Ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte !

Et vérifiez vos sources ! Parce que ça peut vite devenir comme dans cette vidéo (bien sous-titrée), où on termine dans un délire très drôle. C’est drôle mais on n’est pas très loin de la réalité. « Quand tu piges rien au déconfinement », ou comment passer, en juste cinq conversations téléphoniques, des mesures réelles annoncées la semaine dernière par le gouvernement aux rumeurs les plus folles. Excellent !

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Le lien est ici, si ça ne marche pas. C’est sur Youtube aussi, mais les sous-titres ne sont pas bons.

Des explications:
1. Quand tu piges rien au déconfinement : piger signifie comprendre. (C’est de l’argot, donc familier). Effectivement, il y a tellement de points particuliers évoqués par Macron dans son allocution télévisée qu’à la fin, on se demande presque si on a compris.
2. T’inquiète : Ne t’inquiète pas. (très familier, oral uniquement)
3. c’est la galère : c’est très compliqué
4. la bamboche : la fête. Personne n’emploie plus ce terme familier, sauf le préfet de la région Centre…
5. C’est chiant : c’est pénible (très, très familier)
6. super vénère = très énervé, en verlan (donc en mettant les syllabes à l’envers). De plus en plus de gens emploient ce terme d’argot.
7. c’est mort : ça ne se fera pas. Par exemple : Pour ton voyage à Noël, c’est mort = ton voyage n’aura pas lieu.
7. péter un câble : devenir complètement fou, raconter ou faire n’importe quoi. (argot)
8. taré : complètement fou (très familier, et insultant)
9. les dinosaures au gouvernement : cela renvoie bien sûr à l’âge des gouvernants, des hommes politiques et qui semblent tout droit sortis d’une autre époque, de la préhistoire.
10. Ils font n’importe quoi ! : Ils prennent des mesures totalement ridicules
11. C’est carrément flippant : ça fait vraiment peur (familier)
12. Coupe tif : les tifs, ce sont les cheveux, en argot.
13. à la con : complètement stupide, débile (argot)
14. un pote : un copain (familier)

Je déforme, tu déformes, il déforme…
Ce qui est drôle, c’est de suivre comment les différentes mesures, annoncées le 24 novembre solennellement par le président de la république à 20 heures (heure des grands journaux télévisés en France) se déforment très rapidement, au fil des appels téléphoniques de cette bande de copains. Il faut dire qu’il y en avait beaucoup et qu’elles varient en fonction des dates, puisqu’il y a celles du 27 novembre à mi-décembre, puis des changements mi-décembre et d’autres en janvier et en février. De quoi s’y perdre !

Les 20 km et les 3 heures : jusqu’à la semaine dernière et depuis le 30 octobre, les sorties pour prendre l’air ou faire un peu de sport en plein air étaient limitées à 1 km et 1 heure par jour autour de chez soi. Maintenant, on peu faire ces balades en n’allant pas plus loin que 20 km autour de son domicile et donc on a droit à 3 heures par jour.

Créteil : comme on peut faire 20 km pour aller se balader, pour ces Parisiens, c’est comme si en gros on pouvait aller à Créteil, banlieue à une quinzaine de km au sud-est de Paris et qui dans notre imaginaire, n’a pas la réputation d’être un endroit où on a envie d’aller pour se promener. De simple exemple pour illustrer la limite des 20 km, ce nom devient l’objet de rumeurs !

les librairies : Elles ont été fermées en novembre car vendant des produits « non essentiels », et summum du ridicule, pour empêcher la concurrence déloyale, les supermarchés ont dû interdire l’accès de leurs rayons livres… C’était assez surréaliste.

les dates : on passe de : « le soir de Noël et celui du 31 décembre » à « du 24 au 31 décembre ». Un grand classique de la déformation.

les bars et les restos : au centre de toutes les préoccupations car ils n’ont pas le droit de rouvrir avant janvier au mieux. Dans les appels téléphoniques de la vidéo, on passe de « C’est mort » à « il y a un mort à Créteil »…

les coiffeurs : ça avait déjà été le grand sujet du 1er confinement, avec la ruée des clients quand ils avaient pu ouvrir de nouveau en mai.

les stations de ski : les remontées mécaniques ne peuvent pas fonctionner, alors que la neige vient d’arriver et que des milliers de travailleurs saisonniers se demandent comment survivre. Et comme il est question de stations de ski, la jeune femme parle de son « flocon », c’est-à-dire cette sorte de diplôme que les enfants – petits – qui débutent le ski obtiennent quand ils savent faire du chasse-neige entre autre.

– Et pour finir, la bamboche : c’est un écho direct aux paroles d’un haut fonctionnaire français : « La bamboche, c’est terminé », sur un ton très moralisateur, accusant certains Français de ne pas respecter les mesures de confinement et de distanciation sociale. Mot que personne n’emploie plus, familier et qui a bien fait rire!
Ecoutez et regardez Thomas VDB sur France Inter. La réponse est parfaite et très drôle elle aussi :

La bamboche, Thomas VDB

Et les étudiants dans tout ça ?
On ne sait toujours pas bien quand les universités vont pouvoir rouvrir. Pas avant début février apparemment… C’est long, très long. Alors, on continue les cours en visioconférence et on essaye de garder les troupes motivées. Ils sont courageux, nos étudiants ! Vivement qu’ils puissent retrouver une jeunesse plus normale !

Le silence

La première chose qui m’a frappée quand nous sommes entrés dans cette période de confinement, c’est, très vite, la qualité du silence retrouvé. Pas le silence complet bien sûr mais un silence dans lequel s’était tu le bruit de fond de la ville. Je n’habite pas une rue passante. Néanmoins, il y a cette rumeur, comme en arrière-plan, plus ou moins audible selon le sens du vent et selon les heures du jour et de la nuit. Mais là, brusquement avec l’arrêt de la circulation au loin, c’était comme un temps suspendu et une quiétude d’ordinaire perceptible hors des villes. C’était à la fois bizarre et agréable.

C’était le thème de cette très courte émission à la radio, dont voici un extrait:

Transcription
– Les effets inattendus du coronavirus.
– Nicolas, il m’est arrivé un truc de dingue (1) hier après-midi !
– Racontez-nous !
– Ouais, j’étais en train de promener ma chienne, ma chienne d’ailleurs que je peux vous louer à la demi-journée, hein, si vous avez besoin de prendre l’air (2) ! Bon donc j’étais en train de marcher et tout d’un coup, un type est passé en voiture, et je ne sais pas pourquoi, s’est mis à klaxonner. Vous imaginez, le son d’un klaxon, Nicolas ! Ça fait des jours que j’en avais pas entendu ! J’étais tellement surpris que j’ ai sursauté en manquant d’écraser (3) la patte de mon canidé (4) ! Ma propre réaction m’a sidéré (5), eh oui, car cela signifie que nous nous sommes déjà déshabitués des sons habituels de la ville, et tout le monde l’a constaté, pour cause de coronavirus, le printemps est devenu silencieux. Même les sirènes des véhicules d’urgence ne hurlent plus et cette diminution du bruit est vraiment très impressionnante. Et depuis la mise en place du confinement, les émissions sonores ont chuté progressivement. Les appareils ont enregistré une baisse quotidienne moyenne de cinq à sept décibels, ce qui représente 66 à 80 % de bruit en moins. Les pics sonores habituellement générés par les deux-roues (6), les sirènes, les chantiers, les vols d’avions (7) mais aussi par les bars ou les restaurants ont presque totalement disparu du paysage. Désormais, tout n’est plus que silence et rues dépeuplées à Paris comme en province. Cette situation acoustique est totalement inédite (8).

Quelques détails :
1. dingue : fou (familier) Donc un truc de dingue, c’est quelque chose de fou.
2. Prendre l’air : sortir pour respirer et se détendre
3. en manquant d’écraser  = j’ai failli écraser…
4. un canidé : un chien (terme scientifique qu’on n’emploie jamais en parlant de son chien)
5. sidérer : étonner très fortement. C’est un terme très fort.
6. Les deux-roues : les motos et surtout les scooters qui ont colonisé les villes
7. les vols d’avions : c’est un peu bizarre de dire ça. Il suffit de dire : les avions
8. inédit : jamais vu avant, complètement nouveau

J’ai aussi pensé à cet album de Rébecca Dautremer : Le Bois dormait, dans lequel toute une petite ville s’est figée dans le sommeil de ses habitants, tous mystérieusement atteints par un endormissement inexpliqué. Ils ont été comme saisis dans leurs occupations, aussi ordinaires que les nôtres, même si leur univers est féérique. Comment, en ce moment, ne pas nous identifier à eux dans cet état de suspension et d’attente qui est le leur depuis si longtemps et le nôtre depuis peu !

Je vous emmène faire un petit tour dans cet univers, sans vous en dévoiler la fin !
(Vous vous souvenez sans doute de Rebecca Dautremer.)

Transcription:
Cet album est vraiment un très bel album, par les couleurs, par l’histoire, mais aussi tout simplement par sa taille, parce que comme vous voyez, il est assez grand. C’est pas tout à fait un carré mais il fait donc 30 sur 34 centimètres, et ça permet d’avoir des illustrations qui sont très, très lisibles, très belles, très grandes, sur un papier vraiment de qualité. Les illustrations se trouvent sur la page de droite, et sur la page de gauche en fait, en général, donc il y a deux petits personnages qui vont nous conduire dans cette histoire. Et vous voyez qu’il y a un des personnages qui est un personnage plus âgé qui parle en fait à un jeune homme – et ce jeune homme parfois a l’air de s’ennuyer – et c’est lui qui va en fait être essentiel dans l’histoire. Donc on les voit s’en aller vers ce Bois qui dort, guidés par le personnage plus âgé et ce qui est assez amusant, c’est ça, c’est la façon dont les paroles de chacun sont écrites. Ce ne sont pas des bulles, ce sont des petits textes au-dessus, au-dessous de ces personnages, ça fait penser à des BD beaucoup plus anciennes, du début du vingtième siècle. Et voilà, donc c’est un style très particulier.

Et pour emplir ce silence, Bach. Et un magnifique pianiste.
De quoi nous réconcilier avec notre condition d’humains (qui est racontée par mes étudiants sur France Bienvenue ! 😉 )