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Adopté

Je n’ai pas encore vu ce film qui vient de sortir. Bientôt peut-être dans mon petit cinéma habituel. Je ne sais pas s’il est à la hauteur de sa bande annonce, réussie, mais de toute façon, rien que la présence de Sandrine Kiberlain me donne envie d’aller le voir ! Et le précédent film de Jeanne Herry, la réalisatrice, Elle l’adore, où Sandrine Kiberlain était excellente, m’avait beaucoup plu. (J’ai fini par le voir !)
Alors voilà, j’ai hâte d’aller au cinéma !

La bande annonce est ici.
(Et mettez les sous-titres, ils sont parfaits.)

Et voici ce qu’en racontait Sandrine Kiberlain il y a quelques jours à la radio, avec son naturel et sa grande sincérité. Touchante elle aussi, comme toujours. Vivante et bien là. Elle parlait joliment du tournage et du sujet du film. L’émission entière est ici.
En voici un petit passage :

Pupille, Sandrine Kiberlain

Transcription

– Et donc moi, je fais le lien comme ça, avec une parole très précise, qui peut changer, voilà, le destin d’un tout-petit et à la fois aussi, elle m’a construit un personnage avec beaucoup de relief, parce qu’il y a aussi la vie privée de Karine qui bat de l’aile (1). Et elle a des petits TOC (2) aussi, elle bouffe (3) des petits bonbecs (4) toute la journée pour combler un manque…
– Des crocodiles !
– Voilà, un manque affectif très net qui là aussi la lie aux enfants, voilà, à travers le jeu et le côté ludique des bonbons.
– Il y a toujours un petit truc chez vous…
– Mais c’est ça, la beauté des personnages ! C’est comme les gens dans la vie. On a tous nos petits… les choses qui nous différencient des autres, un rythme, une façon d’être, une façon de…
– Vous avez des TOC ?
– Des TOC, non. Mais je suis… Voilà… On est tous insolites. On a tous des petites manies (5), qu’on connaît parfois même pas vraiment, que… Ce sont ceux qui vivent avec nous qui nous disent : « Bah, tu te rends même pas compte (6) que tu fais ça. » Et je pense pas que Karine ait une conscience – sauf quand on la reprend systématiquement avec son chewing gum et le bruit qu’elle fait avec – mais elle a pas une conscience aiguë, enfin la même en tout cas que son entourage, d’être systématiquement en train de mâcher des bonbons. Elle, elle le fait, c’est vraiment pour remplir quelque chose et c’est… ça en dit long… (7)
– – Sur qui elle est.
Sur qui elle est aussi.
– Pupille, le film est sorti en salle aujourd’hui. Deuxième film avec Jeanne Hérry, puisqu’il y avait déjà eu Elle l’adore. C’était son premier, vous y jouiez une esthéticienne fan absolue d’un chanteur. Elle a le don de (8) vous trouver des métiers !
– Oui ! Elle a le don de me… oui, de m’imaginer dans des choses…
– Quotidiennes.
– Quotidiennes et loin de… oui, de ce que je peux imaginer de moi. Mais c’est ça qui m’intéresse, c’est qu’elle m’emmène vers des univers, des mondes. Là, avant Pupille, je connaissais pas – je pense qu’on est nombreux d’ailleurs à pas connaître ce monde, vraiment, les coulisses de tous ces services sociaux comme ça, de…, de…, autour de l’adoption, tous ces gens qui font qu’il y a une aide autour d’un bébé qui arrive et qui peut pas avoir…
– Et ils sont nombreux, hein, c’est ce qu’on voit dans le film !
– Ils sont très nombreux et ils forment une chaîne, comme ça, qui… où dont tous les maillons comptent et ils sont dévoués totalement, investis totalement, comme dans ces métiers où l’essentiel est en jeu (9), puisque c’est la vie d’un nourrisson (10), donc… Dans le film en plus, on sait pas si le nourrisson est… va vraiment bien. Il y a un petit doute qui crée un suspense.
– On va raconter l’histoire. Exactement.
– Et voilà, moi, je suis amenée, voilà, à faire un… Oui, je sais pas pourquoi elle m’imagine dans ce métier-là. Ça m’amuse !
– Ce tournage était très particulier pour ça. Il y avait une espèce d’ambiance « bébé », ouatée, quoi, pour vraiment accueillir ces bébés.
– Je croyais qu’en France, on n’avait pas le droit de tourner avec des bébés de moins de trois mois.
– Bah en fait, ils ont pas moins de trois mois.
– Ah bon, d’accord.
– On a tourné ailleurs pour…
– Ailleurs alors.
– Ouais, ouais. En France, en tout cas, on peut pas avoir des bébés de moins de trois mois. Donc… Et on peut pas les utiliser plus d’une heure par jour, enfin (11) il y a des restrictions.
– J’aime bien cette expression !
– Mais c’est vrai ! Bah on les utilise, c’est vrai ! Donc… Et donc, il y a les parents qui sont là, il y a un encadrement qui est très, très, très précis, pour un bébé qui joue.
– Donc vous avez tourné en Belgique, ou ailleurs…
– On n’arrêtait pas de lui dire, d’ailleurs, qu’il jouait la comédie (12), qu’on le mettait en situation, on lui disait ce qu’il avait à jouer, parce que on peut pas faire, si vous voulez, l’apologie (13) de la parole (14) dans un film, en disant qu’un mot change la destinée d’un enfant et lui asséner des choses très dures dans le film qui sont : « Voilà, ta maman n’est pas capable de te garder, on va voir si on te trouve une maman d’adoption, on va… » Dire tout ça à un enfant qui joue la comédie, on lui a bien dit et redit (14) qu’il jouait et que c’était… Et puis parfois, on pouvait pas lui dire ces choses-là, donc on avait un poupon (15), à qui on disait des choses en s’inspirant du regard du bébé qu’on avait vu avant.
– Comme mère, vous, vous auriez laissé votre enfant, votre bébé sur un écran ?
– Jamais de la vie ! (16) Mais ça je vous le dis, mais vraiment… Quand… Et d’ailleurs, on était tous les trois, Gilles, Elodie et moi, quand on voyait les parents arriver avec l’enfant, on se disait ils savent pas ce qu’ils sont en train de faire ! Non, mais on a quand même un… Après, ça c’est très bien passé et on a été très vigilant. Mais moi, jamais de la vie ! Vous rigolez ! (17)

Des explications
1. battre de l’aile : aller mal (familier). Par exemple, on dit souvent : Leur couple bat de l’aile.
2. Un TOC : un trouble obsessionnel compulsif. (Au pluriel, on ne met pas de S à cette abréviation.)
3. bouffer : manger (très familier, un peu vulgaire même)
4. un bonbec : un bonbon (familier)
5. une manie : une certaine obsession, une habitude plutôt agaçante. Si on dit: il a ses petites manies, cela atténue le côté irritant des manies.
6. se rendre compte (que… / de quelque chose) : savoir, avoir conscience que… / de quelque chose
7. ça en dit long : c’est très révélateur, vraiment significatif. Cela exprime beaucoup de choses. Par exemple : Il a eu un regard qui en disait long sur ce qu’il pensait d’elle.
8. avoir le don de faire quelque chose : réussir très souvent à faire ce quelque chose, avoir une sorte de qualité (ou de défaut) pour faire quelque chose de récurrent, dans des situations différentes. C’est souvent plutôt négatif, cela parle de quelque chose d’agaçant :
Elle a le don de mettre du bazar partout où elle passe !
Il a le don de dire ce qu’il ne faut pas !

9. Être en jeu : Cela signifie que c’est ce qui compte, ce qui se joue. Par exemple : Il faut qu’il fasse les bons choix. Son avenir est en jeu.
10. Un nourrisson : un tout petit bébé, de quelques semaines maximum.
11. Enfin : comme très souvent à l’oral, ce mot sert à montrer qu’on va nuancer ce qu’on dit, donner plus de précisions.
12. jouer la comédie : cette expression s’emploie pour n’importe quel type de rôle, pas nécessairement des rôles drôles. Cela signifie qu’on joue un rôle, en tant qu’acteur.
13. Faire l’apologie de quelque chose : vanter les mérites de quelque chose, dire que c’est excellent
14. la parole : le fait de parler, de formuler les choses clairement, par les mots qu’on dit.
15. Dire et redire : insister fortement, afin que ce soit parfaitement clair. On utilise souvent cette expression :
Je lui ai dit et redit d’être à l’heure.
Ce n’est pas faute de le lui avoir dit et redit pourtant !
Je le dis et le redis : ce qui compte, c’est de faire un peu de français tous les jours.

16. Un poupon : ici, elle parle d’une poupée qui représente un bébé. Mais un poupon, c’est aussi un nourrisson. D’où le verbe pouponner, qui signifie s’occuper de son bébé.
17. Jamais de la vie ! : expression orale, qui insiste vraiment sur l’idée de Jamais. Par exemple :
– Tu devrais lui pardonner.
– Jamais de la vie !

18. Vous rigolez = Vous plaisantez, vous voulez rire ! = C’est une plaisanterie. (Style familier) Bien sûr, on dit aussi à quelqu’un qu’on tutoie : Tu rigoles !

Pour en savoir plus sur ce qu’est un pupille, c’est ici.
Il y a des petits qui démarrent un peu plus difficilement dans la vie que d’autres.

Les familles et leurs secrets

Nouvelle séance de rattrapage pour moi, avec ce film, Le Fils de Jean, sorti il y a deux ans et que j’avais manqué au cinéma. Je le partage avec vous car il m’a beaucoup plu, beaucoup touchée. On se laisse embarquer dans cette histoire de filiation, qui avance, portée par un certain suspense, par le jeu des acteurs qui est parfait et plein de finesse, par des dialogues où il y a juste le nécessaire. La caméra de Philippe Lioret sait capter les émotions et les regards. Je n’avais pas aimé son film Je vais bien, ne t’en fais pas, trop invraisemblable à mon goût et oppressant. Mais je vous recommande celui-ci si vous ne le connaissez pas!

Transcription
Bonjour monsieur, je suis Mathieu Capelier. Vous avez essayé de me joindre (1) tout à l’heure (2).
Il s’appelait comment ? Il avait des enfants ?

Tu vas faire quoi, là-bas ?
Voir qui c’était. Puis voir mes frères surtout.

Mathieu ?
Oui.
Pierre.
Bonjour.
Bon, il y a quinze jours, il pêchait sur un lac, il est tombé du bateau et on l’a pas retrouvé.
Et ils vont enterrer quoi alors, si ils l’ont pas retrouvé ?

Quand même, tu aurais pu me le dire.
Tu aurais été incapable de tenir ta langue (3), tu le sais très bien.
Mathieu est le fils de Jean.
Tu vois !
Je viens de l’apprendre.
Moi aussi.

Tes frères, ils savent pas que tu existes. Puis leur mère non plus, surtout. Déjà (4) qu’elle vient de perdre son mari et puis les autres, leur père, tu penses pas qu’ils en ont déjà assez comme ça ?
Je veux pas faire d’histoires (5), moi, je veux juste les voir, c’est tout. Et j’ai deux jours pour ça.

Le pickup, là-bas, c’est eux. On est d’accord que (6) tu dis rien, OK.
C’est le fils d’un ami. Français. Il vient nous aider.
Et votre père, il avait une clinique, c’est ça ?
Ouais.

Tu fais pas le con (7), hein.

Mon père, il est au fond d’un lac. Et demain, on enterre sa casquette.
Viens, donne.

Ouais, c’est pas un cas répertorié, ça.

Dans cinq ans. On va attendre sept ans (8) l’ouverture de la succession (9). Tu vas en profiter toi aussi ! Tu en as la moitié !

Je me demande ce que je fous (10) là, à chercher un macchabée (11) que je connais pas, avec les deux cinglés (12), là !

Quoi ?
Lâche-moi !
Sam !

Qu’est-ce que tu fais là, toi ? Tu fais quoi avec elle ?
S’il te plaît.
Sam !
Tu as fait tout ce voyage pour ça !

J’aurais aimé assez avoir un garçon.
Pour aller à la pêche ?

Quelques explications
1. joindre quelqu’un : contacter quelqu’un par téléphone. On dit par exemple : Je n’arrive pas à le joindre. Tu as des nouvelles, toi ?
2. Tout à l’heure : cette expression indique un laps de temps pas très long, qui peut être dans le passé ou dans le futur : Je l’ai appelé tout à l’heure. / Je l’appellerai tout à l’heure. / On se voit tout à l’heure.
Mais quand on dit : A tout à l’heure, c’est bien sûr dans le futur (proche, obligatoirement dans la même journée)
3. tenir sa langue : cette expression signifie garder un secret, ne pas parler de quelque chose qui a un côté confidentiel ou dont on sait qu’il ne faut pas parler.
4. Déjà que : on emploie cette expression quand on veut donner plusieurs raisons à une situation. Déjà que permet d’introduire un premier élément, avant d’aller plus loin. (style familier). Par exemple : Déjà qu’elle est débordée par son travail habituel… Si tu lui demandes d’en faire plus, ça ne va pas marcher ! / Déjà qu’il fait froid ! Si en plus il se met à pleuvoir !
5. Faire des histoires : causer des problèmes, créer des problèmes (style familier). Par exemple : C’est quelqu’un qui n’est pas facile à vivre car il fait tout le temps des histoires. / Arrête de faire des histoires pour rien ! Tu deviens pénible.
6. On est d’accord que… : C’est une manière familière d’obliger quelqu’un à faire ou ne pas faire quelque chose. C’est comme un ordre en fait. Par exemple : On est bien d’accord que maintenant, tu vas te mettre sérieusement au travail. / On est d’accord que tu seras à l’heure tous les jours.
7. Tu fais pas le con : c’est une sorte de menace. On ordonne à quelqu’un de ne pas faire une bêtise, de ne pas causer de problème, de bien se comporter. (très familier)
8. cinq ans / sept ans : je ne comprends pas pourquoi il utilise deux chiffres différents !
9. La succession : il s’agit du processus déclenché à la suite du décès de quelqu’un pour que ses héritiers bénéficient de son héritage. On dit qu’on ouvre la succession, puis quand c’est terminé, on dit que la succession est réglée.
10. Ce que je fous = ce que je fais (style très familier)
11. un macchabée : un cadavre (très familier)
12. cinglé(e) : fou (folle) (style familier). On peut l’employer comme adjectif ou comme nom. J’ai l’impression qu’on entend ce mot moins souvent qu’avant. Aujourd’hui, on entend plutôt : C’est un vrai malade !

C’est carrément le bagne !

En allant au cinéma la semaine dernière (voir le très bon BlackkKlansman de Spike Lee), nous avons vu la bande annonce de ce film qui dresse le tableau de la première année de médecine à l’université.

Année très sélective, qui demande un travail de fou, sans répit, sans vie sociale, comme la plupart des classes préparatoires. Donc ce n’est même pas une caricature ! Mais comme c’est un film, c’est quand même drôle apparemment. En tout cas, la bande annonce est parfaite pour donner le ton et le rythme. Et un modèle parfait de français oral !

Transcription

– C’est une année difficile. Pour ceux qui n’ont pas eu de mention au bac S (1), vos chances (2) sont de 2 %.
– Tu connais la différence entre un étudiant en médecine et un étudiant en prépa (3) ? Demande-leur d’apprendre le Bottin (4) par cœur : l’étudiant en prépa, il te demandera pourquoi. Et l’étudiant en médecine : pour quand.
– On commence le matin par une matière difficile, puis pause déj’ (5) : 40 minutes. Une matière facile l’après-midi jusqu’à 17 heures. Pause goûter (6): 20 minutes. On enchaîne (7) avec deux heures d’une matière difficile et le soir, on fait des annales (8) jusqu’à ce qu’on soit cuits (9). A ce rythme-là, c’est jouable (10). Tu en dis quoi ? (11)
– Vous avez quinze jours pour tout donner (12), quinze jours (13) pour tout revoir.
– 7CaO + H2O.
– Chut !
– Le mieux, c’est de faire des annales, franchement ! Faut qu’on devienne des machines à répondre aux questions, hein !
– Et la fac (14), ça va ?
– Phosphoglucomutase !
– Chut ! Non mais sérieux ! (15)
– Trois heures pour répondre à soixante-douze questions avec cinq réponses au choix, ça fait environ deux minutes par question. Donc à ce rythme-là, c’est impossible de réfléchir : soit on répond par réflexe reptilien, soit au hasard. Donc je pense que les meilleurs, enfin ceux qui deviendront médecins, se rapprochent plus du reptile que de l’être humain.
– Je veux être médecin.
– C’est ça qui le porte.
– Il a complètement pété un plomb. (16)
– Bah carrément !
– Ça fait une place en plus (17). Moi je pense c’est vrai.
– Tout seul, j’y arriverai pas. Mais avec toi,c’est jouable.
Tu as pris trop de retard. C’est mort ! (18)
– Vous pouvez prendre […]
– Attends, attends, attends, j’en peux plus (19), là, j’en ai marre (20). On fait une pause ?
– Ouais, carrément (21). Pause maths ?
– Allez ! Dérivées, stats (22), intégrales ?

Des explications
1. le bac S : c’est le baccalauréat scientifique, avec beaucoup de maths, de physique et de chimie, réputé le plus difficile. On peut avoir le bac avec une mention, qui dépend de la moyenne générale obtenue : Assez bien = à partir de 12 de moyenne générale. Mention Bien : à partir de 14. Mention Très bien : à partir de 16.
2. vos chances = vos chances de réussir
3. en prépa : en classe préparatoire à une grande école. Les grandes écoles sont des écoles où on entre sur concours, c’est-à-dire qu’il y a un nombre de places limité. Donc avoir de bonnes notes ne suffit pas, il faut être meilleur que les autres ! Il y a des prépas littéraires, des prépas scientifiques, des prépas aux écoles de commerce, qui préparent aux différents concours, en deux ans en général.
4. Le Bottin : c’est l’annuaire de tous les numéros de téléphone. Donc apprendre le bottin par cœur est mission impossible !
5. La pause déj’ : la pause déjeuner (à midi). On utilise souvent cette abréviation pour le petit déjeuner : le p’tit déj’ (familier)
6. le goûter : c’est normalement plutôt réservé aux enfants : ils prennent un goûter vers 16h30, quand ils sortent de l’école. (un gâteau, un petit pain au chocolat, un fruit, par exemple)
7. enchaîner avec quelque chose : dans l’organisation du temps, cela signifie qu’on passe directement d’une activité à une autre.
8. Les annales : ce sont des recueils de tous les sujets d’examen qui ont été donnés les années précédentes. Il y a des annales pour le bac, des annales pour les consours, etc. Cela permet de s’entraîner.
9. Être cuit : être épuisé, ne plus pouvoir continuer. On peut être cuit après une activité physique mais aussi après un travail épuisant par exemple, ou encore lorsqu’il fait très chaud. (familier)
10. C’est jouable : on a des chances de réussir, donc on peut essayer.
11. Tu en dis quoi ? : Qu’est-ce que tu en penses ? Cela te convient ? (familier)
12. tout donner : faire tous les efforts possibles, se donner à fond.
13. Quinze jours : nous utilisons très souvent cette expression (un peu bizarre si on compte!), qui correspond à 2 semaines.
14. La fac = l’université (familier, mais plus courant que « université » dans les conversations familières)
15. Non mais sérieux ! : cette expression exprime la désapprobation. C’est comme dire : Non mais ça va pas!, pour critiquer ce que fait ou dit quelqu’un. (Dans les bibliothèques universitaires, il est interdit de parler, pour ne pas gêner la concentration des autres.)
16. péter un plomb : devenir fou, ne plus se comporter normalement. On dit aussi : péter les plombs. (argot) Ou encore : disjoncter, pour rester dans le domaine de l’électricité !
17. une place en plus : parce que quand quelqu’un abandonne, cela fait un concurrent de moins.
18. C’est mort : c’est raté, c’est complètement impossible. (familier) Par exemple : Il est trop tard, on n’arrivera jamais à la gare à temps. C’est mort ! Avant, on disait plus souvent : c’est foutu.
19. J’en peux plus : je ne peux pas continuer, je suis trop fatigué. (familier)
20. j’en ai marre : j’en ai assez (familier). On en a marre de faire quelque chose ou on en a marre de quelqu’un.
21. Carrément : cet adverbe est de plus en plus employé seul (par les jeunes en général, pour approuver quelque chose ou exprimer son accord. (familier).
Son premier sens est différent : par exemple : Vas-y carrément = Fais ce que tu veux faire sans hésiter. / Dis-lui carrément ce que tu penses = Donne-lui ton opinion franchement.
22. Les stats : les statistiques. (familier)

Si vous voulez en savoir plus sur cette année terrible de PACES (Première année commune aux études de santé), que tentent beaucoup de jeunes Français pour devenir médecins, kinés, dentistes, pharmaciens, etc., vous pouvez en rire ici ou en pleurer là.

Bon weekend !

Alors, vous n’avez rien compris à ce que je suis

Je vous avais dit que je vous reparlerais du film de Xavier Giannoli, Marguerite. Je ne suis pas en avance, ni par rapport à la sortie de ce film en salle ( qui remonte à 2015), ni par rapport à ce que je vous en avais dit il y a quelques mois ! Mais il fait partie de ces oeuvres qu’on n’oublie plus, qui ressurgissent en entendant la voix de Catherine Frot ou celle de Michel Fau, en écoutant l’air de la Reine de la Nuit de la Flûte Enchantée ou le Duo des Fleurs de Léo Delibes, en pensant aussi à toutes ces femmes empêchées, parce que femmes à des époques ou en des lieux peu favorables.

Vous le savez, Marguerite chante absolument faux. Mais elle ne veut qu’une chose dans sa vie aisée : chanter les grands airs du répertoire lyrique. Je connaissais l’histoire dans ses grandes lignes et je pensais que j’allais souffrir d’écouter cette pauvre voix impossible et poser un regard de moquerie et de pitié sur Marguerite. La magie de ce film, c’est que ce n’est absolument pas ça : on a envie de protéger Marguerite de tous ces gens sans coeur qui l’exploitent et la ridiculisent. On chemine avec ceux qui peu à peu la comprennent et la respectent. Il y a des choses drôles dans cette drôle d’histoire, il y a de la beauté dans les scènes, les cadrages, les regards, le rythme impeccable de la narration, il y a du tragique et de la sobriété. Il y a Catherine Frot, qui donne à sa Marguerite une profonde humanité.
Voici une scène où on la sent frémir, même sans les images.

Marguerite

Transcription :
– Je vais organiser un vrai concert, George, devant un vrai public.
– Comment ça (1), un vrai concert ?
– Mais cette fois-ci, dans les règles de l’art (2) : un récital classique, dans une grande salle classique.
– On ne peut pas se donner en spectacle* comme ça du jour au lendemain (3) !
– Mais je travaille depuis des années, mon chéri.
– Alors, on peut organiser un grand concert ici, avec nos amis du Cercle, comme d’habitude, mais alors plus…
– Mais ils viennent de nous claquer leur porte au nez (4), vous étiez là, hein !
– Non, non, ça va pouvoir s’arranger. N’allez pas vous risquer sur une vraie scène. Ça n’a pas de sens !
– George, toute ma vie, je vous ai obéi. Je me suis occupée de notre intérieur (5), je vous ai aidé dans vos affaires, je vous ai accompagné dans des dizaines de dîners assommants (6) sans jamais me plaindre. Maintenant, je voudrais être plus que ça.
– Ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi.
– Mais je ne vais pas faire n’importe quoi ! Je vais trouver un vrai professeur, avec des gens qui m’entourent, qui me conseillent.
– Eh bien, je vous l’interdis !
– Mais de quoi avez-vous peur exactement ?
– C’est pour vous que j’ai peur, figurez-vous (7). Tout le temps.
– Mais pourquoi ?
– Mais qu’est-ce que c’est ? C’est de l’orgueil ? Vous voulez vous faire applaudir ? Jouer les divas, comme une gamine ?
– Alors, vous n’avez rien compris à ce que je fais, rien compris à ce que je suis. Il n’y a que la musique qui compte pour moi. La musique. C’est tout ce que vous m’avez laissé. Mais je suis prête à chanter encore une fois devant votre fauteuil vide. C’est ça, ou devenir folle, vous m’entendez ? Folle. Folle !

Des explications :
1. Comment ça ? : on pose cette question familière quand on ne comprend pas quelque chose ou quand on est surpris par ce que quelqu’un affirme. Cela signifie qu’on veut des explications.
Par exemple :
– Il a vendu sa voiture.
– Comment ça, il a vendu sa voiture ?
(Cette façon de parler exprime l’incrédulité. )
2. faire quelque chose dans les règles de l’art : faire quelque chose parfaitement, pas en amateur.
3. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition
Par exemple :Du jour au lendemain, ils ont changé d’attitude envers nous.
4. Claquer la porte au nez de quelqu’un: refuser d’écouter quelqu’un, rejeter quelqu’un brutalement, l’exclure d’un cercle, d’une communauté. Opposer un refus à quelqu’un.
Par exemple : Quand elle les a contactés pour un stage, ils lui ont claqué la porte au nez.
5. S’occuper de son intérieur : s’occuper de sa maison, de toutes les tâches ménagères. (c’est comme dans l’expression : une femme d’intérieur = une femme qui ne travaille pas à l’extérieur, ou qui se consacre énormément à sa maison.)
6. Assommant : très ennuyeux
7. figurez-vous : cette exclamation sert à insister sur une affirmation qu’on fait. C’est comme si on demandait à cette personne de bien se rendre compte de quelque chose, d’en prendre conscience.
Par exemple : – Je me suis fait du souci pour toi, figure-toi ! Alors arrête de me parler sur ce ton.
Il est trop tard, figure-toi ! Voilà pourquoi je ne peux plus rien faire pour toi.

Une expression employée au sens propre et au sens figuré : se donner en spectacle
– Au sens propre, cela signifie qu’on monte sur scène, pour danser, ou chanter, ou jouer la comédie devant un public.
– Mais le sens figuré est le plus fréquent: cela signifie qu’on expose aux yeux des gens une façon d’être qui n’est pas tout à fait convenable, qui ne respecte pas la bienséance.
Par exemple : Il avait trop bu à ce dîner. Et il s’est donné en spectacle. On était gêné pour lui.

Marguerite assassine l’air de la Reine de la Nuit. Alors, après le film, on a envie de réécouter les femmes qui savent chanter une telle musique.
Mais je vous laisse avec ce qui ouvre le film, le duo des fleurs, de Léo Delibes, dans une belle version. (Cliquez ici.)
Je ne suis pas une inconditionnelle des voix lyriques féminines en fait mais dans cet air que j’ai rencontré enfant, j’attends toujours ce silence suspendu qui vient au bout d’une minute, puis la communion de ces deux voix si harmonieuses qui se posent et s’épousent. Et je comprends Marguerite.

Je vous souhaite un bon début de semaine.
A bientôt.

En avril 2018

Le mois de mai commence tout juste.
C’est donc l’heure de revenir un peu sur mon mois d’avril, pour compléter ce que j’ai partagé avec vous dans les semaines passées.
Un temps estival, un film marquant où se mêlent plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs époques et un petit tour dans ma vie de prof. Et des expressions, parce que finalement, on en emploie beaucoup spontanément !


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Juste l’enregistrement :
Avril 2018

Transcription
Alors, pour le mois d’avril, je vais commencer par faire un petit petit point météo (1) quand même, parce que, bon il y a un proverbe qui dit : En avril, ne te découvre pas d’un fil. En mai, fais ce qu’il te plaît (2). Et là, en avril, il a fallu se découvrir, c’est-à-dire sortir les vêtements d’été, les vêtements légers, parce qu’il a fait vraiment chaud avant l’heure (3). Alors, à Marseille, on n’est pas très surpris en général d’avoir du beau temps comme ça, et puis d’autant plus que, à cause de la Méditerranée, ça se réchauffe un tout petit peu plus lentement. Mais quand même, il a fait… On est passé d’un coup (4) de l’hiver en quelque sorte à des températures vraiment d’été. Et c’était surtout surprenant dans d’autres régions de France, notamment dans le nord, dans le nord-ouest, parce qu’ils ont eu vraiment des températures très élevées et c’est venu d’un coup, donc tout le monde était très surpris. Et quand c’est comme ça, bah c’est vrai que tout le monde dit : Oh là, là ! On va le payer ! (5) Et c’est vrai que ça peut arriver parce que notamment s’il fait un petit peu chaud et que les… la végétation, les arbres fruitiers démarrent, parfois, après, bah il refait froid derrière (6), et évidemment, c’est pas très bon pour les fruits par exemple, les fleurs qui gèlent, ce genre de choses et… Mais bon, on peut toujours se dire que, après tout, c’est toujours ça de pris ! (7)
Pour passer à un autre sujet, je voulais vous parler d’un film que j’ai vu, début avril, qui s’appelle Razzia et qui est un film marocain, de Nabil Ayouch, qui est vraiment pour moi… enfin qui m’a vraiment beaucoup marquée. Et… La seule chose, c’est que je pense que il faut que chacun voie ce film et se fasse sa propre opinion parce que, après, j’ai lu des critiques qui n’étaient pas bonnes, qui n’étaient pas très, très bonnes, en disant que c’était un film compliqué, où tout se mélangeait, etc., et justement, par définition (8), moi, c’est ce qui m’a beaucoup plu. Donc c’est un film qui se passe au Maroc, dans les années 80, en partie, au départ, dans l’Atlas marocain et avec un instituteur qui fait vraiment aimer l’école à ses élèves et qui subit l’arabisation forcée et qui, bah, ne sait plus très bien comment faire, parce qu’on lui demande d’enseigner d’une manière qui ne lui convient pas. Et ensuite, on suit les destins d’autres personnages, qui sont plus proches de nous, dans les années 2000… enfin en 2015, et… des destins différents. Et en fait, pour moi, ça n’a pas été du tout gênant parce que on suit très, très bien toutes ces histoires, et il y a un point commun, c’est-à-dire entre eux, c’est la… finalement, la lutte pour la liberté, contre l’intolérance, contre le sexisme, contre l’homophobie. Et c’est… Je n’ai pas trouvé… enfin, je pense que c’est très, très réussi, justement, parce que tout s’enchaîne de façon très subtile et très souple. En même temps, les personnages sont quand même liés les uns aux autres de différentes manières et franchement, enfin, c’est un film qui m’a marquée parce que ça montre la condition des femmes au Maroc, la condition des jeunes au Maroc. Et c’est quand même très, très… enfin très politique. Mais en même temps, c’est très, très beau. Si vous avez l’occasion, allez le voir et faites-vous une idée par vous-même (9), parce que je vous dis, j’ai lu des critiques qui étaient très négatives. Mais honnêtement, moi, c’est un des films qui me reste et qui m’a marquée.
A part ça, je voulais vous parler aussi de ce que font les étudiants à la fin de chaque semestre, et là, on arrive à la fin du deuxième semestre bientôt. Donc les étudiants vont avoir à évaluer les enseignements qu’ils reçoivent dans mon IUT. Et ça existe depuis… je sais pas… deux-trois ans peut-être, pour les étudiants de première et deuxième année. Ça existait avant pour les étudiants plus âgés, en licence et en formation continue. Et puis ça s’est étendu donc aux étudiants de première et deuxième année. Et alors, ce qui est vraiment terrible (10)… Donc c’est… Ils sont… Ils doivent donner leur avis sur les différents cours qu’ils ont suivis, et c’est fait de façon anonyme, par internet. Et ensuite, bah chaque prof reçoit les comptes-rendus de ce qu’ils ont dit. Donc bah ils ont à mettre des notes de zéro à cinq, des choses comme ça. Et puis, ils ont aussi la possibilité de laisser des commentaires, d’ajouter des commentaires rédigés. Donc ce qui est terrible, c’est que certains n’ont vraiment qu’un but, c’est de dégommer (11) les profs ! Et tout le monde en prend pour son grade (12), vraiment avec des commentaires très… qui n’ont rien à voir… enfin…. comment dire ? C’est pas ce qu’on attend d’eux. On attend d’eux qu’ils nous donnent leur avis sur ce qui a pu leur manquer, ce qui pourrait être amélioré, etc. Et en fait, ils règlent leurs comptes (13), c’est vraiment un règlement de comptes ! Ils se permettent de faire des réflexions (14) sur certains profs, sur la façon dont ils parlent, la façon… enfin, leur attitude, en disant… je sais pas… D’une collègue par exemple, ils ont dit qu’elle était hautaine (15). Mais quel rapport ? (16) Enfin, alors qu’elle est en plus… elle est très dévouée à ses étudiants. Mais à partir du moment où on les contrarie, en fait, certains, on devient hautain ! On devient inintéressant, méchant. Et en fait, ça fait vraiment penser à ces émissions à la télé, de téléréalité, des choses comme ça, où le seul but, c’est d’être le plus agressif possible, de porter des jugements vraiment définitifs et sans nuance, et puis sans la plus élémentaire courtoisie. Donc dans ces comptes-rendus, en fait, enfin dans les commentaires qu’ils laissent, on lit absolument tout et son contraire, c’est-à-dire que vous pouvez avoir : Ah, j’ai beaucoup aimé ce cours, c’était vraiment très intéressant, le professeur s’intéresse beaucoup à nous, il nous aide à tout comprendre. Et puis, sur le même prof, vous allez avoir quelqu’un qui dit : Ce prof est absolument nul, il s’intéresse pas aux étudiants. Donc c’est vraiment très, très particulier quand on lit ça et il faut être… disons assez détaché pour pas se laisser atteindre parce que par moment, c’est quand même très… Ce sont des attaques personnelles et évidemment, selon que les étudiants aiment la matière, selon les rapports qu’on a pu avoir avoir avec eux, et selon le fait qu’ils sont tout simplement bien ou mal élevés, bien élevés ou mal élevés (17), voilà, on va avoir des avis très, très différents. Et je voulais vous parler de ça parce que en fait, au contraire, à l’opposé de ça, j’ai eu… J’ai terminé un cours avec une licence, des étudiants de licence et une étudiante est venue me voir à la fin, est venue me dire : Voilà, je voulais vous remercier, parce que bon, voilà, votre cours m’a vraiment réconciliée avec l’anglais et c’était vraiment bien, etc. Et c’est vrai que c’est très rare finalement qu’on ait des étudiants, des jeunes qui viennent nous dire si… quand ça leur a apporté quelque chose, et c’est un métier un peu ingrat quand même, quand on est prof, parce que on ne peut jamais vraiment mesurer l’impact qu’on a sur les… sur nos étudiants et puis sur la façon dont ça a pu leur apporter quelque chose. C’est assez compliqué en fait ! Et donc quand certains étudiants ont assez de maturité pour venir remercier, dire les choses, bah je trouve que c’est bien, quoi, ça fait du bien aussi. Voilà, je ne sais pas comment c’est chez vous, dans votre pays ou dans votre propre expérience. Ça m’intéresse de savoir, si vous avez des commentaires à faire et bah, pour le moment, je vais vous laisser parce que sinon, ça va être un petit peu trop long. A bientôt !

Des explications :
1. faire le point : analyser une situation à un moment donné. Cette expression vient du domaine nautique où on fait le point sur un bateau pour savoir où on est exactement.
Par exemple : Je voudrais faire le point avec toi sur ta situation professionnelle.
Ici, faire un point météo, c’est récapituler ce qui s’est passé.
2. Le proverbe : le fil dont il est question évoque le tissu des vêtements, donc les vêtements.
3. Avant l’heure : plus tôt que normal.
Par exemple : On a fêté son anniversaire avant l’heure car ensuite, il partait en voyage.
Ou encore : Tous ces cadeaux ! C’est Noël avant l’heure !
4. D’un coup : brutalement, sans transition, de façon soudaine
5. On va le payer : après une période favorable, on va subir des conséquences négatives.
6. Derrière : ici, ce n’est pas le sens spatial. Cela signifie après.
7. C’est toujours ça de pris ! : expression familière qui signifie que si une situation favorable ne se prolonge pas, il faut en profiter avant.
8. Par définition : précisément
9. se faire une idée (par soi-même) : se faire son opinion, réfléchir personnellement à quelque chose. Par exemple : Je ne veux pas les influencer. J’aimerais qu’ils se fassent une idée par eux-mêmes. / C’est un peu difficile de se faire une idée en lisant juste le résumé de ce livre.
10. Terrible : cet adjectif exprime une idée négative en français. Par exemple : Il y a un vent terrible aujourd’hui.
11. Dégommer : c’est de l’argot, qui signifie abattre, tuer, éliminer. Donc ici, c’est l’idée que certains étudiants s’en prennent verbalement aux enseignants de façon agressive.
12. En prendre pour son grade : être critiqué, subir des critiques. (argot)
13. régler ses comptes (avec quelqu’un) : dire tout ce qu’on pense de négatif sur quelqu’un, se venger d’une situation qu’on a subie.
14. Faire des réflexions (sur quelqu’un) : critiquer cette personne et le dire aux autres.
15. Être hautain(e) : exprimer clairement qu’on se sent supérieur aux autres
16. Mais quel rapport ? = Quel est le lien ? On pose cette question quand on ne voit pas le lien logique entre deux choses.
17. Bien élevé / mal élevé : poli / impoli

Bon, je me rends compte que je dis souvent vraiment, etc. et très, très. Vous pouvez compter ! Ah, ces tics de langage qu’on a !
Bonne journée à vous.

En mars 2018

En mars, j’ai partagé ici un certain nombre de choses avec vous. Mais pas tout ce que je pourrais, bien sûr, faute de temps et également par souci de publier des billets suffisamment « mis en forme ».

Alors, je me suis dit que je pouvais aussi vous parler plus directement, par exemple à la fin de chaque mois, en faisant un petit enregistrement pour vous raconter ça. Personnellement, j’aime beaucoup qu’on me raconte des histoires, écouter les gens raconter leurs histoires, leur histoire, en français et en anglais et j’ai beaucoup appris comme ça, à tous points de vue. Et ça continue. Alors peut-être aurez-vous envie de me suivre dans cette petite expérience – que Svetlana m’avait suggérée il y a longtemps dans un de ses commentaires – et de commenter, si le coeur vous en dit, si ce que je raconte vous parle, si vous avez d’autres façons de voir et aussi si cela vous aide si vous apprenez le français.

Rien d’original, ni de très sophistiqué côté moyens techniques – à améliorer! Mais une façon de m’adresser à vous plus directement. Voici donc une première petite « conversation » improvisée.
Je voulais commencer en janvier – Ah, le symbole des débuts d’année ! – mais j’avais perdu ma voix, en partie retrouvée maintenant. Affaire à suivre.


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Juste l’enregistrement si vous préférez:

mars 2018

Transcription
Alors au mois de mars, il a neigé. Donc rien de surprenant puisque c’est l’hiver, me direz-vous. Mais quand même, dans le sud-est de la France, voir la neige comme ça plusieurs fois en janvier, en février et puis encore en mars, c’est quand même quelque chose d’assez surprenant. Et notamment, autour de la Méditerranée, du côté de Montpellier, il a neigé un jour où nous devions prendre la route pour rentrer du sud-ouest à Marseille et nous avons été obligés de décaler d’une journée pour ne pas nous trouver pris dans les bouchons sur l’autoroute. Et… bah on peut dire qu’on a bien fait parce que en fait, tout était bloqué et bah on aurait été, comme tout le monde, obligés de passer la nuit, peut-être, dans la voiture, ce qui n’est jamais très agréable. Et puis, il a neigé aussi à Marseille le 21 mars, donc juste en quelque sorte au moment du printemps et ça, c’est quand même surprenant parce que Marseille, bon, est quand même protégée par la mer et l’influence de la Méditerranée qui fait qu’en hiver, on a toujours à peu près deux degrés de plus que dans l’intérieur, qu’à Aix-en- Provence par exemple, et donc la neige à Marseille, c’est quand même très, très rare. Et là, bah finalement, il a neigé plusieurs fois à Marseille et… ça n’a pas tenu très longtemps et… Mais voilà, ça a quand même blanchi le sol, la végétation et, bah c’était joli ! Ça changeait.
Alors en mars, j’ai lu aussi des bons livres. J’ai lu une BD qui s’appelle les Carnets d’Esther*, j’ai lu le premier tome – il y a plusieurs tomes parce que ça raconte… enfin, ce sont des petits moments de la vie d’une petite fille, Esther, racontés par Riad Sattouf. Et donc, c’est Esther à dix ans, à onze ans, à douze ans, et ce sont plein de petites histoires vraies de sa vie de tous les jours, avec sa famille, ses copains, ses copines, en classe, etc. Et c’est vraiment très, très drôle, et c’est écrit dans un français évidemment courant, avec aussi des gros mots, des choses comme ça. Donc c’est quelque chose dont je vous reparlerai, mais c’est vraiment… C’est bien parce que ce sont des petites histoires, donc on n’est pas obligé de tout lire d’un coup . Et puis, c’est toujours des petites anecdotes bien vues, bien observées, sur la vie d’une petite fille.
J’ai lu aussi un livre en anglais, qui s’appelle Hidden Lives, de Forster, Margaret Forster, que j’avais depuis très longtemps et que je n’avais jamais lu, sur le… sur sa famille, l’histoire de sa grand-mère, au vingtième siècle, et j’ai beaucoup aimé ce portrait de famille et ce portrait de femmes, plusieurs générations de femmes et qui, disons… enfin, ça montre bien l’évolution quand même des droits des femmes dans l’histoire récente et… mais c’est vu à travers une histoire familiale, donc c’est… ça n’est pas une démonstration, c’est vraiment une histoire à laquelle on s’attache. Et si j’en parle, c’est parce que j’aurais bien aimé l’offrir à mes amies proches – en général, on s’échange des livres, on partage des livres, on partage des titres – et bah là, je peux pas le… je ne peux pas l’offrir parce qu’il n’est pas traduit en français ! Et j’ai été très surprise de découvrir ça. Alors ça n’est pas un livre récent mais apparemment… enfin, je n’ai pas l’impression qu’il ait été traduit en français à un moment ou un autre, et c’est bien dommage, parce que, bah voilà, on ne peut pas donner accès à tout le monde  à ce livre-là.
Et en parlant de livres… disons anglophones, de romans anglophones, j’ai lu… alors cette fois-ci, je l’ai lu en français parce que je l’ai emprunté à la bibliothèque et ils ne l’avaient pas en anglais évidemment, et ça s’appelle A l’orée du verger, de Tracy… je sais pas comment on dit en anglais, Chevalier… enfin, c’est un nom qui sonne bien français mais… voilà. Et ce roman est bien… enfin m’a bien intéressée, j’ai… je l’ai lu très rapidement. Mais ce qui m’a gênée donc dans la traduction en français, c’est la façon dont sont rendus les dialogues. Mais c’est probablement normal, mais ça me fait toujours bizarre. Je veux dire par là que tout ce qui est, disons… familier, est rendu avec des contractions des verbes qui ne s’écrivent jamais en fait, donc des choses du genre : T’as vu, T’es, T’es parti, etc., avec T apostrophe A.S. , T apostrophe E.S. Et bien sûr ça transcrit exactement ce qu’on dit à l’oral, mais franchement, ça me choque toujours de voir ça écrit, parce que ça n’existe pas en fait. Donc je me posais la question de savoir si en écrivant un dialogue dans un roman, on était vraiment obligé de passer par ces formes-là, qui sont un français oralisé et qui est très surprenant, je trouve, à l’écrit. Enfin moi, ça me gêne, ça me gêne de lire ça comme ça. L’absence de négations aussi me gêne dans ce… dans les transcriptions en fait, dans les dialogues qui sont rendus de cette façon-là. Voilà.
Et sinon alors j’ai lu un roman policier français, Alex, de Pierre Lemaître, dont j’avais lu d’autres romans, mais pas du tout ces… ce type d’écrits, et bah j’avoue que je n’ai absolument pas pu lâcher ce bouquin avant de l’avoir fini et c’est vraiment une histoire un peu… terrifiante, très bien racontée et qui vous donne vraiment envie de savoir ce qui va se passer, donc c’était vraiment très bien. Et bah la conséquence, c’est que j’en ai acheté deux autres que j’ai dans ma… près de… de… enfin, sur ma table de nuit, prêts à être lus, parce que… il y a la suite de ce que j’ai lu, là, et puis un autre qu’on m’avait recommandé aussi et…. Voilà, donc côté plaisir de la lecture et voilà. J’en reparlerai aussi mais je pense que ça peut…. ça pourrait vous plaire aussi. Voilà.
Et puis au cinéma, mars, c’est…. On a vu La Belle et la Belle, avec Sandrine Kiberlain. C’est un bon film, sans plus ! C’est… Voilà, je ferai un petit billet dessus, mais ce que je voulais dire aussi c’est que franchement, c’est… Le cinéma où nous sommes allés pour le voir est très cher ! C’était comme… enfin d’ailleurs comme à Marseille, à Rodez dans un multiplex – un multiplex, c’est avec plusieurs salles – et franchement, c’est trop cher ! Parce que c’est un petit film, enfin je veux dire, c’est pas un film inoubliable et c’est pour passer un bon moment, voilà. Mais honnêtement, le prix du cinéma, je trouve que c’est devenu vraiment trop cher, quoi ! Chacun… enfin c’était 9€20 ** par personne et… Non, c’est trop cher pour un film comme ça ! Voilà et puis aussi, le truc, c’est que comme c’est un multiplex, évidemment, le truc à la mode, c’est, dans ces grands cinémas, c’est de vendre du… des grands pots de pop corn. Et ça sent le pop corn partout. Je ne supporte pas l’odeur du pop corn dans les salles de cinéma et en plus, bah il y en a partout, par terre, sous les sièges et tout ça, enfin bon voilà. Moi j’ai pas été habituée, j’ai pas grandi avec des… du pop corn dans les salles de cinéma et les gens qui mangent en même temps qu’ils regardent un film!
Et sinon alors un bon film que j’ai vu à la télévision cette fois-ci, ce qui est rare, c’est Marguerite, dont je reparlerai, sur cette femme qui chantait très, très faux mais qui voulait chanter comme une… enfin voilà, qui était très, très… enfin vraiment passionnée par le chant et l’opéra, etc. et qui malheureusement chantait très faux. Et ce film est vraiment une réussite, je trouve, alors notamment grâce à Catherine Frot, qui est une actrice vraiment remarquable et… Voilà, donc ça, j’en parlerai un peu plus, mais franchement, c’est un film, que je n’avais pas vu au cinéma, et que j’ai vraiment beaucoup aimé !
A bientôt !

* Je n’arrive pas à me mettre dans la tête qu’il s’agit des Cahiers d’Esther, pas des carnets d’Esther ! Un cahier, un carnet, c’est presque pareil !
** A Paris, c’est encore pire, jamais en-dessous de 10€ et souvent plutôt dans les 12€ (si on n’est pas abonné aux grands distributeurs), y compris dans des salles toutes petites. Hors de prix !

Dernière minute : nous avons vu un film magnifique hier soir, Razzia, de Nabil Ayouch (en arabe, en berbère et en français, puisque c’est un film marocain.) Nous avons bien commencé le mois d’avril. On en reparle !

Théâtre et cinéma pour Adeline

On a beaucoup entendu et vu cette actrice quand le film Maryline est sorti en novembre dernier.
Je me suis vraiment ennuyée pendant ce film, qui avait pourtant reçu de bonnes critiques et été mis en avant partout à la radio et à la télévision ! En fait, il faut vraiment décrypter tous ces discours promotionnels et c’est parfois difficile de ne pas se tromper. Et puis, chacun ses goûts sans doute !
Mais les interviews avec Adeline D’Hermy étaient agréables et intéressantes à écouter. Cette jeune femme de valeur a des choses à dire, tranquillement, simplement, sans prétention. Alors voici un extrait de l’une d’entre elles, pour le timbre de sa voix, pour ses pauses et sa diction.

Adeline D’Hermy

Transcription

– Et le Français (1), vous le disiez à demi-mot (2), c’était pas du tout votre rêve de petite fille, en fait.
– Pas du tout !
– C’est venu quand, ce rêve d’intégrer la Comédie Française ?
– C’est venu quand on me l’a proposé en fait. Je… J’y pensais pas du tout. On m’a… J’y avais été… Honnêtement, j’avais été une fois à la Comédie Française avant… avant de… d’y rentrer comme pensionnaire (3). Donc je… je… Je n’en rêvais pas, j’y pensais pas, honnêtement, moi je… je suis arrivée… J’ai fait du théâtre assez tard par rapport… pour… pour une actrice. Quand je suis arrivée au Conservatoire (4), les… mes camarades avaient pour la plupart fait beaucoup de théâtre avant, donc j’ai essayé un peu de rattraper tout le retard que j’avais.
– Alors vous rêviez de quoi quand vous étiez petite, vous ?
– Moi, je rêvais d’être danseuse.
– Que danseuse ?
– Mmm.
– C’est tout ? Il y a cette perte du coup, ce manque de ne pas l’être, encore aujourd’hui ?
– Non, parce que quelque part (5), j’ai l’impression de danser, dans mon métier. En fait, je… j’ai énormément de chance d’avoir… J’ai commencé à cinq ans, la danse, et j’ai une immense chance d’avoir fait ça, pour mon métier, d’avoir fait de la danse avant, parce que je pense que j’en serais pas là aujourd’hui si j’avais pas fait tous ces cours de danse et ça m’apporte une conscience du corps et un travail là-dessus du coup possible, qui est… qui est, je pense, très important pour moi. Et en fait du coup, je danse pas mal (6). Alors oui, je fais plus de cours (7). Ça, j’ai pas… J’aimerais bien en refaire mais en fait, on me demande beaucoup de danser dans les spectacles. Je sais pas si vous avez remarqué, Augustin, mais je… A chaque fois que je danse…
– Quand vous jouez une bonne (8), vous êtes jamais avare (9) d’un petit pas de bourrée (10), Adeline.
– Non. Je suis jamais avare d’un petit pas de bourrée ! J’en profite dès que je peux de faire des… Et puis dans Scapin (11), par exemple, Zerbinette… Denis m’a… Denis Podalydès m’a fait danser. Voilà.
– Et là, comme on est à la radio, on entend que ça passe aussi par la voix. Votre voix, Adeline, c’est quand même quelque chose (12)… d’assez étonnant, une voix aiguë, un rien (13) pointue, qu’on reconnaît entre mille (14). Comment vous l’avez travaillée, votre voix, pour le rôle de Maryline ? Il a fallu la travailler, déjà (15) ?
– Oui. Moi, j’ai travaillé ma voix déjà au Conservatoire. On nous fait pas mal travailler parce que en plus, j’avais un accent du nord quand je suis arrivée, qu’on a… Il a fallu un tout petit peu…
– Ça… ça peut présager des choses très bien pour certains acteurs (16), cet accent du nord !
– Oui ! Et puis, bah pour Maryline, Guillaume m’avait demandé d’aller… d’aller voir une phoniatre, pour essayer de… justement parce que j’ai la voix aiguë, de… d’essayer d’avoir un peu plus de graves, pour pouvoir jouer ces scènes plus difficiles, ces scènes où elle va dans le fond du fond. Donc on a essayé de travailler sur le corps, quand voilà, quand elle s’effondre un petit peu et que la voix baisse. Après, moi je… Du coup, j’ai fait ça. Après, quand j’ai vu le film, je me… j’ai pas eu du tout… J’ai pas eu trop l’impression d’avoir la voix plus grave. Mais en fait, ouais… On entend… On se rend pas compte de la voix qu’on a ! C’est… c’est assez violent en fait d’entendre sa voix, parce que moi, quand je m’entends… Là, si j’écoute l’émission, je vais me dire : Mais c’est pas… c’est pas possible ! J’entends pas du tout… J’ai l’impression d’avoir une voix beaucoup moins aiguë que ce que je n’ai.

Des explications :
1. Le Français: c’est le surnom de la Comédie Française, qu’on appelle aussi la Maison de Molière, fondée en 1680.
2. Dire quelque chose à demi-mot : suggérer, sous-entendre quelque chose, ne pas le dire directement ou complètement. On peut aussi comprendre quelque chose à demi-mot.
3. Comme pensionnaire : on utilise ce terme pour désigner une partie des acteurs qui composent la troupe de la Comédie Française.
4. Le Conservatoire : C’est le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique à Paris, qui forme des comédiens depuis deux siècles.
5. quelque part : d’une certaine façon
6. je danse pas mal : je danse en fait souvent. (Attention, ce n’est pas comme : Je ne danse pas mal, qui signifie : Je danse plutôt bien.)
7. je ne fais plus de cours = je ne suis plus de cours, je ne vais plus à des cours.
8. Une bonne = une servante, une domestique. C’est un terme qu’on n’emploie plus aujourd’hui sauf dans l’expression : Je ne suis pas ta bonne ! Elle signifie qu’on refuse de faire des tâches matérielles au service de quelqu’un et qu’on dit à cette personne de les faire elle-même.
9. ne pas être avare de quelque chose : ne pas rechigner à faire quelque chose. Elle danse volontiers quand elle le peut. Par exemple : Il n’est pas avare de son temps = Il ne compte pas son temps, il donne volontiers de son temps pour faire quelque chose. / Il n’est pas avare de compliments = Il félicite volontiers les gens.
10. La bourrée : une danse populaire qu’on dansait dans les campagnes autrefois.
11. Scapin : elle simplifie le nom de la pièce de Molière : Les fourberies de Scapin, dans laquelle elle joue actuellement à la Comédie Française.
12. C’est quelque chose : il marque une petit pause avant de continuer, ce qui donne l’impression une fraction de seconde qu’il va juste dire : C’est quelque chose ! A l’oral, cette phrase exprime de l’admiration. (Et c’est bien ce qu’il exprime en fait!)
13. un rien pointue = très légèrement pointue
14. reconnaître quelque chose (ou quelqu’un) entre mille : cette expression indique une grande originalité, une singularité qui fait que rien d’autre / personne d’autre n’est semblable. Par exemple : Il a un rire reconnaissable entre mille. / Tu ne peux pas te tromper. On le reconnaît entre mille ! J’ai mis quelques autres exemples ici.
15. Déjà : Il lui a d’abord demandé comment elle a fait pour travailler sa voix. Puis il revient à la question préalable, c’est-à-dire tout d’abord si elle a dû travailler sa voix.
16. Il fait allusion à l’acteur Dany Boon dont par exemple, le film Les Chtis a eu un grand succès populaire, qui se passe dans le nord de la France et dans lequel les acteurs ont de très forts accents de cette région.

L’interview entière est à écouter ici.

La bande annonce de Maryline, plutôt alléchante, est ici.

Bon début de weekend !
De notre côté, peut-être verrons-nous enfin un bon film, car depuis quelque temps, nous restons sur notre faim… Rien d’enthousiasmant. Quand je vais au cinéma, j’attends d’être touchée, éblouie, transportée par des films comme le dernier dont je vous avais parlé ici.
Heureusement, j’ai lu de bons livres et de belles BD, que je partagerai avec vous dans de futurs billets.

Un coup de coeur pour commencer l’année ensemble

Il paraît qu’on a jusqu’à la fin du mois de janvier pour présenter ses voeux ! Tant mieux car cela me permet de vous souhaiter une très bonne année 2018 alors qu’elle est déjà entamée. Je vous la souhaite harmonieuse et riche de belles relations avec vos proches, riche de profondes amitiés, riche de toutes ces belles découvertes qui remplissent la vie.

Voici donc aujourd’hui un premier coup de coeur à partager avec vous: Carré 35.
J’ai vu ce très beau film la semaine dernière, à Paris car je l’avais manqué lors de son bref passage à Marseille. Histoire vraie du réalisateur Eric Caravaca. Il filme au plus près ses parents qui ont fini par accepter de lui parler, ainsi qu’à son frère, d’une petite soeur née et disparue avant eux. Une autre histoire, comme une autre vie, dont il avait tout ignoré jusqu’à l’âge de quarante ans. Ce film est le récit de son enquête. Il résonne comme la réparation de l’injustice faite à cette petite fille enveloppée dans un silence dont on comprend peu à peu les raisons. Il est aussi le récit intime d’une histoire de famille qui a fait de lui ce qu’il est, un récit qui nous touche profondément parce qu’il raconte aussi une histoire de la France et de ses liens avec l’Algérie et le Maroc au temps de la colonisation puis de la décolonisation. Tout s’enchaîne avec une grande fluidité, entre dialogues, commentaires et silences sur des images personnelles et d’archives. Une histoire d’une profonde richesse, où tous les mots et toutes les images comptent.
(Petit conseil: ne regardez pas ou ne lisez pas trop de choses sur internet à propos de ce film avant de l’avoir vu. Laissez-vous porter là où Eric Caravaca nous emmène. Mais ensuite, il y a quelques belles interviews à regarder.)

La bande annonce est à regarder ici. Elle donne parfaitement le ton général du film.

Transcription
Fin des années 50 (1), mes parents se marient, à Casablanca. Sur ces images, je ne peux qu’observer les allures d’un homme et d’une femme auxquels doit arriver une grande douleur et qui ne le savent pas encore.
– On n’en a pas parlé beaucoup de cette enfant (2).
– Non, mais je… je…
– Moi, j’ai longtemps cru qu’on était quatre, deux… que deux enfants. […]
– Non.
– Elle parlait de qui ?
– De notre petite fille qui est décédée (3), à… toute jeune (4).
– C’est quand même (5) étrange de tout brûler. Quand on a un enfant, on garde toujours une photo.
– Oui. Mais pas… pas moi. J’aime pas aller en arrière. Qu’est-ce que tu veux faire avec une photo ? Pleurer ?
– Je vis, nous vivons avec un fantôme.
– Elle était mignonne comme tous (6) les belles petites filles et les beaux petits garçons. Ma fille.
L’enfant que j’étais n’osait pas questionner. Ma mère a voulu oublier son enfant, tout comme (7) elle a voulu oublier la terre d’Afrique du Nord, sans jamais plus (8) y revenir. Je sais peu de choses. Je sais que l’histoire se situe ici, à Casablanca.

Quelques détails
1. fin des années cinquante : on peut dire aussi bien sûr : à la fin des années 50. L’expression plus courte donne un côté reportage au récit.
2. Cette enfant : j’ai écrit cette au féminin car je sais qu’il est question d’une petite fille. Mais quand on entend juste ces deux mots, on ne peut pas savoir s’il s’agit de cet enfant (masculin) ou de cette enfant (féminin). La prononciation est exactement la même, puisqu’au masculin on est obligé d’utiliser cet pour faire la liaison.
3. Décédée : on emploie souvent ce mot pour ne pas employer le mot mort / morte qui paraît plus brutal.
4. Tout(e) jeune : ici, tout(e) est synonyme de très. C’est très fréquent comme emploi dans cette expression.
5. Quand même : ici, c’est synonyme de malgré tout. Le fils veut dire à sa mère qu’il a vraiment du mal à comprendre son attitude.
6. Tous : elle devrait bien sûr dire « toutes », en accordant avec le mot filles. Mais on entend bien « tous », sans doute parce qu’elle pense déjà à la suite, qui est au masculin (les petits garçons)
7. tout comme : exactement comme / de même que. Tout renforce la comparaison, accentue l’idée de similitude.
8. Sans jamais plus y revenir = en n’y retournant jamais plus. Cette tournure avec sans donne un côté encore plus fort et définitif à cette phrase.

Une belle interview ici, pour après !

Et une autre, plus courte, ici.

A bientôt !

Le sens de la répartie

Une comédie, avec pour cadre un mariage et ses préparatifs. Bien sûr, rien ne se passe comme prévu et apparemment – je ne l’ai pas vu – c’est un tourbillon mené tambour battant. En tout cas, la bande annonce va vite ! Voici Le Sens de la fête, pour commencer la semaine avec légèreté !
Et avec Jean-Pierre Bacri, ce qui ne se refuse pas.

Voici la bande annonce en cliquant ici.

Transcription
– Je vous le redis, là, une bonne fois pour toutes (1), on est dans un château du 17è siècle. Donc on est forcément limité en puissance électrique. A l’époque, ils avaient pas prévu les ponts de lumières et les sonos de 4 000 W. Bon, donc on ne tire pas tous ensemble sur les lignes. On se coordonne, on échange, hein, on partage. Bon, puis pour finir, j’aimerais bien qu’on évite les tensions.
– Tu es bouché (2) ou quoi ! Tu es dans le passage (3) ! Tu vois bien que tu gênes !
– On garde son calme.
– Mais toi, tu vas me regarder ! Mais vas-y, viens, mais je t’attends !
– Ça te va pas d’être vulgaire.
– Eh, me casse pas les couilles ! (4)
– Votre comportement, votre politesse, c’est la vitrine de la réception.
– Non, non, je veux personne dans le champ (5) . Regarde, il y a une vieille dans le champ.
– La vieille, c’est ma mère, hein.
– Je vous ai dit que je voulais un truc sobre, chic et élégant.
– Oui, c’est complètement l’esprit. (6)
– Ce soir, c’est une soirée agréable qui nous attend, une soirée chic et sobre, et hop, et hop ! Aouh !
– Il me fait peur (7), lui , là !
– Je veux voir toutes les mains en l’air. Tout le monde, les mains en l’air ! Everybody !
– Dis-moi…
– Je peux vous faire apparaître un truc énorme. Alors, c’est pas un oiseau, mais c’est de la famille des volatiles (8). Attention, trois, deux, un… Un poulet (9) !
– On a un client important qui nous a fait confiance, hein, pour qu’on lui organise un mariage clé en mains.
– Je vais vous préciser quand même que je suis pas un grand orateur.
– Eh bah, ferme ta gueule (10), alors ! Ça sera plus simple.
– Donc je compte sur vous pour que ce soit particulièrement… on fasse une belle soirée.
– Excuse-moi, tu prends le plateau, là, faut que j’aille dans la cuisine.
– Comment ?
– Ah, pardon !
– Samy, tu es sûr de toi, là, pour les feux d’artifice ?
– Qu’est-ce que je vous ai dit ? J’ai dit on se coordonne. Il y a personne qui comprend que je joue ma vie, moi ? A chaque soirée, je joue ma vie !
– Quel moment magnifique !
– Les gars, là, ce soir, qui n’est pas déclaré (11) ?
– Ne levez pas la main comme ça. Levez la main juste comme ça. Voilà, le maximum.
Ah oui, quand même… (12)

Quelques explications :
1. une bonne fois pour toutes : cette expression indique que c’est la dernière fois, qu’on ne veut pas avoir à redire ou demander quelque chose par exemple. Par exemple : Une bonne fois pour toutes, tu peux arriver à l’heure ? / Je lui ai expliqué une bonne fois pour toutes ce qu’il doit faire. J’espère qu’il a compris.
2. Tu es bouché : tu es stupide, tu ne comprends rien. (familier)
3. être dans le passage : être là où les gens passent, donc gêner. Il faut donc se pousser pour laisser passer les gens.
4. Ne me casse pas les couilles ! : Ne m’énerve pas. (vulgaire) La version plus « polie », mais familière quand même = Ne me casse pas les pieds.
5. Dans le champ : dans le champ de l’appareil photo, dans ce que cadre l’objectif de l’appareil photo.
6. C’est dans l’esprit : cela signifie que cela correspond à ce qui est attendu, à l’atmosphère qui est souhaitée par le marié.
7. Il me fait peur, lui ! : Il m’inquiète. Le marié n’a pas confiance du tout !
8. Un volatile : un oiseau.
9. Un poulet : en argot, c’est un policier, d’où le jeu de mots.
10. Ferme ta gueule : Tais-toi. (vulgaire et donc agressif)
11. ne pas être déclaré : une personne non déclarée travaille au noir.
12. Ah oui, quand même : il se rend compte que finalement, beaucoup travaillent au noir. C’est ce qu’on dit quand on comprend que quelque chose dépasse vraiment ce à quoi on s’attendait. (avec l’idée que c’est négatif, excessif, pas dans la norme, etc.)

Et un autre extrait
Cliquez ici pour regarder.

Transcription :
– Là, il nous manque un serveur.
– Bah, c’est ce que je me suis dit. Donc j’ai appelé quelqu’un pour le remplacer.
– Bon, mais dis-moi quand il est là, que je le vois (1).
– Surtout, tu te démontes pas (2), d’accord ? Parce que j’ai dit que tu avais de l’expérience, OK ?
– Vous savez découper une sole, un loup ?
– Un loup ?
– Bah un turbot.
– J’ai des notions de mécanique mais…
– […] tu connais rien, tu sais même pas que le turbot, c’est du poisson !
– Ah ouais. Parce que je me disais, quel rapport avec serveur ?
– Bah, c’est comme la sole et le loup, c’est un poisson.
– Le loup, c’est un poisson ?
– Faut aller chercher les chèvres (3) dans le camion.
– Il y a des chèvres dans le camion ?
– Ah, va me chercher des flûtes. (4)
– Des flûtes ?
– Tu fais quoi, là ?
– Il y a que ça comme flûtes ?
– Tu viens avec moi ?
– Non mais souvent, on a des problèmes, on les comprend pas, vos textos  (5)!
– Bah pas du tout, je suis pas…
– Tenez, regardez, si vous voulez.
– Pourquoi il (6) a écrit ça ?
– Bah l’autre jour, vous m’avez envoyé : Merci Seb (7) pour ton gentil massage (8).
– Tu vois, c’est… Voilà, c’est ce putain (9) de correcteur !
– En plus, je trouve pas les ponctuations (10). Je me retrouve avec des… des trucs débiles (11), là, ces ronds jaunes, qui tirent la langue, avec des lunettes de soleil.
C’est des smileys, ça.
Ouais, voilà, les… ça, là, oui.
Dès que la surprise du marié est terminée, on envoie. D’ailleurs, garde un peu ton portable à la main. Comme ça, moi je t’appelle et je te dis Go.
Ou juste un texto, hein.
– Non !
– C’est trop risqué.
– Eh oui, voilà, bien sûr, bien sûr, d’accord.
– Vous aviez reçu mon texto ?
– Ah oui, mais je vous avais répondu d’ailleurs.
– Oui, vous m’avez écrit : Dès que vous arrivez, vous me demandez, et puis je viendrai vous lécher (12) tout de suite.
– Non !
– Si !
– Oh, putain, quelle catastrophe ! Ça, c’est mon correcteur.
– Ah, c’est ce que j’ai pensé, comme on se connaît pas bien…
– Mais non, on se connaît pas bien.

Quelques explications :
1. que je le vois : pour que je le vois. (tournure orale)
2. se démonter : se laisser perturber par quelque chose et donc ne plus savoir quoi dire ou faire. (familier)
3. un chèvre : un fromage de chèvre. ( Ne pas confondre avec l’animal : une chèvre)
4. une flûte : un verre dans lequel on boit le champagne.
5. Un texto : un SMS.
6. Il : son téléphone
7. Seb : diminutif de Sébastien
8. massage : il voulait bien sûr taper message.
9. Ce putain de correcteur : très familier, voire vulgaire.
10. Les ponctuations : on dit plutôt : les signes de ponctuation ( les points, les virgules, les points d’interrogation, etc.)
11. débile : idiot, complètement stupide
12. lécher : il voulait taper le verbe chercher. (Humour léger !)

Jean-Pierre Bacri encore, dans un autre film dont j’avais parlé, ici et dans un autre billet ici.

L’air de rien

Ce film a fait l’ouverture du festival de Cannes mercredi. Une bande annonce qui le rend tentant, avec ses petits bouts de dialogues qui s’enchaînent pour esquisser une histoire qu’on devine étrange. Et des interviews du cinéaste et de ses actrices partout. Voici des extraits d’une émission écoutée à la radio. Autant les dialogues du film peuvent, je pense, être un peu difficiles à suivre pour un non francophone, autant les actrices prennent leur temps dans cet entretien pour choisir les mots qu’elles mettent sur leurs pensées, avec humilité. Et un cinéaste comblé et reconnaissant. Bonne écoute !

Ismael

Transcription
– Comment on entre… Comment on entre dans l’univers d’un nouveau metteur en scène ? Par ses films ? En discutant avec lui ? Ou juste le scénario et le rôle ?
– Moi, je me mettais pas mal de pression (1). Le fait qu’il… qu’il nous mâche autant le travail (2) – parce que il prépare énormément, et il joue les scènes…
– Bien ?
– On le voit pas. Mais on sait… Il nous dit. Donc on sait qu’il a déjà tout… enfin, c’est normal pour un metteur en scène de réfléchir à sa journée et à ses scènes. Mais là, il le fait vraiment très en détail. Donc on se… Moi, je sentais que je passais après (3). Il fallait… J’espérais le surprendre suffisamment pour que ça vaille le coup (4) de… enfin d’être là et de… C’était pas que le satisfaire, c’était aussi le… tenter de le surprendre. Donc là, j’ai fait la démarche (5) de l’appeler… enfin, de lui écrire. Et je trouvais que le temps passait et que on s’était toujours pas trouvé sur un film, donc… Et il m’a dit : Bah je viens d’écrire un rôle qui est… enfin, voilà, qui est… Je sais pas si il m’a dit qu’il l’avait écrit… Je suis pas sûre qu’il l’ait écrit pour moi, mais il m’a dit que il avait un rôle pour moi en tout cas.
– Qu’est-ce qui vous a… Je suppose que vous faites pas souvent ce genre de démarche d’écrire à des metteurs en scène.
– Non. Jamais.
– Alors, ouais, pourquoi lui ?
– Parce que je trouvais que depuis Esther Kahn, on s’était raté à plusieurs… (6) Alors, Esther Kahn, il m’a… On s’est rencontré et il m’a pas choisie. Donc j’étais hyper déçue. Et après, il m’a proposé d’autres rôles et… que j’ai pas pu faire. Donc il y a eu plein de rendez-vous manqués (7) un peu, enfin manqués pas… pour moi, hein ! Donc je trouvais ça normal de… de lui faire signe.(8)

– Il y a toujours eu quelque chose d’assez théâtral dans son cinéma qui… Et moi, c’est ça qui me touche dans son cinéma, c’est-à-dire qu’on arrive à s’identifier à des personnages qui parlent parfois super bizarrement, qui parlent parfois de manière théâtrale, mais il y a quelque chose qui passe (9) parce que… parce qu’il a créé ça dans son univers, il a inventé une forme de cinéma qui est la sienne. Voilà.
– Avec quand même une constante, c’est les femmes sont fortes et les hommes sont quand même faibles, hein, globalement (10).
– C’est bien, ça change ! Oui, il y a une… Il y a une fascination de la femme chez Desplechin, qui est… bah qui offre aux actrices des rôles absolument sublimes et aux acteurs des rôles absolument sublimes, parce que dévoiler la faille, disons plutôt que la faiblesse, de l’homme, c’est très beau.
– Après, vous ne regrettez pas d’être venu ce matin, Arnaud Desplechin !
– J’ai mes oreilles… C’est du miel dans mes oreilles ! Non mais c’est pas que ça. C’est d’entendre ces femmes penser. Ça m’intéresse la pensée… leur pensée de… la pensée qu’elles ont de leur art.

– D’avoir Arnaud comme chef d’orchestre, c’est pas rien ! (11) Donc je pense qu’il… il sait ce qu’il fait. Et c’est… Je trouve qu’il y a… J’aime bien me… me… avoir confiance et pouvoir avoir confiance dans des metteurs en scène qui sont aussi talentueux évidemment, parce que c’est l’air de rien (12), en fait. Donc voilà, il y a des choses qui se font sans… sans qu’on fasse gaffe (13) et ça s’opère tout seul.

– Vous l’avez écoutée alors.
– Ouais, ça me bouleverse. Ça me bouleverse. Je pense mais quelle chance j’ai ! Mais (14) quelle chance j’ai ! Quelle chance j’ai eue, vous vous rendez compte ! (15)
– C’est aussi un cocktail d’actrices, hein.
– C’est les deux… C’est ces deux femmes qui sont les deux stars… enfin, c’est pas les deux seules – je pense à Isabelle Huppert, à d’autres actrices ô combien, mais enfin les deux stars internationales comme ça, françaises. Et chacune a son art à un endroit tellement différent de l’autre, et les avoir les deux dans le même cadre ! Voyez, j’entendais l’extrait où elles se disputent (16) comme ça sur ce… devant le paysage de Noirmoutiers qui est magnifique comme ça, je me dis : J’ai eu la chance de diriger ces deux-là en même temps ! Je… J’en reviens pas encore ! (17)

Des explications :
1. pas mal de pression = ce n’est pas tout à fait beaucoup de pression, mais juste en-dessous en fait ! (plutôt familier)
2. Mâcher le travail à quelqu’un : tout simplifier pour que ce travail devienne très facile et que la personne n’ait pas à réfléchir à ce qu’elle doit faire.
3. Passer après : c’est ne pas être la priorité. On peut employer cette expression à propos de quelqu’un : Ses amis passent après sa passion pour son sport. On peut aussi l’employer à propos de quelque chose : Il est très ambitieux donc son travail est tout pour lui et sa vie personnelle passe après.
4. Pour que ça vaille le coup : pour que ça serve à quelque chose, que ça apporte quelque chose. C’est le verbe valoir au subjonctif présent. Valoir le coup est synonyme de valoir la peine mais mais dans un style plus familier.
5. Faire la démarche (de faire quelque chose) : cela signifie qu’on prend l’initiative de faire quelque chose. Par exemple : Si tu veux que les choses changent entre vous, c’est à toi de faire la démarche. / de faire la démarche de lui en parler. C’est différent de l’emploi au pluriel de ce mot : faire des démarches, c’est faire ce qui est nécessaire administrativement pour obtenir quelque chose. Par exemple: Il est en train de faire les démarches pour partir vivre un an en Australie.
6. = À plusieurs reprises : plusieurs fois. Elle s’interrompt au milieu de l’expression.
7. des rendez-vous manqués : au sens figuré, ce sont des occasions manquées.
8. Faire signe à quelqu’un : au sens figuré, c’est contacter quelqu’un. Par exemple : Fais-moi signe quand tu auras décidé quelque chose.
9. Il y a quelque chose qui passe = ça marche. Ce style touche les gens.
10. Globalement : sans entrer dans les détails. C’est comme en gros (qui est un peu plus familier)
11. C’est pas rien ! : cette expression signifie justement que c’est beaucoup, que c’est très important. Par exemple : Il est allé les voir et les a écoutés. Et ça, c’est pas rien !
12. L’air de rien : en apparence sans effort. Par exemple : L’air de rien, on a beaucoup avancé dans notre travail aujourd’hui.
13. Sans qu’on fasse gaffe : sans s’en rendre compte, sans qu’on y prête attention. Faire gaffe à quelque chose, c’est faire attention à quelque chose. (très familier). Par exemple : Fais gaffe, tu vas tomber !
14. Mais quelle chance ! : « Mais » ici (à l’oral) sert à renforcer l’exclamation. Par exemple : Mais quel beau film ! Mais quelle actrice !
15. Vous vous rendez compte ! : cette exclamation sert à renforcer ce qu’on vient de dire, à mettre en valeur une situation, à dire que c’est incroyable. Par exemple : Il a quitté son travail comme ça, du jour au lendemain. Non mais tu te rends compte !
16. Se disputer : se quereller (mais se quereller est d’un niveau de langue très soutenu). Par exemple : Leurs deux enfants ne s’entendent pas du tout. Ils passent leur à se disputer.
17. J’en reviens pas encore = Je n’en reviens pas. / Je n’en reviens toujours pas, ce qui signifie qu’il n’y croit toujours pas en quelque sorte, que ça continue à le surprendre. (familier) Par exemple : Il ne m’a même pas dit qu’il partait. Je n’en reviens pas !

L’émission entière est à écouter ici.

Transcription de la bande annonce, qui est à regarder ici :
Il y a deux ans, j’ai rencontré Ismaël.
Vous n’avez pas d’enfants ?
J’ai aimé des hommes mariés.
Ah ! Bon, en ce moment je suis célibataire, donc ça ne nous laisse pas beaucoup de chances, je crois.
Ah bah non, aucune.
On racontait qu’il avait perdu une femme.
C’est votre femme ?
Oui. Carlotta. Un jour, elle est partie.
Où ça ?
Je l’ai jamais su.
Toi, tu y penses ?
Ça fait vingt ans, ma chérie. Ne sois pas jalouse d’un fantôme.
Vous êtes Sylvia, la compagne d’Isamël ?
Oui.
Je suis sa femme. Carlotta.
Je crois que j’ai vu Carlotta.
Ne me parle pas de Carlotta. Je veux plus entendre parler d’elle.
Elle est en vie. Elle t’attend en bas.
C’est moi.
Oui.
Ça fait combien de temps ?
Vingt et un ans, huit mois et six jours.
J’aurais préféré qu’elle soit morte.
Tu existes plus !
J’ai besoin de toi.
Moi j’ai pas besoin de toi.
Qu’est-ce que tu es venue faire ici ?
Oh, je crois que tu le sais.
Je te plais quand même.
Quand même.
Tu vas y arriver.
Je suis terrifié.
Je veux pas que tu aies peur. Je veux pas que tu aies peur, mon amour.
Je vais arracher ton masque et je ferai de toi un prince.
Vous devez aller au Ministère Public. Ils annuleront le jugement. Vous pourrez récupérer votre patrimoine.
Est-ce que je peux récupérer mon mari ?

Mercenaire

mercenaire

Quel bon film !
Le titre ne m’avait pas accrochée, il n’évoquait pas grand chose pour moi. Et ensuite, à cause de la vague idée que cela se passait dans le milieu du rugby, j’allais laisser passer l’occasion de voir ce très beau film !

Il y a donc des mercenaires dans le milieu du rugby: ce sont les jeunes Wallisiens ou Calédoniens venus de ces morceaux de France perdus à l’autre bout du monde, ces garçons achetés par les petits clubs de métropole et qui rêvent de faire une belle carrière ici.
C’est une histoire de famille et de traditions où les fils se déchirent avec leur père, une histoire de sport avec ses grands moments d’exaltation et ses petitesses sordides, une histoire de déracinement, de solitude et parfois de racisme.

C’est le récit du voyage de Soane, qui le mène et le malmène de la Nouvelle Calédonie au sud-ouest de la France et qui le fait entrer dans l’âge adulte, au prix d’épreuves qu’il n’imaginait pas en quittant sa terre natale et les siens.

La Nouvelle Calédonie n’y est pas l’habituelle carte postale aux plages parfaites et exotiques. Elle est rude, pauvre et belle. Les petits clubs de rugby, avec leurs vestiaires vétustes et leurs problèmes d’argent, n’y font pas rêver tous les jours de grande épopée sportive. On est dans la mêlée, dans la réalité, ici et là-bas, en français et en wallisien. On sort plus riche de cette découverte. (Et j’ai pensé à nos quelques étudiants calédoniens qui atterrissent chaque année à l’aéroport de Marseille pour étudier ici deux ans ou plus.)

mercenaire-bande-annonce
Regardez la bande annonce ici.

Transcription:
– Elles sont où, tes valises ? (1)
– J’en ai pas.
– Abraham, ton pilier (2) de 140 kilos, là, qui en a perdu vingt (3) dans l’avion, en tongs (4), en short, qu’est-ce que tu veux que j’en fasse ?
– Tu crois quoi ? (5) Que je vais te trouver un contrat comme ça, en claquant des doigts (6) ? Pourquoi tu es pas rentré au pays  (7)?
– Tu es un All Black ?
– Je suis français. Wallis (8), c’est la France.
– Qu’il vienne me chercher ! Moi, je l’attends ! Il croit que j’ai peur de lui ?
– Tu connais pas l’histoire de ma famille. Si je pouvais, je l’effacerais.
– Soane, c’est qui, ces mecs  (9)?
– C’est tout ce que j’ai.

Quelques explications
1. Elles sont où, tes valises ? : cette question est uniquement orale, avec avec le pronom (elles) placé avant le nom (valises) qu’il remplace avec cette répétition du sujet et avec cet ordre des mots. (pas d’inversion du sujet et du verbe).
2. Un pilier : c’est l’un des postes dans une équipe de rugby, pour lequel on a besoin de joueurs très puissants et donc lourds.
3. Qui en a perdu 20 dans l’avion : c’est ironique. Soane vient de répondre au responsable du club de rugby qu’il pèse 120 kilos alors qu’Abraham leur avait promis un joueur de 140 kilos. Donc le responsable se sent trompé sur la marchandise !
4. Des tongs : ce sont des sandales en plastique très sommaires qu’on porte l’été.
5. Tu crois quoi ? : Autre question orale et très familière. La version plus standard = Qu’est-ce que tu crois ? Dans les deux cas, c’est ce qu’on dit quand on est en colère contre quelqu’un, quand on reproche à quelqu’un de ne pas voir la réalité. (Cette question ne sert jamais à demander à quelqu’un ce qu’il pense.)
6. En claquant des doigts : comme par magie, sans faire d’effort particulier.
7. Rentrer au pays : c’est retourner dans sa région d’origine.
8. Wallis : c’est un territoire d’outre-mer français, au nord de la Nouvelle Calédonie.
9. Ces mecs : ces hommes (très familier) Et en général, quand on pose cette question, on exprime un sentiment d’hostilité.

Dans les sous-titres du wallisien :
1. Tu te démerdes : tu te débrouilles, tu trouves une solution par toi-même. (très familier, plutôt vulgaire) C’est un ordre, comme Démerde-toi, mais encore plus abrupt.
2. Tu as beau te cacher : même si tu te caches…

Frantz, Adrien, Anna

frantzUn très beau film, magnifiquement filmé en noir et blanc où vient se glisser parfois un peu de couleur, où se mêlent l’allemand et le français, avec des zones d’ombre et des révélations, des malheurs et des bonheurs, la laideur de la guerre et la beauté de la vie.

Allez regarder la bande annonce ici, avec ses sous-titres pour ce qui est dit en allemand.

Voici la transcription de ce qui est en français :
(avec le très léger et joli accent d’Anna)
– Vous pensez à lui, toujours ?
– Comment pourrais-je l’oublier ?
– Vous veniez souvent ici ?
– C’est ici que Frantz m’a demandé ma main.
– Vous avez beaucoup souffert.
– Ma seule blessure, c’est Frantz.
– Chère Anna, il faut que je vous dise…
– Mon fils est un garçon fragile. Il ne faut pas le tourmenter.
– Ce n’est pas moi qui tourmente votre fils, madame. C’est Frantz.

ozon-interviewFrançois Ozon parle ici de son film, en compagnie de son acteur principal.
On est dans les coulisses. C’est toujours intéressant d’être dans les coulisses.

Je ne sais pas si vous serez comme moi, mais j’ai été prise par surprise quand il décrit son travail sur la seule scène de guerre du film. Peut-être parce que c’est une scène très marquante, très belle, dans son dépouillement, dans son intensité, dans ce qu’elle dit de l’horreur et de l’absurdité de la guerre. Alors, je m’attendais probablement à ce qu’il en parle avec gravité, et pas sous l’angle qu’il nous dévoile dans cette interview! On est vraiment en coulisses, et c’est bien !

Cette unique scène dans les tranchées m’a rappelé la scène d’ouverture du roman Au revoir là-haut. Mais autant le récit de Pierre Lemaitre, déroulé sur des pages et des pages, m’avait peu touchée et avait même failli me faire abandonner ce gros roman, autant j’ai trouvé bouleversante la scène filmée par François Ozon, si courte et épurée pour dire ce que toutes les guerres font à tous les jeunes Adrien ou Frantz de la terre, que d’autres envoient se faire tuer.

Juste le son de cette interview :
F. Ozon

Transcription:
– Moi, ce qui m’a intéressé dans cette histoire, c’est qu’elle est extrêmement complexe et qu’il y avait des relations multiples et effectivement (1) plusieurs histoires d’amour : au début, on part sur une fausse piste, on se rend compte que peut-être cette fausse piste n’est pas la bonne au milieu du film, et puis finalement, à la fin, on se dit : Bah finalement, cette fausse piste, il y a peut-être une part de vérité dedans et derrière le mensonge d’Adrien, derrière son secret, il y a peut-être une vérité qui se cache, et c’est ça qui m’ a intéressé.
Lire la Suite…

Passionnant

Je voulais absolument voir Relève, histoire d’une création. Diffusé dans peu de salles de cinéma. Donc à ne pas manquer !
C’est beau et passionnant. On est au plus près des danseurs du corps de ballet choisis par Benjamin Millepied pour cette chorégraphie montée l’année où il est arrivé à l’Opéra de Paris. On est au coeur de la création d’un ballet: moments exaltants, intenses, beauté des gestes et des visages, compte à rebours des jours et enchaînement inimaginable de tout ce qui doit être mis en place pour arriver au bonheur de la Première. Voyage dans les salles de danse de l’Opéra, les escaliers, les bureaux, les ateliers, l’orchestre. Si bien filmé et raconté avec un sens du rythme qui ne faiblit pas pendant deux heures !

releve

La bande annonce est ici. Regardez !

Transcription
Dans la danse, c’est toutes les sensations. Sensation de l’espace, sensation de temps, sensation d’échange émotionnel avec ses partenaires. C’est comme quand on fait l’amour.
Voilà, je commence avec le début. Il y a tout le monde. Va (1) falloir être un petit peu patient. Faut (1) que je me mette en marche. (2)
L’Opéra de Paris, à l’arrivée de Benjamin, est un peu déboussolé (3) par… mais par pas mal de choses. (4)
C’est quoi l’excellence de l’Opéra exactement ? Moi, je suis pas encore satisfait de la façon dont ça danse.
J’espère que les danseurs vont être réceptifs et ceux qui seront réceptifs sont ceux avec lesquels je vais travailler.
Le truc, c’est que le planning va être compliqué. Je vais finir à la dernière minute, ça c’est sûr !
Parce que si Benjamin nous choisit, c’est pour qu’on se révèle, quoi, pour qu’on donne de nous.
Faut que j’arrive à faire une minute par jour. Une minute par jour.
Il faut que chaque moment compte, parce que ces moments-là, c’est pour vous, pour prendre du plaisir.
Il y a pas un danseur qui bouge comme l’autre dans le ballet. Ils sont tous des spécificités, tous.

Quelques détails
1. Va falloir… – Faut que… : dans ces deux phrases, il manque le pronom impersonnel Il. (Il va falloir être patient – Il faut que je…) C’est fréquent à l’oral.
2. Se mettre en marche : démarrer
3. être déboussolé : être perdu. (toujours au sens figuré)
4. pas mal de choses : un nombre important de choses. (oral)

Et si vous aimez la danse, un des beaux moments où on voit ce ballet émerger.

Scène pour un portable

Alceste à bicyclette DVD
Dans ce film, on part pour l’île de Ré. Beaux paysages hors saison pour l’histoire d’un acteur qui a quitté la vie et les scènes parisiennes et qu’un ami vient déranger dans sa retraite pour lui proposer de remonter sur les planches dans une pièce de Molière. Un film qui se laisse voir ( mais pas inoubliable), notamment pour ses dialogues. Un peu bavard quand même !

En voici un, qui nous donne à entendre la langue de Molière mais qui reflète aussi notre époque !

Alceste à Bicyclette – Scène du portable

Transcription:
– « Mais ce flegme.. Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse…
 » (1)
Putain ! (2) Mais c’est infernal (3), ton truc, c’est infernal ! Je coupe mon portable (4), moi, quand je répète. Alors tu fais pareil !
– Non mais tu as pas à couper ton portable ! Tu as juste pas de portable ! (5)
– Si, j’ai un portable, mais personne n’a le numéro et personne m’appelle. Enfin c’est pas possible enfin ! (6) Ferme le portable (7) ! On répète Molière quand même !
– Oh, hé, tu te calmes, hein !
– Quinze fois ce portable sonne pendant qu’on répète !
– D’abord il a pas sonné quinze fois, il a sonné trois fois. Et puis je suis désolé, moi, j’ai tout laissé en plan (8) à Paris, alors il faut que je m’organise un peu. Alors, le portable, voilà, je vais l’éteindre. Voilà, il est éteint. Voilà, je le mets dans mon manteau. Le manteau, je le mets là, sur le lit. Voilà ! Ça va comme ça ?
– Je sais pas comment vous travaillez. C’est ahurissant (9). Un portable sur Molière, maintenant ! Je sais plus où j’en suis, moi.
– Bah tu as qu’à reprendre à « flegme ».
– « Mais ce flegme, monsieur, qui raisonnez si bien,
Ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de rien ?
Et s’il faut par hasard qu’un ami vous trahisse,
Que pour avoir vos biens, on dresse un artifice,
Qu’on tâche à semer de méchants bruits de vous,
Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux ?
 »
– Attends, attends, attends (10), stop, là ! Je comprends pas, là. Tu vas le jouer comme ça ? Tu vas le jouer aussi vite ?
– Comment ça, je vais le jouer aussi vite ?
– Eh bah oui, Alceste met ses tripes sur la table (11) et toi, tu dis ça à toute allure ?
Qu’est-ce que tu crois, toi ? Tu crois que c’est la première fois qu’ils se font cette scène ? Dix fois ils se sont fait cette scène ! Alceste et Philinte, ce sont deux amis. La base de cette scène, c’est l’amitié.
– Ah bah justement, l’amitié, je la vois pas là, je la vois pas. Il y a pas d’amitié, là. Voilà.
– Alors tu veux que je le fasse comment ? Tu voudrais que je le fasse comment ? C’est-à-dire : je me verrai… Attends, attends, toi, ce que tu veux, c’est : « Mais ce flegme, monsieur, qui résonne si bien, ce flegme pourra-t-il ne s’échauffer de… » C’est… C’est un peu installé, là, hein.
– Evidemment, comme ça, ça n’a aucun sens.
– C’est exactement comme ça que tu me demandes de le faire puisque tu dis que je vais trop vite.
– C’est incroyable ! Tu ne supportes pas qu’on te fasse la moindre remarque de jeu.
– Mais tu peux me faire toutes les remarques (12) que tu veux. Il faut simplement qu’elles soient sensées.

Des détails :
1. Il s’agit d’un passage de la pièce de Molière : Le Misanthrope, dans la première scène de l’Acte 1, entre Alceste et son ami Philinte.
2. Putain ! : cette exclamation est fréquente mais pas très raffinée, plutôt vulgaire. Ne pas l’utiliser dans n’importe quelles circonstances !
3. C’est infernal = c’est insupportable. On utilise cet adjectif à propos de choses ou de personnes. Par exemple : une chaleur infernale / un bruit infernal / un enfant infernal.
4. Couper son portable : on dit aussi éteindre son portable.
Un portable : ce terme désigne avant tout un téléphone et pas un ordinateur. Quand on veut parler d’un ordinateur, on dit presque toujours : mon ordinateur portable, en employant portable an tant qu’adjectif. Quant au terme « un mobile », il est employé avant tout par les opérateurs : Gardez votre numéro de mobile / Changez de mobile. C’est rare d’entendre quelqu’un dire : J’ai un nouveau mobile / Je te donne mon numéro de mobile.
5. Comme souvent à l’oral, il manque la première partie de la négation : Tu n’as pas à couper… – Tu n’as juste pas de portable.
6. Enfin c’est pas possible ! : cette exclamation, dite sur ce ton, exprime l’énervement. Par exemple : Mais c’est pas possible, on ne peut pas compter sur toi !
7. Ferme le portable ! : c’est très rare d’utiliser le verbe « fermer » à propos d’un appareil.
8. Laisser en plan quelque chose : s’interrompre soudainement dans une activité et la laisser inachevée.
9. Ahurissant : stupéfiant, très surprenant.
10. Attends… : On prononce le premier Attends correctement, mais ensuite, on ne dit plus que quelque chose comme ‘tends ‘tends ‘tends dans ce genre d’exclamation.
11. Mettre ses tripes sur la table : exposer ses sentiments intimes à tous, révéler ce qu’on a de plus profond. (familier). Les tripes désignent normalement le contenu du ventre des animaux, leurs boyaux.
12. Faire des remarques à quelqu’un : lui faire des critiques, bienveillantes ou pas selon les cas.

La langue de Molière :
La pièce est écrite en vers, avec des rimes et une syntaxe particulière. De plus, le vocabulaire n’est pas toujours simple pour les élèves notamment qui étudient Molière pendant leur scolarité. Dans ce passage, Alceste demande à Philinte s’il ne se mettrait pas en colère ( la colère = le courroux) si on cherchait à le tromper ou si on racontait des mensonges à son propos.

Une expression : faire une scène.
Une pièce de théâtre est en général découpée en plusieurs actes, eux-mêmes divisés en scènes. On répète, on joue une scène.
Mais faire une scène à quelqu’un, c’est se fâcher avec cette personne, se mettre en colère. Serge (Fabrice Luchini) fait une scène à Gauthier (Lambert Wilson) à cause du portable de ce dernier.

Tango, tango

Il ne sera pas dit que je n’aurai rien partagé avec vous en juillet ! Merci pour votre patience et votre fidélité !
Tango, tango, parce que à l’heure de la sieste – il fait chaud -, je suis tombée sur une émission sympathique sur Arte, sur le tango à Buenos Aires. (Elle sera probablement disponible pendant 7 jours sur Arte +7 très bientôt, si ça vous tente et que vous y avez accès de votre pays.)

Cela m’a fait repenser à un joli film sorti il y a quelques années. Danse, cinéma et expressions, quelques-uns des ingrédients qui me plaisent ! Dans Je ne suis pas là pour être aimé, il est question d’un huissier de justice, devenu ours à cause d’une vie pleine de ratés, de ses rapports avec son père devenu acariâtre et avec son fils timide et pas plus heureux, et de sa rencontre totalement surprenante avec le tango dans un cours auquel il s’inscrit. Rencontre avec le tango mais aussi avec une sorte de petite fée délicieuse et gracieuse. Et voilà ! Un beau film plein de pudeur. Et de coups de gueule de la part de ce quinquagénaire qui a un peu oublié de vivre.

Je ne suis pas là pour être aiméCliquez ici pour regarder un montage qui donne une bonne idée du film.

Transcription
– Bon, la tension (1) est bonne. L’examen cardiologique est bon. On ne peut pas exclure une petite insuffisance coronarienne. Faut bouger (2), quoi. Faut se dépenser (3) un peu, hein. Hein, parce que sinon, le cœur, un jour, il va dire stop.
– Ça vous plaît, les cours de danse ?
– Ça va, ça va. Je me trouve un peu nul, mais bon (4).
– Mais non, mais non.
– Si, si.
– Pourquoi vous dites ça ? Vous êtes pas nul du tout.
– Peso, peso…. En arrière, j’assemble. J’écarte, centre, jambe. C’est là que ça déconne (5).
– Ah non, mais non, c’est pas celle-là qu’il faut avancer, c’est l’autre.
– J’ai reçu des… une carte de maman, il y a pas longtemps.
– Ouais ?
– Alors, elle va peut-être venir en France dans quelques mois.
– Eh bah dis-moi quand ta mère arrive, j’essaierai de ne pas la croiser (6).
– Ecart, j’assemble, jambe.
– Non ! Pas celle-là. Celle-là.
– Ça a pas été encore très commode (7) cette semaine avec votre papa. Si vous pouviez (8) lui dire d’être un peu plus gentil.
– Oh ! Merde !
– Bon, bah je vais y aller, hein. Comme ça, tu pourras dormir.
– C’est ça, tire-toi (9) ! De toute façon, tu attendais que ça, alors !
– C’est pas trop dur ce que vous faites comme métier ?
– Maître Dussart, huissier de justice. Je viens procéder à l’enlèvement des meubles et vous demanderai de quitter les lieux (10) à l’issue de (11) cette procédure.
– Evidemment que les gens chez qui on va sont dans la merde (12) ! Bien sûr, on n’est pas… On n’est pas aveugle ! Mais tu es pas là pour y penser, tu es là pour faire appliquer une décision de justice.
– Tu me fais chier, tu me fais chier ! Tu me fais chier ! (13)
– J’écarte, j’assemble, et là, c’est celle-là qui commence.
– Celle-là.
– Mais pourquoi tu l’as pas donné, le papier ? Tu aurais pu ! Tu le laisses sous la porte, tu le glisses.
– Les voisins, ils m’insultaient. Qu’est-ce que je pouvais faire, moi ?
– Tu fais ton boulot ! Tu les laisses t’insulter, si ça leur fait plaisir. Tu fais comme si tu entendais pas. Tu entends pas.
– Avec qui vous avez envie de danser ?
– Je sais pas… Jean-Claude.
– Il est comment alors ?
– Il est normal.
– Tu vas tout remettre en question (14) avec Thierry pour un homme normal ? Est-ce qu’il t’aime au moins ? Est-ce qu’il te l’a dit ? Est-ce qu’il t’a fait un cadeau ?
Peso, peso… Et la jambe.

Quelques explications :
1. la tension : c’est la tension artérielle. Le médecin prend la tension pour vérifier qu’elle n’est pas trop basse ou plus souvent, trop élevée. Dans ce cas, on dit qu’on a de la tension, ou qu’on fait de l’hypertension.
2. Faut bouger : cela signifie qu’il faut avoir une activité physique, ne pas avoir un mode de vie trop sédentaire.
3. se dépenser : ce verbe pronominal s’applique toujours aux personnes. Se dépenser, c’est faire des efforts physiques, du sport.
4. Mais bon : on emploie souvent cette expression, pour indiquer qu’on accepte une situation. Cela signifie : Mais bon, c’est comme ça. Il ne se trouve pas bon danseur, mais il continue à danser quand même.
5. Ça déconne : ça ne va pas / ça ne marche pas. (style très familier, à la limite du vulgaire). Si on veut rester plus neutre, on peut dire : c’est là que ça coince.
6. Croiser quelqu’un = rencontrer cette personne.
7. commode = facile. Cet adjectif s’utilise aussi pour quelque chose qui est pratique. Par exemple : Prends le métro pour aller en ville. C’est plus commode qu’en voiture. Il s’emploie aussi à propos de quelqu’un qui a mauvais caractère, qui n’est pas facile à vivre. Dans ce cas, il est toujours dans une phrase négative : Ce vieux monsieur n’est pas commode ! Il râle tout le temps.
8. Si vous pouviez… : cette structure avec le verbe pouvoir exprime une demande = Pouvez-vous…
9. Tire-toi = Va-t’en ! (argot, et donc agressif). C’est comme Casse-toi !
10. Quitter les lieux : partir (style soutenu, langage officiel). En tant qu’huissier de justice, il vient expulser les gens d’un logement quand ils ne peuvent plus payer le loyer par exemple.
11. à l’issue de : à la fin de (style soutenu)
12. être dans la merde : avoir beaucoup d’ennuis et pas de solution pour les résoudre. (très familier, plutôt vulgaire. ) On dit en général : On est dans la merde. Ou bizarrement, avec exactement le même sens : On n’est pas dans la merde, là ! (= tout va mal.)
13. Tu me fais chier = tu m’énerves au plus haut point. (vulgaire et agressif)
14. remettre en question quelque chose / remettre quelque chose en question : ne plus l’accepter, vouloir changer une situation qui était bien établie.

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