Un nouveau film

Une nouvelle amie

Une fois n’est pas coutume, voici la bande annonce d’un film français qui vient de sortir et que nous sommes allés voir dès maintenant ! Soirée très agréable avec Une nouvelle amie. On se laisse conduire par François Ozon tout au long de cette histoire troublante, très bien racontée et filmée, tour à tour tragique et drôle. Il faut dire aussi que Romain Duris est parfait pour que le personnage de David qu’il joue avec un tel plaisir nous émeuve et nous fasse avancer à ses côtés, sous les yeux tantôt effarés, tantôt amusés, tantôt curieux et plein de désir de Claire, subtilement interprétée par Anaïs Demoustier.

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription:
– Laura était ma meilleure amie. Je serai là toute ma vie pour veiller sur sa fille Lucie et sur son père, David.
– Au fait, je t’ai pas dit, j’ai eu David.
– David ?
– Ouais, comme tu l’appelais pas, bah je l’ai fait.
– Tu mets une robe ?
– Tu aimes pas ?
– Bah si ! Mais ça fait longtemps.
– On sort, je fais un effort.
– Ça va me faire du bien de prendre un peu de temps pour moi.
– Elle est charmante, non ?
– Elle a une très jolie robe, c’est vrai.
– Bah quoi, qu’est-ce qu’il y a (1)?
– Tu as été lourd (2), avec la serveuse (3). David vient de perdre sa femme, toi, tu le pousses à draguer (4) cette…
– Oh bah de toute façon, j’ai bien vu que ça l’intéressait pas, hein.
– J’adore ton rouge à lèvres. Ça te va très bien.
– Bah qu’est-ce qui t’arrive ?
– Pourquoi tu m’appelles ?
– J’ai besoin de te revoir.
– Tu couches avec (5) David ? C’est ça ?
– Mais non ! Qu’est-ce que tu racontes ? (6)
– Bonjour Madame. Je…
– Ne dis rien à personne. Que ça reste entre nous. (7)
– Je sais pas.
– Tu as rencontré quelqu’un ?
– Une femme Très douce. Elle me comprend, sans me juger.
– Tu es malade, David.
– Je veux pas passer à côté de (8) ma vie, Claire. C’est en moi.
– Ça pourra pas durer, David. C’est une folie.
– Je sais.
– Tu es un pervers. Il faut arrêter.

Quelques détails :
1. Qu’est-ce qu’il y a ? : on pose cette question quand on sent que quelque chose ne va pas.
2. Lourd : être lourd, c’est agir sans finesse, insister lourdement. On peut dire aussi un peu plus familièrement que quelqu’un est lourdaud.
3. Avec la serveuse : ici, cela signifie « à propos de la serveuse ».
4. draguer : c’est essayer de séduire quelqu’un mais pas finement et pas forcément pour démarrer une vraie histoire d’amour. On dit d’un homme comme ça : C’est un dragueur.
5. Coucher avec quelqu’un : quand on dit ça, on réduit la relation entre deux personnes à leurs relations sexuelles. C’est plutôt péjoratif.
6. Qu’est-ce que tu racontes ? : on pose cette question quand on ne veut pas croire ce que l’autre dit ou pour nier ce qu’il dit.
7. Que ça reste entre nous : c’est une façon de donner un ordre, mais assez peu utilisée, dans des expressions plutôt figées comme celle-ci. Par exemple: Que personne ne sache./ Que personne n’entre. / Que personne ne bouge. / Que je ne t’entende plus jamais parler comme ça.
8. Passer à côté de quelque chose : ne pas vivre pleinement (et avoir des regrets ensuite.) Par exemple : passer à côté du bonheur.

Et après avoir vu ce film, j’ai écouté François Ozon dans un entretien à la radio. Très agréable et intéressant. En voici un petit extrait, parce que ce qu’il dit me parle:

François Ozon sur Une nouvelle amie

Transcription :
– Moi, pour moi, le cinéma a à voir avec (1) le jeu, avec quelque chose de l’ordre de (2) l’enfance, du ludique (3). Donc je joue. Je joue avec le spectateur, je joue avec les acteurs, je joue avec moi-même, voilà, il y a un jeu permanent. Je trouve que le cinéma permet ça, tout en apportant une réflexion, des émotions. Mais l’idée est très… très, très importante.
– Mais il y a beaucoup d’humour quand même, et de théâtre quelque part (4), par exemple quand le personnage d’Anaïs Demoustier lui sort des piques sur (5) l’homosexualité, quand elle dit : C’est quand même moins grave de passer pour un homo (6) que de passer pour un travelo (7).
– C’est une réalité !
– C’est une réalité ?
– Bah, non, en fait, ce que… ce qui m’amusait, c’était de… de mettre dans la bouche des personnages, des clichés, des idées reçues (8) qu’on avait pu entendre justement au moment de la Manif pour tous (9), ou des choses banales que les gens disent tous les jours, et les intégrer dans l’histoire, dans la bouche des… des personnages, pour obliger le spectateur à être un peu déstabilisé et se dire : Est-ce que je pense ça ? Est-ce qu’il a raison ? Est-ce qu’il a pas raison ? Le cinéma, c’est un pouvoir incroyable pour véhiculer des idées, des idées reçues, des clichés et jouer avec tout ça.

Quelques explications :
1. avoir à voir avec quelque chose : avoir un rapport avec quelque chose
2. de l’ordre de… : lié à, de même nature que…
3. Ludique : lié à l’idée de jeu, sous forme de jeu.
4. Quelque part : d’une certaine manière
5. sortir des piques sur quelque chose : énoncer des critiques sur un sujet, mais sans être trop méchant ni trop violent.
6. Un homo : c’est l’abréviation de homosexuel. Elle est devenue plutôt courante et plus neutre qu’avant, ce qui reflète l’évolution positive des mentalités d’un grand nombre de gens.
7. Un travelo : c’est l’abréviation de travesti, c’est-à-dire un homme qui s’habille et se comporte en femme. Elle est dévalorisante, ce qui montre qu’il y a encore des progrès à faire vers l’absence de discrimination.
8. Une idée reçue : un préjugé.
9. La Manif pour tous : c’est ce mouvement qui s’est élevé en France contre le mariage homosexuel lorsque la loi qui l’institue a été votée. Ces gens ont revendiqué le droit de manifester leurs idées réactionnaires et violentes à l’égard des homosexuels.

Pour écouter l’émission entière, c’est ici.

Etouffant

Voici la bande annonce d’un film qui vient tout juste de sortir. Plongeon dans les années lycée, avec leurs amitiés fortes qui peuvent parfois tourner à la manipulation et au harcèlement. En fait, si le sujet de « Respire » a attiré mon attention, c’est que ces relations malsaines ne sont pas le fait uniquement d’ados en train de se construire. Plus tard, à l’université, chez des étudiants qui sont de jeunes adultes, puis dans la vie professionnelle, ou encore dans la vie amoureuse, on peut rencontrer cette perversité chez certains et ce désarroi chez ceux qui en sont les victimes. Toujours très surprenant et incompréhensible de voir à l’oeuvre cette inhumanité.

Respire Film
La bande annonce est ici.

Transcription :
– C’est bien, devant. On garde l’effort. Allez !
– La meuf (1), elle appelle Lucas. Elle lui dit juste Bonjour. Le mec (2), il est déjà chez elle !
– Je vous interromps brièvement. Une arrivée en cours d’année (3) : Mademoiselle Perrin… Perrin…
– Sarah.
– Sarah. Donc je vous la confie.
– Et toi ?
– Quoi, moi ?
– Je sais pas, raconte-moi quelque chose !
– Regarde tout ce que je t’ai dit depuis tout à l’heure (4).
– Paul, je te présente Sarah, une copine (5) de classe.
– Pour toi, je suis une copine de classe !
– Bah je sais pas… J’aurais dû dire quoi ? (6)
– Rien du tout. Tu dis ce que tu veux.
– Qu’est-ce qui se passe ? (7)
– C’est pas vraiment mon genre de fête.
– Tu vas pas te laisser emmerder (8), non ? Pas si impressionnante que ça, ta Sarah !
– Charlie, qui t’a fait ça ?
– Tu m’entends ?
– Elle te traite comme une merde (9), et toi, rien ! (10)
– Encore la petite victime !
– Qu’est-ce que je t’ai fait ?
– Ça va pas (11), mais tu es malade ! (12)
– Lâche-moi !
– On se connaît depuis la sixième (13) et là, je te reconnais plus.

Des détails :
1. une meuf : une fille, une femme. (C’est du verlan, c’est-à-dire une façon de parler où on inverse les syllabes. On les met à l’envers. Envers = verlan.) Ce mot est devenu une sorte de classique chez les jeunes, même chez ceux qui ne parlent jamais en verlan. (très familier) Avant, on entendait davantage : une nana.
2. Le mec : l’homme, le gars. (style très familier)
3. en cours d’année : pendant l’année, c’est-à-dire pas à la rentrée, pas au début d’année scolaire.
4. Depuis tout à l’heure : depuis peu. « Tout à l’heure » n’est jamais très éloigné dans le temps et désigne un moment dans la journée : On se voit tout à l’heure = un peu plus tard / Je l’ai vu tout à l’heure = un peu plus tôt / A tout à l’heure.
5. Une copine : ici, une copine est juste une amie parmi d’autres.
6. J’aurais dû dire quoi ? : question uniquement orale, à la place de Qu’est-ce que j’aurais dû dire ?
7. Qu’est-ce qui se passe ? : c’est la question qu’on pose quand on voit que quelque chose ne va pas, quand on sent qu’il y a un problème.
8. Se laisser emmerder : laisser quelqu’un nous embêter, nous causer des problèmes. Emmerder est un terme d’argot vulgaire, donc à ne pas utiliser n’importe quand.
9. Traiter comme une merde : vraiment maltraiter quelqu’un, sans aucun respect. (grossier)
10. et toi, rien : cela signifie qu’elle se laisse faire, qu’elle ne réagit pas.
11. Ça va pas ! : quand on dit cela à quelqu’un sur ce ton agressif, cela revient à lui dire : Tu es fou/ folle ! Tu fais / Tu dis n’importe quoi ! Très souvent, on ajoute « non »: ça va pas, non !
12. Tu es malade : tu es fou, tu es complètement anormal. (très familier et agressif)
13. La sixième : c’est la première classe au collège, après l’école primaire. Les enfants ont donc à peu près onze ans.