La plupart du temps, je ne lis pas les romans au moment où ils sont publiés. J’attends qu’ils paraissent en livre de poche. Vieux réflexe d’économie ! Mais aussi parce qu’un livre de poche, c’est léger, transportable. Et joli, exposé sur les présentoirs des librairies.
Je viens donc tout juste de lire ce petit roman, offert par ma mère qui n’arrive pas à récupérer l’exemplaire plus cher qu’elle a prêté et qui n’est pas encore revenu !
Je l’ai lu d’une traite.
Histoire de Jocelyne, la mercière d’Arras, dont la vie change quand elle gagne au loto, mais pas forcément comme on l’imagine. Histoire racontée à la première personne du singulier, avec simplicité et acuité, au plus près de ce qui se passe dans sa tête.
Et pour vous donner envie d’ajouter ce livre à la liste de vos envies à vous, cliquez ici pour regarder une jolie petite présentation par l’auteur. Sympathique !
Transcription :
J’avais écrit L’Ecrivain de la famille qui était mon premier livre, qui racontait l’histoire de… d’une famille dans le nord et j’avais imaginé une mère comme elles étaient dans les années 60-70, des petites femmes grises qui fermaient leur gueule (1) et donc, en écrivant ce personnage de femme, j’ai eu tellement de plaisir à l’écrire que je me suis juré que s’il m’était donné d’écrire un deuxième livre, je serais une femme le temps d’un livre. Après, le sujet du livre, ce qui m’intéressait, c’est de se dire : Je prends une femme, elle a 48 ans, elle est à la moitié de sa vie, elle peut changer sa vie mais c’est un rêve.
Et un jour en lisant Le Parisien (2), j’ai vu que les Français dépensaient huit milliards par an en jeux de hasard : « Tu te rends compte ? (3) Si on gagne ! » Mais ils savent qu’on gagne pas mais ces petits rêves, ça vaut les 2€. Et donc, je me suis dit : J’ai… Je vais faire comme un petit chimiste, hein, je vais mettre maman (4), papa, les deux enfants et je vais foutre (5) une bombe qui s’appelle dix-huit millions, puis je vais regarder tout ce petit monde se foutre sur la gueule (6) et je me suis amusé, délecté (7) avec ça !
Pourquoi une mercerie ?
Je trouvais que c’est un très, très beau métier, je disais de… de… d’aimer faire des choses qu’on… dans lesquelles on va mettre les gens qu’on aime pour qu’ils… C’est comme un parfum en fait, de faire une veste, une chemise. C’est le parfum d’une mère qui donne à quelqu’un puis qui va partir. Et voilà, je trouve qu’il y a un côté très, très touchant d’une enfance qu’on veut pas laisser s’enfuir. Et je voulais rendre hommage à ces métiers de gens, ces femmes qui faisaient, qui tricotaient de l’amour en fait. Moi je suis parti de tout ça, j’ai bougé le saladier puis ça a donné La liste de mes envies.
Elle fait un blog qui est… Elle sait pas ce que c’est encore, si c’est commercial ou pas mais elle va utiliser un blog pour exactement ce qu’on disait tout à l’heure, c’est-à-dire renouer du lien social (8). Zola, il y avait la place du village. Après, il y a eu le… les crieurs sur les marchés et toute cette parole de… de village, même dans les villes, ça se perd. Et elle, elle dit : Tiens, je vais me servir du blog pour raconter ça, pour raconter tous ces gens seuls et tout et la première histoire que je raconte de cette vieille dame qui regarde son blog et qui tout d’un coup retrouve le… le… le… la joie de vivre. Et c’est extraordinaire, elle recrée du lien social. Moi j’ai été content d’avoir à la fois la mercerie qui est un truc (9) ancien, le blog, la modernité et comme elle dit à un moment, je crois que ce qui est du passé n’est pas dépassé et ce qui est du futur est pas encore passé. Donc je pense qu’il y a de la place pour les deux, pour tout ça.
– Je crois que je vais adorer (10) ce livre ! De toute façon, j’ai adoré l’auteur, donc je vais adorer le livre !
– Moi, j’ai adoré le bouquin (11) et c’est… ce qui est de plus incroyable (12), c’est que mon mari a adoré le bouquin, alors qu’il lit pas du tout.
– J’ai beaucoup aimé ce livre parce que j’aime beaucoup rire et sourire. Et honnêtement, en le lisant, plusieurs jours, en deux-trois jours, j’ai régulièrement eu le sourire. Donc c’est un petit bonheur du quotidien, ce livre.
Quelques détails :
1. fermer sa gueule : se taire, c’est-à-dire aussi ne pas protester, accepter son sort sans rien dire. (très familier, à cause de l’emploi de « gueule », qui est de l’argot pour désigner la bouche, puis par extension le visage)
2. Le Parisien : c’est l’un des quotidiens français.
3. Tu te rends compte ! : cette expression sert à montrer comme quelque chose est incroyable.
4. Maman : écoutez comme il prononce ce mot, comme si c’était man-man, au lieu de bien prononcer le « a ». Beaucoup de Français, enfants ou pas, font ça.
5. Foutre : mettre (très familier)
6. se foutre sur la gueule : se disputer, se déchirer, s’affronter, se battre. (très familier)
7. se délecter avec quelque chose : trouver énormément de plaisir à faire quelque chose
8. renouer du lien social : c’est l’expression à la mode, pour exprimer l’idée qu’on lutte contre l’isolement des gens, contre l’individualisme et qu’on récrée une vie en société.
9. Un truc : une chose / quelque chose (familier)
10. adorer quelque chose : c’est plus fort que aimer quelque chose.
11. Un bouquin : un livre (familier). On emploie très souvent ce mot à l’oral.
12. Ce serait plus correct de dire : Ce qu’il y a de plus incroyable ou alors Ce qui est incroyable. Comme souvent à l’oral, il y a mélange de deux formulations très proches.
