Trop de tout

Pour beaucoup d’étrangers, la France est le pays du luxe et des grands couturiers. Vous prononcez le nom de Chanel et tout le monde sait de qui ou de quoi vous parlez : tailleurs aux lignes épurées, le N°5, Coco, Mademoiselle…

Derrière toutes ces images, il y a l’histoire de Gabrielle Chanel et de sa réussite incomparable. Ce sont les débuts de cette construction que racontait le film Coco avant Chanel, sorti l’année dernière, avec Audrey Tautou, pleine de grâce et de détermination, aux côtés de Benoît Poelvoorde, à la diction précipitée, comme toujours.
J’avais trouvé que c’était un beau récit, à l’abri des clichés et des exagérations romantiques. Et aussi un joli portrait de femme, tout en sobriété.

Cliquez ici pour regarder la bande annonce.

Transcription:
– Comment vous vous appelez ?
– Tout le monde m’appelle Coco.
– Tu as un destin à part. Tu ne ressembles à personne.

– C’était superbe !
– Laquelle des deux est la plus jeune ?
– Quand je m’ennuie, je me sens très vieille.
– Et ce soir, vous avez quel âge ?
– Ce soir, j’ai mille ans.

– C’est pas en faisant des petits baisers mouillés à ton baron dans un trou à rats (1) que tu vas t’en sortir.(2)
– Maurice veut m’épouser.
– Tu crois vraiment qu’un baron veut épouser une fille comme toi ?

– Qui dois-je annoncer ?
– Gabrielle. Coco.
– Qu’est-ce que tu viens faire ici ?
– J’ai ma sœur qui habite pas loin.
– Tu habites chez Balsan ?
– Deux jours.
– On peut savoir ce que tu as fait de la robe que je t’avais offerte ?
– Je l’ai rependue à la fenêtre. J’avais l’impression de porter tes rideaux.
– C’est dommage. Tu ressemblais presque à une dame.

– Vous êtes élégante.
– Elle te plaît tant que ça ?
– Elle me plaît.

– J’avais jamais vu la mer.
– C’était bien, ton petit séjour ? Vous vous êtes amusés ?
– Tu es jaloux.
– Affreusement, ouais.

– Trop de plumes, trop de maquillage, trop de froufrous (3). Trop de tout !
– Tout ce qui me manque, c’est un travail. Je vais partir à Paris.
– Tu ne comptes (4) quand même pas sérieusement travailler !
– Je pense qu’elle a raison.
– Tu devrais pas lui mettre dans la tête des idées pareilles.
– J’en ai marre de (5) faire le clown pour ta bande de dégénérés !
– Ne me parle pas sur ce ton !
– Je te parle comme je veux !

– Un jour, ils se battront pour dîner à notre table.

Quelques détails :
1. un trou à rats : un endroit perdu, où il ne se passe rien. (familier)
2. s’en sortir : réussir.
3. des froufrous : des vêtements compliqués, avec des volants partout.
4. compter faire quelque chose : envisager de faire quelque chose
5. en avoir marre de quelque chose / de faire quelque chose : en avoir assez, ne plus supporter. ( familier)

Potiche

Potiche, c’est le titre du film de François Ozon qui vient juste de sortir et dont on entend beaucoup parler. Les critiques sont plutôt bonnes, ne serait-ce que pour les acteurs réunis par le cinéaste. Pensez donc ! Catherine Deneuve, en potiche pas si potiche que ça, Gérard Depardieu en syndicaliste grande gueule, Fabrice Luchini en mari plus que macho.

En tout cas, la bande annonce de cette comédie donne un avant-goût réussi de ce tableau des années 70.
Quelques répliques devraient entrer dans la mémoire collective !


Pour regarder, c’est ici. (après la pub)

Transcription:
Nous sommes en 1977.
La place des femmes, c’est au foyer, c’est pas au travail.
Mais aujourd’hui, elles veulent être reconnues comme de vraies partenaires.

– Coucou !(1) Ça s’est bien passé hier soir avec ton acheteur allemand ?
– Oh, fous-moi la paix (2), Suzanne !
– Si tu veux mon avis…
– Ton avis ? Quel avis ? Tu as un avis ?
– Mais Robert….
– Ce que je te demande, c’est de partager le mien. Sinon, tout le reste, c’est des paroles et de l’énergie perdue. Allez, tais-toi un peu.

– Ma pauvre maman, tu ne comprends rien. Mais il faut penser à l’avenir et se moderniser.

– Cite-moi des femmes aussi gâtées que toi après trente ans de mariage.
– Ah ça, pour ce qui est de l’électro-ménager, je suis une petite reine.
– Ah tu vois, tu es comblée. Tu es obligée de l’admettre.

– Comment ça va, Nadège ?
– Pas touche ! (3)

– Madame, c’est horrible.
– Une grève ?
– Oui.

– A défaut de négociations rapidement entamées, il y aura un durcissement de la grève.
– Un infarctus ! Je l’avais prédit.
– Je pense que Monsieur votre père devrait se faire remplacer. Et pourquoi pas vous, madame Pujol ?
– Maman ? Mais c’est une blague ! (4)

– Je représente un patronat juste, chaleureux.
– Une bourgeoise nymphomane.
– Excusez-le, il est un peu rude. Il est communiste.
– C’est typique !
– C’est une autre femme.
– Allez, il y a une quiche qui t’attend au frigo (5). Pilar pourra te la réchauffer.
– La salope ! (6) C’est un cauchemar, hein !

– Pourrions-nous nous voir dans un endroit plus discret ?
– Nous pouvons aller dans mon bureau si vous voulez.
– Moi, je préfèrerais dans ma voiture.

– Ça suffit. J’ai changé. Je suis une nouvelle femme. Et ça, grâce à la patronne.

– Tu vas dans le sens de l’histoire, maman. Partout les femmes prennent le pouvoir.

– Oh, mais ta gueule (7), toi !
– Qui c’est le patron ici, nom de Dieu (8)?
– Moi.
– Si je comprends bien, c’est moi maintenant la potiche.
– En quelque sorte.
– J’ai pas dit mon dernier mot.

Quelques explications :
1. Coucou : façon familière de dire bonjour, plutôt utilisée par les femmes.
2. Fous-moi la paix : Laisse-moi tranquille. (très familier et plutôt grossier)
3. Pas touche ! : C’est interdit de toucher. (familier)
4. une blague : une plaisanterie (familier)
5. le frigo : abréviation de frigidaire. ( qui était le nom de la marque, passé aujourd’hui dans la langue de tous les jours.) (familier)
6. La salope : insulte pour une femme. (féminin de salaud)
7. Ta gueule ! : insulte pour faire taire quelqu’un
8. Nom de dieu ! : c’est un juron. Les jurons sont la plupart du temps liés à la religion ou au sexe. On peut dire aussi « Nom d’un chien ! » pour éviter de mentionner « dieu ». D’autres diraient « Putain ! ».

* une potiche : une femme qui a un rôle juste « décoratif » auprès de son mari par exemple. Pas très valorisant ! On peut jouer les potiches, mais on peut aussi être une potiche, et là, c’est encore plus négatif.

Je n’ai pas vu ce film. Je regarderai le DVD quand il sortira !
Mais si vous voulez entendre Christophe et Gabrielle en parler, allez chez GABFLE.