Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie

3 coeursVoici quelques échos d’un film qui vient de sortir sur nos écrans. Sans doute typiquement français, et pas seulement parce qu’on y voit Paris en toile de fond dans la bande annonce, ou Catherine Deneuve. Les avis ont l’air partagés. J’ai tendance à penser qu’il est difficile d’égaler dans la peinture de la passion le film de François Truffaut, La Femme d’à côté.

La bande annonce est ici. Avec un rythme nerveux et elliptique.

Transcription
– Excusez-moi. Vous savez pas où je peux trouver un hôtel ? J’ai raté mon train. Je rate souvent mes trains. J’ai besoin de prendre un peu l’air (1) encore. Vous marchez avec moi ?
– Oui.
– On se revoit ? Au jardin des Tuileries, vendredi prochain, 18 heures. On va se donner nos numéros, c’est plus sûr.
– J ‘y serai. (2)
– Faut que j’y aille.
– Monsieur, monsieur, vous m’entendez ? Vous avez eu un malaise.
– Vous vous appelez comment ?
– Sophie.
– Je suis tombée amoureuse.
– C’est vrai ?
– Je suis très heureuse pour toi.
– Bon, il est où, l’homme invisible ?
– Vous connaissez Sylvie ?
– Non.
– Bah, dites-vous bonjour ! On dirait deux fantômes.
– Non.
– Sophie, c’est la personne qui compte (3) le plus au monde. Si elle l’apprend, je meurs.

Quelques détails :
1. prendre l’air : cela signifie qu’on n’a pas envie de rester enfermé quelque part. Cela peut être un vrai besoin physique. Mais au sens figuré, on l’emploie aussi pour dire qu’on a besoin d’échapper à une situation. Donc Je vais prendre l’air signifie bien sûr qu’on sort, mais pour se changer les idées, pour se calmer par exemple.
2. J’y serai : c’est bien le futur, donc la bonne orthographe, c’est celle-ci et non pas J’y serais – c’est-à- dire le conditionnel – comme on le voit de plus en plus écrit sur les réseaux sociaux par exemple. Faute typique.
3. Je ne suis pas sûre car on entend très mal. Mauvaise prise de son ? Ou mauvaise élocution ?

J’ai écouté aussi Chiara Mastroianni, interrogée sur l’amour et la passion, sur sa façon de travailler, sur sa mère. Une belle voix, dynamique, agréable, naturelle, où on distingue des inflexions de celle de sa mère !

Chiara sur la passion

Transcription :
– Mais… Mais moi, je… je… Je comprends très bien ça, c’est à dire c’est vraiment de marquer le… ce qu’est la différence entre la passion et puis la relation d’amour, quoi, parce que au lieu… C’est pas que c’est un homme qui en aime une et pas l’autre, etc… c’est ça qui est compliqué, c’est pour ça que le choix est impossible pour lui à faire. Et pour nous, spectateurs aussi d’ailleurs. C’est que il y en a une qui… pour qui il éprouve une passion dévastatrice, plus forte que lui, incontrôlable, et l’autre qu’il… qu’il aime quand même parce que il y a toute une… il y a toute une… oui, un véritable amour, mais… mais pas destructeur comme l’autre. Mais… En tout cas, voilà, c’est pas une qu’on délaisse pour l’autre, donc c’est… c’est pour ça que c’est compliqué et je pense que c’est aussi pour ça qu’on s’identifie. Non, moi, je suis sortie de là en me disant : Pourvu que (1) ça m’arrive jamais, hein !
– Et comment vous l’avez composé, votre personnage, justement ?
– Mais je sais pas trop (2), moi, comment je fais les choses en fait, parce que je… Je lis beaucoup le scénario avant que le film ne commence et puis après, je le… je laisse la chose monter comme ça. Jacquot, il a une très jolie formule. Il dit : On ne travaille pas les personnages, on est travaillé. Et je comprends ce qu’il veut dire. C’est… Je me suis dit : Ah oui, c’est vrai, c’est vrai, il y a un truc comme ça.

1. Pourvu que… = J’espère vraiment que… Le verbe qui suit est au subjonctif.
2. Je sais pas trop = je ne sais pas vraiment.

Chiara sur son travail

Transcription :
– Il y a quelque chose pour le spectateur, donc, de vous voir interpréter la fille de Catherine Deneuve, d’autant qu’il y a vingt et un ans, en 1993, c’était déjà le cas dans votre premier vrai film, qui était Ma Saison préférée, d’André Téchiné.
– Oui, mais entre-temps, j’ai été aussi sa belle-fille, qu’elle n’aime pas dans le… Un conte de Noël, d’Arnaud Desplechin…
– Il y a quelque chose qui se joue en plus, du coup, entre Catherine… ?
– Non, pour moi, pas du tout. Pour moi, pas du tout parce que comme on se connaît déjà, la chance, c’est qu’on se connaisse, parce que vu comment je suis angoissée, on me dirait (1) : « Tu vas jouer avec Catherine Deneuve », c’est terminé, j’ai un infarctus avant même d’arriver sur le plateau, donc la chance, c’est ça. Après, c’est… c’est… Pour nous, c’est… On reste très simple avec ces choses-là. Quand on arrive pour tourner, tout ce qui a trait à (2) la vraie vie, au quotidien, etc… ça reste dehors. Moi, j’emmène pas ça sur le plateau. C’est bien pour ça que j’aime tourner d’ailleurs. Parce que c’est aussi une façon de… de se distraire de soi-même. Donc si on arrivait et qu’on s’interpellait sur un plateau : « Maman, passe-moi le sel », et tout ça, ça serait horriblement gênant. Donc pour nous, on est complètement à disposition de… de ce qu’on a à jouer. Et je sais, ça, c’est peut-être décevant pour vous de l’entendre, mais ça n’a rien de spécial.

1. on me dirait = si on me disait.
2. Avoir trait à quelque chose = être en rapport avec, être lié à quelque chose.

L’émission entière est ici.

Elle et lui

Dans la cour FilmIl faisait trop beau pour aller s’enfermer dans une salle obscure aujourd’hui ! Un des ces soirs peut-être. Donc voici un film qui est sur la liste des possibles.

Pourtant, je ne suis pas tout à fait sûre !
– Je me rends compte que les grands films pour moi se passent rarement dans des univers qui me sont familiers. (C’est probablement pareil pour beaucoup d’entre nous : besoin de dépaysement)
– J’ai toujours un peu peur de ne voir que « Catherine Deneuve » et pas le personnage qu’elle incarne. C’est probablement le cas avec ces monstres sacrés du cinéma dont on garde les autres rôles en mémoire.

Mais ce contraste entre elle et lui dans cette cour d’un immeuble parisien a quelque chose d’attirant, avec leur côté un peu fêlé, pas glamour ! Et ça me plaît de voir que de grandes actrices comme Catherine Deneuve continuent à incarner des personnages au cinéma, encore et toujours. Et de toute façon, j’ai écouté Pierre Salvadori parler de son film, de son travail, de ses relations avec ses acteurs, de lui-même, de la vie, et je me dis que son film a forcément quelque chose. (Je partagerai ça avec vous dans un autre billet.)
Peut-être certains d’entre vous ont-ils déjà vu ce film. Alors, séduits aussi ?

Pour regarder la bande annonce, c’est ici.

Transcription :
– Votre employeur, ces deux derniers mois, vous a trouvé angoissé. Il a préféré ne pas renouveler le contrat.
– Mais vous avez autre chose ?
– Gardien d’immeuble.
– Vous avez envie de faire ça ? C’est important pour vous ?
– Bah oui, c’est important pour moi. Nettoyer, dormir et plus penser, je pourrais tuer pour ça, moi !
– Ah oui, mais vous leur dites surtout pas ça, hein !
 
– Je le trouve très bien. Il est gentil, poli et il a pas l’air sûr de lui.
– Ah, formidable.
– Mais oui, formidable ! Moi, j’aime les gens pas sûrs d’eux. Au moins, ils s’appliquent. (1)

– Qu’est-ce que c’est ?
– C’est parce qu’il y avait une tache (2), là, regardez.
– Mais il est trois heures du matin, monsieur !
– Ah !

– Je me suis rendu compte qu’on n’avait pas parlé du salaire.
– J’imagine qu’il y a pas de surprise : pas de stock options, pas de golden parachute.
– Non.
– Bon ben, OK quand même, hein.

– Mais enfin (3) Mathilde, qu’est-ce que tu fais ?
– C’est cette fissure, là, qui m’inquiète depuis plusieurs jours.
– Ah ! Qu’est-ce que vous faites là ?
– C’est votre mari qui m’a demandé de poser du papier sur la fissure, là. [… faire quelque chose].
– D’accord, d’accord. On ne la voit plus !
– Ah bah non, non, on la voit plus.
– C’est bien ce que je dis, on voit plus rien !

– Antoine, je crois que Serge veut me faire interner. (4)

– Je me sens seule, tu comprends pas ? Personne ne m’aide. Personne ! Il y a qu’Antoine !
– Vous êtes tellement gentil, Antoine. Je sais pas si c’est vous qui me bouleversez ou si je suis dans une phase complètement déprimée.

– Il est en fonte (5), ce vélo !
– C’est parce que tu es en bas. C’est pour ça que c’est galère (6). Moi, ça va.

– Ça va pas. Je suis là, en train de tartiner du boursin (7), je ferais mieux…(8) je devrais vous dire quelque chose mais je… je sais pas quoi.
– Dites-moi que vous me comprenez.
– Je vous comprends.

– C’est pas un Vélib, ça ?
– Hein ?(9) Non. Non, non.

– Mathilde, regarde, il parle tout seul.
– Oui. J’ai toujours aimé le côté convivial (10) de la fonction. Oui, oui.
– Eh bah tant mieux ! Comme ça, au moins, il ne s’ennuiera pas.

Quelques détails :
1. s’appliquer : faire de son mieux, faire quelque chose consciencieusement.
2. Une tache : à ne pas confondre avec une tâche, comme je l’ai vu plusieurs fois dans des titres d’infos sur internet. Une tache est un endroit sali sur une surface. Une tâche est un travail qu’on doit accomplir. La prononciation est la même bien sûr mais à l’écrit, la présence de l’accent ou pas évoque immédiatement un sens ou l’autre.
3. Mais enfin : le fait de rajouter enfin montre qu’il est plus agacé que s’il disait juste « Mais Mathilde ». (Le ton est important bien sûr).
4. Faire interner quelqu’un = mettre quelqu’un en hôpital psychiatrique.
5. La fonte : matériau qui pèse lourd. Les Vélibs, les vélos parisiens qu’on peut louer en libre service, sont très lourds, pour être costauds et résister à tous les utilisateurs.
Autre remarque : Comme souvent à l’oral, on commence par le pronom sujet et on mentionne ensuite le nom (Il … ce vélo) Personne ne dira : Ce vélo est en fonte, dans cette situation. Ce serait trop plat, ça n’exprimerait pas ce que ressent celui qui a du mal à porter ce vélo.
6. C’est galère : c’est difficile. (familier)
7. Le Boursin : c’est un fromage à tartiner (à l’ail et aux fines herbes souvent) qui a eu son heure de gloire dans les années 70 ou 80 ! (Mais on le trouve toujours sans problème.) Pour les amateurs de fromage, ce n’est pas du fromage !
8. Je ferais mieux… : On n’entend pas bien ce qu’il dit. Je ne suis pas sûre que ce soit exactement ça. Si vous entendez mieux que moi, dites-le moi !
9. Hein ? : On dit ça quand on n’a pas compris ou entendu ce que quelqu’un a dit et si on veut que cette personne répète. On peut dire aussi : Quoi ? Mais Hein et Quoi sont familiers. Donc on apprend aux enfants qu’il faut dire à la place : Comment ?
10. Convivial : une situation qui favorise des relations sympathique avec les autres.
11. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on est content de quelque chose. Par exemple : J’ai terminé tout ce que j’avais à faire. Tant mieux ! Le contraire est Tant pis ! Par exemple : J’ai oublié de commander les pizzas. Tant pis, on va se débrouiller autrement.