Tout changer

Elle est née et a grandi en Provence.
Elle est montée à Paris, comme on dit, pour devenir actrice.
L’autre jour, elle parlait de ce que ça avait définitivement changé dans sa vie, avec la volubilité des gens du sud.
Et ça commençait par le chant des cigales.


Transcription:
Andréa Ferréol est née à Aix-en-Provence. Je lui ai donc mis ceci entre les oreilles.
– Ah, bah ça c’est bien ! C’est un bruit que j’adore. Ah, c’est bien ! Ah, c’est formidable ! On sent la chaleur déjà. On sent l’été, on sent la chaleur, on sent le bien-être, on sent… Ah, on s’ouvre. Avec la chaleur, moi, je m’ouvre. Je suis quelqu’un qui aime pas le froid. Donc plus il fait chaud, plus je suis heureuse. Plus je suis heureuse, plus j’ai l’impression que mon corps s’ouvre, que j’exulte, que je suis bien. Voilà, il y a plus qu’à se mettre dans un fauteuil (1) et… et boire un verre de rosé !
Vous venez d’Aix…
– Oui.
Vous n’avez pas du tout d’accent. (2)
– Mais par contre quand je suis à Aix, et que je parle avec mes frères ou sœurs ou des amis, très vite, il me revient parce que c’est le côté chantant (3) qui fait que je rattrape ça, la chanson de… de l’accent.
Mais c’était compliqué à perdre, cet accent ?
C’est du travail, oui, parce que quand tu es habituée pendant 17 ans de ta vie à dire : « Bonjour, je voudrais une rose. Bonjour. C’est une chose magnifique », il faut petit à petit trouver… Voilà, il faut… Rose, chose…(4) Bien replacer les syllabes, les consonnes et les… les voyelles dans la bouche pour… C’est-à-dire au début, c’est trop . Mais petit à petit, ça devient naturel.

Et c’est depuis cette époque que vous êtes rousse ?
– Exactement. Depuis cette époque, je suis rousse et… J’étais brune, comme vous, je dois dire, à peu près votre couleur d’ailleurs, pas noir mais un beau châtain foncé, dirons-nous. Et Marco Ferreri m’a voulue en rousse. Ça m’a chaviré le cœur parce que tout d’un coup, on touchait à ma personnalité, on me touchait quelque chose de… que je trouve de très précieux chez une femme, la chevelure.
Vous étiez plus gênée qu’il vous demande de devenir rousse plutôt que de vous dire « Ma fille, il faut que tu prennes plein de kilos en deux mois. »
– Oui. Absolument. Et puis finalement, le roux, eh bien, j’ai trouvé ça extraordinaire, ce blond vénitien qu’on voit sur les tableaux… certains tableaux italiens. Et donc voilà, je l’ai gardé. Mais j’ai toujours pensé que la couleur brune, enfin châtain foncé, me durcissait énormément, comme je suis quand même quelqu’un d’assez… de poigne (5), me durcissait.Et alors que le roux, je trouve que ça m’adoucit. Alors évidemment, c’est des personnages plus à l’italienne, nous sommes d’accord. Les gens pensent que je suis italienne alors que je suis une Provençale de souche, pure et dure. Donc je suis française. Je ne suis pas italienne. Voilà, parce que en France, des années durant (6), on m’a dit « Elle est italienne, elle est italienne ». Non, je suis française.

Quelques détails :
1. (Il) y a plus qu’à… : Il ne reste qu’une chose à faire. A l’oral, on dit juste « Y a plus qu’à… » au lieu de dire : Il n’y a plus qu’à…
2. A Aix et dans la région, les gens ont un accent du sud, différent de celui des autres régions, notamment de Paris. Quand on dit de quelqu’un qu’il a un accent, c’est qu’il n’a pas « l’accent » de ces régions, comsidéré comme plus neutre.
3. L’accent du sud, ou du midi est perçu par les Français comme plus chantant que ceux des autres régions.
4. Le son « o » est un des sons qui varie selon la région où on est.
5. la poigne : ici, c’est l’autorité. Quelqu’un qui a de la poigne, c’est quelqu’un qui a beaucoup de fermeté.
6. des années durant : pendant des années

Elle joue. Et elle danse.

Juliette Binoche a remporté le Prix d’Interprétation Féminine à Cannes pour son rôle dans le film « Copie Conforme ». (dont la bande annonce est plus que succincte! Pas grand-chose à en tirer !)

Actrice.
En 1995, elle était Pauline de Theus dans Le Hussard sur le Toit.
Une très belle histoire adaptée du roman de Jean Giono, dans les paysages somptueux des Alpes de Haute Provence, vers 1830, quand une terrible épidémie de choléra ravageait le sud-est de la France.

Transcription :
Ma chère mère,
Cette lettre vous parviendra-t-elle ? Le choléra s’est abattu sur ce pays. Il n’y a plus ici ni courrier ni voiture de poste. Les routes sont barrées.
[Le voilà] Peut-être que Dieu a décidé d’en finir une fois pour toutes.*
Il est là ! Je le vois !

– Que faites-vous derrière cette pendule ?
– Rien. Je… C’est un peu compliqué.
– Vous êtes toujours comme ça, aussi cérémonieux ?
– Vous trouvez ça ridicule ?
– Au contraire, c’est très rassurant de rencontrer quelqu’un comme vous, dans les circonstances où nous sommes.
– Vous croyez qu’ils nous cherchent ?
– Peut-être.
– Vous parlez comme un officier.
– Je suis colonel.
– Colonel ? Ça existe, les colonels de votre âge ?
– Oui, en Italie.
– Merci de votre aide. C’est une chance de vous avoir rencontré. Sans vous, je serais encore qui sait où.
Vous n’êtes pas responsable de ma vie.
– Vous n’avez aucune chance, aucune, ni d’arriver à Manosque, ni de trouver votre mari.
– On voit que vous n’avez jamais aimé personne… Je ne connais même pas votre nom.
(* une fois pour toutes : d’une manière définitive)

Actrice.
Et danseuse aussi.