Le grand jeu

L'Alhambra MarseilleLe Festival de Cannes bat son plein, comme tous les ans à cette époque. On peut s’y intéresser pour tout ce qu’il y a autour, les stars qui sortent le grand jeu, la traditionnelle montée des marches du Palais des Festivals, les paillettes et les robes importables ailleurs que sur le tapis rouge.

Mais c’est quand même avant tout un festival de cinéma ! Pour qui ne vit pas à Cannes et ne suit pas ce qui s’y passe au jour le jour, c’est d’abord la promesse de beaux films, qui sortent en salles dès maintenant ou qui seront sur les écrans en septembre. C’est l’occasion d’entendre beaucoup parler de cinéma.

Et la cérémonie d’ouverture, nous donne un avant-goût de tous ces films, comme une bande annonce qui condenserait toutes les bandes annonces de tous les films en compétition. Lambert Wilson était le maître de cette cérémonie, au tout début dans un anglais que beaucoup de Français peuvent lui envier, puis en français, car quand même, ce festival se passe en France ! Et comme il le dit avec un zeste d’humour, puisque les Français ont la réputation d’être arrogants, soyons-le jusqu’au bout et parlons français !
Mais rendons aussi hommage aux grands cinéastes de tous les pays. Et accueillons un jury très international, présidé par une Néo-Zélandaise.

Pour regarder cette cérémonie qui dure un peu plus d’une demi-heure,
c’est ici.

En voici donc un extrait, avec aussi Jane Campion et sa traductrice, parce que j’admire cette immense cinéaste. J’ai aimé ses propos simples et généreux. J’ai aimé la rétrospective de ses films, très beau montage des images si belles de ses univers. Et quels que soient les prix attribués à la fin de la semaine, j’ai déjà envie de voir Mr Turner, Timbuktu, The Homesman, Maps to the stars, Deux jours et une nuit, The Captive, Mommy et d’autres dont je n’ai pas encore retenu le titre.

Cannes Ouverture 2014

Transcription :

Dear English-speaking friends, a recent international survey has confirmed that the French are considered to be the most pretentious, arrogant and rude people in the world. Happily and rather surprisingly, the French agree. You see, we think we live in the most beautiful country in the world and therefore that everyone should speak our language. So French it’ll be tonight. Comme on dit dans le français (1), c’est à prendre ou à laisser (2).
Comme de coutume (3), Cannes sera pendant dix jours la vitrine (4) la plus photographiée de la planète. Le diable est dans les détails. Ainsi parlait Nietsche. Et dès ce soir, le monde passera au peigne fin (5) le moindre de vos orteils, admirera vos corps sculptés, enviera vos toilettes (6) cousues à même la peau (7), vos cheveux sublimés – à 14 heures, d’abord lissés à la brésilienne, puis à 15 heures, brushés, et à 16 heures, pourquoi pas crépés, pour enfin finir à 18 heures en chignon tiré à quatre épingles (8), le coiffeur en larmes qui ne veut plus sortir de la salle de bains. Vos cils recourbés, vos mains manucurées, vos pommettes rehaussées, au volume si… nouveau. Vos bouches, vos bouches repulpées, vos corps gainés par des fermetures éclair (9) héroïques. Et on m’a dit que pour les femmes, c’était encore plus de travail.
Mesdames et messieurs, la Présidente du Jury de ce 67è Festival, la réalisatrice Palme d’Or (10) pour La leçon de piano, madame Jane Campion.

Bonsoir, Merci, merci infiniment de cet accueil chaleureux et aussi de ces images qui m’ont bouleversée. Je me sens très émue. Je dois beaucoup, énormément à ce festival. Ma carrière n’aurait pas été possible sans Cannes, et je remercie Georges Cort, Thierry Frémeaux et tout le monde pour leur soutien et leur encouragement (11). J’aime ce festival. Je le connais bien. Ça fait vingt-huit ans que je viens, tout d’abord avec mes courts-métrages, et c’est la reine (12) des festivals. C’est passionnant. Cannes ose, Cannes choisit des films dans le monde entier quel que soit leur budget, quelles que soient les stars. Cannes fête tout le cinéma, les films avec une vision unique, avec une voix spéciale. Je pense aussi que Cannes apprécie ceux qui osent, même aussi parfois les réalisatrices.

Quelques détails :
1. dans le français : bien sûr, il faut dire « en français ». Mais c’est une faute typique que font les anglophones, pour traduire leur « in ».
2. C’est à prendre ou à laisser : cette expression signifie que de toute façon, c’est comme ça, que vous ne changerez pas la situation, que vous devez vous y adapter ou renoncer. Ici, il veut dire la soirée sera en français puisqu’on est en France.
3. Comme de coutume : comme d’habitude (style plus soutenu)
4. la vitrine : c’est comme la vitrine d’un magasin, qui doit être conçue pour attirer les regards et représenter ce qu’il y a à l’intérieur.
5. Passer au peigne fin : observer de très près.
6. Une toilette : une belle tenue, un beau vêtement. (style soutenu) Ce ne sont pas des vêtements ordinaires.
7. À même la peau : directement sur la peau. (= avec le vêtement enfilé et ajusté directement sur la personne qui le porte.) On peut employer « à même » dans quelques autres situations : dormir à même le sol. (directement sur le sol)
8. tiré à quatre épingles : cette expression s’emploie normalement à propos de quelqu’un qui est très bien habillé. On dit qu’il est tiré à quatre épingles. Ici, il y a un jeu de mots dans la mesure où pour faire tenir les cheveux en chignon, il faut utiliser des épingles à cheveux.
9. Une fermeture éclair : on utilise ce type de fermeture d’un vêtement à la place des boutons.
10. La Palme d’Or : c’est la récompense suprême au festival de Cannes.
11. Leur encouragement : en français, on utilise plutôt le pluriel. On reçoit les encouragements de quelqu’un.
12. La reine des festivals : on ne peut pas utiliser ce mot féminin en français parce qu’un festival est masculin ! On dit donc : c’est le roi des festivals.

Traduction du début :
Chers amis anglophones, une enquête internationale récente a confirmé que les Français sont considérés comme les plus prétentieux, les plus arrogants et les plus impolis du monde. Heureusement et de façon assez surprenante, les Français sont d’accord. Voyez-vous, nous pensons que nous vivons dans le plus beau pays du monde et que par conséquent, tout le monde devrait parler français. Alors ce sera donc français au programme ce soir.

Petit commentaire: j’ai toujours beaucoup de mal avec ces clichés, ces stéréotypes, quel que soit le pays concerné. On bascule vite dans quelque chose qui peut tourner au manque d’ouverture d’esprit et de générosité. Mais peut-être est-ce prétentieux et arrogant de dire ça.
En tout cas, Lambert Wilson concède ce stéréotype, avec humour, mais juste après, il se moque gentiment de nos amis anglophones qui ont souvent eux aussi un peu de mal avec la prononciation du français ! « C’est à prendre ou à laisser » !

Ma photo n’a rien à voir avec Cannes ! Mais elle a à voir avec le cinéma car il s’agit d’un cinéma de Marseille très sympa, très agréable, qui passe de très bons films et fait tout pour promouvoir le goût des images et des films auprès des jeunes. On s’y sent bien.

Elle et lui

Dans la cour FilmIl faisait trop beau pour aller s’enfermer dans une salle obscure aujourd’hui ! Un des ces soirs peut-être. Donc voici un film qui est sur la liste des possibles.

Pourtant, je ne suis pas tout à fait sûre !
– Je me rends compte que les grands films pour moi se passent rarement dans des univers qui me sont familiers. (C’est probablement pareil pour beaucoup d’entre nous : besoin de dépaysement)
– J’ai toujours un peu peur de ne voir que « Catherine Deneuve » et pas le personnage qu’elle incarne. C’est probablement le cas avec ces monstres sacrés du cinéma dont on garde les autres rôles en mémoire.

Mais ce contraste entre elle et lui dans cette cour d’un immeuble parisien a quelque chose d’attirant, avec leur côté un peu fêlé, pas glamour ! Et ça me plaît de voir que de grandes actrices comme Catherine Deneuve continuent à incarner des personnages au cinéma, encore et toujours. Et de toute façon, j’ai écouté Pierre Salvadori parler de son film, de son travail, de ses relations avec ses acteurs, de lui-même, de la vie, et je me dis que son film a forcément quelque chose. (Je partagerai ça avec vous dans un autre billet.)
Peut-être certains d’entre vous ont-ils déjà vu ce film. Alors, séduits aussi ?

Pour regarder la bande annonce, c’est ici.

Transcription :
– Votre employeur, ces deux derniers mois, vous a trouvé angoissé. Il a préféré ne pas renouveler le contrat.
– Mais vous avez autre chose ?
– Gardien d’immeuble.
– Vous avez envie de faire ça ? C’est important pour vous ?
– Bah oui, c’est important pour moi. Nettoyer, dormir et plus penser, je pourrais tuer pour ça, moi !
– Ah oui, mais vous leur dites surtout pas ça, hein !
 
– Je le trouve très bien. Il est gentil, poli et il a pas l’air sûr de lui.
– Ah, formidable.
– Mais oui, formidable ! Moi, j’aime les gens pas sûrs d’eux. Au moins, ils s’appliquent. (1)

– Qu’est-ce que c’est ?
– C’est parce qu’il y avait une tache (2), là, regardez.
– Mais il est trois heures du matin, monsieur !
– Ah !

– Je me suis rendu compte qu’on n’avait pas parlé du salaire.
– J’imagine qu’il y a pas de surprise : pas de stock options, pas de golden parachute.
– Non.
– Bon ben, OK quand même, hein.

– Mais enfin (3) Mathilde, qu’est-ce que tu fais ?
– C’est cette fissure, là, qui m’inquiète depuis plusieurs jours.
– Ah ! Qu’est-ce que vous faites là ?
– C’est votre mari qui m’a demandé de poser du papier sur la fissure, là. [… faire quelque chose].
– D’accord, d’accord. On ne la voit plus !
– Ah bah non, non, on la voit plus.
– C’est bien ce que je dis, on voit plus rien !

– Antoine, je crois que Serge veut me faire interner. (4)

– Je me sens seule, tu comprends pas ? Personne ne m’aide. Personne ! Il y a qu’Antoine !
– Vous êtes tellement gentil, Antoine. Je sais pas si c’est vous qui me bouleversez ou si je suis dans une phase complètement déprimée.

– Il est en fonte (5), ce vélo !
– C’est parce que tu es en bas. C’est pour ça que c’est galère (6). Moi, ça va.

– Ça va pas. Je suis là, en train de tartiner du boursin (7), je ferais mieux…(8) je devrais vous dire quelque chose mais je… je sais pas quoi.
– Dites-moi que vous me comprenez.
– Je vous comprends.

– C’est pas un Vélib, ça ?
– Hein ?(9) Non. Non, non.

– Mathilde, regarde, il parle tout seul.
– Oui. J’ai toujours aimé le côté convivial (10) de la fonction. Oui, oui.
– Eh bah tant mieux ! Comme ça, au moins, il ne s’ennuiera pas.

Quelques détails :
1. s’appliquer : faire de son mieux, faire quelque chose consciencieusement.
2. Une tache : à ne pas confondre avec une tâche, comme je l’ai vu plusieurs fois dans des titres d’infos sur internet. Une tache est un endroit sali sur une surface. Une tâche est un travail qu’on doit accomplir. La prononciation est la même bien sûr mais à l’écrit, la présence de l’accent ou pas évoque immédiatement un sens ou l’autre.
3. Mais enfin : le fait de rajouter enfin montre qu’il est plus agacé que s’il disait juste « Mais Mathilde ». (Le ton est important bien sûr).
4. Faire interner quelqu’un = mettre quelqu’un en hôpital psychiatrique.
5. La fonte : matériau qui pèse lourd. Les Vélibs, les vélos parisiens qu’on peut louer en libre service, sont très lourds, pour être costauds et résister à tous les utilisateurs.
Autre remarque : Comme souvent à l’oral, on commence par le pronom sujet et on mentionne ensuite le nom (Il … ce vélo) Personne ne dira : Ce vélo est en fonte, dans cette situation. Ce serait trop plat, ça n’exprimerait pas ce que ressent celui qui a du mal à porter ce vélo.
6. C’est galère : c’est difficile. (familier)
7. Le Boursin : c’est un fromage à tartiner (à l’ail et aux fines herbes souvent) qui a eu son heure de gloire dans les années 70 ou 80 ! (Mais on le trouve toujours sans problème.) Pour les amateurs de fromage, ce n’est pas du fromage !
8. Je ferais mieux… : On n’entend pas bien ce qu’il dit. Je ne suis pas sûre que ce soit exactement ça. Si vous entendez mieux que moi, dites-le moi !
9. Hein ? : On dit ça quand on n’a pas compris ou entendu ce que quelqu’un a dit et si on veut que cette personne répète. On peut dire aussi : Quoi ? Mais Hein et Quoi sont familiers. Donc on apprend aux enfants qu’il faut dire à la place : Comment ?
10. Convivial : une situation qui favorise des relations sympathique avec les autres.
11. Tant mieux ! : c’est ce qu’on dit quand on est content de quelque chose. Par exemple : J’ai terminé tout ce que j’avais à faire. Tant mieux ! Le contraire est Tant pis ! Par exemple : J’ai oublié de commander les pizzas. Tant pis, on va se débrouiller autrement.