Les petits bonheurs tout simples, quoi !

Il est né à Marseille. Il a grandi dans un quartier populaire de la ville. Alors, bien sûr, le foot est entré très tôt dans sa vie, en France puis en Angleterre, jusqu’au plus haut niveau. Le talent, le succès, la célébrité, d’autres passions, d’autres horizons.
Mais au fond, qu’est-ce que ça a changé pour Eric Cantona ? C’est ce qu’il expliquait à Rébecca Manzoni, l’autre jour, sur France Inter.
Avec son accent du sud, immuable, malgré des séjours sous d’autres latitudes !
Cantona, quoi !

Transcription:
C’est votre quartier, ici, vous ? C’est votre coin, vous, le Seizième (1)?
Mon coin, moi, c’est… je suis plus Vincennes, tout ça, moi. Là on se retrouve depuis quelque temps, depuis deux…trois mois ici, quoi. […](2)
Vous aimez le quartier ici, ou pas ?
C’est un beau quartier. Mais on est un peu en dehors des réalités, quoi.
C’est-à-dire ?
Quand on a des enfants, quoi, et les enfants, c’est important qu’ils grandissent un peu dans la réalité, quoi, des choses, quoi. Mais il y a beaucoup d’autochtones(3) , quoi, ici, hein ! Voilà. Donc c’est… c’est bien, c’est aéré, c’est tout ce que vous voulez, quoi.
Il y a de très belles maisons.
Il y a… Il y a de très jolies maisons, il y a… Voilà, c’est… c’est… Après, après non ! Ça… Non, ça va. Ça marche pas.
Vous vous sentez pas ici chez vous, quoi…
Et j’ai pas franchement envie de me sentir chez moi ici, quoi. Non.
Vous venez d’où, vous, alors ?
Moi, de Marseille !
Ouais, d’accord.
Bah on est sur un autre truc, nous, quoi. Moi, mes grands-parents étaient espagnols du côté de ma mère, mes grands-parents maternels espagnols, catalans. Et de mon…
Républicains ?
Oui, bien sûr. Et de mon père, sarde. Et voilà, on a tout… Un Catalan, un Sarde qui se marient pour faire des enfants. Et puis nous, on grandit là-dedans. Et puis… Puis le football, c’est un sport très populaire(4) où on se mélange très vite, à la première vague d’immigration. Nous, avant les autres, quoi, on sait tous comment ça se passe, quoi. Et puis on rit, on pleure ensemble. Et… Et puis… Et puis on n’a pas envie de sortir de ça, quoi. Voilà.
 Après comme je vous disais, il y a un équilibre à trouver dans tout ça, quoi. Bah, on a réussi… plus ou moins réussi notre vie, on a réussi à avoir un peu d’argent. Voilà, on va pas non plus vivre sous les ponts, quoi (5). Non. Mais on peut rester dans la réalité aussi, quoi. Voilà.
 Et surtout quand on a des enfants. Nous, quand on était petits, on n’avait rien alors. Et puis on pouvait pas faire des caprices parce que de toute façon, tu pouvais faire le caprice que tu voulais, tu avais vite compris qu’il y avait rien ! Voilà.
Nous, nos enfants, ils savent qu’il peut y avoir quelque chose. Et donc ils peuvent ne pas comprendre à un moment donné. Alors oui, ils peuvent pas avoir la vie qu’on a eue, nous. Non, c’est pas pareil. Mais… mais qu’ils restent quand même dans une… dans une réalité, quoi. Et si on a réussi ça, on a… on a tout réussi, quoi. En tant que parents, quoi. Et c’est compliqué d’être parents, hein ! Et c’est compliqué de réussir certaines choses. Mais ça, ça me semble être l’essentiel, quoi, les valeurs essentielles de la vie, quoi.
Voilà, se… se satisfaire d’un petit rien, quoi, aussi, quoi. Voilà, les petits bonheurs tout simples, quoi. Ne serait-ce qu’être en famille (6), avec les amis, et rire et chanter, manger, et cuisiner et sentir les odeurs des… Voilà. Ça, c’est… c’est… C’est pas… c’est pas grand-chose (7) mais c’est beaucoup, quoi.
 
Quelques détails :

  1. le 16ème = le 16ème arrondissement de Paris. ( Quartier très chic et riche )
  2. quoi : Cantona ponctue toutes ses phrases ou presque de « quoi ». C’est un tic de langage assez fréquent. ( Rébecca aussi en place quelques-uns… )
  3. les autochtones : les gens qui sont issus de ce quartier, de cet endroit. ( Pas des gens qui viennent d’ailleurs. ) C’est de l’humour à la Cantona, sur les Parisiens et les Parisiens plutôt riches !
  4. populaire = pratiqué et apprécié par les gens des milieux populaires. Ce n’est pas un sport de riches.
  5. vivre sous les ponts : comme les sans-abris, dans la misère.
  6. Ne serait-ce que… : juste ça / au moins ça.
  7. Ce n’est pas grand-chose : C’est comme ça qu’on dit plus naturellement « ce n’est pas beaucoup ». 

Que du bonheur !

Parmi les expressions qui se sont imposées assez récemment, on entend souvent « Que du bonheur ! », version abrégée de « Ce n’est que du bonheur ! », ce qui veut dire que vous nagez dans le bonheur parfait. Et le bonheur parfait a vraiment l’air d’être partout en France! On entend cette expression à la télé, à la radio, dans la rue… Mais franchement, elle en est devenue un peu agaçante, à force d’être employée pour tout et n’importe quoi. Un peu artificielle, un peu creuse !  Mais pour Marie Dorin qui vient de remporter une médaille de bronze au biathlon à Vancouver, c’est vraiment « Que du bonheur ! »


Transcription: Bon, j’en reviens toujours pas (1) parce que c’est… je sais pas, j’ai encore pas eu le temps de me poser (2), de me dire : « Oh là, là (3), tu as fait troisième !… Au Jeux Olympiques ! »On s’entraîne pour ça, hein, finalement on s’entraîne pour ça. On s’entraîne pour… pour vivre des moments comme ça. Après, pas tout le monde y arrive (4). Donc c’est pour ça que c’est encore plus génial, quoi ! Ce qui m’arrive aujourd’hui, ouais, c’est… c’est incroyable ! Oui, bah oui, j’ai beaucoup travaillé, hein. Ça fait… ça doit faire maintenant neuf ans, huit – neuf ans que je fais du biathlon. Donc ça fait huit – neuf ans que je suis sur les skis, que je suis derrière la carabine et puis que tous les jours, on va dehors, on va s’entraîner, quoi ! Donc… Mais moi, c’est un plaisir, hein, l’entraînement. Donc… Puis quand c’est… quand il y a des aboutissements comme ça, c’est encore mieux. Sinon, les autres courses, ça va être génial de les courir. Mais ce sera que du bonheur en plus, quoi ! Même… même si j’arrive dans les choux (5)!
Marie Dorin, Médaille de bronze au biathlon – Jeux Olympiques de Vancouver. ( février 2010)

  1. J’en reviens toujours pas : je n’arrive pas à y croire, c’est la surprise totale. On dit aussi juste : J’en reviens pas / je n’en reviens pas.
  2. se poser : s’arrêter et regarder ce qui vient de se passer. Marie est encore sur son petit nuage, prise par l’intensité du moment.
  3. Oh là, là : pour marquer l’intensité d’une émotion. 
  4. Pas tout le monde y arrive : normalement, on ne commence pas une phrase par la négation « Pas ». C’est très oral et de plus en plus fréquent. On doit dire : « Tout le monde n’y arrive pas ». = Tout le monde n’est pas capable de réussir à faire ça.
  5. dans les choux : pour dire qu’on rate quelque chose , on peut dire « je suis dans les choux ». C’est de l’argot.