S’envoler

La maison à oiseaux

Lorsque nous nous sommes installés ici, il y avait tout à faire au jardin, qui n’en était plus un… Les tractopelles avaient peu ménagé les lieux. Il ne restait qu’un pin devant la maison, petit frère de ceux qui poussent alentour. Aujourd’hui, il a tellement grandi que ses branches touchent la maison. Et nous avons planté un chêne, venu de la maison familiale du sud-ouest, deux oliviers, pas trop vieux pour les regarder grandir, un figuier qui ne tiendrait plus du tout dans le petit pot offert par mon père, trois cyprès de Florence, parce que c’est la tradition en Provence et auxquels, heureusement, nous ne sommes pas allergiques ! Et une haie un peu fouillis où se mélangent lauriers rose, lauriers sauce, lauriers tin, photinias, pittospsorum, eleagnus, cotoneaster et un chêne vert. Je crois que c’est tout.

Et bien sûr, avec les arbres et les arbustes qui grandissent, arrivent les oiseaux. En plus des rouges-gorges, des chardonnerets, des mésanges, des tourterelles (un peu envahissantes) et des pies très bavardes, depuis un an, nous avons la visite d’une huppe fasciée. Et cette année, le jardin semble bien plaire à un serin cini et un bouvreuil que nous ne connaissions pas.

Là, vous vous dites : elle s’y connaît en oiseaux. En fait, pas du tout ! Mais j’ai un petit livre – pré-internet – avec des photos, et il y a des sites où on peut même écouter le chant de tous les oiseaux, histoire d’être bien sûr.

Bref, je n’arrive pas à la cheville* de ce passionné que j’ai écouté avec délice l’autre jour à la radio ! Il vit dans le nord, en Picardie, où j’ai travaillé il y a longtemps. Mais à l’époque, je n’étais pas très sensible aux oiseaux. Petit regret ! Alors, je me suis régalée à l’écouter parler, avec son léger accent picard. Voici un petit extrait :

Ou ici : La passion des oiseaux

Transcription :

J’ai commencé à observer les oiseaux, j’avais sept-huit ans et c’était cette attirance pour la vie. Beaucoup d’enfants s’intéressent aux animaux et c’est souvent par l’intermédiaire de la télévision ou des livres, des animaux d’Afrique. Et je me suis rendu compte (1) très tôt que j’irais peut-être jamais en Afrique. J’étais gamin (2), j’allais pas en vacances, et je me suis intéressé aux oiseaux des jardins. Et mon père était facteur. Donc à l’époque, les tournées se faisaient (3) en vélo (4). Je le suivais avec mon petit vélo. Et il me montrait les oiseaux, les plantes, sans connaître les noms, hein, il était pas du tout naturaliste. Mais il avait le plaisir de regarder le vivant. Alors, le vivant, ça allait loin, c’est… c’était aussi un joli crucifix, une porte d’église, un porche d’une ferme picarde. Tout avait une valeur de vivant. Il avait été prisonnier de guerre dans les camps nazis, donc il avait une valeur du vivant et de la liberté qui était très, très forte. Et ça m’a donné le goût de respecter tout ce qui était vivant et plus ça va, plus ça s’amplifie, hein.
Ah oui, des barges rousses, là, qui arrivent sur la réserve (5), là, avec la marée haute (6), ouais. Alors ça, la barge rousse, c’est magique. C’est un petit échassier (7), qui passe l’hiver en Afrique de l’ouest et qui va nicher (8) en Laponie. Alors pour faire Sénégal, ou Mali, ou Niger – Laponie, elle fait deux arrêts, c’est tout. Elle peut faire 4000 kilomètres en 72 heures (9), quoi. Ça dépasse parfois l’imagination de voir que ces oiseaux peuvent voler comme ça pendant 72 heures de manière ininterrompue. Donc celles qui s’arrêtent chez nous sont souvent les oiseaux les plus fatigués. Et le lendemain, vous les avez plus (10), quoi. C’est ça aussi qui est magique dans la migration, c’est que, à un moment donné, vous avez la chance d’être là, quand tel ou tel oiseau (11) se pose. Une demi-heure avant, une demi-heure après, ça y est, c’est fini, l’oiseau peut être parti. Ou alors, il peut, si les conditions sont pas bonnes, rester plusieurs jours et dans ces cas-là, vous en profitez (12). Mais c’est lui qui décide.

Quelques détails :
1. se rendre compte : comprendre
2. j’étais gamin = j’étais enfant. (un peu plus familier). On dit aussi souvent : J’étais tout gamin.
3. Se faisaient : ce verbe pronominal (se faire) s’emploie à a place de la voie passive (étaient faites) qui paraît moins naturelle.
4. En vélo : on peut dire aussi à vélo. Il n’y a pas de différence.
5. La réserve : il s’agit de la réserve ornithologique du Marquenterre, où les oiseaux sont protégés.
6. A marée haute, la plage est couverte d’eau, donc les oiseaux viennent chercher leur nourriture davantage dans les terres.
7. Un échassier : c’est un oiseau aux longues pattes, d’où le nom. Il est comme monté sur des échasses. Les échasses sont normalement des sortes de bâtons de bois sur lesquels on monte pour marcher en étant plus « grand ».
8. Nicher : faire son nid et se reproduire.
9. 4000 = quatre mille (pas de « s ») à mille, invariable. – 72 : soixante-douze
10. Vous les avez plus : et voilà pour illustrer mon billet « Plus ou moins 2 » ! Il veut dire : Vous ne les avez plus, ils sont partis. Mais il ne dit pas « ne » dans sa phrase négative.
11. Tel ou tel oiseau : un oiseau ou un autre
12. vous en profitez = vous profitez de lui, c’est-à-dire que vous avez la possibilité de l’observer.

* ne pas arriver à la cheville de quelqu’un : être très loin d’être aussi bon, aussi compétent que cette personne.

Une jolie évocation, où on peut bien observer le jeu de nos temps du passé :
– De jolis imparfaits pour nous replonger dans ses habitudes d’enfant : je n’allais pas… j’étais… se faisaient… je le suivais… il me montrait…
– Des passés composés pour nous expliquer comment cette passion est née, comment tout a commencé : j’ai commencé… je me suis intéressé… je me suis rendu compte…

Oiseaux du jardin

C’était un petit passage à la fin d’une émission plus longue, sur une écrivaine. Ce reportage est à environ 40 minutes 43 du début.

Le voici aussi en entier (8 minutes), mais je n’ai pas transcrit la totalité : Passion des oiseaux en Baie de Somme
S’il y a quelque chose qui vous intéresse et que vous ne comprenez pas, dites-le moi. Il y est question des cigognes qui sont muettes, des oies qui ne sont pas bêtes du tout et font parfois ménage à trois, de pouillots véloces dont j’aime bien le nom !

Elle et lui

Dans la cour FilmIl faisait trop beau pour aller s’enfermer dans une salle obscure aujourd’hui ! Un des ces soirs peut-être. Donc voici un film qui est sur la liste des possibles.

Pourtant, je ne suis pas tout à fait sûre !
– Je me rends compte que les grands films pour moi se passent rarement dans des univers qui me sont familiers. (C’est probablement pareil pour beaucoup d’entre nous : besoin de dépaysement)
– J’ai toujours un peu peur de ne voir que « Catherine Deneuve » et pas le personnage qu’elle incarne. C’est probablement le cas avec ces monstres sacrés du cinéma dont on garde les autres rôles en mémoire.

Mais ce contraste entre elle et lui dans cette cour d’un immeuble parisien a quelque chose d’attirant, avec leur côté un peu fêlé, pas glamour ! Et ça me plaît de voir que de grandes actrices comme Catherine Deneuve continuent à incarner des personnages au cinéma, encore et toujours. Et de toute façon, j’ai écouté Pierre Salvadori parler de son film, de son travail, de ses relations avec ses acteurs, de lui-même, de la vie, et je me dis que son film a forcément quelque chose. (Je partagerai ça avec vous dans un autre billet.)
Peut-être certains d’entre vous ont-ils déjà vu ce film. Alors, séduits aussi ?

Pour regarder la bande annonce, c’est ici.

Transcription :
– Votre employeur, ces deux derniers mois, vous a trouvé angoissé. Il a préféré ne pas renouveler le contrat.
– Mais vous avez autre chose ?
– Gardien d’immeuble.
– Vous avez envie de faire ça ? C’est important pour vous ?
– Bah oui, c’est important pour moi. Nettoyer, dormir et plus penser, je pourrais tuer pour ça, moi !
– Ah oui, mais vous leur dites surtout pas ça, hein !
 
– Je le trouve très bien. Il est gentil, poli et il a pas l’air sûr de lui.
– Ah, formidable.
– Mais oui, formidable ! Moi, j’aime les gens pas sûrs d’eux. Au moins, ils s’appliquent. (1)

– Qu’est-ce que c’est ?
– C’est parce qu’il y avait une tache (2), là, regardez.
– Mais il est trois heures du matin, monsieur !
– Ah !

– Je me suis rendu compte qu’on n’avait pas parlé du salaire.
– J’imagine qu’il y a pas de surprise : pas de stock options, pas de golden parachute.
– Non.
– Bon ben, OK quand même, hein.

– Mais enfin (3) Mathilde, qu’est-ce que tu fais ?
– C’est cette fissure, là, qui m’inquiète depuis plusieurs jours.
– Ah ! Qu’est-ce que vous faites là ?
– C’est votre mari qui m’a demandé de poser du papier sur la fissure, là. [… faire quelque chose].
– D’accord, d’accord. On ne la voit plus !
– Ah bah non, non, on la voit plus.
– C’est bien ce que je dis, on voit plus rien !

– Antoine, je crois que Serge veut me faire interner. (4)

– Je me sens seule, tu comprends pas ? Personne ne m’aide. Personne ! Il y a qu’Antoine !
– Vous êtes tellement gentil, Antoine. Je sais pas si c’est vous qui me bouleversez ou si je suis dans une phase complètement déprimée.

– Il est en fonte (5), ce vélo !
– C’est parce que tu es en bas. C’est pour ça que c’est galère (6). Moi, ça va.

– Ça va pas. Je suis là, en train de tartiner du boursin (7), je ferais mieux…(8) je devrais vous dire quelque chose mais je… je sais pas quoi.
– Dites-moi que vous me comprenez.
– Je vous comprends.

– C’est pas un Vélib, ça ?
– Hein ?(9) Non. Non, non.

– Mathilde, regarde, il parle tout seul.
– Oui. J’ai toujours aimé le côté convivial (10) de la fonction. Oui, oui.
– Eh bah tant mieux ! Comme ça, au moins, il ne s’ennuiera pas.

Quelques détails :
1. s’appliquer : faire de son mieux, faire quelque chose consciencieusement.
2. Une tache : à ne pas confondre avec une tâche, comme je l’ai vu plusieurs fois dans des titres d’infos sur internet. Une tache est un endroit sali sur une surface. Une tâche est un travail qu’on doit accomplir. La prononciation est la même bien sûr mais à l’écrit, la présence de l’accent ou pas évoque immédiatement un sens ou l’autre.
3. Mais enfin : le fait de rajouter enfin montre qu’il est plus agacé que s’il disait juste « Mais Mathilde ». (Le ton est important bien sûr).
4. Faire interner quelqu’un = mettre quelqu’un en hôpital psychiatrique.
5. La fonte : matériau qui pèse lourd. Les Vélibs, les vélos parisiens qu’on peut louer en libre service, sont très lourds, pour être costauds et résister à tous les utilisateurs.
Autre remarque : Comme souvent à l’oral, on commence par le pronom sujet et on mentionne ensuite le nom (Il … ce vélo) Personne ne dira : Ce vélo est en fonte, dans cette situation. Ce serait trop plat, ça n’exprimerait pas ce que ressent celui qui a du mal à porter ce vélo.
6. C’est galère : c’est difficile. (familier)
7. Le Boursin : c’est un fromage à tartiner (à l’ail et aux fines herbes souvent) qui a eu son heure de gloire dans les années 70 ou 80 ! (Mais on le trouve toujours sans problème.) Pour les amateurs de fromage, ce n’est pas du fromage !
8. Je ferais mieux… : On n’entend pas bien ce qu’il dit. Je ne suis pas sûre que ce soit exactement ça. Si vous entendez mieux que moi, dites-le moi !
9. Hein ? : On dit ça quand on n’a pas compris ou entendu ce que quelqu’un a dit et si on veut que cette personne répète. On peut dire aussi : Quoi ? Mais Hein et Quoi sont familiers. Donc on apprend aux enfants qu’il faut dire à la place : Comment ?
10. Convivial : une situation qui favorise des relations sympathique avec les autres.
11. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on est content de quelque chose. Par exemple : J’ai terminé tout ce que j’avais à faire. Tant mieux ! Le contraire est Tant pis ! Par exemple : J’ai oublié de commander les pizzas. Tant pis, on va se débrouiller autrement.