Vengeance

Aller au cinéma me manque. Je ne sais même plus dire quel est le dernier film que j’ai vu, dans notre petit cinéma à l’Estaque ! Et j’ai l’impression que j’ignore tout des quelques films qui ont réussi à sortir depuis un an. Mais nous avons eu aussi la chance de voir ou revoir des films plus anciens, même si, pour moi en tout cas, les regarder sur un écran d’ordinateur ou de télévision n’a rien à voir avec ce que l’on vit dans une salle obscure**.

Voici un de ces films dont j’ai emprunté le DVD à la médiathèque de mon quartier. Je l’avais manqué lors de sa sortie. Quel plaisir de découvrir l’histoire de la vengeance terrible d’une femme blessée dans son amour ! Vengeance impitoyable, qui nous fait passer tour à tour d’un sentiment d’empathie pour cette incroyable Madame de La Pommeraye, à une admiration fascinée pour la façon par exemple dont elle obtient des aveux du Marquis mais aussi à une interrogation sur sa détermination à tramer un complot aussi diabolique. Tout est parfaitement construit, beau, très bien filmé. Et comme je suis fan de Cécile de France, tout à fait crédible en femme du 18è siècle, c’est désormais un des films que je range dans la catégorie de ceux qui comptent pour moi.

Film en costumes, dans une belle langue qui n’est plus tout à fait la nôtre aujourd’hui, mais peinture de sentiments intemporels, qui fait aussi écho à nos préoccupations actuelles sur la place des femmes. (Emmanuel Mouret est un cinéaste de notre temps bien sûr!)

Et pour couronner le tout, une bande annonce très réussie, grâce à un florilège de répliques judicieusement posées sur des scènes du film. Il y a un art de la bande annonce !

Transcription de la bande annonce
(car sans surprise, la transcription automatique n’est pas encore au point** pour le français et donne des sous-titres truffés d’erreurs**.)

Marquis, que vous importe (1) que mon nom apparaisse dans la liste de vos conquêtes !
J’ai bon espoir.
Son orgueil est tel qu’il n’ose rentrer à Paris sans avoir vaincu sa proie.
Dois-je comprendre que vous vous êtes abandonnée (2) au Marquis ?
Toutes les passions ne se ressemblent pas. La nôtre est intense sans être excessive. Nos sentiments sont aussi pleins de tendresse que de raison.
M’est-il possible de connaître ces pensées qui m’éloignent de vous ?
J’ai peur qu’elles ne vous fâchent (3) autant qu’elles me fâchent.
Vous vous souvenez de Madame de Joncquières ?
Ce n’est pas qu’elle (4) ne soit belle comme un ange, qu’elle n’ait de la finesse, de la grâce, mais elle n’a aucun esprit de libertinage.
Pourquoi le Marquis s’attacherait-il à cette fille, alors qu’il ne s’attache à aucune autre ?
Parce que le Marquis ne résiste pas à ce qui lui résiste.
Madame, rendez-moi un service.
Lequel ?
Ayez compassion de moi (5). Je veux la revoir.
Quel est l’état de votre coeur ?
Il faut que j’aie cette fille-là. Ou que j’en périsse (6).
Je vous en supplie, madame. Il sacrifie la moitié de ma fortune. N’est-ce pas assez ?
Pour moi, le compte n’y est pas. (7)
Je crains (8) cependant que votre entreprise (9) soit excessive.
Mon entreprise est en-deçà (10) de ma douleur et du coup que le Marquis m’a porté.
Je mettrai dix hommes à leurs trousses (11), mais je les retrouverai. Je forcerai leur porte. Je ne sais ce que je ferai mais vous avez tout à craindre de l’état de violence dans lequel je suis.
Si aucune âme juste ne tente de corriger les hommes, comment espérer une meilleure société?

Des explications sur cette langue, c’est-à-dire ce qu’on dirait aujourd’hui:

  1. Que vous importe ! = pourquoi est-ce important pour vous ? / Qu’en avez-vous à faire ?
  2. s’abandonner à quelqu’un : lui céder, devenir sa maîtresse.
  3. fâcher quelqu’un : contrarier quelqu’un
  4. ce n’est pas qu’elle ne soit belle… : je reconnais qu’elle est belle… mais…
  5. Ayez compassion de moi : ayez pitié de moi.
  6. périr : mourir
  7. le compte n’y est pas : cela ne me suffit pas
  8. Je crains que : je trouve vraiment que…
  9. votre entreprise : ce que vous faites, ce que vous avez décidé de faire
  10. en deçà de : pas du tout à la hauteur de
  11. être aux trousses de quelqu’un : à la poursuite de quelqu’un

**J’ai employé quelques expressions que voici :

  • les salles obscures : c’est le nom qu’on donne aux salles de cinéma.
  • ne pas être au point : ne pas être parfait, donc ne pas bien fonctionner.
  • être truffé d’erreurs : être plein d’erreurs, de fautes

Ce film trouve sa source dans un passage de Jacques le Fataliste et son maître, de Denis Diderot. Voici un lien vers le texte original sur Gallica.

Et comme ce texte est un des classiques étudiés au lycée, on trouve de multiples analyses sur cette époque, sur le libertinage et sur cette oeuvre. En voici un exemple.
Personnellement, ce film m’a donné envie de relire ce texte, avec des yeux d’adulte cette fois !

Et pour finir, si vous avez envie de m’écouter :

Mais quand même, vivement qu’on puisse retourner au cinéma !

Mais qu’est-ce que ça peut bien leur faire !

Plaisir de pouvoir choisir quoi regarder et quand, grâce à la télévision en « replay », comme on dit maintenant.
J’ai donc regardé il y a deux ou trois jours un très beau film / documentaire de Sébastien Lifshitz : Petite fille. Si vous avez accès à Arte ou Arte TV, ce film est disponible jusque fin janvier. Ne laissez pas passer cette occasion car Sasha et sa famille sont inoubliables, grâce à la caméra pleine de délicatesse et de pertinence du cinéaste.

Cette petite fille de sept-huit ans est née garçon mais se sait fille. Seulement, la vie est compliquée pour ces enfants. Sasha a l’amour inconditionnel de ses parents, de ses deux frères et de sa grande soeur. Mais il y a aussi, encore et encore, de la malveillance, de l’intolérance, de l’incompréhension qui mène à la cruauté et au rejet dans notre monde. Des avancées essentielles existent pourtant, portées par des hommes et des femmes comme cette médecin d’un grand hôpital parisien qui accompagne et illumine le chemin de cette famille.

Si vous pouvez regarder Arte, le film entier est ici. Allez regarder cette petite fille qui pleure, qui rit, qui joue et qui danse, petit papillon léger et tellement attachant des dernières images du film. Comment pourrait-on ne pas comprendre ?

Voici un lien vers une bande annonce.
Et au cas où vous ne pourriez pas y accéder, voici juste le son.

Transcription:
“Quand je serai grand, je serai une fille.”
Je lui dis : “Mais non, Sasha, tu seras jamais une fille.”
Et là, Sasha s’est mise à pleurer. C’était vraiment le pleur de… Je venais de foutre toute sa vie en l’air. (1)
… qu’elle est juste pas née dans le bon corps et c’est pas elle qui l’a choisi. Quand je vois à l’école qu’on lui dit: “Non, tu es née en tant que garçon. Tu es pas née en tant que fille, donc tu es un garçon.” Et ça, je comprends pas.
Les larmes aux yeux (2), c’est quand tu penses à l’école ?
Parce que c’est épuisant (3) de devoir aller à l’école et se battre tout le temps. En fait, il y a des enfants qui l’acceptent parfaitement comme ça. J’aimerais bien que les adultes ausssi.
Je vois pas en quoi ça dérange les gens. Qu’est-ce que ça peut leur faire ? (4) Ma gamine (5), elle passe à côté de (6) son enfance. Je trouve ça dégueulasse (7).
C’est pas une question de tolérer. Pour moi, c’est… Sasha, point. (8)
Comme je dis, de toute façon, c’est son combat, mais c’est le mien aussi. Ça sera le combat de ma vie.
Tu n’es pas la seule pour qui c’est comme ça. On en voit d’autres, des enfants, dans cette situation.

Des explications:
1. foutre sa vie en l’air : On n’entend pas bien du tout dans cet extrait, mais c’est ce qui est dit dans le film. Foutre est synonyme de mettre dans un style très familier et donc cette expression signifie : anéantir, détruire. D’ailleurs dans le film, al mère de Sasha parle juste après d’avoir détruit les rêves de sa fille.
2. Avoir les larmes aux yeux: c’est avoir très envie de pleurer. Les larmes montent aux yeux, avant de couler sur les joues.
3. Épuisant : très fatigant
4. Qu’est-ce que ça peut leur faire ? : on emploie cette expression familière quand on ne comprend pas pourquoi il y a des gens qui se permettent de juger quelqu’un d’autre. On se demande pourquoi ils se mêlent de ce qui ne les regardent pas.
5. Ma gamine : ma fille (familier)
6. passer à côté de quelque chose : ne pas vivre pleinement cette expérience
7. dégueulasse : révoltant (très familier)
8. point = un point c’est tout = Il n’y a rien a dire de plus, rien à expliquer de plus.

Sébastien Lifshitz parle ici de son travail sur ce film et de Sasha. C’est profondément humain. En voici des passages, au cas où vous n’y auriez pas accès depuis votre pays :

Transcription:
Petite fille, c’est l’histoire en fait de Sasha, qui est née garçon et qui depuis l’âge de ses trois ans, se vit comme une petite fille, ressent au plus profond d’elle qu’elle est une petite fille. Et j’ai eu cette chance de la rencontrer et de pouvoir la filmer entre ses sept ans et ses huit ans, l’espace d’un an (1), elle et sa famille au quotidien. Et le film donc raconte en fait à la fois sa vie, au jour le jour (2), et aussi les combats que la famille doit mener pour faire comprendre, pour faire accepter autour d’elle qui elle est.

La transidentité, ça n’a rien a voir (3) avec la sexualité, ça n’a rien à voir avec la puberté, ça n’a rien à voir avec l’adolescence comme souvent les gens s’imaginent. C’est quelque chose qui apparaît souvent très tôt, au plus profond d’un individu, qu’il exprime comme il peut et je trouvais important du coup d’essayer de trouver aujourd’hui un enfant qui puisse raconter cette histoire.

J’espère que le film va faire comprendre ce que c’est que l’identité transgenre. Mais au-delà (4) même de la transidentité, je pense que le film parle aussi de la différence, c’est-à-dire, dans le fond, beaucoup de parents ont des enfants qui sont pas forcément dans la norme, qui ont une différence, qui souvent les stigmatise (5) et leur attire parfois beaucoup de problèmes, de la souffrance. Les enfants peuvent être cruels entre eux, mais pas qu’eux (5). Les adultes aussi peuvent être redoutables (6). Et j’espère que le film fera prendre conscience justement de qu’est-ce que c’est… qu’est-ce qui se vit à l’intérieur du corps et de la tête d’un enfant aussi jeune, parce que les enfants ont pleinement conscience de ce qu’ils sont en train de vivre et ils observent tout ce qui se passe autour d’eux, comment on les regarde, si on les juge ou non. Ils sentent tout ça.

Des explications:
1. l’espace d’un an : pendant un an. On peut employer cette expression avec toute sorte de durées : (en) l’espace d’une seconde, (en) l’espace d’un instant, (en) l’espace d’une semaine. Cela attire davantage l’attention sur cette durée que lorsqu’on dit juste : pendant…
2. au jour le jour : jour après jour
3. ça n’a rien à voir (avec… ) : c’est totalement différent (de…)
4. au-delà de… : en plus de…
5. stigmatiser quelqu’un : présenter quelqu’un comme responsable de quelque chose de coupable, de répréhensible.
6. Redoutable : effrayant, à craindre vraiment, donc très méchant.

Connaissez-vous How to be a girl ?
Je suis ce podcast américain depuis 2014, où on grandit avec Marlo Mack et sa fille, née garçon elle aussi.
Si vous aimez l’anglais bien sûr!

Et aussi, ce roman dévoré au début des années 2000, et traduit depuis en français :
« I was born twice: first as a baby girl […] in January of 1960 and then again as a teenage boy […] in August of 1974. My birth certificate lists my name as Calliope Helen Stephanides. My most recent driver’s license records my name simply as Cal. »

Et le très beau film de Lukas Dhont, Girl, comme un écho à ce que vit Sasha, qui elle aussi veut danser.

Un amour impossible

Me voici à nouveau pour partager avec vous ce très beau film que j’ai vu il y a quelque temps. Certains d’entre vous le connaissent probablement puisqu’il est sorti en 2018. Tout est réussi pour servir cette histoire adaptée du roman de Christine Angot (que je vais lire) sur l’amour impossible entre ses parents.
Virginie Effira est magnifique dans ce rôle d’une femme digne, malmenée parce que issue d’une autre classe sociale que celle de celui qu’elle aime, parce que femme, parce que née à dans une certaine époque. Malmenée, mais ce qu’on retient d’elle, c’est l’image d’une femme qui a la tête haute, qui élève sa fille (désirée et chérie) hors mariage en un temps où cela ne se faisait pas et qui reste debout, quels que soient les obstacles sur son chemin. Les sentiments sont forts mais exprimés avec une grande sobriété et une profonde justesse. L’histoire de Rachel, de Philippe, de Chantal leur fille est bouleversante. C’est l’histoire éternelle et banale d’amours difficiles, pour ne pas dire impossibles, entre une femme et un homme, entre une mère et sa fille, une fille et son père, entre cette jeune fille et elle-même.

La bande annonce est ici. C’est une très belle bande annonce car elle donne exactement l’ambiance du film, avec cette chanson qui va et vient, pour incarner cet amour entre Rachel et Philippe, avec cette belle lumière qui enveloppe une histoire où se mêlent beauté et laideur. Et elle sait ne pas dire tout de ces vies qu’on va suivre sur de longues années. Mais comme d’habitude, les sous-titres automatiques sont ratés ! Donc en voici la transcription.

Transcription :
Ma mère et mon père se sont rencontrés à Châteauroux, dans la cantine qu’elle fréquentait.
– Il y a trois sortes d’amours : l’amour conjugal, c’est celui que tout le monde veut. Ensuite, il y a la passion. Et ensuite, il y a ce que j’appelle la rencontre inévitable.
– Tu veux être une femme ?
– Oui.
– Pourquoi ?
– Parce que je suis à toi.
Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour…
Il était rentré dans sa vie. Elle ne le voyait pas en sortir.
– Je t’aime, Rachel.

– Tu veux te marier ?
– Je sais pas. Et toi ?
– Moi ? Non. Moi, je veux pouvoir faire ce que je veux.
C’est l’histoire d’un amour, éternel et banal*…
– Je sais que tu es enceinte, Rachel, mais ça ne change rien. Tu sais très bien que je ne t’épouserai pas. Je te l’ai toujours dit. Evidemment, si tu avais été riche, ça aurait été différent.
celle où l’on se dit adieu.
– J’aimerais bien que tu reconnaisses Chantal. Je demande pas d’argent, ça m’intéresse pas.
– Votre fils Philippe et moi avons un bébé de six mois.
– Oui, je sais.
– Et je voudrais pouvoir lui donner des nouvelles de sa fille.
– Olé, hop là !

– Tu as pas peur que ça te fasse mal de le revoir ?
– Non, puis c’est pour Chantal. Je voudrais qu’il la reconnaisse.
– Je veux pas reconnaître Chantal. Je me suis marié.

– C’est trop dur, la vie ! C’est trop dur.
– J’élève ma fille seule depuis qu’elle est petite. Quand elle était petite, elle connaissait quasiment pas son père. Il a repris contact avec elle.
– Ça fait longtemps !
– C’est un homme cultivé qui lui apporte beaucoup de choses. Il l’emmène en weekend.
– Tu te rends compte, si j’avais vécu avec lui, tout ce que j’aurais appris !
– On n’est pas une famille ! Deux personnes dans une maison, c’est pas une famille !

– Et nous, tu sais ce que c’est ?
– C’est une passion.
– Non. C’est une rencontre inévitable.
C’est l’histoire d’un amour.

Evidemment, quand le film s’achève, on reste longtemps avec cette chanson dans la tête !
Il ne reste plus qu’à se replonger dans les multiples versions de cet air qui fait partie de ceux que nous avons tous entendus un jour, quelque part, dans une langue ou une autre.
Deux fameuses versions classiques, ici, ou ici, ou reprise par les plus jeunes, comme Zaz ici.
Alors, ça y est, elle vous trotte dans la tête ? 😉

* Question de français :
Je me suis demandé comment écrire: c’est l’histoire d’un amour éternel et banal.
Faut-il accorder avec amour ou avec histoire, et dans ce cas écrire : éternelle et banale ? Je penchais pour cet accord féminin qui me semblait avoir plus de sens. Mais sur tous les sites de paroles, c’est le masculin qui a été choisi.
Je ne sais pas si la version d’origine en espagnol permet de trancher. Peut-être savez-vous ?

Le 03 février: mise à jour.
Merci à Eduardo d’avoir expliqué qu’en espagnol, c’est bien l’amour qui est éternel et banal et de partager avec nous l’interprétation de Luis Miguel.

A bientôt.

Avec un désert blanc pour chambre noire


J’ai été happée par ce livre qui nous dit l’histoire fascinante de trois explorateurs partis en 1897 explorer le pôle nord en ballon, puis comme engloutis très vite par la banquise, le froid, et les années – il a fallu plus de trente ans pour qu’on retrouve les restes de leur expédition malheureuse.

Ils possédaient cette foi dans la découverte des terres inconnues qu’on pouvait avoir quand le monde n’était pas encore complètement cartographié avec certitude. Il fallait une dose de folie optimiste – et de volonté de domination – pour partir ainsi, puis continuer l’aventure une fois leur ballon tombé et perdu sur la banquise.

On aimerait qu’un miracle ait lieu. Pourtant, on sait d’emblée que c’est sans espoir : cette histoire humaine fait partie de l’Histoire, celle de la Suède, celle des explorateurs. L’Histoire s’est écrite.

Le miracle, c’est que ces trois hommes aient survécu quelques mois dans cette hostilité blanche, qu’ils ont explorée et observée envers et contre tout, après être tombés. C’est cet acharnement optimiste et curieux à regarder, témoigner, raconter. Je m’attendais à lire le récit d’un calvaire, d’une errance désespérée. Mais c’est autre chose : récit d’un voyage insensé dans des conditions extrèmes, récit familial à travers les époques, récit d’une enquête pour sortir de l’oubli Nils Strindberg, Salomon August Andrée et Knut Fraenkel.

L’autre miracle, époustouflant, c’est qu’ils aient pris des photos, que leurs pellicules aient été retrouvées trois décennies plus tard dans la neige et le froid et que, de ces pellicules, aient surgi des photos, leurs photos.

Un lien s’est ainsi maintenu entre ces disparus – effacés il y a si longtemps de la terre – et nous qui regardons leurs silhouettes, contre toute attente imprimées sur du papier photographique. Ce lien avec eux naît du très beau récit d’Hélène Gaudy, qui entremêle les voix de ces trois hommes, celles de femmes très marquantes liées à leur histoire – Anna Charlier amoureuse si émouvante et plus tard, Bea Ususma si tenace dans sa quête – et la sienne, qui explore les traces laissées par ces vies fugitives, les replace au sein de la grande aventure des explorateurs et de la conquête du monde, mais aussi de la disparition progressive de ces paysages de glace que nous observons, nous, en 2019. J’ai refermé ce livre mais je reste à leurs côtés, portée par la très belle écriture d’Hélène Gaudy qui dit ceci : « Je me suis autorisée non pas à inventer des faits mais à supposer certaines scènes. »
C’est passionnant.

Quelques extraits, que j’ai enregistrés juste après:
« L’image n’est pas encore tout à fait une image, juste un fragment, englué parmi d’autres, d’une pellicule qui a passé des années sous la neige, dans l’un des territoires les plus reculés du monde. Elle est si imprégnée d’eau que sa substance sensible reste sur le doigt qui l’effleure. Elle a subi des altérations multiples. Sa date de péremption est dépassée depuis longtemps. Il y a, c’est sûr, très peu d’espoir de lire encore, dans ce qui reste, quelque chose d’une histoire.
Un homme la tient entre ses mains timides, expertes mais timides, se retient de trembler. Il s’appelle John Herzberg. C’est un photographe et technicien émérite. »
(p.15)

« Dans les bains révélateurs se dessinent d’abord les silhouettes les plus sombres – leurs silhouettes puis celle de la tente, d’une embarcation retournée, les roches qui affleurent et, parfois, une troisième silhouette plus floue, plus foncée: celle du photographe revenu précipitamment se placer dans le champ après avoir actionné le retardateur.
Ils semblent saisis dans diverses poses, puis seuls sur la banquise ou touchant du fusil le cadavre d’un ours. Impossible de les différencier à leur posture, leur façon de se tenir, leurs visages mangés par la lumière. Ces clichés semblent dire qu’ils sont interchangeables, que leurs existences n’ont pas d’importance, tout entières tendues vers le but qu’ils se sont fixés. »
(p.19)

De ce qu’ils ont enduré, physiquement et moralement car « ils s’épuisent contre ce lieu qui les mène par le bout du nez« , les photos ne parlent pas directement. Elles veulent montrer autre chose, qui nous bouleverse et nous stupéfie:
« Nous n’en verrons rien, jamais. Jusqu’au bout, ils réussiront à construire ça: cette autre vision d’eux-mêmes, jamais tout à fait atteints, jamais tout à fait par terre, et à la dresser, droite et reluisante, entre eux et notre imaginaire. »
Notre imaginaire aujourd’hui conduit par les mots, les questions et les suppositions d’Hélène Gaudy.

Un monde sans rivage

Et après, vous devriez écouter cette émission qui avait pour invitée l’auteure de ce livre en septembre dernier.
Mais pas avant d’avoir lu le livre à mon avis, pour laisser cette histoire venir à vous et vous embarquer.

C’est ce que j’ai fait puisque je viens tout juste de l’écouter.
Et je m’aperçois que j’ai utilisé sans le savoir les mêmes mots qu’Hélène Gaudy qui explique avoir été happée par ces photos, lors de sa visite d’un musée de Copenhague ! Happé(e), c’est le mot.
En voici un tout petit extrait pour vous donner envie.

Helene Gaudy Une journée particulière

Transcription:
– Et ces photos seront pour vous, Hélène Gaudy, le point de départ, en fait, de votre roman, Un Monde sans rivage. C’est… Vous allez tirer le fil (1), vous allez chercher quelque chose dans ce blanc, dans cet effacement des photos?
– Oui, tout à fait. J’ai vraiment… J’ai su que j’allais écrire sur ces images tout de suite, vraiment dans le musée. Je l’ai dit à mon compagnon avec qui j’étais dans le musée, j’ai dit c’est pas possible, cette histoire… enfin, cette histoire que j’ai apprise dans les grandes lignes (2) parce qu’il y avait des petits cartels qui expliquaient leur histoire, mais surtout ces images… ça je l’ai peut-être compris plus tard, mais ce qui m’a happée aussi, je pense, c’est le fait qu’il y ait beaucoup de vide justement dans ces images, beaucoup de blanc. Et je sentais que l’écriture pouvait se glisser dans ces blancs-là. C’était des images où il y avait un hors-champ (4) qui était énorme, on pouvait tout inventer, on pouvait tout imaginer. Et en même temps, on avait déjà de la matière, enfin il y en a sur les images, il y en a dans l’Histoire. Et plus j’ai avancé dans… Plus j’ai appris de choses sur leur histoire, plus je trouvais de matière, plus je me rendais compte que c’était une histoire complètement folle et extrêmement romanesque (5) déjà au départ. Mais c’est vrai que c’est vraiment les images, la matière du texte pour moi.

Quelques explications:
1. tirer le fil : c’est une image qui vient du tricot: on tire le fil de la laine, on le déroule pour tricoter quelque chose. Donc au sens figuré, on va dérouler le fil de l’histoire, c’est-à-dire fabriquer cette histoire.
2. dans les grandes lignes : en gros, sans entrer dans les détails. On a le cadre général, pas toutes les péripéties.
3. un cartel : c’est une étiquette ou une plaque à côté d’une oeuvre dans un musée, où on lit des explications sur l’artiste et l’oeuvre exposée.
4. un hors-champ : en cinéma ou en photographie, c’est ce qui n’est pas filmé ou photographié, donc pas dans le cadre, mais qu’on devine ou comprend. Le contexte est suggéré.
5. romanesque : digne d’être raconté dans un roman, parce qu’il y a de l’aventure, du merveilleux, de quoi s’adresser à l’imagination.

A bientôt !

De beaux portraits de jeunes femmes

J’avais aimé Tomboy. Céline Sciamma sait faire des portraits qu’on oublie pas. Elle a aussi collaboré à la naissance de Courgette, dans Ma vie de Courgette, ce si beau film d’animation. Portraits d’enfants, d’adolescents.
Cette fois-ci, ce sont les portraits de trois jeunes femmes – et de la mère de l’une d’elle – à la fin du 18è siècle. Certaines sont enfermées, prisonnières de la condition qu’on faisait aux femmes, d’autres ont des libertés qu’on n’imagine pas forcément quand on pense à cette période de notre histoire. Toutes sont passionnées. C’est un film sur les amours impossibles, les libertés entravées, l’art et la création. Les images sont de toute beauté, véritables tableaux. La façon de filmer les visages, les gestes, les émotions, les lieux est magnifique. On est transporté par le cinéma de Céline Sciamma et sa manière de nous raconter des histoires éternelles. Quel plaisir !

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription
– L’homme intéressé par ma fille est milanais.Nous partirons là-bas si le portrait lui plaît.
– Vous partirez.
– Il faut que vous sachiez une chose. Elle a épuisé déjà un peintre avant vous. Elle a refusé de poser. Il n’a jamais vu son visage.
– Pourquoi refuse-t-elle d’être peinte?
– Parce qu’elle refuse ce mariage. Vous allez devoir la peindre sans qu’elle le sache. Elle pense que vous êtes une compagne de promenade pour quelques jours.
– Elle pense que je suis là pour la surveiller.
– Et vous, vous la regardez. Vous vous sentez capable de faire le tableau de cette manière ?
– Je suis venue pour vous peindre.
– C’était donc ça, vos regards.
– Quel en est le titre ?
– Portrait de la jeune fille en feu.

Voilà. Les sous-titres automatiques sont loin d’être parfaits. Une transcription s’imposait donc.
A bientôt ! Je suis toujours là, même si c’est de loin en loin. Sinon, vous pouvez toujours aller faire un tour sur France Bienvenue, que nous remettons à flot avec la nouvelle équipe d’étudiants. Travail régulier, qui m’a l’air bien parti cette année !

Connaissez-vous cette jeune fille ?


J’ai découvert en juin un film d’animation à nul autre pareil et il faut que je vous en parle ! La jeune fille sans mains est une adaptation d’un conte de Grimm. Comme tous les contes, on peut y lire énormément de choses sur la nature humaine, les rapports familiaux, la place des femmes et leurs relations avec les hommes. L’histoire elle-même a la puissance des contes, où se côtoient cruauté, violence, peur, cupidité, amour, débrouillardise, sincérité, pureté. Il y a un Diable qui est vraiment… diabolique bien sûr.

Mais surtout, l’animation est incroyable. C’est comme si les dessins se faisaient sous nos yeux, avec des couleurs et des traits qui s’animent, sans jamais être figés ni finis. Cela donne une plongée dans une aventure toujours mouvante, qui décrit parfaitement la fuite de la jeune fille, son parcours vers la liberté et le choix qu’elle devient capable de faire de sa vie. On a peur avec elle, on est heureux avec elle, on palpite avec elle.

Si vous avez accès à Arte TV, vous pouvez regarder ce film ici jusqu’au 9 septembre. Dépêchez-vous !

Bref, une histoire qui nous emporte, dans un ailleurs qui parle à nos sentiments humains et nous fascine par la façon dont elle a été créée par Sébastien Laudenbach. Parce que ça aussi, c’est incroyable !

Voici une très belle interview de Sébastien Laudenbach, où il explique la genèse de ce film et sa façon de travailler, dessin par dessin. Tout y est passionnant, sur la couleur, l’animation, les voix des comédiens choisis, la façon dont les enfants et les adultes reçoivent les contes. J’en ai choisi – avec difficulté !- quelques passages.
C’est à regarder ici, dans la dernière vidéo tout en bas de la page.

La jeune fille sans nom – interview – extraits

Transcription de deux extraits:
(à partir de 3’55)
– Et puis…Bah et alors, je m’étais dit : «  Bon, il faut que tu te préserves parce que vraisemblablement, ce film peut-être va pas se faire »… enfin bon, je redoutais (1), donc je me suis dit : « Ne mets pas tes tripes (2) sur la table », parce que sinon, tu vas beaucoup souffrir si le film ne se fait pas. Donc quand le film a été arrêté, je n’ai pas beaucoup souffert mais j’y repensais quand même régulièrement…
– Il ne vous quittait pas, il voulait pas vous quitter.
– Voilà, il y avait quelque chose d’assez… d’assez profond. Il faut dire que (3) ce conte m’avait particulièrement touché aussi, dans toutes ses versions. Et alors, en fait, moi, j’ai continué à faire des courts-métrages (4) et puis j’ai continué à mener une sorte de recherche théorique et esthétique parallèlement à ça. Et en 2012, je fais, à l’initiative (5) d’un de mes anciens élèves et d’un producteur à Toulouse, une expérience assez singulière où j’arrive à produire un film de douze minutes en dix jours, d’animation, en mettant en place, issue de ces recherches théoriques, une écriture particulière, pas forcément nouvelle mais où… avec une direction assez affirmée. Bon, c’est un film très étrange, hein, qui a pas du tout marché (6) en festivals, mais qui est très intéressant et qui est en fait une sorte de prémices (7) à ce que va devenir La Jeune fille Sans Nom, mais à cette époque-là, je ne le sais pas encore.
– C’est ça.
– Et la même année, ma …
– Quel est le substrat qui va tout à coup émerger dans cette expérience, disons, un peu secrète ?
– Alors, qu’est-ce qui émerge ? En fait, il y a une direction assez importante, c’est de me dire : « je peux faire un film fini à partir de dessins qui sont tous pas finis. » Partant de l’idée que le cinéma, c’est une succession d’images fixes et que c’est le cerveau qui va donner le mouvement là où il y en a pas, le cerveau reconstitue, par l’intermédiaire du mouvement, des formes qui n’existent pas en fait. – Alors, ça, c’est quand même génial ! (8)
– C’est quand même génial, mais c’est quand même effectivement… la genèse, là, elle est là.
– Voilà. C’est une genèse en terme d’écriture, de production et en termes techniques aussi enfin, parce que c’est très concret.
– Et d’un appel à une certaine liberté.
– Oui, parce que, résultat (9), donc quelques mois après, ma femme, qui est cinéaste (10), passe le concours de la Villa Médicis (11) et donc m’annonce que nous allons partir pendant un an…
– En résidence.
– En résidence. Alors c’est elle qui part en résidence et moi, je la suis avec les enfants et tout ça, mais résultat, j’ai une plage de temps incroyable, que je n’ai jamais eue.
– Et un confort, disons, matériel relatif… Voilà, c’est pas la peine de ramener l’argent à la maison. On est à la maison, qui n’est pas une vilaine maison d’ailleurs, la Villa Médicis !
– Exactement. Donc c’était un moment extraordinaire, exceptionnel et sans doute unique et que je ne revivrai sans doute (12) jamais. Et donc je me suis dit : «  Bah voilà, mon gars, c’est le moment. Ressors la jeune fille et… » Mais alors, j’avais plus les droits d’Olivier Py, j’avais pas de producteur, et j’avais un an et il fallait que je fasse toute l’animation en un an. Quand on sait que…
– Ah oui, c’était un grand pari.
– Voilà, donc il fallait que je fasse quinze secondes d’animation par jour.
– Alors qu’en général, c’est…
– C’est trois.
– Oui, c’est ça.
– Voilà.
– Oui, c’est énorme.
– Quelque chose comme ça, oui, à peu près (13). Enfin ça dépend de la complexité de l’animation et du style graphique, mais…
– C’est un pari fou,tout ça, au départ, c’est un pari fou.
– Oui, mais je l’ai pas vécu comme ça. Je l’a vécu comme un désir. Je l’ai vécu en fait… En fait, résultat, c’est là où j’ai mis mes tripes sur la table !
– Voilà.
– Et je me suis jeté complètement…
– C’est maintenant ou jamais.
– Exactement. Et j’avais une vraie nécessité. Je me sentais comme un sprinter, voyez, j’étais vraiment sur les starting blocks. Et on était à peine arrivés en Italie que je me suis mis à dessiner comme un fou. Et résultat, j’ai pas utilisé le scénario, j’ai pas utilisé la pièce d’Oivier Py, j’ai pas utilisé les recherches graphiques, j’ai pas utilisé le story board et j’ai improvisé le film du premier plan jusqu’au dernier. Et donc c’est un film écrit avec des dessins, ce qui est très singulier (14), et c’est vrai qu’il y a pas d’autres longs métrages d’animation, je crois, à ma connaissance (15), qui aient été faits comme ça.
– Non mais c’est ce qui donne cette vie. Chaque dessin, même s’il est inachevé, appelle l’autre et donc le mouvement se crée, et voilà, et on le suit.
– Résultat, ça met le geste, en fait mon geste finalement au coeur du processus d’écriture visuelle et cinématographique, j’étais pris dans le film, j’étais pris dans son rythme, donc je… j’avais juste deux plans d’avance dans la tête. Quand je faisais un plan, je me disais : «  Bon, après je vais faire ça, puis après, voilà, c’était un peu comme aux échecs, voyez, puis après, on verra, quoi. » Et en même temps évidemment, tout le travail, toute cette année a nourri et donc moi, je portais cette histoire, j’étais la jeune fille, j’étais le prince, j’étais le meunier (16), j’étais le Diable, j’étais un peu tout le monde. Et d’ailleurs, ce qui est assez curieux (17), c’est que finalement, on m’a coupé les mains au bout de sept ans en me disant : «  Tu vas pas t’occuper de cet enfant que tu as commencé à faire grandir » et il a fallu, comme la jeune fille, que je m’isole, il a fallu, comme la jeune fille, que je fasse avec mes propres moyens et il a fallu, comme la jeune fille, que je fasse pousser mon propre jardin qui, de fait, n’appartient qu’à moi.

(à partir de 14’57) Et pour rebondir (18) sur ce que vous disiez tout à l’heure (19) sur la couleur des personnages, moi, ce qui m’intéresse dans l’animation, on en parlait tout à l’heure, c’est que, bon, il y a pas de visages, il y a pas la puissance des visages, il y a pas la puissance du corps humain, mais on est obligé de passer donc par des chemins de traverse (20). Et moi, l’animation m’intéresse à partir du moment où elle parle de choses profondément humaines – et les contes parlent de la psyché et de choses profondément humaines qu’on traverse tous, en prenant justement des chemins de traverse. Et j’aime bien parler du corps – j’ai fait beaucoup de courts-métrages qui mettent le corps au centre – j’aime bien parler du corps avec l’animation justement parce qu’il y a pas de corps. Et la couleur, pour moi, fait partie de ça, c’est-à-dire que la couleur, c’est un moyen de transmettre des sensations et que je suis… que je n’ai pas une approche, en tout cas pour ce film, je n’ai pas une approche de la couleur descriptive (21). Mes arbres n’ont pas un tronc brun avec un feuillage vert. C’est des arbres qui véhiculent de la sensation.
– Oui, et qui sont très, très importants.
– Oui. Oui, oui. J’aime beaucoup dessiner les arbres. C’est très agréable à dessiner. Et… Non mais en fait, je me suis fait plaisir (22), hein, sur le film. Le film est guidé par un désir extrêmement fort…

Des explications :
1. redouter quelque chose : avoir peur de quelque chose par anticipation
2. les tripes : normalement, ce sont les viscères, l’intérieur du ventre. Donc l’expression (familière) « mettre ses tripes sur la table » signifie qu’on expose ses sentiments, sa sensibilité.
3. Il faut dire que = c’est important de dire que…
4. un court-métrage : un film court, par opposition aux films qui font 1h30 ou plus, qui sont donc des longs-métrages.
5. À l’initiative de : cela veut dire que c’est son élève qui a lancé l’idée, qui a pris l’initiative de travailler sur ce film. C’est lui qui est à l’origine de ce projet.
6. Ne pas marcher : être un échec, ne pas avoir de succès
7. les prémices de quelque chose : un prélude à quelque chose, des signes qui annoncent quelque chose
8. génial : super, merveilleux
9. résultat : employé seul de cette manière, ce mot indique la conséquence de quelque chose.
Par exemple : Il n’a pas assez plu. Résultat, le jardin est très sec. On entend aussi très souvent: Résultat des courses, …, qui est plus familier.
10. un(e) cinéaste : quelqu’un qui fait des films
11. la Villa Médicis : c’est une institution artistique française installée dans la Villa Medicis à Rome, qui accueille des artistes en résidence pour des périodes allant de 6 à 18 mois. Le site est ici.
12. sans doute : probablement
13. à peu près : environ
14. singulier : original, jamais vu ou fait avant
15. à ma connaissance : d’après ce que je sais
16. un meunier : un homme qui fait fonctionner un moulin. (Dans ce conte, le père de la jeune fille est meunier.)
17. c’est curieux = c’est bizarre, surprenant
18. rebondir sur quelque chose (qui a été dit) : en reparler et aller plus loin
19. tout à l’heure = précédemment. Cette expression, selon le contexte, peut renvoyer à un passé très proche ou à un futur proche, mais toujours dans une même journée. C’est le temps du verbe qui indique le sens.
Par exemple : Je l’ai vu tout à l’heure = il n’y a pas longtemps aujourd’hui. / Je le vois tout à l’heure = un peu plus tard dans la journée.
20. Des chemins de traverse : des chemins qui ne sont pas directs, qui ne sont pas les chemins principaux
21. descriptive : cet adjectif porte sur le nom « approche », pas sur « couleur ». On peut dire aussi : Je n’ai pas une approche descriptive de la couleur, ce qui enlève toute ambiguïté.
22. Je me suis fait plaisir : j’ai vraiment fait ce qui était important pour moi.

La bande annonce, qui est ici, ne rend pas justice à cette histoire. Centrée sur une partie de ce conte, elle est trop réductrice, alors que le film est d’une très grande richesse. Donc il faut absolument que vous voyiez le film en entier, en vous laissant emporter par les couleurs, les mouvements et les voix !

Et ici, vous trouverez un dossier complet et des outils d’analyse de ce film.

A bientôt!