5) hyper calorique !
– Pourquoi c’est mieux qu’à la cantine, là ?
– Parce que là, c’est nous qui choisissons ce qu’on mange (6).
– Bah oui, mais hier, c’était des frites aussi ?
– Ouais, mais celles-là, elles sont meilleures que celles… que celles de la cantine. Manger trop souvent à la cantine, après, ça devient lassant. Donc on vient ici. Et puis c’est plus… C’est mieux, histoire de (7) discuter et tout. Il y a moins de monde, on n’a pas besoin de… de faire la queue. Et… et de lutter en fait pour trouver des places.
– Bah, je sais pas, c’est pas le régime scolaire (8). On se sent un peu libres, déjà. (9)

Quelques explications :
1. Vous avez choisi ? : c’est la phrase type des serveurs dans les restaurants pour prendre votre commande.
2. en sauces : et comme sauce. (il faut qu’ils choisissent quelle sauce ils veulent dans leur kebab.)
3. Moi, je voudrais… : c’est très naturel de dire « Moi, je… », quand on est en groupe comme ça.
4. Y en a beaucoup,  de mayonnaise : cette phrase est très orale. La phrase correcte serait : Il y a beaucoup de mayonnaise. A l’oral, on annonce souvent ce qu’on va dire par un pronom. Normalement, il devrait être employé une fois qu’on a utilisé le nom qu’il doit remplacer. Mais à l’oral, on le met avant : « en » remplace « de mayonnaise » mais est dit avant. C’est bien sûr un style familier.
5. un truc : quelque chose
6. C’est nous qui choisissons ce qu’on mange : encore quelque chose de très oral. Très correctement, il faudrait dire : « C’est nous qui choisissons ce que nous mangeons« , et ne pas employer « on ». Mais « on » est très fréquent dans un style familier. En fait, si on commence la phrase par « C’est… », on ne peut dire que « C’est nous qui… ». Avec « on« , c’est impossible. Mais ensuite, cette jeune fille revient à « on » parce que c’est très naturel.
7. histoire de + verbe : pour + verbe
8. c’est pas le régime scolaire : il veut dire qu’il n’y a pas les contraintes et les régles qui sont imposées à l’intérieur du lycée.
9. déjà : la première raison, c’est que…