Une poule sur un mur

Tous les petits Français apprennent la comptine Une poule sur un mur*. Mais aujourd’hui, ils ne grandissent pas tous avec des poules autour d’eux. La vie citadine les a éloignés d’elles. Quoique…

C’est que les poules sont à la mode et reconquièrent les jardins de banlieue. Alors, il faut des conseils pour les éleveurs novices qui n’ont jamais appris les gestes ancestraux. Il faut des livres !

Je n’ai jamais eu de poules, je ne craque pas sur les poules, je n’ai pas envie d’avoir des poules. Alors je ne sais pas bien par quel hasard j’ai écouté cette très agréable experte en poules. Et ma vision des poules a (un peu) changé ! Alors, un jour, qui sait…
(Je veux dire que je commencerai par le livre. Une chose après l’autre !)

Transcription:
Elise, Tout pour ma poule*: la choyer, l’élever, la soigner. C’est votre dernier livre chez Delachaux et Nieslé. Vous avez fait les illustrations, les photos et les textes.
– Voilà, j’ai tout fait. Je me suis beaucoup amusée à observer les poules.
Vous avez un poulailler évidemment.
– J’ai cinq poules.
Alors, vous nous expliquez tout ce qu’il faut faire pour avoir un poulailler et des poules mais surtout, d’abord, vous les aimez – on sent – et vous dites que les poules sont réellement des animaux de compagnie.
– Ça peut vraiment être un animal de compagnie si on les a jeunes et qu’on les apprivoise – ça s’apprivoise très, très bien en réalité, et les gens le savent pas forcément (1), mais c’est tout aussi vivant et agréable que… qu’un cochon d’Inde ou un hamster.
Moi je trouve pas ça tellement agréable, un cochon d’Inde et un… et un hamster ! Non mais par exemple, est-ce qu’une poule connaît son nom ?
– Bon alors, ça, il faut peut-être pas trop lui en demander (2). Mais par contre, elle reconnaît très bien la personne qui s’occupe d’elle et elle accourt quand elle la voit, en général, oui.
Voilà, elle dit bonjour ! Moi j’aime bien qu’on me dise bonjour. Vous dites qu’elles sont drôles.
– Moi, je les trouve très drôles à observer parce qu’elles ont… elles ont… C’est des animaux (3) très, très expressifs, avec beaucoup de petites mimiques, qui causent (4) beaucoup, qui ont toujours un petit cot cot (5) à faire, un petit commentaire sur tout ce qui se passe et les scientifiques ont… ont vu d’ailleurs qu’elle avait plus de quarante sons différents à son répertoire. Donc oui, elle… elle s’exprime beaucoup en fait.
Et que c’est une vraie présence.
– Oui, bah oui, parce qu’elle est très expressive. Elle est très curieuse, elle s’intéresse à tout ce qui se passe. Elle est toujours là à quémander (6) un peu de nourriture. Donc oui, elle est… elle est vraiment présente.
A propos de quémander un peu de nourriture, on dit que des poules vous font bien évidemment économiser des déchets parce qu’elles… elles mangent vos restes (7).
– Alors c’est vrai que c’est des vrais composts (8) sur pattes. On leur donne tous nos… nos restes de table. Et elles transforment ça en… en oeuf en fait. Donc c’est… c’est vraiment ce qu’il y a de plus pratique. Moi, c’est vrai que je peux pas avoir de compost parce que les poules me mangent quasiment tous les déchets déjà.
Je trouve que ça déculpabilise: plutôt que de manger quelque chose de pas très frais parce qu’on n’ose pas jeter et on attrape une bonne gastro (9), si on le donne aux poules, du coup, ça déculpabilise et…
– Complètement, c’est le bon prétexte et… : « Bon allez, on va le donner aux poules ». Elles seront ravies, donc finalement, elles, elles sont contentes, puis nous, on peut jeter sans…
Sans jeter.
– Sans jeter.
Voilà, on peut jeter sans jeter. Alors, la grande révélation de ce livre pour les citadins (10), c’est qu’une poule n’a pas besoin d’un coq pour faire un oeuf (11).
– Non, absolument pas. Même sans coq, elle va faire ses oeufs au printemps quasiment tous les jours.
Mais en revanche, elle a besoin d’un coq pour faire un poussin.
– Pour faire un poussin, oui. Et puis… et puis pour avoir son amoureux à… à domicile.
Qu’est-ce que ça apporte, un coq, dans un poulailler, à part les poussins ?
– Eh ben, c’est… Voilà, les poules sont contentes d’avoir… d’avoir leur compagnon. Et puis le coq va… va apporter une certaine sérénité quand tout se passe bien. Il a tendance à… Les poules, on dit qu’elles se disputent parfois moins quand il y a un coq. Enfin, voilà, c’est… c’est pour leur vie sociale en fait.
Pour ceux qui sont débutants en poules (12), vous dites deux – trois choses importantes, Elise Rousseau, dans votre livre Tout pour ma poule, c’est que les poules sont assez xénophobes (13), donc si on en a déjà quelques-unes et qu’on veut en mettre des nouvelles, il faut les mettre deux par deux ?
– Deux par deux, c’est mieux, parce que si on les met seules, elles vont vraiment se faire bizuter (14). Donc à deux, elles vont se faire bizuter aussi mais elles seront deux pour se tenir les coudes (15) et puis pour faire diversion, c’est plus facile que un tout seul. C’est vrai que dans un poulailler, on introduit toujours… Faut vraiment mieux introduire les poules deux par deux parce qu’elles sont très hiérarchiques et… et elles aiment pas les nouvelles venues.
Il y a des races fortes et des races un peu plus timides ?
– Oui, par exemple, les Orpingtons, qui sont une race anglaise, sont très, très douces et dociles. Elles peuvent vite se faire dominer si elles ont des poules un peu acariâtres (16) avec elles, donc faut… faut toujours veiller à ce que les choses se passent bien.
Vous dites qu’il y a pas besoin d’avoir beaucoup de place pour avoir un poulailler mais qu’en revanche, il faut pas en arriver aux extrémités des élevages industriels où elles ont, vous dites, 750 cm2 , une feuille A4, même pas de quoi ouvrir leurs ailes, comme place !
– Non, ce qui se passe dans les élevages industriels, c’est vrai que c’est… c’est de la barbarie. Et quand on sait qu’une poule a vraiment besoin – on dit 20 m2, c’est bien, c’est déjà… Mais plus elles ont de place, plus elles sont contentes pour pouvoir… pour pouvoir crapahuter (17), aller gratter, donc… Donc c’est vrai, quand on a des poules, faut quand même avoir un peu de terrain pour… pour qu’elles soient heureuses.
Pour avoir un poulailler, il faut avoir combien de poules au minimum ?
– Deux poules, c’est bien, pour commencer.
Deux poules, ça suffit ?
– Oui.
Et combien de place alors ?
– Bah disons 10 – 20 m2 par poule. Après, ça dépend si c’est des races naines, des grosses races… Faut… faut voir en fonction aussi.
Il faut commencer quand, à quelle époque dans l’année ?
– Voilà, au printemps, c’est parfait. C’est parfait pour acquérir deux poulettes… deux poulettes de l’année, peut-être un peu plus tard au printemps, et puis allez, allons-y !
Vous dites également, Elise Rousseau, qu’une poule quand elle pond, il faut parfois la déloger parce que sinon, elle quitte pas son oeuf.
– Alors, il y a certaines poules qui sont un peu obsessionnelles avec leur nid effectivement, qu’il faut mieux… Une fois par jour, on dit, aller la… la sortir pour qu’elle aille boire et manger parce que il y en a certaines, elles sont tellement acharnées qu’elles pourraient presque oublier de… de s’enlever. Mais enfin, en général, elles se laissent pas mourir sur leur… sur leur nid, hein. Faut pas non plus s’inquiéter outre mesure (18).
C’est un petit peu comme les mères humaines, hein: parfois, il y en a qu’il faut brutaliser pour qu’elles les lâchent un peu leurs… leur petits. Donc vive les poules, Elise Rousseau ? C’est ça, votre credo ?
– Oui, vive les poules !
Est-ce que vous iriez jusqu’à dire qu’on peut en avoir sur son balcon ?
– Sur son balcon, ça va être difficile parce qu’elles vont tenter des… des sorties… Ça vole quand même, hein. Donc si… si elles s’échappent, ça… c’est pas terrible (19) dans le quartier !
Merci. Vous nous avez donné envie d’avoir un poulailler et des poules.

Quelques détails:
1. pas forcément: pas nécessairement, pas toujours.
2. Il faut pas trop lui en demander: il faut être réaliste et pas trop exigeant. (N’oubliez de changer la personne: Il ne faut pas trop m’en / nous en / leur en demander.)
3. C’est des animaux: plus correctement, on dit: ce sont des animaux. (Mais à l’oral, c’est très fréquent d’employer c’est avec le pluriel. A éviter à l’écrit et dans une conversation au style plus soutenu.)
4. causer: bavarder
5. cot cot: c’est une onomatopée. En français, les poules font: « cot, cot, cot. » Ou aussi: « cot, cot, codett« .
6. quémander: demander avec insistance
7. les restes: ce qui reste de nos repas.
8. un compost: c’est de l’engrais végétal obtenu grâce aux restes végétaux, aux épluchures, etc…
9. une gastro: c’est l’abréviation de gastroentérite, c’est-à-dire quand on a des troubles digestifs importants. (diarrhée, vomissements)
10. un citadin: un habitant d’une ville.
11. Même quand on est citadin, on sait normalement que les oeufs ont besoin d’être fécondés pour donner un poussin !
12. débutants en poules: C’est amusant comme elle le dit. (exprès). Normalement, il faudrait dire: débutants dans l’élevage des poules.
13. xénophobe: qui n’aime pas les étrangers.
14. se faire bizuter: quand on entre dans une école (en 1ère année), on est un bizut (un petit nouveau). Avant, il y avait donc des journées de bizutage, où les anciens organisaient des épreuves pour les nouveaux. Donc se faire bizuter, c’est subir ces épreuves, qui peuvent être difficiles et humiliantes. (Maintenant, les bizutages ancienne formule sont interdits car il y a eu des excès.)
15. se tenir les coudes: c’est s’entraider. On dit aussi se serrer les coudes. Assez amusant en parlant des poules !
16. acariâtre: qui a mauvais caractère et est peu agréable avec les autres, peu sociable.
17. crapahuter: se promener, se déplacer (familier)
18. outre mesure: excessivement / trop
19. c’est pas terrible: ce n’est pas bien (familier)

* La comptine:
Une poule sur un mur,
qui picore du pain dur,
picoti, picota,
lève la queue et puis s’en va.

* Ma poule:
c’est comme ça que certains appellent familièrement et affectueusement la femme qu’ils aiment, ou leur fille. Alors, évidemment, le titre du livre joue là-dessus. Surtout que cette poule, il faut la choyer, c’est-à-dire lui réserver le meilleur traitement possible. Normal, pour ma poule !
Et l’expression ça roule, ma poule veut dire que tout va bien.

Chiens de traîneau

Je serais plutôt « chats » que « chiens ».
Je ne m’imagine pas tout à fait vivre dans le Grand Nord.
Je ne regarde pas vraiment les émissions animalières.
Autant de bonnes raisons donc pour ne pas partager avec vous un billet qui s’appelle « Chiens de traîneau »!

Pourtant, j’ai écouté avec plaisir, et tout à fait par hasard, ce vétérinaire parler de sa passion. Et comme j’ai toujours trouvé ces chiens magnifiques, comme les paysages de neige m’impressionnent toujours par leur très grande beauté, voici donc contre toute attente ce petit extrait ! Où il est question de chiens endurants et de Yorkshire(s) – j’ai du mal à mettre un « s » à ce mot qui n’en prend pas en anglais – nettement moins résistants…
(Sujet plus consensuel donc. Quoique… Si je dis que je me pose toujours la question de savoir si un Yorkshire est vraiment un chien, j’en connais qui ne seront pas d’accord !)

Transcription:
– Ah oui, oui ! Ça, c’est… Ça fait trente ans que c’est un… que c’est un autre domaine passionnel. La course la plus longue sur terre s’appelle Iditarod. Elle a lieu tous les ans en Alaska. C’est une course qui va d’Anchorage au sud de l’Alaska à… à Nome. 2 000 km (1) non-stop avec des points de contrôle. Seize chiens au départ par attelage. Il y a en moyenne 80 attelages (2), qui vont faire en moyenne 200 à 220 km (3) par jour avec des températures qui oscillent entre – 20 et – 60 (4). Donc c’est un effort qui est très, très intense, qui nécessite beaucoup de travail, en préparation bien sûr. Alors on a décliné (5) ce… ce type de course en Europe, particulièrement en France, là, avec une course qui s’appelle la Grande Odyssée, qui, elle, ne fait que 1 000 km (6). Mais c’est dans les Alpes, donc là, on a du dénivelé (7) montant et descendant.
– Et c’était il y a pas très longtemps, la Grande Odyssée ?
– La Grande Odyssée, c’était début janvier. En fait, c’est tous les ans, aux environs du 8, 9 ou 10 janvier, selon (8) le… l’endroit où se positionne le premier weekend.
– C’est difficile pour les chiens. Est-ce qu’ils en tirent du plaisir ?
– Bah il suffit de voir ces… ces chiens de traîneau au départ d’une course, au départ d’une étape ou d’un point de contrôle pour ne pas se poser la question. Je veux dire il y a que les gens qui (9)… Souvent, il y a que les gens qui connaissent pas l’animal qui se soucient du fait que l’animal prend du plaisir ou pas. Quand on va voir l’animal dans son environnement et dans ce qu’il fait, on se rend compte qu’il y prend un grand plaisir.
– Les animaux ne sont-ils pas usés à l’issue de (10) ces courses ? Est-ce qu’ils vivent aussi longtemps que les autres ?
– Alors, pour répondre à certains protectionnistes animaliers un peu… un peu rudes, on a fait un certain nombre d’études, très objectives, qui montrent que l’espérance de vie d’un chien de traîneau par exemple entraîné comme ça, elle (11) est quand même très supérieure à celle d’un Yorkshire qui vit sur un… sur un canapé et que le niveau de stress subi par un Yorkshire – j’ai rien contre le Yorkshire, hein ! – mais qui reste huit heures par jour tout seul dans l’appartement est supérieur à celui qui est subi par les 200 km faits par le chien de traîneau en question. Donc je crois qu’il faut être très clair là-dessus, le chien, il (12) aime travailler, il aime courir.
– Et il aime la compagnie.
– Et il aime le faire avec son animal de compagnie à lui (13) qui est l’homme, oui.

Quelques détails:
1. 2 000 km: on dit : deux mille kilomètres
2. 80 attelages: quatre-vingts attelages. On met un « s » à vingt dans ce cas car 80, c’est 4 fois 20.
3. 200 à 220 km: deux cents à deux cent vingt kilomètres.Avec cent, c’est compliqué ! On met un « s » à cent quand il est multiplié et qu’il n’y a rien après: deux cents, trois cents, etc… Mais s’il y a quelque chose ensuite, il reste invariable. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas de « s » dans « deux cent vingt« . Bref, on est aussi tranquille en écrivant les nombres en chiffres et non pas en toutes lettres. D’ailleurs, un grand nombre est bien plus évocateur quand il est écrit en chiffres. Alors, ne nous compliquons pas la vie !
4. entre -20 et -60: moins vingt et moins soixante. En degrés Celsius bien sûr. Voici la conversion pour tous ceux qui parlent en Farhenheit et n’ont aucun repère quand on leur parle en degrés Celsius: -20°C = -4 deg F, -60°C = -76 deg F.
5. on a décliné cette course: on a créé d’autres courses en prenant celle-ci pour modèle. Chacune est comme une déclinaison de la course d’origine, une variante qui s’en inspire.
6. 1 000 km: mille kilomètres. Le mot mille est toujours invariable.
7. du dénivelé: des différences de niveau.
8. selon: en fonction de
9. il y a que les gens qui… = il n’y a que les gens qui… (ne… que = seulement)
10. à l’issue de… : à la fin de
11. L’espérance de vie…, elle est… : normalement, on en devrait pas utiliser « elle » car c’est une répétition du sujet « l’espérance de vie » dans la même phrase. Mais on le fait souvent quand on parle, et ici, d’autant plus que le verbe n’est pas placé juste à côté du sujet. Mais on ne fait jamais ça à l’écrit.
12. Le chien, il… : même remarque que précédemment sur la reprise du sujet par le pronom personnel « il« . C’est plus familier que de dire: Le chien aime travailler.
13. son animal de compagnie à lui: « à lui » sert à renforcer la notion d’appartenance exprimée par « son« , pour bien insister sur la situation du chien, d’autant plus ici qu’il y a inversion des rôles traditionnels en quelque sorte.